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François Legault: un intendant sans idées?

Parler anglais n’est peut-être pas une exigence absolue, mais pour qui prétend gouverner le Québec il est tout de même requis d’avoir une certaine idée du Québec. Ce qui ne semble pas être le cas de François Legault…

BLx

La soif du pouvoir de François Legault

Comment comprendre son parcours labyrinthique qui brille par l’absence totale de constance.

Robin Philpot
Tribune libre de Vigile.net
jeudi 9 août 2012


« Si je retourne en politique, ce sera comme chef, » aurait dit François Legault. Et ce n’était pas pour être chef du Parti Québécois, ni chef de la Coalition avenir Québec, mais bien « cheuf » du Québec. Du moment où on se rend compte que pour lui être « cheuf » l’emporte sur le reste, il devient très facile de comprendre son parcours.

En ce sens, d’ailleurs, François Legault se distingue nettement des politiciens qui ont dirigé le Québec depuis au moins 1960. Chacun des premiers ministres depuis Jean Lesage a été guidé par « une certaine idée du Québec. » Cette idée du Québec, différente pour chacun, donnait de la forme aux politiques qu’ils mettaient en œuvre.

Pour Jean Lesage, c’était « maître chez nous », Daniel Johnson, « égalité ou indépendance », Robert Bourassa, première mouture, « souveraineté culturelle », René Lévesque, « souveraineté-association », Robert Bourassa, deuxième mouture, « Meech et Québec, société distincte », Jacques Parizeau, « la souveraineté », Lucien Bouchard et Bernard Landry, toujours « la souveraineté » mais avec moins de clarté, et Jean Charest, « le fédéralisme asymétrique » mais qui tire sur l’État canadien unitaire.

Contrairement à tous ces premiers ministres qui avait chacun leur « certaine idée du Québec » et une certaine constance (sauf Lucien Bouchard), on dirait que François Legault n’est guidé que par « une certaine idée de lui-même ». Sinon, comment comprendre son parcours labyrinthique qui brille par l’absence totale de constance.

Qu’il nous a donc cassé les oreilles avec son Finances d’un Québec souverain publié en 2005. Il sillonnait le Québec en 2005, visant, pas très discrètement, la direction du Parti Québécois et en essayant de convaincre tout le monde qu’il était homme de gauche et digne héritier de Jacques Parizeau. Mais juin 2005, coup de théâtre : après avoir miné le leadership de Bernard Landry pendant plusieurs mois, il « choke » et annonce qu’il ne sera pas candidat à la direction du Parti Québécois. Un premier doute s’installe sur ses convictions et sur son « idée du Québec ».

Son Finances d’un Québec souverain, quoique intéressant, manquait quelque chose, soit une analyse du fonctionnement de l’économie canadienne. Il demeurait dans les limites de la gestion de l’État – pour ne pas dire, avec le recul, du carré de sable – n’abordant aucunement la question fondamentale du fonctionnement de l’économie canadienne, laquelle répond surtout aux besoins et aux aspirations de Toronto et, de plus en plus, de l’Ouest canadien. On notera que ses nouveaux vieux amis, dont Charles Sirois, s’accommodent très bien de ce fonctionnement où ils font figure de minoritaires éternels mais heureux et prospères. Le document de Legault ne touchait pas à ce problème, son auteur non plus, ni dans ses discours militants ni dans ses interventions médiatiques. Donc, un deuxième doute s’installe sur la profondeur de son engagement.

C’est ainsi que, lors d’une rencontre en 2006, j’ai suggéré à François Legault de lire le livre de Jane Jacobs, La question du séparatisme, Le combat du Québec pour la souveraineté (qui vient de paraître enfin en français ). Ce livre, mieux que tout autre, démontre à quel point la souveraineté est nécessaire si Montréal et le Québec ne veulent pas sombrer dans un provincialisme économique et politique débilitant. J’ai même donné à M. Legault une photocopie de la version anglaise du livre, qui n’était plus disponible même dans les bibliothèques, en espérant qu’il embrasse plus large quand il parlait de l’économie d’un Québec souverain. Quelle a été la réaction du futur chef de la CAQ ? « La photocopie n’est pas bonne ! » Jamais un mot dans ses discours.

On connaît la suite. Tout ce qu’il a dit pendant toutes ces années a pris le bord. Là, il voterait non, il ne veut pas « une grosse chicane constitutionnelle ». Mais il veut une chicane avec les syndicats. Il veut une chicane avec les étudiants. Et il recrute n’importe qui, lesquels disent n’importe quoi.

Selon l’adage, Qui se ressemble, s’assemble. Dans le cas de la CAQ, la ressemblance entre le chef qui veut être « cheuf » et ses deux plus grosses prises, c’est bel et bien cette soif du pouvoir.

Jacques Duchesneau, ancien chef de police qui a échoué lamentablement dans sa campagne pour la mairie de Montréal, n’a même pas mis 24 heures pour montrer à quel point il prendrait des raccourcis pour avoir le pouvoir en déclarant que c’est lui qui nommerait des ministres – le gars n’a jamais été élu à quelque poste que ce soit. Et Gaétan Barrette ? Dans toutes ses entrevues depuis des années, il ne cesse de prétendre que si c’était lui le ministre de la Santé, il ferait ceci et cela. Donc, pas de surprise quand son organisation a récemment annoncé sa présence à une assemblée en précisant que c’était lui le chef.

Quand la soif du pouvoir l’emporte sur toute vision sur l’avenir du Québec, on peut s’attendre à n’importe quoi. Surtout au Québec où le pouvoir réel, comme ne le cessait de dire l’ancien François, ne se trouve pas à l’Assemblée nationale du Québec mais à Ottawa.

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Le Printemps québécois: Quand le peuple s’éveille…

http://vimeo.com/47205376#

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Lettre de démission de Gabriel Nadeau-Dubois

À tous ceux et celles qui se sont mobilisé-e-s ce printemps,

Aux membres de la CLASSE,

Cette lettre a pour but de vous informer que je quitte mes fonctions de co-porte-parole de la CLASSE. Après près de six mois de lutte à vos côtés, j’ai la conviction que la CLASSE a besoin de nouveaux visages. Après avoir participé à la tournée nationale de la Coalition aux quatre coins du Québec, je sais que notre lutte entre dans une nouvelle étape. Une étape qui nécessite un renouvellement : il est temps pour moi de tirer ma révérence. J’ai fait ma part comme porte-parole, il est maintenant temps que d’autres prennent la relève.

