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Archives de Catégorie: Culture et société
Expo : Création en temps de crise sociale
Le Centre de design de l’UQAM présente Création en temps de crise sociale, une exposition rétrospective du travail de l’École de la Montagne Rouge dont le commissariat est assuré par Frédéric Metz, designer et professeur honoraire de l’École de design de l’UQAM. L’exposition permettra d’apprécier le travail de ce collectif, concepteur d’affiches et de slogans devenus emblématiques de la lutte contre la hausse des frais de scolarité de 2012. Vous pourrez constater comment ce regroupement de créateurs, principalement issus du baccalauréat en design graphique de l’UQAM, a su canaliser son engagement et donner une image au Printemps érable. La suite
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«Les féministes à marde»
Sarah Lucas, Au naturel, 1994.
Avant d’arriver au cégep, à 17 ans, j’avais peu entendu parler du féminisme. Une bande d’extrémistes qui ne veulent pas porter de soutien-gorge, ni se raser, c’était ce que j’entendais principalement. Avec mes ami(e)s, nous les appelions avec humour les « féministes à marde », chaque fois qu’on entendait des gens féminiser leur langage, en disant, mes chers étudiants et étudiantes ! Sans trop se poser de questions, jeunes que nous étions, on riait d’un groupe stigmatisé, car c’est facile. Comme rire des musulmans ou des noirs, en se basant sur les stéréotypes qui courent dans l’air de la couche sociale où nous nous trouvons.
Ce fut un homme qui m’ouvrit la première porte sur ce monde, mon (et non pas ma) prof de français 4, alors qu’on avait une discussion en classe sur les filles qui s’habillent sexy. Les étudiants, et surtout, les étudiantes, argumentaient fortement que c’était déplacé, que c’était juste pour attirer l’attention, et qu’elles s’attiraient vraiment des bibites à s’accoutrer comme ça ; qu’elles ne viennent pas se plaindre après si quelque chose leur arrive, etc, etc… Puis mon prof sort une phrase qui rassemblait à : « À la base, la fille ne devrait pas avoir à penser aux conséquences de son accoutrement, sexy ou non. Pourquoi ce ne serait pas l’homme qui ferait un travail sur lui-même, afin de ne pas faire sentir la fille comme si elle était habillée sexy ? » Nous étions pas mal tous et toutes bouche-bée. Hommes peut-être un peu plus mal à l’aise, et filles un peu blessées dans leur argumentation, mais pour nous tous, jamais cette idée ne semblait avoir traversée notre esprit. Que l’homme se contrôle ? Qu’il taise ses hormones, qui naturellement, voyant un décolleté ou une mini-jupe, chargent vers son entre-jambes et engourdit sa cervelle ? Qu’il apprenne à regarder ailleurs que vers les deux craques de la femme ? Wow…
Aujourd’hui, 21 ans, j’en apprends plus sur le féminisme, jusqu’à me considérer appartenir à ce groupe. Une de celles avec qui je rigolais des « féministes à marde » est aujourd’hui celle qui m’ouvrit la grande porte, partageant avec moi ce qu’elle apprit de ce côté pendant la grève, se liant avec un petit groupe de femmes. Je veux à mon tour partager avec vous certains éléments de ma métamorphose, car je crois qu’elle est possible, et souhaitable, chez chacun d’entre nous, homme ou femme. (N’oublions pas que le premier féministe que j’ai rencontré, eh bien, ce n’était pas une première féministe.)
