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The night is our canvas
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Bonne Année!
«cette petite (H9cm, D 6.7cm) gourde en faïence silicieuse, est inscrite avec un voeu de bonne année, datant du règne du Pharaon Amasis (570-526 av.JC).
Amasis était un plébéien immigré (berbère libyen) qui fut proclamé pharaon par une révolution populaire. Grand bâtisseur et grand réformateur, il invita, dit-on, Thalès et Pythagore à sa cour, et mit fin à l’exemption fiscale du clergé. Pas mal, non ?»
Source: Lunettes rouges
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Grève de la faim de Theresa Spence
Les autochtones et la «gastropolitique» du colonialisme
Jean François Bissonnette – Chercheur postdoctoral au King’s College, Londres
C’est une tradition solidement ancrée, en ce temps-ci de l’année, que de se « bourrer la face » en famille. Modalité commensale de ce que Marcel Mauss appelait l’« expression obligatoire des sentiments », cet empiffrage collectif est censé nous rappeler à nos filiations généalogiques et nous rendre le goût du vivre-ensemble. Appelons cela, si l’on veut bien, une gastropolitique des alliances familiales qui se nourrit à l’imaginaire de notre enracinement dans le terroir, à la froidure des « quelques arpents de neige » défrichés par nos vaillants ancêtres les colons.
Or, cette année, entre deux rots bien sentis et satisfaits, certains de nos concitoyens ont peut-être été témoins d’une action gastropolitique dont le contraste avec la forme gargantuesque, dépensière et foncièrement passive qui les alourdit et les tient occupés ne saurait être plus frappant. Depuis le 11 décembre, en effet, à deux pas du parlement fédéral, la chef Theresa Spence mène une grève de la faim.
Ici encore, l’alimentation, ou, dans ce cas, la privation volontaire de nourriture, renvoie à une certaine idée du territoire. Dans sa négativité, le geste de la chef Spence témoigne cependant d’un imaginaire spatial renversé, marqué par la blessure de la dépossession. Cette grève de la faim n’est pas que le reflet douloureux de nos ripailles festives. Elle manifeste aussi le rapport de force sur lequel se fonde notre manière d’habiter le pays, qui s’exerce, depuis des siècles, au détriment de ses premiers occupants.
Résistance
Dans la souffrance de sa chair affamée, la chef Spence exprime celle des Premières Nations, toujours soumises au joug d’un colonialisme qui ne s’avoue même pas. Et qui les broie corps et âme. Dans sa détermination à endurer la faim, elle rend tangible également la résilience des peuples autochtones, trop souvent « invisibles » – comme les a qualifiés Richard Desjardins – et qui refusent pourtant de disparaître. La chef Spence incorpore ainsi une volonté qui transcende largement sa personne. Elle fait de son corps privé, évidé, la caisse de résonance d’un cri qui retentit d’un océan à l’autre : Idle No More !, slogan intraduisible qui évoque à la fois une résistance et une mise en mouvement.
Ce mouvement prend prétexte de certaines dispositions du plus récent fourre-tout législatif concocté par le gouvernement conservateur, qui attentent à la protection du territoire et des milieux aquatiques ainsi qu’à l’autorité des conseils de bande, afin de rappeler la Couronne canadienne à ses obligations. Il fait valoir qu’en vertu des traités conclus jadis, les autochtones conservent une pleine souveraineté sur leurs terres ancestrales, pourtant laminées au nom d’un développement économique effréné dont ils subissent les contrecoups sans jamais en partager les fruits.
En conséquence, ce sursaut politique des premiers peuples vise également à dénoncer les conditions indignes dans lesquelles ils sont sciemment maintenus, ainsi qu’en témoigne éloquemment la misère qui afflige la communauté d’Attawapiskat, dont Theresa Spence est la chef. Logements insalubres et surpeuplés, manque d’accès à l’eau potable, coûts exorbitants des aliments, défaut de soins de santé et carence de moyens éducatifs, ces symptômes d’une pauvreté matérielle criante sont autant de blessures à la fois physiques et morales.
