L’art en Nouvelle-France

L’art au temps de la colonie

Une exposition au Musée national des beaux-arts du Québec retrace l’histoire de l’art en Nouvelle-France

Etienne Plamondon-Emond, Le Devoir, 03/08/12

La France apporte la foi aux Hurons, Frère Luc, 1671

Québec – Alors que les Fêtes de la Nouvelle-France battent leur plein à Québec, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) inaugure une exposition dédiée à toutes les formes d’art en vogue de 1608 à 1760 dans la colonie. Une première véritable synthèse sur le sujet, fruit de plusieurs années de recherches et d’une grande collaboration avec des prêteurs.
En entrée d’exposition, la crosse en argent de Mgr Henri-Marie Dubreuil de Pontbriand, à l’orfèvrerie finement ciselée, se tient debout à gauche d’un wampum mohawk fait de perles et de cuir. Le ton est donné : tous les objets, aussi différents soient-ils, sont placés de façon à entrer en conversation et à se répondre. Face à face, côte à côte, ou l’une donnant sur l’autre, les œuvres, qu’elles soient profanes ou religieuses, décoratives ou relevant des beaux-arts, importées de France ou élaborées localement, s’imbriquent pour tracer un portrait complet du foisonnement artistique dans lequel baignait la Nouvelle-France.
Même le thème de la musique est souligné par des livres d’orgue et de chants liturgiques, ainsi que par une viole, provenant de l’Hôpital général de Québec, avec laquelle jouaient des religieuses au xviiie siècle. Bien que les œuvres soient divisées selon leur fonction — soit représenter, décorer ou prier —, la salle s’ouvre continuellement sur les autres volets, donnant à cet ensemble un côté cohérent, voire indissociable.
« Nous avons constaté que l’art n’était pas quelque chose d’hermétique. L’art était présent partout comme il l’est encore aujourd’hui », explique Daniel Drouin, cocommissaire de l’exposition et conservateur de l’art ancien avant 1850 au MNBAQ. « Les résultats des recherches des 40 ou 50 dernières années étaient cloisonnés. C’est-à-dire qu’on a fait quelques découvertes par rapport au mobilier, par rapport à la peinture, à la sculpture… On a avancé dans certains domaines, mais sans les faire dialoguer entre eux. » Cette rencontre se concrétise enfin. Des cartes géographiques aux tabernacles, en passant par des ex-voto, ces peintures où des personnes se sont fait peindre sous un saint pour le remercier d’un miracle ou dans l’espoir de voir leur vœu s’exaucer, tout est rassemblé et tout se tient.
Panorama artistique 

Fruit de plusieurs années de recherches menées par Laurier Lacroix, professeur d’histoire de l’art associé à l’UQAM, Les arts en Nouvelle-France dresse un panorama global sur le sujet comme il ne s’en est pas réalisé depuis les années 1970. Au MNBAQ, il faut remonter à 1984 pour tomber sur une exposition consacrée à cette question. Pour regrouper les 160 œuvres présentées, près d’une quarantaine de prêteurs, que ce soit d’autres musées, des fabriques ou des congrégations religieuses du Québec et de l’Ontario, ont accepté de se départir pour un instant de leurs joyaux. «J’estime que plus de 95 % du patrimoine du Régime français a disparu ; donc, les objets qui subsistent sont extrêmement précieux », dit Laurier Lacroix.
« Je suis très ému d’avoir certaines œuvres dans notre salle, confie Anne Eschapasse, directrice des expositions du MNBAQ, parce qu’elles ont des valeurs historiques, artistiques et sentimentales, qui témoignent à quel point ces objets sont porteurs de symbole, de sens, d’identité pour les différents collectionneurs et les institutions qui les possèdent. »
Entre autres, Les arts en Nouvelle-France donne la chance au grand public de jeter un œil sur la toile La France apportant la foi aux Hurons, « un tableau majeur de l’histoire de l’art du Québec et du Canada, qui est habituellement accroché dans la chapelle des Ursulines de Québec, donc un lieu qui n’est pas accessible à tous », précise M. Drouin.
Une autre pièce maîtresse est le portrait de sainte Marguerite Bourgeoys, peint quelques heures après son décès par Pierre Le Ber. Une relique que le Musée Marguerite-Bourgeoys n’a pas laissé sortir depuis 1974, soit avant la canonisation de la fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame.
Question d’identité 

Quant au Gilcrease Museum, situé à Tulsa en Oklahoma, il n’a pas autorisé le voyage dans la Vieille Capitale du Codex canadensis, un inestimable manuscrit dans lequel le jésuite Louis Nicolas a dessiné la faune et la flore du continent entre 1664 et 1675. Qu’à cela ne tienne. Une version numérique prend place à l’intérieur du MNBAQ et peut être patiemment feuilletée grâce à un écran tactile.
Bien que l’ordre chronologique ne soit pas respecté, l’exposition retrace le fil des origines d’un art qui nous est propre. Au départ, « la plupart des dirigeants, qu’on parle du gouverneur, de l’intendant ou des grands officiers vont arriver à Québec, à Montréal ou à Trois-Rivières avec tous leurs biens dans les cales des navires. Ils vont recréer ici un train de vie comme celui qu’ils avaient en France », raconte M. Drouin, comme en fait foi la vaisselle en argent ou en faïence. « Cet art français va côtoyer le début de l’art québécois et, très souvent, les œuvres importées ici par les Français vont servir de modèle. »
Du côté de la sculpture, « comme les demandes sont de plus en plus grandes et comme les pièces sont de plus en plus importantes, il va s’instaurer ici un système de maître et apprenti ». Certains se démarqueront, comme Paul Jourdain dit Labrosse, dont on peut voir l’imposant Christ en croix qui était érigé dans l’église Notre-Dame de Montréal.
Une exposition « identitaire », donc, aux yeux des commissaires. « C’est une occasion unique et exceptionnelle de pouvoir s’approprier son patrimoine historique », insiste M. Drouin. D’ailleurs, le MNBAQ a décidé d’abriter cet ensemble pendant près de neuf mois. « Il faudrait vraiment que cette exposition soit vue par tous les Québécois, dit Anne Eschapasse. On a pris cette décision justement de la prolonger très longtemps pour que le plus grand nombre possible de visiteurs puisse venir la voir. »
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