Donc, l’une des premières choses dont je pris conscience fut la langue, langue masculine. La langue française est sexiste. Elle a été pensée ainsi, il y a des siècles, car ce sont les hommes qui l’ont pensée, ça va de soi. Mais, aujourd’hui, alors qu’on tente d’établir l’égalité entre les hommes et les femmes, la langue est un obstacle majeur. Ça va d’abord vous sembler aberrant, de penser repenser une telle chose que la langue, ça m’a fait pareil au début. C’est un grand débat que la féminisation de la langue, des termes, de constamment dire « ils, elles », « professeurs et professeures ». Ah tiens justement, les linguistes sont justement entrés dans ce débat, critiquant le fait que tous les mots ne se féminisent apparemment pas. Aviateur, aviateure, aviatrice, chanteur, chanteuse, soldat, soldate… autant de mots qui sont fréquemment féminisés alors que les linguistiques voudraient nous taper sur les doigts avec une règle pour l’avoir fait. Néanmoins, est-ce vraiment normal de continuer d’utiliser cette langue, (ah oui, une langue, c’est sexy et féminin) qui est remplie de mots uniquement masculin, comme un vainqueur, une… vainqu…eure? Ah non, les femmes ne peuvent gagner. Grand débat.
Je pose (et je n’invente rien) que l’homme est le pôle autour duquel se forme l’identité. Mon identité, elle est pensée et réfléchie selon lui. Je suis une tomboy, ou un garçon manqué. On ne voit pas de fille manquée, non ? On a des couilles. L’homme, dit-on fréquemment qu’il a des ovaires ? Un VRAI homme, une vraie femme ? (Ouais mais, généralement péjoratif comme expression celle-là) Fais pas ta fillette, ta moumoune. (Là, rentre en compte l’identité homosexuelle, qui elle aussi est fréquemment oppressée dans le discours ambiant) Une hard : Le sexe faible. Ouuuhhh BOOM. C’est certainement pas le gars qui vous vient en tête si vous lisez cette dernière. [1]
Sinon, n’importe qui d’un peu alerte a remarqué comment la femme est utilisée dans la pub. Des totons et des fesses[2], ça vend. Des lèvres aussi. Dans les pubs de dentifrices, c’est rarement une bouche d’homme qu’on voit sourire avec des palettes photoshoppées. Ah, le sexisme dans les pubs, c’est réellement exaspérant. Vous avez vu les pubs d’American Apparel, par exemple ? http://4.bp.blogspot.com/-MHq4XGjk_HM/TZdU7cXVICI/AAAAAAAARnY/0s0vqpEHT-Q/s1600/american-apparel-02_022005.jpg
C’est ce qu’on appelle le « hipster sexism » ou « ironic sexism »[3], qui consiste à faire des jokes sexistes, mais… EN JOKE. Genre, «HEY CHECK JFAIS MA PUTE mais stune joke, je suis pas une vraie pute». Oh, ce qui m’amènerait à parler de l’Halloween, festival du sexy pour les adultEs, et festival de la princesse pour la petite fille. Sérieux ?
Deux petites anecdotes pour finir. Avez-vous vu la pub de McDo qui passe dernièrement, où ils vendent un gros burger de GARS, et le vidéo te dis ; un gars ne devrait jamais dire certaine choses le matin, du genre, ah, je vais juste prendre un demi-burger, ou, ah, donnez moi la même chose que la dame ! Mais non, un gars, ça l’a un appétit de MÂLE. (???)
Dernière aberration ; chez Omer Desserres, dernièrement, je cherchais un cadeau pour mon neveu de 3 ans. Je me dirige vers la section des enfants. C’est une rangée de deux côtés, à gauche c’est bleu, blanc, vert, rouge, et à droite, c’est… rose. Je vous laisse deviner comment ils ont séparé leurs jouets. Donc, je regarde quand même des deux côtés, du bord des filles, il y a : « Crée tes premiers bijoux, crée tes premiers petits gâteaux, des autocollants, des poupées, des carrosses, des gugusses de princesses, de coiffure, etc… » Du bord des gars, il y a : « des outils construction en plastique, des trucs de Lego, des trucs de dinosaures (???), et…. et… des trucs de sciences. Genre, fait ton premier volcan, premier kit de chimie, premier kit d’aviation, etc etc… » J’espère que rendu là, vous comprenez mon enragement face à ce display. Sinon, eh bien sachez que les filles peuvent autant être instruites à la science dès un jeune âge que les garçons. (Et comprenez que ces divisions, dès ce jeune âge, sont la base du sexisme ambiant qui reste imprégné et entretenu âge après âge entre les hommes et les femmes)
Peu m’importe quand est né le féminisme, pourquoi, quand, comment, du moins, pas là dans cet article. Je voulais vraiment partager un peu mon cheminement féministe, et souhaiter qu’il soit peut-être contagieux, car je ne devrais pas avoir à convaincre en disant pourquoi il faut que cesse le sexisme ambiant, ça devrait être une évidence.