Aussi cette grève de la faim concentre-t-elle sur le corps de la chef Spence la situation politique paradoxale dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les autochtones canadiens, eux qui doivent, d’une part, réaffirmer constamment les droits qu’ils détiennent sur les territoires auxquels ils ont toujours dû leur existence et, d’autre part, à défaut de parvenir jamais à une autonomie politique effective, revendiquer que l’État leur alloue ne serait-ce que le minimum décent afin de ne pas crever comme des chiens.
Deux « rationalités politiques »
C’est ainsi qu’ils se trouvent coincés entre deux « rationalités politiques », pour reprendre le concept de Michel Foucault, qui jouent toutes deux à leur détriment, pris qu’ils sont entre le vieux droit du souverain qui pille leurs terres et y prélève de quoi garnir ses trésors et la normativité quasi génocidaire d’un État bureaucratique qui veille tout juste à les maintenir en vie, ce dont maints citoyens repus, indifférents, et convaincus de leur privilège impérial, jugent en toute bonne conscience que c’est déjà trop leur « donner ».
« Faire vivre et laisser mourir », disait Foucault, telle est la logique qui, conjuguée à une conception colonialiste de la propriété foncière, fonde le régime politique qu’est le nôtre, et qui pèse comme un destin sur le corps de Theresa Spence et des siens. « Faire vivre », à la lisière de ce que Giorgio Agamben appelle la « vie nue », la vie politiquement réduite à la simple survie biologique, voilà tout ce qu’il leur semble possible d’attendre de l’État à défaut de bouleverser radicalement les bases mêmes de la société canadienne. Et « laisser mourir », a contrario, telle paraît bien être la position de Stephen Harper à l’égard de la chef crie, lui qui ne daigne même pas réagir à sa faiblissante interpellation.
Reconnaissons, dans la disposition sacrificielle de Theresa Spence, dans la douleur qu’elle s’inflige au nom de son peuple, une forme supérieure de la critique, qui radicalise et pousse jusqu’à sa limite ultime la situation politique qui est faite aux Premières Nations. Délibérément, elle fait de son corps une offrande. Il y a en cela quelque chose de spectaculaire, et en même temps d’infiniment modeste. Il faut bien, pour qu’elle porte écho et vienne travailler nos consciences, jusqu’à nuire à notre digestion des restes du festin de Noël, que sa souffrance soit publique. C’est en cela qu’elle nous rend tous imputables de son sort.
Source: Le Devoir, 31/12/12
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2012: une rétrospective en photos
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Un temps des fêtes atypique
Avec le remaniement du calendrier de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal en raison des circonstances du printemps, les étudiants affiliés à cette dernière faculté peuvent espérer avoir droit pour les fêtes au mieux à quelques présents, mais en aucune circonstance on ne leur concédera un moment d’apaisement.
En effet, les conjonctures entourant cette année universitaire bien particulière font en sorte que les examens finaux et la remise des derniers travaux se tiennent pour le présent trimestre à l’aube de la nouvelle année, alors que les bonnes mœurs prévoient normalement boucler la boucle à la mi- décembre.
En pratique, ce dernier élément vous indique que je devrai pencher à l’écrit mes dissertations entre deux bouchées de tourtière cuisinée par ma belle-mère, que je serai en train de mémoriser mes notes de cours en écoutant distraitement les aléas de mes tantes et surtout que je devrai, pour me permettre de m’avancer dans mes lectures durant les rencontres de famille, prendre siège dans les penderies avec pour seule compagnie les inéluctables sandwichs décadrés.
Mais attendez, il y a pis encore. Faute de pouvoir accorder à mes proches quelques jours en cette période de l’année, je devrai user de tous les artifices possibles afin de réussir à les convaincre du bien-fondé de fêter à la fois Noël, le jour de l’an et l’anniversaire de ma marâtre dans la même soirée, car à tous les autres moments je devrai – bien malgré mes volontés – enfiler la soutane de l’anachorète taciturne.
Au demeurant, en guise de Sainte Couronne sur la coupe glacée, après avoir passé à travers le marathon d’épreuves trimestrielles en mi-janvier, l’Université de Montréal offre à ses préférés des humanités une escale magnanime de 48 heures avant de nous précipiter de nouveau dans la haute mer sans baleinière.
Quelle vie on mène nous les étudiants universitaires!