Je pars la tête haute, avec la conviction d’avoir fait mon devoir et d’avoir participé à un mouvement populaire historique. Je suis un étudiant, je suis un militant et c’est à ce titre que je continuerai dorénavant à faire avancer mes idéaux. La CLASSE, avec ou sans moi, continuera à accomplir de grandes choses : je ne suis pas et n’ai jamais été un chef. Par mon départ, je le démontrerai hors de tout doute.

Je pars, mais le mouvement se poursuivra. Ce que je quitte, ce n’est pas la mobilisation, ni la lutte, ni la CLASSE : je quitte mon rôle de porte-parole. Je serai encore à vos côtés, dans la rue et dans les assemblées. Je pars avec le sentiment du devoir accompli, avec le sentiment d’avoir participé à la hauteur de mes capacités à construire cette magnifique mobilisation. La CLASSE a besoin de sang neuf et je sais qu’il y a parmi mes collègues des gens formidables, prêts et prêtes à reprendre le flambeau.

Cette décision n’est ni motivée par l’amertume, ni par le désespoir. Au contraire, je suis plus convaincu que jamais de la nécessité de poursuivre la mobilisation entreprise dans les six derniers mois. Le climat d’ébullition politique et sociale que nous avons contribué à mettre en place au Québec doit impérativement se poursuivre dans les prochains mois et les prochaines années. Les critiques soulevées par la jeunesse québécoise ce printemps sont beaucoup trop profondes pour être réglées par une campagne électorale de 35jours.

Nous avons posé de graves questions, et les élections ne pourront y répondre entièrement, même advenant la mise au rancart du gouvernement libéral. Nous n’avons pas seulement contesté une hausse des droits de scolarité. Nous avons remis en question des institutions sclérosées et corrompues qui avaient grand besoin de l’être et nous avons contesté le tout-à-l’économie des libéraux.

Je pars avec un seul regret. Je regrette de quitter mes fonctions alors que le Québec est toujours dirigé par Jean Charest, un premier ministre méprisant et violent envers le Québec et sa jeunesse. Gaz de schiste, corruption, Anticosti, Mont-Orford, hausse des droits de scolarité, taxe santé : la liste des tromperies, des mensonges, des scandales et des attaques à la population de ce gouvernement est trop longue.

Et lorsque la jeunesse s’est élevée contre ces absurdités, M.Charest n’a trouvé comme réponse que la dureté des matraques et l’acidité des lacrymogènes. À l’imagination de ma génération, il n’aura répondu que par la répression et le mépris. Devant une mobilisation généreuse et fondée sur des principes, il n’aura répondu que par des attaques personnelles et dégradantes.

Depuis le début de notre grève, il n’a reculé devant aucun moyen pour nous briser, autant comme mouvement que comme personnes. La loi spéciale et la brutalité policière se sont doublées d’atteinte à la réputation, de filatures, de déni du droit d’expression, d’interrogatoires injustifiés par la police, d’attaques nominales à l’Assemblée nationale, de sous-entendus constants que notre organisation était à la frontière du terrorisme : tous les coups ont semblé permis, qu’importent les effets sur la jeunesse. Pour un premier ministre qui souhaite tellement que le mouvement étudiant dénonce la violence et l’intimidation, je trouve que Jean Charest a fait preuve à l’endroit des étudiants et à mon endroit d’une charge de violence inouïe. J’ai maintenant besoin de prendre un répit loin de toutes ces attaques.

Ce manque de respect envers la jeunesse et ses porte-parole n’a d’égal que le mépris généralisé du bien commun qui règne au Parti libéral du Québec. Ce gouvernement n’a pas le droit de donner de leçon de démocratie : il est l’incarnation même de la corruption et du détournement des institutions publiques.

Ce premier ministre, au fond, n’est que le symbole d’une société bloquée qui n’a comme aspiration que de s’abaisser au même niveau de bêtise que ses voisins. Les universités américaines et ontariennes ne sont pas des exemples, pas plus que leur système de santé. Nous ne voulons pas suivre le chemin qu’elles indiquent et qui mène à la marchandisation de nos vies.

Heureusement, aujourd’hui, en écrivant ces lignes, je suis sincèrement convaincu que cela ne se produira pas. Cela ne se produira pas, car nous, membres de la jeunesse québécoise, savons maintenant ce que nous devons exiger de nous-mêmes. Cela ne se produira pas, parce que nous sommes des centaines de milliers, enfants de cette grève, à nous battre contre leur projet mortifère. Et nous ne nous refroidirons pas.

L’arrogance du pouvoir n’aura eu comme effet que de renforcer notre confiance en nous-mêmes. Les solidarités tissées au travers des nuages de gaz ne se délieront pas de sitôt. Les mains tendues ne se lâcheront pas. Et nous marcherons encore, pendant des années s’il le faut et bien au-delà de cette grève, afin qu’un jour le peuple du Québec reprenne aux affairistes et à l’argent les rênes de ce pays.

Ensemble, bloquons la hausse.

Gabriel Nadeau-Dubois

Voir aussi l’article paru dans Le Devoir, 9/08/12

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Pussy Riot: Le procureur demande 3 ans de camp!

Une membre de Pussy Riot dénonce un procès « de type stalinien »

Le Monde, 08/08/12

Les dernières déclarations devant le tribunal de Moscou des trois membres du groupe de punk rock russe Pussy Riot, jugées pour une « prière » anti-Poutine, étaient attendues. Mercredi 8 août, Nadejda Tolokonnikova, a dénoncé « un procès de type stalinien ». Ce procès ressemble à celui des « troïkas de l’époque de Staline », a déclaré la jeune femme, en allusion aux groupes de trois personnes (troïka) qui à l’époque de la terreur stalinienne condamnait à des années de camp ou à même à mort de manière arbitraire et expéditive.
« Notre place est en liberté et pas derrière les barreaux », a-t-elle ajouté en estimant qu' »un ordre politique a été donné ». « Les Pussy Riot sont les élèves et les descendants des dissidents », a conclu Nadejda Tolokonnikova en affirmant que « ce procès est celui de tout le système politique » russe. Le tribunal de Moscou rendra son jugement le 17 août.