Je vous invite très fortement à aller aimer cette page sur Facebook : https://www.facebook.com/jesuisfeministe?ref=ts&fref=ts Page très pertinente, qui se contente de publier des articles de partout dans le monde sur des situations et opinions tant pro-femmes, que sur des aberrations machistes. La divergence des points de vue publiés est ce qui m’incite à vous la recommander.
Sinon, voici quelques liens très pertinents si vous souhaitez en apprendre d’avantage
Sur la culture du viol : http://www.madmoizelle.com/je-veux-comprendre-culture-du-viol-123377#sthash.j3mDOQZM.dpbs
Sur la banalisation des agressions sexuelles dans l’Histoire (récente) : http://cratesandribbons.com/2012/09/30/the-kissing-sailor-or-the-selective-blindness-of-rape-culture-vj-day-times-square/
Un projet de l’université McGill fait cette année, où les étudiants étaient invités à se faire prendre en photo avec un carton expliquant « pourquoi ils ont besoin du féminisme » : http://wnfmcgill.tumblr.com/
Marci !
Jacynthe Fournier-Rémy
[1] http://www.rue89.com/rue69/2012/09/22/avoir-des-couilles-top-10-des-expressions-sexistes-banalisees-235524
[2] Get a life, ce sont des putains de parties anatomiques, dont certains génies on décider d’en faire des icônes afin de vendre et de revendre.
Classé dans Culture et société, Féminisme, Philosophie, Politique
Charlie is my darling
En 1965, tandis que leur carrière commence à décoller, on suit les Rolling Stones lors de leur tournée irlandaise. Mick Jagger a 22 ans et Keith Richards en 21! On les voit sur scène, en train et en avion, dans les coulisses des théâtres où ils se produisent, mais aussi dans leurs chambres d’hôtel, passablement ivres, chanter certaines de leurs chansons pas encore enregistrées sur disque et même quelques unes des Beatles. Un film à voir absolument, ne serait-ce que pour cette scène tournée dans un lieu incertain, une suite à l’hôtel ou un bar déserté, où l’on voit Keith au piano jouant du Elvis Presley que Mick, plutôt soul, imite jusqu’à la caricature, Keith s’arrête alors tout net et lui lance: «Who do you think you are Mick Jagger?»
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Classé dans Art, Cinema, Culture et société
La chasse aux livres
Les librairies du Plateau
Je me rends compte qu’il est maintenant difficile de trouver immédiatement un titre. Il faut commander, que ce soit à la librairie ou sur internet.
En effet, plusieurs fois cet été, j’entrepris de magasiner des bouquins sans être à la recherche de titres spécifiques. Un vrai bonheur, la qualité des services des libraires ne ressortait pas vraiment dans la mesure où je me contentais de flâner et de choisir au hasard. Excepté l’une d’entre elle où l’on a tenté de m’arnaquer en voulant me vendre un Amélie Nothomb d’une qualité-prix très médiocre. J’ai trouvé le livre Attentat sur une de leurs minuscules étagères, faisant partie de leur minuscule librairie. Celui-ci était noté à 9,50$ alors qu’il avait des pages déchirées et la couverture mouillée par je ne sais quoi sur le bas. J’ai alors tenté de négocier, je me suis adressée à cette petite dame frêle postée à l’unique comptoir : « Serait-ce possible de me faire un prix, vu son état ? ». Elle examina rapidement le livre et balbutia : « 9 $ » Je répondis : « 8$! » Ce qui était une offre charitable vu l’état du pauvre bouquin. Sans hésitation elle refusa et je sortis de cette petite librairie déserte en comprenant à l’instant, la raison pour laquelle elle était si peu visitée. On va appeler cet endroit, le gai rein, la librairie du gai rein. Je me rends à une autre librairie, elle est grande et tout y est bien classé, je trouve facilement mon livre à 5$, il n’est pas abimé et l’édition est bien plus belle. Celle-ci c’est l’Échange.
