François Legault: un intendant sans idées?

Parler anglais n’est peut-être pas une exigence absolue, mais pour qui prétend gouverner le Québec il est tout de même requis d’avoir une certaine idée du Québec. Ce qui ne semble pas être le cas de François Legault…

BLx

La soif du pouvoir de François Legault

Comment comprendre son parcours labyrinthique qui brille par l’absence totale de constance.

Robin Philpot
Tribune libre de Vigile.net
jeudi 9 août 2012


« Si je retourne en politique, ce sera comme chef, » aurait dit François Legault. Et ce n’était pas pour être chef du Parti Québécois, ni chef de la Coalition avenir Québec, mais bien « cheuf » du Québec. Du moment où on se rend compte que pour lui être « cheuf » l’emporte sur le reste, il devient très facile de comprendre son parcours.

En ce sens, d’ailleurs, François Legault se distingue nettement des politiciens qui ont dirigé le Québec depuis au moins 1960. Chacun des premiers ministres depuis Jean Lesage a été guidé par « une certaine idée du Québec. » Cette idée du Québec, différente pour chacun, donnait de la forme aux politiques qu’ils mettaient en œuvre.

Pour Jean Lesage, c’était « maître chez nous », Daniel Johnson, « égalité ou indépendance », Robert Bourassa, première mouture, « souveraineté culturelle », René Lévesque, « souveraineté-association », Robert Bourassa, deuxième mouture, « Meech et Québec, société distincte », Jacques Parizeau, « la souveraineté », Lucien Bouchard et Bernard Landry, toujours « la souveraineté » mais avec moins de clarté, et Jean Charest, « le fédéralisme asymétrique » mais qui tire sur l’État canadien unitaire.

Contrairement à tous ces premiers ministres qui avait chacun leur « certaine idée du Québec » et une certaine constance (sauf Lucien Bouchard), on dirait que François Legault n’est guidé que par « une certaine idée de lui-même ». Sinon, comment comprendre son parcours labyrinthique qui brille par l’absence totale de constance.

Qu’il nous a donc cassé les oreilles avec son Finances d’un Québec souverain publié en 2005. Il sillonnait le Québec en 2005, visant, pas très discrètement, la direction du Parti Québécois et en essayant de convaincre tout le monde qu’il était homme de gauche et digne héritier de Jacques Parizeau. Mais juin 2005, coup de théâtre : après avoir miné le leadership de Bernard Landry pendant plusieurs mois, il « choke » et annonce qu’il ne sera pas candidat à la direction du Parti Québécois. Un premier doute s’installe sur ses convictions et sur son « idée du Québec ».

Son Finances d’un Québec souverain, quoique intéressant, manquait quelque chose, soit une analyse du fonctionnement de l’économie canadienne. Il demeurait dans les limites de la gestion de l’État – pour ne pas dire, avec le recul, du carré de sable – n’abordant aucunement la question fondamentale du fonctionnement de l’économie canadienne, laquelle répond surtout aux besoins et aux aspirations de Toronto et, de plus en plus, de l’Ouest canadien. On notera que ses nouveaux vieux amis, dont Charles Sirois, s’accommodent très bien de ce fonctionnement où ils font figure de minoritaires éternels mais heureux et prospères. Le document de Legault ne touchait pas à ce problème, son auteur non plus, ni dans ses discours militants ni dans ses interventions médiatiques. Donc, un deuxième doute s’installe sur la profondeur de son engagement.

C’est ainsi que, lors d’une rencontre en 2006, j’ai suggéré à François Legault de lire le livre de Jane Jacobs, La question du séparatisme, Le combat du Québec pour la souveraineté (qui vient de paraître enfin en français ). Ce livre, mieux que tout autre, démontre à quel point la souveraineté est nécessaire si Montréal et le Québec ne veulent pas sombrer dans un provincialisme économique et politique débilitant. J’ai même donné à M. Legault une photocopie de la version anglaise du livre, qui n’était plus disponible même dans les bibliothèques, en espérant qu’il embrasse plus large quand il parlait de l’économie d’un Québec souverain. Quelle a été la réaction du futur chef de la CAQ ? « La photocopie n’est pas bonne ! » Jamais un mot dans ses discours.

On connaît la suite. Tout ce qu’il a dit pendant toutes ces années a pris le bord. Là, il voterait non, il ne veut pas « une grosse chicane constitutionnelle ». Mais il veut une chicane avec les syndicats. Il veut une chicane avec les étudiants. Et il recrute n’importe qui, lesquels disent n’importe quoi.

Selon l’adage, Qui se ressemble, s’assemble. Dans le cas de la CAQ, la ressemblance entre le chef qui veut être « cheuf » et ses deux plus grosses prises, c’est bel et bien cette soif du pouvoir.

Jacques Duchesneau, ancien chef de police qui a échoué lamentablement dans sa campagne pour la mairie de Montréal, n’a même pas mis 24 heures pour montrer à quel point il prendrait des raccourcis pour avoir le pouvoir en déclarant que c’est lui qui nommerait des ministres – le gars n’a jamais été élu à quelque poste que ce soit. Et Gaétan Barrette ? Dans toutes ses entrevues depuis des années, il ne cesse de prétendre que si c’était lui le ministre de la Santé, il ferait ceci et cela. Donc, pas de surprise quand son organisation a récemment annoncé sa présence à une assemblée en précisant que c’était lui le chef.

Quand la soif du pouvoir l’emporte sur toute vision sur l’avenir du Québec, on peut s’attendre à n’importe quoi. Surtout au Québec où le pouvoir réel, comme ne le cessait de dire l’ancien François, ne se trouve pas à l’Assemblée nationale du Québec mais à Ottawa.

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