Les trois jeunes femmes du groupe de punk Pussy Riot ont reçu le soutien de députés allemands et de Yoko Ono, veuve de John Lennon. Le procureur a requis mardi 7 août trois ans de camp à l’encontre des prévenues, Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 29 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, jugées pour « hooliganisme » après avoir chanté le 21 février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une « prière punk » contre le président Vladimir Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.

LE SOUTIENT DE CENT VINGT DÉPUTÉS ALLEMANDS

Dans une lettre signée par cent vingt députés des cinq groupes parlementaires de la chambre basse du Parlement allemand (Bundestag), adressée à l’ambassadeur de Russie à Berlin, les parlementaires se disent « préoccupés » par la procédure judiciaire visant les Pussy Riot, en détention provisoire depuis cinq mois. « Nous estimons que la détention provisoire de plusieurs mois et la peine élevée requise sont draconiennes et démesurées », écrivent les députés dans cette lettre publiée par l’hebdomadaire Der Spiegel sur son site.

De son côté, l’artiste d’avant-garde Yoko Ono en a appelé au président Vladimir Poutine pour libérer les jeunes femmes, dans un message sur son compte Twitter. « Monsieur Poutine, vous êtes un homme sage, vous n’avez pas besoin de lutter contre des musiciens ou leurs amis. Gardez de la place en prison pour de véritables criminels », a écrit Yoko Ono.

Mardi, la chanteuse américaine Madonna avait rejoint d’autres stars internationales de la chanson en apportant son soutien aux Pussy Riot lors de son concert à Moscou où elle a assuré prier pour leur libération.

Par ailleurs, une source haut placée à la chambre basse du Parlement russe et proche du Kremlin a indiqué au quotidien Nezavissimaïa Gazeta de mercredi que la condamnation des Pussy Riot serait probablement inférieure aux trois ans de camp requis par le procureur. Mais cette source anonyme a ajouté être sûre que les trois jeunes femmes ne seraient pas relaxées comme le réclame la défense : « Autrement on se poserait la question – mais pourquoi au juste ont-elles été en détention ? » « La peine couvrira probablement la détention provisoire et sera un peu supérieure. Il serait absurde de les libérer immédiatement à la sortie du tribunal », a ajouté cette source.

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Manifeste des professeur.e.s pour la protection de la démocratie et du droit de protestation étudiants

«Nous sommes des professeur.e.s au sein d’institutions d’enseignement supérieur. Notre travail est d’ouvrir avec nos étudiant.e.s des horizons critiques qui questionnent la réalité et qui offrent prises sur le monde.

Nous ne nous concevons pas comme de simples  agent.e.s de reproduction de l’ordre social, et surtout pas comme des officiers de la répression avec laquelle le pouvoir d’État québécois a décidé d’attaquer, en la méprisant, la collectivité étudiante. L’inique Loi 12 (anciennement Projet de loi 78), qui criminalise ce qui était encore hier des droits sociaux et des droits civiles, voudrait que les professeur.e.s québécois.es commencent à jouer ces rôles.» Lire le Manifeste ici

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Île d’Anticosti – L’anti-côte ou l’île des naufrages

François-Guy Touchette – Saumonier. Le Devoir, 06/08/12

Dans ces pages, je signai en février 1996 un court article sur le pillage des fossiles sur l’île d’Anticosti qui trouvait son débouché économique dans la vente de ces pièces archéologiques uniques à des collections privées et publiques partout dans le monde. Aujourd’hui, j’estime que sa survie même est en jeu.

Car cette île, la plus grande du Québec, rachetée à la Wayagamack Pulp and Paper Company (qui deviendra en 1931 la Consolidated Bathurst), est un lieu privilégié par la quantité et la qualité de ses témoins du passé de l’histoire de la Terre, se comparant par son importance à ce lieu mythique qu’est Miguasha, en Gaspésie.

Surtout, ce qui caractérise cette île fantastique, c’est son isolement et le fait que l’humain l’a pour le moment peu envahie. Ou encore le caractère exceptionnel de sa flore, qu’un frère Marie-Victorin, le père de la botanique au Québec, a reconnu, au point de consacrer à celle-ci un livre, la Flore de l’Anticosti-Minganie, où il décrit pour les générations futures la richesse de pièces botaniques uniques à ce site.

De plus, on ne peut passer à côté de sa faune, sa vitrine la plus connue du public québécois, qu’un Français, Henri Menier, enrichit en 1895 avec des cerfs de Virginie ainsi que des crapauds (ce qui est moins connu), histoire de contrer les insectes piqueurs sur l’île, etc.

Et, enfin, de ses rivières à saumon. Ces dernières, par contre, eurent malheureusement à subir du braconnage, surtout lors de l’ouverture de l’île au grand public par la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ). Vu le nombre de ses rivières et la vastitude du territoire à parcourir, la tâche de surveillance s’avère impossible à réaliser, ce qui explique que bon nombre de rivières d’Anticosti soient aujourd’hui exemptes du roi de nos eaux. Mais ce n’est pas le seul facteur expliquant cette disparition. Il y a la pêche accidentelle, le réchauffement des eaux, le changement de sexe dû aux produits chimiques et aux cosmétiques, etc.

Par ailleurs, deux autres éléments concourent à rendre l’île unique. Ainsi, c’est l’endroit au Québec où l’on trouve le plus grand nombre de cavernes, en raison de son sol calcaire

Et pour terminer cette longue énumération des caractéristiques faisant d’Anticosti un petit paradis, il y a ces canyons incroyables, dignes de westerns étatsuniens, et ces chutes magnifiques, dont la chute Vauréal, la plus célèbre de toutes.

