L’appropriation commerciale des jeux olympiques, la suite.

Jeux Olympiques – Les anneaux rouillés

Serge Truffaut   Le Devoir, 3 août 2012

Si Londres est actuellement la capitale des prouesses sportives elle est également le théâtre où se déroule une pièce très amère parce que très policière. En effet, en plus d’avoir balisé les activités commerciales avec une méticulosité fanatique jamais vue dans l’histoire de l’olympisme, voilà que la liberté d’expression a été renvoyée au rayon des embarras. Rien de moins.
Scène 1 : au début de la présente semaine, le correspondant du quotidien The Independent a osé critiquer le travail du producteur responsable de la couverture des jeux pour le réseau NBC dans le cadre d’un message communiqué par le biais de Twitter. Scène 2 : au nom de l’entente commerciale liant Twitter à NBC, le premier a fermé le compte du journaliste sans avoir pris le soin de l’avertir. Cette intervention aux accents éminemment fascisants, c’est le cas de le dire (!), s’avère la mise en relief parfaite des dérives absolutistes, despotiques et souvent tyranniques que le Comité organisateur des Jeux de Londres (LOCOG) ainsi que le Comité international olympique (CIO) ont orchestrée en toute conscience au bénéfice des entreprises privées.
Les satrapes du CIO et du LOCOG ont façonné une loi du cadenas afin de réduire à néant toute initiative commerciale et locale. On ne le répétera jamais assez : ils ont écrit une ode au capitalisme stalinien, soit celui qui ne souffre aucune concurrence. Le gérant d’une succursale de la SAQ située à Montréal décide de faire la promotion de produits en utilisant les anneaux olympiques ? On lui fait savoir qu’il doit enlever ces derniers. À Londres, on est allé jusqu’à obliger le propriétaire de l’Olympic Coffee de gommer «Olympic ». Oui, oui… Cela a été possible grâce à la loi d’exception que tout pays organisateur se doit de faire voter depuis l’an 2000.
Mais cette année, à cause de l’introduction des médias sociaux et de leur succès, la liste des interdits a atteint des proportions qui dépassent l’entendement. On interdit aux athlètes de commenter sur Twitter et Facebook leurs performances ou celles de leurs concurrents, de télécharger des photos, d’évoquer la consommation de tel aliment si l’aliment en question n’est pas fabriqué par un des annonceurs des Jeux. Quoi d’autre ? « Un détenteur de billet ne peut diffuser ni publier sur des sites de réseaux sociaux ou sur Internet des enregistrements audio ou vidéo. »
Depuis peu, on soupçonne des sportifs de s’être prêtés au ambush marketing, ou marketing en embuscade, soit cette technique qui consiste à profiter de l’événement en promouvant des produits qui n’ont pas fait l’objet de contrats avec les organismes concernés. En fait, on croit que tout bien de consommation autre que ceux permis devrait être banni. Bref, au despotisme commercial la paranoïa vient de se greffer.
Voir aussi le premier texte de Serge Truffaut sur cette question: Difformité en jeux
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