Hugo Vaillancourt-Chapdelaine
Étudiant en sociologie à l’Université de Montréal
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Street Art 2012
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Le Massacre de Newton
Chronique d’un massacre annoncé
Après la tuerie d’Aurora au Colorado, en juillet dernier, (avant celle du temple sikh d’Oak Creek dans le Wisconsin en août, et qui ne représentent que deux des treize mass shootings qui ont eu lieu dans la seule année 2012), Barack Obama avait dit avoir « le cœur brisé » et déclaré qu’un « examen de conscience » était nécessaire sur la manière de réduire la violence dans son pays. Une de nos blogueuses, spécialiste des Etats-Unis, Célia Belin, avait dénoncé alors les « larmes de crocodile » que versait l’Amérique à chacune de ces tragédies.
Après l’épouvantable massacre de Newtown dans le Connecticut ce vendredi, l’un des plus atroces commis dans un établissement scolaire aux Etats-Unis, les larmes essuyées par Obama au coin des yeux, loin de m’émouvoir, m’ont indignée, comme la marque de la plus grande hypocrisie qui soit. On savait en effet qu’une tuerie semblable ou pire se reproduirait sur le sol américain.
Ce Président, qui a tout pour être un grand chef d’Etat, s’honorerait de ne pas se contenter de déplorer ce carnage, ou d’appeler à des « mesures significatives« , alors qu’il n’a pas osé prononcer le mot « armes à feu« , pas plus qu’il n’avait évoqué le sujet lors de sa campagne électorale, en dehors de propos généraux sur le gun control, c’est-à-dire la régulation des ventes d’armes selon les antécédents de l’acquéreur.
Que risque-t-il, lui, homme désormais libre de toute contrainte électorale, à prendre la tête d’une croisade contre le lobbying meurtrier de la NRA, de se battre pour faire voter par le Congrès une loi fédérale interdisant ces armes à feu, bref à modifier ce sacro-saint 2nd Amendement que la Cour Suprême n’a d’ailleurs jamais renoncé à transformer, mais la plupart du temps en le durcissant ?
Cet amendement, incompréhensible pour nous, avait un sens lors de l’indépendance Etats-Unis. En effet, « le droit du peuple [américain] de détenir et de porter des armes » est inscrit dans le second amendement de 1787, qui fait partie du Bill of Rights ratifiés en 1791, appelant à la constitution de milices pour s’opposer à toute tentative des Britanniques pour entraver la Révolution toute neuve : A well regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed. Traduisez, « une Milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne peut être transgressé. »
Cette interprétation historique avait d’ailleurs été celle de la Cour Suprême en 1939, qui n’a malheureusement pas cessé, depuis, de transformer l’esprit de ce Second Amendement, en en faisant un droit imprescriptible et individuel au port d’arme. On attend avec impatience qu’Obama, alors que la possibilité lui est donnée de nommer deux juges à la Cour Suprême, permette de renverser cette toute puissante juridiction aujourd’hui à majorité conservatrice.
Mais elle n’est pas la seule responsable. Derrière la question des armes à feu se cache en effet un véritable marché, un commerce rentable. Au premier rang, bien sûr la sur-puissante NRA – National Rifle Association qui, à coups de millions de dollars (c’est, aux USA, le lobby le plus puissant – 4,3 millions de membres – et le plus riche – 202 millions de dollars de dons), a fini par imprégner les mentalités. Le Washington Post estimait il y a deux ans que la NRA, qui distribue, à chaque campagne, des soutiens financiers considérables, avait réussi en moyenne à faire élire 4 candidats sur 5 parmi ceux qu’elle avait soutenus lors des élections pour la Chambre des Représentants !
Plus profondément, la culture américaine est devenue de plus en plus individualiste; la révolution ultra-conservatrice a gagné du terrain ; la croyance dans le self-reliance – ne compter que sur soi et surtout pas sur l’Etat – est désormais un mantra incontournable dans une société qui cultive le fantasme exacerbé d’une liberté sans limites.
Comment dans la série Desperate housewives peut-on montrer une des héroïnes trouvant un moment de détente en tirant sur des boîtes de conserve au fond de son jardin, entre une tarte aux noix de pecan et une partie de poker avec ses voisines ?
Comment surtout – et cet exemple est authentique – un professeur d’université peut-il raconter sans frémir à ses étudiants qu’il dégomme les lapins qui gambadent à la lisière de son terrain dans une banlieue résidentielle chic de Virginie?