Lieu de naufrages

Anticosti est connue et reconnue depuis des temps immémoriaux pour ses côtes hostiles parsemées de hauts fonds traîtres. C’est même à eux qu’elle doit son nom : Anticosti ou Antiscoste ou Anticosty, ou encore Antiscosty ou Enticosti, et, chez les Micmacs, le nom de Natigôsteg, qui veut dire « terre avancée ». Jacques Cartier, en passant par le détroit de Belle-Isle, disait en 1535 pour la nommer : « ladicte ysle que nous avons nommée l’isle de l’Assumption ». À l’époque, bien entendu, il ne savait rien de ses eaux traîtresses.

Parce que l’île, c’est aussi et surtout un lieu de naufrages. Pas étonnant qu’on l’ait surnommée le cimetière du Saint-Laurent. Pas moins de centaines de navires s’y sont brisé les flancs, entraînant dans la mort des milliers de personnes. Rien que de 1828 à 1899, on compte 138 naufrages. C’est dire combien le site est dangereux.

Lors du rachat de l’île par le gouvernement du Québec, en 1974, le gouvernement fédéral, dont les eaux tombent sous sa juridiction, s’était engagé à « dépaver » tous les navires qui en parsemaient ses côtes, à l’exception de l’épave, devenue touristique depuis lors, du Wilcox, que l’on peut apercevoir ou visiter de l’extérieur de nos jours.

Il existe donc un danger réel de naufrages, et ce, encore aujourd’hui. À preuve, selon les dernières statistiques disponibles, entre 1980 et 1982, malgré des phares encore actifs, on recense trois naufrages.

Et si un pétrolier…

On imagine alors l’impact d’un navire pétrolier venu prendre sa cargaison de pétrole et qui s’échoue ou qui se brise en deux et laisse échapper l’irrémédiable dans une des deux baies accessibles aux navires. Ou encore l’effet d’un bris d’un possible pipeline sur la faune, la côte et les poissons et crustacés qui nagent ou qui vivent présentement dans ces eaux en toute tranquillité, ignorant tout de l’épée de Damoclès que l’humain met au-dessus de leurs têtes.

Ce qui est en jeu ici, c’est tout le capital touristique, faunique, de la flore propre à une île unique face au Grand Capital qui veut développer le potentiel pétrolier et gazier de celle-ci. En somme, c’est toujours la même confrontation entre l’économie à tout prix et les jobs face à une écologie fragile.

J’imagine la rivière Jupiter après ce passage de l’économie dans les parages anticostiens, vide de toute truite de mer et de tout saumon, anéantis comme bien d’autres caractéristiques que j’ai énumérées plus haut. Sauf que cette fois, l’île a une chance de s’en sortir à cause de sa barrière naturelle : ses risques énormes de naufrages sur ses hauts fonds.
Est-ce que, dans l’avenir, on assistera à la revanche de la nature ? Je ne nous le souhaite pas !

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Le père Benoît Lacroix, un anarchiste?

« L’âge nous impose une liberté », constate le père Benoît Lacroix, qui aura 97 ans dans un mois.
« J’aime ça quand les étudiants crient. Mais ce qui m’intéresse, c’est l’écho », a confié au Devoir le père Benoît Lacroix, la semaine dernière. Leurs slogans ont retenti sur les pavés, ils résonnent maintenant dans les discours électoraux qui font de l’éducation un enjeu central. Mais attention, dit l’historien : il ne faudrait pas que les jeunes aient à descendre dans la rue pour qu’on les écoute enfin.
Au lendemain du déclenchement d’une campagne électorale estivale qui doit composer avec une crise sociale, c’est avec calme et aplomb que le père Benoît Lacroix, lance, le dos droit et le regard vif, sans hésiter, que « le capitalisme devrait disparaître le plus vite possible. Il n’a pas joué son rôle. Je suis d’accord avec certains jeunes qu’on qualifie de radicaux ».Un « anarchiste », en quelque sorte. Et il aura 97 ans dans un mois. Il a fêté samedi 75 ans de vie religieuse au sein de sa communauté, les frères dominicains. Ce qu’il trouve de merveilleux à cet âge ? « Je me sens libre. Je n’ai pas de réputation à sauver. J’ai envie de dire ce que je pense. L’âge nous impose une liberté. » Auteur de dizaines d’ouvrages, des essais spirituels ou historiques aux contes, il dit se consacrer ces jours-ci à une écriture plus poétique.Au détour de la conversation, dans le calme de son bureau installé dans la bibliothèque de la communauté qui a pignon sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine, l’homme est conscient que le poids des mots, en pleine campagne électorale, prend un autre sens. Il pose un regard très philosophique sur les bouleversements actuels. « C’est la vengeance de la vieillesse, dit-il. On peut intégrer toutes les surprises, toutes les crises. »Ce printemps, avec ses amis Gilles Vigneault et Jacques Languirand, à l’invitation de Dominic Champagne, le père Lacroix est sorti dans les rues, à l’occasion de la grande marche pour le jour de la Terre. « Je suis allé au bout de mes forces », confie-t-il, « Trois heures de marche… Je n’ai pas regretté. » Pour garder la forme, il compte d’ailleurs sur la marche, car à 86 ans, il a dû renoncer au tennis.

« Tout est à repenser, croit-il. Les étudiants sont là pour nous le dire, à leur manière. C’est un avertissement qui est donné à tout le monde, et c’est pour ça que les jeunes me fascinent. »

Benoit Lacroix, élevé à la campagne par des parents cultivateurs, plus intéressé à 20 ans par le sport que par les études, dit qu’il a découvert son intelligence quand la communauté l’a poussé sur les bancs de l’université, pour y étudier les fondements de la philosophie et de la théologie. Il enseignera à son tour pendant de nombreuses années.