Ça c’était le beau temps, lorsque je n’avais pas de liste d’épicerie.
Fin aout, on retourne à l’école et il me manque quelques ouvrages. Cette fois je vais visiter Le port de tête en premier, on n’a pas cessé de me la conseiller. Comme d’habitude, je commence par chercher par moi-même pour ensuite abandonner et demander conseil au libraire. Un grand et jeune garçon barbu tout à fait sympathique, prend le temps de chercher chacun des ouvrages inscrits sur ma liste. N’ayant trouvé qu’une infime partie d’entre eux, il me propose de commander ceux qui me manquent. Je suis sortie de cette librairie en me disant que le service à la clientèle est tout à fait normal, il est bien ! L’endroit aussi est bien, juste assez de place pour respirer et une belle ambiance, on voit que tout est soigné, contrairement au gai rein. Bientôt mon estime pour le port de tête montera d’un cran…
Je retourne à l’Échange. Je cherche mais sans succès alors je me dirige vers un grand comptoir et demande conseil à un vieux monsieur chauve. Celui-ci me réfère à un autre comptoir plus loin dans la librairie. Je me rends au comptoir dont il m’a parlé, j’y trouve un jeune monsieur un peu dégarni aux montures épaisses et noires. J’hésite à lui poser ma question dans la mesure où il est en grande conversation avec un autre monsieur dont j’ai oublié l’apparence. Je les interromps : « Excusez-moi, où pourrais-je trouver une pièce de théâtre québécois ? » Bon, déjà leur expression faciale me met mal à l’aise, je semble les avoir énormément dérangés, j’ai l’impression d’être un fardeau qu’ils avaient oublié. Le monsieur aux montures me pointe vaguement une étagère et retourne à sa conversation. Je fouille, je fouille du regard mais ne trouve rien de Québécois, du Molière, du Racine, de l’Euripide pèle mêle, mais pas de Tremblay. Je prends mon courage à deux mains et retourne affronter les méchants messieurs bedonnants. M’adressant à grosses lunettes noires : « Je ne trouve pas… » J’espère le voir faire l’effort de se lever et de venir me montrer, même pas ! Il me regarde comme si j’étais un excrément sur lequel il venait de piétiner avec des chaussures à 300$. Il me répond de manière nonchalante : «Dans le bas de l’étagère… » J’y retourne et qu’est-ce que je trouve dans le bas de l’étagère ? Du Sophocle mélangé avec du Gratien Gélinas et du Ionesco. N’importe quoi… Ébranlée par ce service plus que médiocre je me dépêche de sortir de cet endroit. Eh oui, c’est lorsqu’on cherche vraiment que l’on tombe aussi sur des saletés.
Déçu et n’ayant pas la moitié de ma liste, je me rends à la Bouquinerie du Plateau. Cette fois je ne cherche pas par moi-même, j’ai trop hâte de tester leurs libraires. Je tombe sur un jeune homme châtain aux grands yeux bleus, son service est semblable à celui du Port de tête. Par contre leur section philosophie est beaucoup plus petite.
Bref, inutile de mentionner que Le port de tête est passé de « bien » à « Excellent! » dans mon estime. Tout ceci pour dire que c’est lorsqu’on cherche quelque chose de particulier que les vraies faces des librairies du plateau se dévoilent !
Caroline Douville
Classé dans Culture et société