Les assassins ne sont pas pour autant plus nombreux aux USA qu’ailleurs – même si on peut regretter que tous ceux qui auraient besoin de soins psychiatriques très lourds soient moins bien dépistés et suivis – mais ils ont la possibilité de s’équiper facilement de revolvers, de fusils de chasse et même de fusils d’assaut, en vente libre aux comptoirs de la chaine de supermarchés de Walmart !
Pire : après chaque bain de sang, les ventes d’armes augmentent, y compris dans l’Etat même où a été commis l’hécatombe. Ce fut le cas dans l’Arizona après la tuerie de Tucson qui a failli coûter la vie à la Représentante démocrate Gabrielle Giffords. Au nom d’une logique folle : si les gentils Américains avaient des armes, ils pourraient les retourner contre les méchants qui en font usage ! C’est ainsi que des voix osent dire depuis trois jours que si les armes étaient permises dans les écoles, elles auraient permis de se défendre face à Adam Lanza, auteur de l’horreur de Newtown. Autrement dit, encourageons la folie pour répondre à la folie !
On sait qu’aucun président ne sera élu en faisant campagne pour l’interdiction des armes à feu. Aucun gouverneur non plus. Et il est vain de croire, comme le voudrait la presse du monde entier que « le débat va enfin s’ouvrir sur le port d’armes aux Etats-Unis« . Il ne se passera rien… jusqu’au prochain massacre qu’on déplorera avec autant de chagrin que celui-ci, qui a visé principalement des enfants de 6 ans, et a rendu humides les yeux du président américain. Il doit s’exprimer cette nuit. Si c’est pour réclamer un renforcement de plus du gun control si peu efficace, ce sera décevant. On attendrait de lui un courage historique pour aller jusqu’au bout et souhaiter l’interdiction des armes à feu en vente libre sur le territoire américain. Peut-être l’aura-t-il ce soir ?
PS, Lundi matin : Obama est resté au bord du chemin : « Nous ne pouvons pas accepter que des tels événements deviennent la routine. Sommes-nous prêts à dire que nous sommes impuissants face à de tels carnages? Que la situation politique est trop difficile? ». Allusion plus que prudente au sujet brûlant. Et pas d’annonce de mesures – fussent-elles de contrôle renforcé. Timide approche. Réelle déception.
Source: Huffington Post 16/12/12
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Samuel Landry
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Ciné Club: Le Père Noël est une ordure
http://www.imdb.com/title/tt0084555/
Invitation à tous les étudiants et professeurs d’Histoire et civilisation:
Le profil cinéma organise un ciné-club mercredi le 19 décembre à 14h au E-310 auquel vous êtes conviés!
Nous profitons en effet de l’occasion pour projeter un grand classique du répertoire de Noël: Le Père Noël est une ordure.
Un conseil: venez! Vous allez rire, vous allez adorer et ça va vous changer les idées de cette session particulière.
Guillaume Campeau
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Pandit Ravi Shankar 1920-2012
La légende des légendes
Yves Bernard, Le Devoir, 13/12/12
Compositeur émérite, Pandit (maître) Ravi Shankar fut surnommé le Mozart du sitar par le regretté violoniste Yehudi Menuhin. Il fut aussi l’un des musiciens les plus célébrés de la planète, remportant trois Grammy et le Bharat Ratna, la plus haute distinction civile indienne. Mais il fut avant tout ce sage visionnaire qui a ouvert au reste de la planète le monde de son art hindoustani de l’Inde du Nord. Il est décédé mardi à l’âge de 92 ans dans un hôpital à San Diego en Californie. Il venait de subir une opération chirurgicale pour le remplacement d’une valve cardiaque, et sa dernière performance, il l’avait offerte avec sa fille Anoushka à Long Beach, le 4 novembre dernier.
Mercredi, les témoignages sont venus de partout : « Il était la légende des légendes », a lancé Shivkumar Sharma, célèbre joueur de santour qui avait joué avec le maître. « Il fut trésor national et ambassadeur mondial de l’héritage culturel de l’Inde. Une ère s’achève. La nation se joint à moi pour rendre hommage à son génie insurpassable, à son art et à son humilité », a pour sa part déclaré le premier ministre indien Manmohan Singh via Twitter.