Aujourd’hui, la terre sur laquelle il a été élevé a elle aussi succombé au capital. Quand il visite les neveux et nièces qui l’ont reprise, il constate que c’est un autre monde, celui de la technique. Une entreprise commerciale. Tout comme sa chère université, l’institution qui « l’a le plus marqué comme adulte ». Ses étudiants, il les a aimés comme on chérit ses enfants, lui qui a choisi de ne pas en avoir. À 20 ans, c’est le désir d’aller voir « ailleurs », d’apprendre, de donner sa vie « à plus qu’une famille » qui lui a fait quitter le 3e rang, à Saint-Michel-de-Bellechasse, pour la grande ville et la vie religieuse. « C’était instinctif. Ce n’était pas un miracle. Je n’ai pas eu d’extase. Je suis encore comme ça. Je vais voir. Je vais d’ailleurs voir ce que c’est avoir 97 ans… » Des regrets ? Non. Dans les années soixante et soixante-dix, quand des confrères quittaient massivement les rangs de la communauté, il est resté. Aujourd’hui, alors que des communautés sont menacées de disparition en même temps que leurs membres s’éteignent, faute de relève, le père Lacroix n’y voit pas de drame. « Ce n’est pas gênant qu’une communauté disparaisse, ce n’est pas un échec. Ils ont tout donné. Ce don leur survit. »

La transformation de l’université

À l’époque où le père Lacroix enseignait, « l’administration était mince, ce n’était pas un pouvoir, c’était un service », constate-t-il. Aujourd’hui, c’est un autre monde. Je comprends le combat des jeunes. En même temps, je comprends les rouages dans lesquels se retrouvent les universités. Nous sommes dans une société marchande, dans laquelle la métaphysique ne se vend pas. Il faut trouver des fonds. Composer avec les grandes compagnies minières et autres. Elles sont aux prises avec le capitalisme mondial et je ne sais pas comment elles vont s’en sortir. »

Sortir d’un capitalisme devenu « vicieux », idéologiquement, ça tient la route, selon le père Lacroix. Mais ça s’inscrit bien mal dans un programme électoral ou même à celui d’un recteur. Avec la mondialisation, le Québec ne peut pas prendre seul un virage, constate l’homme qui cherche des réponses dans la philosophie amérindienne, ces jours-ci.

Quand il était jeune, ses voisins étaient amérindiens. « J’ai fait comme tout le monde, je suis passé à côté d’eux sans les voir, sans me rendre compte qu’il y avait là une immense culture. » Pour lui, le capitalisme a manqué le train. Il menace son cher fleuve, qui a bercé son enfance. « Je comprends ceux qui sont intéressés par le profit qu’ils pourraient tirer des régions vierges, de l’île d’Anticosti par exemple. Mais la nature n’est pas là pour être possédée. Elle est un don. »

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Rentrée: Wake me up when september ends!

Une « rentrée » anxiogène pour les otages des libéraux

Dominic Desroches – professeur de philosophie / Ahuntsic

« Quand une société ne peut pas enseigner,
c’est que cette société ne peut pas s’enseigner »

Péguy, Pour la rentrée

Dans plusieurs collèges et universités, les cours reprendront exceptionnellement à la mi-août. Ce ne sera pas une « rentrée » au sens habituel du terme. Ce que l’on ne sait pas et qui passe sous le radar des grands médias traditionnels, en effet, c’est que les étudiants devront « avaler » neuf semaines de cours en six et qu’ils devront se soumettre à quatre évaluations en moins d’un mois et demi. Les collèges et les universités, pour affronter la grève historique et le printemps québécois, ont eu l’obligation de proposer des calendriers modifiés au Ministère de l’éducation, du loisir et du sport. Le semestre d’hiver s’achèvera à la fin de septembre et celui d’automne, qui débutera au milieu d’octobre, se terminera extraordinairement en janvier 2013. Pour ceux qui veulent voir, on le voit bien : nous n’avons pas affaire à une session d’automne régulière parce que l’école a été oubliée par les libéraux. Le gouvernement libéral, pour être plus précis, a improvisé une sortie de crise en prenant en otage une partie de la population. Toutes les personnes qui ont été paralysées par la grève historique, une grève qui en vérité continue encore, sont aujourd’hui prises en otage et doivent obéir à de nouvelles consignes provenant d’en haut. Ce texte voudrait mieux faire comprendre la « non-rentrée » 2012 et montrer qu’une gouvernance politique est petite quand elle fait des otages au nom d’une stratégie électoraliste qui boude le bien commun.

Qu’est-ce qu’une politique libérale ?

Le parti libéral, c’est mieux connu désormais, dirige d’abord pour ses amis. Il se sert de l’État, qui est pour lui une entreprise, a des fins particulières. Il a pour politique la privatisation des ressources naturelles et des biens publics. Il parvient en général à son objectif, depuis neuf années en trois mandats, par des modifications aux lois en vigueur, souvent des allégements, des exemptions de taxe sur le capital, l’augmentation des taxes des citoyens et surtout le copinage, lequel conduit piano piano à la collusion et la corruption. Voilà pourquoi son calendrier politique répond impérativement à une question très précise : à qui, parmi les proches du parti, l’ascenseur doit-il revenir ?

Prise d’otages par la loi spéciale

Évidemment, l’un des risques les plus subtils avec les agendas privés est de favoriser indirectement des « prises d’otages », c’est-à-dire de mettre sur pieds des politiques qui utilisent une partie ciblée de la population. On ignore encore trop souvent que, dans le contexte de la grève étudiante, la loi « spéciale » (projet de loi 78), en plus de modifier l’équilibre des saisons d’études, obligera par exemple les professeurs à enseigner plus tôt le matin et à terminer leurs cours plus tard le soir. Les cours seront allongés et tous les calendriers modifiés. Qu’ils auront moins de temps pour écouter leurs étudiants, les évaluer et remettre les notes à la fin du semestre. Les personnels des institutions, les professeurs et les étudiants seront bientôt débordés parce que la crise n’a pas été réglée et que le gouvernement, au lieu de se montrer à la hauteur de ses responsabilités, a tout misé sur la politique de l’autruche. Cette politique veut qu’il ne soit pas grave de remettre à plus tard, de laisser pourrir un conflit et que, finalement, il sera possible d’utiliser les élections pour rester au pouvoir.

Une question simple destinée à tout travailleur

Notre situation pour le moins exceptionnelle nous conduit à poser une question simple : quel travailleur, qui n’a pas fait de grève ou de « boycott », accepterait de voir ses conditions de travail modifiées unilatéralement et sans son consentement ? Qui voudrait voir son emploi transformé sans égard aucun à ses conditions de travail dûment négociées ? La réponse va de soi. Pourtant, c’est ce que de nombreux employés de l’État québécois vivront sous peu. Le gouvernement libéral ne semble pas penser que le petit monde de l’éducation, le cœur de la société, exige un cadre décent et adéquat. Il semble plutôt croire que les étudiants, les professeurs et les employés des institutions scolaires ne sont pas respectables (après tout, ils ont aussi « boycotté » malgré eux les cours) puisque sa loi les instrumentalise à des fins partisanes. Dans les collèges et les universités, au milieu d’août, ce ne sera donc pas l’éduction qui sera la priorité, ni la réussite des étudiants, mais l’urgence et la survie. On voudra certes s’en sortir sans trop souffrir. On se demandera comment travailler correctement lorsque la plupart des étudiants et des employés seront mêlés et perturbés, ailleurs, cherchant des points de repère dans une session perdue.

Un souhait pour septembre

C’est pour toutes ces raisons que nous anticipons une « rentrée » anxiogène. Nous craignons que les calendriers modifiés feront des « otages » et génèreront de nombreuses frustrations dans plusieurs institutions. La loi « spéciale », plus ou moins démocratique, critiquée par nos juges en toge et la Commission des droits de la personne, mais aussi par Amnistie Internationale, fera porter aux étudiants, aux professeurs, aux personnels et aux administrations des collèges et des universités une gouvernance politique douteuse, irresponsable, sans aucun doute électoraliste. À tous ceux qui se demandent si cela est acceptable, nous répondons non. Il est à souhaiter – notre pouvoir à plus de limites que de possibilités de changer les choses – que nous serons, nous les « otages politiques » des libéraux, nombreux à aller voter en septembre.

Article à paraître sur Politicoglobe

Source: Vigile.net

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Ai Weiwei, Never Sorry

Un documentaire sur l’artiste chinois Ai Weiwei, l’une des figures les plus importantes de l’art contemporain

Cineplex Odeon Forum Cinemas

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Garbage Beauty

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«Le groupe fait du street art sous la signature de Garbage Beauty, et chacun s’amuse, seul ou entre copains, à donner la parole aux meubles avant leur départ vers le dépotoir.»

Depuis l’an dernier, les commodes se font poétiques, les oreillers souhaitent une « Bonne nuit » sur l’heure du midi ; les matelas se font lascifs, lançant des « Voulez-vous coucher avec moi ? » ; d’un coup de crayon soigné, une chaise au dossier arraché crie « Debout » et invite à se réveiller, et une valise de velours suggère à prendre le large d’un « Let’s go »celtique.» Lire la suite: Le Devoir, 3/08/12

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Pas d’abstention!

Via Roger Des Roches

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Atterrir ou amarsir le 6 août 2012?

Le 26 novembre 2011 une nouvelle technologie fut envoyée dans l’espace. La fusée Atlas V, fabriquée par la NASA, a propulsé dans l’espace la capsule qui contenait le rover Curiosity. Le voyage de la capsule a duré neuf mois et elle a parcouru 565 millions de kilomètres. Elle traversera l’atmosphère martienne à une vitesse de 21000 km/h et devrait amarsir le lundi 6 août prochain à 1 h 35 à 154 kilomètres au sud de l’équateur, dans le cratère Gale.

L’arrivée sur la planète Mars ne sera pas comme les autres. Au lieu d’être projetée sur le sol, amarsir sur un coussin gonflable et rebondir pour ralentir sa chute,  les scientifiques se sont assurés que cette fois-ci, le robot serait déposé tout en douceur. Quand la sonde Curiosity sera toute proche de Mars, le module de croisière se séparera de la capsule d’entrée atmosphérique, par la suite, un parachute se déploiera afin de freiner la chute de la capsule pendant que sous celle-ci, un bouclier s’ouvrira. Lorsque le parachute se détachera, une grue sera libérée et elle sera dirigée par des rétrofusées afin que l’engin ne tombe pas trop vite et que l’endroit de l’atterrissage soit plus précis. La grue s’arrêtera à précisément 18 mètres de la surface et posera, à l’aide de câbles, le rover Curiosity et coupera ces câbles automatiquement pour ensuite s’envoler et aller se déposer plus loin. Cette grue volante est une nouvelle invention très utile, car elle peut déposer un objet de n’importe quelle grosseur, en douceur. Précisons que le rover Curiosity est plus gros et cinq fois plus lourd que tout ce qui a été envoyé sur la planète rouge à ce jour. Il fait à peu près la taille d’un 4X4 et peut atteindre 143 km/h.

Lors de la dernière mission sur Mars, entre 2003 et 2008, les robots Spirit et Opportunity, qui avaient été envoyé pour faire des analyses du sol et des roches, ont repéré, près du cratère Gale, une montagne composée en partie d’argile et de sulfate, deux minéraux qui se forment lorsque de l’eau est présente sous sa forme liquide. Fort de ces données, les scientifiques de la NASA espèrent maintenant découvrir des preuves d’anciennes formes de vies et d’habitabilité sur Mars avec le rover Curiosity. Ce dernier est équipé de différents outils tels qu’un détecteur de minéraux hydratés, un capteur de radiations, un détecteur de composés organiques, des capteurs météorologiques, des caméras, un spectromètre de composition chimique et une caméra toute spéciale d’identification de minéraux.

Devrions-nous avoir peur de ce que nous allons découvrir cette fois-ci? Ces nouvelles informations sur Mars nous donnera-t-elles un avant-goût amer de ce que la Terre deviendra un jour ou la verrons-nous plutôt comme une nouvelle destination vacance?