Né en 1920 dans la ville sacrée de Bénarès sur les bords du Gange, Ravi Shankar venait d’une famille de brahmanes, la plus haute caste de la société hindoue. Il a commencé sa vie artistique à l’âge de dix ans comme danseur au sein de la troupe de son frère Uday. Il m’en avait donné quelques précisions dans une entrevue pour le ICI en 2003. « Le nom d’Uday Shankar était aussi connu que ceux de Gandhi et de Tagore, le Prix Nobel de littérature. Il fut véritablement le premier à faire connaître la danse et la musique indiennes à l’extérieur. Les gens nous découvraient avec grand étonnement. »
Ravi Shankar se rappelait être venu à Québec vers 1933 par un froid de canard. Avec Uday, il a fréquenté plusieurs scènes du monde avant d’opter pour un autre destin, choisissant à l’âge de dix-huit ans de se consacrer à l’apprentissage rigoureux de la musique savante et de suivre le joueur de sarode Allaudin Khan dit Baba, qui deviendra son guru.
Au milieu des années 40, il se fait reconnaître en Inde. Il écrit aussi des musiques de film. Lors de la décennie suivante, il tourne déjà en son nom à l’étranger, compose pour des orchestres et commence à intégrer des instruments d’ailleurs. Il multipliera par la suite les collaborations avec des artistes de l’Ouest et deviendra proche de John Coltrane, qui prénommera son deuxième fils Ravi en son honneur.
Au milieu des années 60, sa rencontre avec George Harrison des Beatles, à qui il enseignera le sitar, lui vaudra l’étiquette de parrain de la world music. Il en était mal à l’aise : « Je n’ai jamais voulu faire de mélange. J’ai seulement voulu trouver de nouvelles textures à la musique classique indienne, avait-il dit en 2003. Je n’ai jamais jammé avec qui que ce soit et si j’ai pu collaborer avec des musiciens occidentaux de renom comme le flûtiste Jean-Pierre Rampal, le violoniste Yehudi Menuhin ou le compositeur Philip Glass, c’est parce qu’ils ont interprété mes compositions ».
Malgré cela, il est du festival de Woodstock en 1969 et du concert pour le Bangladesh, deux ans plus tard. Sa musique est alors associée au psychédélisme et aux herbes illicites sous-jacentes à l’écoute de la musique : « Ma musique n’a rien à voir avec cela. C’est la raison pour laquelle depuis 1975, j’ai réglé le problème en ne me produisant que dans les réseaux de la musique classique », avait-il expliqué lors de l’entrevue citée plus haut. Mais, au-delà du malentendu, la grandeur du personnage, son humilité légendaire et sa vision spirituelle pour un monde meilleur persisteront pendant longtemps encore… sur un air de légende.
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Pandit Ravi Shankar selon Aditya Verma
Joueur de sarode montréalais, Aditya Verma fut l’un des disciples de Ravi Shankar. Il témoigne : « Avant qu’il devienne mon guru, ma connexion avec Pandit Ravi Shankar ressemblait beaucoup à une relation entretenue entre un petit-fils et son grand-père. Puis, j’ai réalisé que son enseignement ne concernait pas que la musique, mais la vie dans plusieurs de ses facettes. Pour lui, la musique n’était pas seulement une question de jouer des notes, mais une intégration à la culture totale, qui est transmise depuis fort longtemps d’une génération à l’autre : la musique était tout. Pour bien le saisir, il est important de comprendre qu’au début de sa carrière, lorsqu’il a commencé comme danseur dans la troupe de son frère, il vivait en Inde, mais il voyageait beaucoup en Europe et en Amérique, en vivant l’excitation d’être membre d’un ensemble célèbre. Puis, il a opéré un changement complet de mode vie pour aller rejoindre son gourou en s’installant littéralement dans un village indien pendant sept ou huit ans. Il vivait alors dans une petite chambre et passait ses journées à apprendre et à pratiquer. Cela explique sa solide fondation artistique. N’importe qui d’autre qui n’aurait pas eu son génie se serait perdu. Il a atteint plusieurs personnes par la musique, la culture et la spiritualité indiennes. Je pense que cela va prendre des générations pour comprendre sa contribution. »