Laurie Gagné

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L’art en Nouvelle-France

L’art au temps de la colonie

Une exposition au Musée national des beaux-arts du Québec retrace l’histoire de l’art en Nouvelle-France

Etienne Plamondon-Emond, Le Devoir, 03/08/12

La France apporte la foi aux Hurons, Frère Luc, 1671

Québec – Alors que les Fêtes de la Nouvelle-France battent leur plein à Québec, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) inaugure une exposition dédiée à toutes les formes d’art en vogue de 1608 à 1760 dans la colonie. Une première véritable synthèse sur le sujet, fruit de plusieurs années de recherches et d’une grande collaboration avec des prêteurs.
En entrée d’exposition, la crosse en argent de Mgr Henri-Marie Dubreuil de Pontbriand, à l’orfèvrerie finement ciselée, se tient debout à gauche d’un wampum mohawk fait de perles et de cuir. Le ton est donné : tous les objets, aussi différents soient-ils, sont placés de façon à entrer en conversation et à se répondre. Face à face, côte à côte, ou l’une donnant sur l’autre, les œuvres, qu’elles soient profanes ou religieuses, décoratives ou relevant des beaux-arts, importées de France ou élaborées localement, s’imbriquent pour tracer un portrait complet du foisonnement artistique dans lequel baignait la Nouvelle-France.
Même le thème de la musique est souligné par des livres d’orgue et de chants liturgiques, ainsi que par une viole, provenant de l’Hôpital général de Québec, avec laquelle jouaient des religieuses au xviiie siècle. Bien que les œuvres soient divisées selon leur fonction — soit représenter, décorer ou prier —, la salle s’ouvre continuellement sur les autres volets, donnant à cet ensemble un côté cohérent, voire indissociable.
« Nous avons constaté que l’art n’était pas quelque chose d’hermétique. L’art était présent partout comme il l’est encore aujourd’hui », explique Daniel Drouin, cocommissaire de l’exposition et conservateur de l’art ancien avant 1850 au MNBAQ. « Les résultats des recherches des 40 ou 50 dernières années étaient cloisonnés. C’est-à-dire qu’on a fait quelques découvertes par rapport au mobilier, par rapport à la peinture, à la sculpture… On a avancé dans certains domaines, mais sans les faire dialoguer entre eux. » Cette rencontre se concrétise enfin. Des cartes géographiques aux tabernacles, en passant par des ex-voto, ces peintures où des personnes se sont fait peindre sous un saint pour le remercier d’un miracle ou dans l’espoir de voir leur vœu s’exaucer, tout est rassemblé et tout se tient.
Panorama artistique 

Fruit de plusieurs années de recherches menées par Laurier Lacroix, professeur d’histoire de l’art associé à l’UQAM, Les arts en Nouvelle-France dresse un panorama global sur le sujet comme il ne s’en est pas réalisé depuis les années 1970. Au MNBAQ, il faut remonter à 1984 pour tomber sur une exposition consacrée à cette question. Pour regrouper les 160 œuvres présentées, près d’une quarantaine de prêteurs, que ce soit d’autres musées, des fabriques ou des congrégations religieuses du Québec et de l’Ontario, ont accepté de se départir pour un instant de leurs joyaux. «J’estime que plus de 95 % du patrimoine du Régime français a disparu ; donc, les objets qui subsistent sont extrêmement précieux », dit Laurier Lacroix.
« Je suis très ému d’avoir certaines œuvres dans notre salle, confie Anne Eschapasse, directrice des expositions du MNBAQ, parce qu’elles ont des valeurs historiques, artistiques et sentimentales, qui témoignent à quel point ces objets sont porteurs de symbole, de sens, d’identité pour les différents collectionneurs et les institutions qui les possèdent. »
Entre autres, Les arts en Nouvelle-France donne la chance au grand public de jeter un œil sur la toile La France apportant la foi aux Hurons, « un tableau majeur de l’histoire de l’art du Québec et du Canada, qui est habituellement accroché dans la chapelle des Ursulines de Québec, donc un lieu qui n’est pas accessible à tous », précise M. Drouin.
Une autre pièce maîtresse est le portrait de sainte Marguerite Bourgeoys, peint quelques heures après son décès par Pierre Le Ber. Une relique que le Musée Marguerite-Bourgeoys n’a pas laissé sortir depuis 1974, soit avant la canonisation de la fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame.
Question d’identité 

Quant au Gilcrease Museum, situé à Tulsa en Oklahoma, il n’a pas autorisé le voyage dans la Vieille Capitale du Codex canadensis, un inestimable manuscrit dans lequel le jésuite Louis Nicolas a dessiné la faune et la flore du continent entre 1664 et 1675. Qu’à cela ne tienne. Une version numérique prend place à l’intérieur du MNBAQ et peut être patiemment feuilletée grâce à un écran tactile.
Bien que l’ordre chronologique ne soit pas respecté, l’exposition retrace le fil des origines d’un art qui nous est propre. Au départ, « la plupart des dirigeants, qu’on parle du gouverneur, de l’intendant ou des grands officiers vont arriver à Québec, à Montréal ou à Trois-Rivières avec tous leurs biens dans les cales des navires. Ils vont recréer ici un train de vie comme celui qu’ils avaient en France », raconte M. Drouin, comme en fait foi la vaisselle en argent ou en faïence. « Cet art français va côtoyer le début de l’art québécois et, très souvent, les œuvres importées ici par les Français vont servir de modèle. »
Du côté de la sculpture, « comme les demandes sont de plus en plus grandes et comme les pièces sont de plus en plus importantes, il va s’instaurer ici un système de maître et apprenti ». Certains se démarqueront, comme Paul Jourdain dit Labrosse, dont on peut voir l’imposant Christ en croix qui était érigé dans l’église Notre-Dame de Montréal.
Une exposition « identitaire », donc, aux yeux des commissaires. « C’est une occasion unique et exceptionnelle de pouvoir s’approprier son patrimoine historique », insiste M. Drouin. D’ailleurs, le MNBAQ a décidé d’abriter cet ensemble pendant près de neuf mois. « Il faudrait vraiment que cette exposition soit vue par tous les Québécois, dit Anne Eschapasse. On a pris cette décision justement de la prolonger très longtemps pour que le plus grand nombre possible de visiteurs puisse venir la voir. »

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L’appropriation commerciale des jeux olympiques, la suite.

Jeux Olympiques – Les anneaux rouillés

Serge Truffaut   Le Devoir, 3 août 2012

Si Londres est actuellement la capitale des prouesses sportives elle est également le théâtre où se déroule une pièce très amère parce que très policière. En effet, en plus d’avoir balisé les activités commerciales avec une méticulosité fanatique jamais vue dans l’histoire de l’olympisme, voilà que la liberté d’expression a été renvoyée au rayon des embarras. Rien de moins.
Scène 1 : au début de la présente semaine, le correspondant du quotidien The Independent a osé critiquer le travail du producteur responsable de la couverture des jeux pour le réseau NBC dans le cadre d’un message communiqué par le biais de Twitter. Scène 2 : au nom de l’entente commerciale liant Twitter à NBC, le premier a fermé le compte du journaliste sans avoir pris le soin de l’avertir. Cette intervention aux accents éminemment fascisants, c’est le cas de le dire (!), s’avère la mise en relief parfaite des dérives absolutistes, despotiques et souvent tyranniques que le Comité organisateur des Jeux de Londres (LOCOG) ainsi que le Comité international olympique (CIO) ont orchestrée en toute conscience au bénéfice des entreprises privées.
Les satrapes du CIO et du LOCOG ont façonné une loi du cadenas afin de réduire à néant toute initiative commerciale et locale. On ne le répétera jamais assez : ils ont écrit une ode au capitalisme stalinien, soit celui qui ne souffre aucune concurrence. Le gérant d’une succursale de la SAQ située à Montréal décide de faire la promotion de produits en utilisant les anneaux olympiques ? On lui fait savoir qu’il doit enlever ces derniers. À Londres, on est allé jusqu’à obliger le propriétaire de l’Olympic Coffee de gommer «Olympic ». Oui, oui… Cela a été possible grâce à la loi d’exception que tout pays organisateur se doit de faire voter depuis l’an 2000.
Mais cette année, à cause de l’introduction des médias sociaux et de leur succès, la liste des interdits a atteint des proportions qui dépassent l’entendement. On interdit aux athlètes de commenter sur Twitter et Facebook leurs performances ou celles de leurs concurrents, de télécharger des photos, d’évoquer la consommation de tel aliment si l’aliment en question n’est pas fabriqué par un des annonceurs des Jeux. Quoi d’autre ? « Un détenteur de billet ne peut diffuser ni publier sur des sites de réseaux sociaux ou sur Internet des enregistrements audio ou vidéo. »
Depuis peu, on soupçonne des sportifs de s’être prêtés au ambush marketing, ou marketing en embuscade, soit cette technique qui consiste à profiter de l’événement en promouvant des produits qui n’ont pas fait l’objet de contrats avec les organismes concernés. En fait, on croit que tout bien de consommation autre que ceux permis devrait être banni. Bref, au despotisme commercial la paranoïa vient de se greffer.
Voir aussi le premier texte de Serge Truffaut sur cette question: Difformité en jeux

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Charest et le plan pour perdre le Nord

Ne perdons pas le Nord

Jacques Dufresne, Encyclopédie de l’Agora

Le Québec n’est encore qu’une province canadienne et pourtant les élections qui vont s’y tenir bientôt devraient intéresser le reste du monde à commencer par les francophones : il y sera question du développement du Nord, c’est-à-dire de biens communs de l’humanité tels que l’eau, l’énergie et le fer, sur un territoire deux fois plus grand que la France.  Jacques Cartier, le découvreur du Canada a utilisé l’expression «Terre de Caïn» pour décrire la côte septentrionale du golfe du Saint-Laurent, quand il l’a aperçue pour la première fois en 1534. Il faisait allusion au chapitre IV de la Genèse, où Caïn, ayant tué son frère, est condamné à labourer une terre stérile. Terre de Caïn, terre deux fois maudite : d’abord par la nature et ensuite par les hommes qui semblent se réjouir d’avoir au Nord un immense territoire qu’ils peuvent impunément transformer en dépotoir après en avoir tiré à la hâte des richesses dont, au rythme actuel de leur exploitation, les générations futures seront privées.

Le mieux que l’on puisse dire du rapport des Québécois à ce territoire est qu’il est ambigu. Tout se passe comme si nous avions nous-mêmes commis la faute de Caïn. Et en réalité nous l’avons commise en cédant sans condition ce jardin nordique à des entreprises qui en exploitèrent les richesses accumulées dans son passé sans aucun souci pour son avenir. Pour la plupart, nous sommes encore indifférents à cet avenir et quand nous échappons à cette indifférence c’est pour éprouver un sentiment de culpabilité aussi stérile que celui de Caïn. Notre terre promise c’est la Floride. Le Nord est notre tombe : Dans sa version de l’histoire de Caïn, Victor Hugo nous dit que même en s’enfermant dans une tombe, Caïn ne parvenait pas à échapper à l’oeil réprobateur de Dieu.

Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

Qui donc a dit que celui qui se sent coupable de tout, ne se sent responsable de rien? L’heure est enfin venue pour nous de passer de la culpabilité à la sollicitude, de prendre possession du Nord d’une façon responsable. Nous voulons être maîtres chez nous, plusieurs aspirent à la souveraineté. L’atteinte de l’un ou l’autre de ces buts dépendra largement de la détermination avec laquelle nous transformerons notre terre de Caïn en terre d’Abel.

Si nous reportons au pouvoir le parti libéral, rien ne changera dans notre rapport avec le Nord et, quatre ans plus tard, les décisions les plus importantes, concernant des ressources proches de leur épuisement, auront été prises de façon irréversible dans un climat de corruption à peine interrompu par une commission d’enquête. Le Nord nous apparaît encore comme un territoire annexé à exploiter, en le spoliant si nécessaire; il faut qu’il devienne pour nous un jardin à cultiver, dans un esprit dont plusieurs de nos artistes, de nos poètes ont déjà eu le pressentiment. Pour lire la suite: http://agora.qc.ca/Dossiers/ne_perdons_pas_le_nord

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