La chasse aux livres

Les librairies du Plateau

Je me rends compte qu’il est maintenant difficile de trouver immédiatement un titre. Il faut commander, que ce soit à la librairie ou sur internet.

En effet, plusieurs fois cet été, j’entrepris de magasiner des bouquins sans être à la recherche de titres spécifiques. Un vrai bonheur, la qualité des services des libraires ne ressortait pas vraiment dans la mesure où je me contentais de flâner et de choisir au hasard. Excepté l’une d’entre elle où l’on a tenté de m’arnaquer en voulant me vendre un Amélie Nothomb d’une qualité-prix très médiocre. J’ai trouvé le livre Attentat sur une de leurs minuscules étagères, faisant partie de leur minuscule librairie. Celui-ci était noté à 9,50$ alors qu’il avait des pages déchirées et la couverture mouillée par je ne sais quoi sur le bas. J’ai alors tenté de négocier, je me suis adressée à cette petite dame frêle postée à l’unique comptoir : « Serait-ce possible de me faire un prix, vu son état ? ». Elle examina rapidement le livre et balbutia : « 9 $ » Je répondis : « 8$! » Ce qui était une offre charitable vu l’état du pauvre bouquin. Sans hésitation elle refusa et je sortis de cette petite librairie déserte en comprenant à l’instant, la raison pour laquelle elle était si peu visitée. On va appeler cet endroit, le gai rein, la librairie du gai rein. Je me rends à une autre librairie, elle est grande et tout y est bien classé, je trouve facilement mon livre à 5$, il n’est pas abimé et l’édition est bien plus belle. Celle-ci c’est l’Échange.

Ça c’était le beau temps, lorsque je n’avais pas de liste d’épicerie.

Fin aout, on retourne à l’école et il me manque quelques ouvrages. Cette fois je vais visiter Le port de tête en premier, on n’a pas cessé de me la conseiller. Comme d’habitude, je commence par chercher par moi-même pour ensuite abandonner et demander conseil au libraire. Un grand et jeune garçon barbu tout à fait sympathique, prend le temps de chercher chacun des ouvrages inscrits sur ma liste. N’ayant trouvé qu’une infime partie d’entre eux, il me propose de commander ceux qui me manquent. Je suis sortie de cette librairie en me disant que le service à la clientèle est tout à fait normal, il est bien ! L’endroit aussi est bien, juste assez de place pour respirer et une belle ambiance, on voit que tout est soigné, contrairement au gai rein. Bientôt mon estime pour le port de tête montera d’un cran…

Je retourne à l’Échange. Je cherche mais sans succès alors je me dirige vers un grand comptoir et demande conseil à un vieux monsieur chauve. Celui-ci me réfère à un autre comptoir plus loin dans la librairie. Je me rends au comptoir dont il m’a parlé, j’y trouve un jeune monsieur un peu dégarni aux montures épaisses et noires. J’hésite à lui poser ma question dans la mesure où il est en grande conversation avec un autre monsieur dont j’ai oublié l’apparence. Je les interromps : « Excusez-moi, où pourrais-je trouver une pièce de théâtre québécois ? » Bon, déjà leur expression faciale me met mal à l’aise, je semble les avoir énormément dérangés, j’ai l’impression d’être un fardeau qu’ils avaient oublié. Le monsieur aux montures me pointe vaguement une étagère et retourne à sa conversation. Je fouille, je fouille du regard mais ne trouve rien de Québécois, du Molière, du Racine, de l’Euripide pèle mêle, mais pas de Tremblay. Je prends mon courage à deux mains et retourne affronter les méchants messieurs bedonnants. M’adressant à grosses lunettes noires : «  Je ne trouve pas… » J’espère le voir faire l’effort de se lever et de venir me montrer, même pas ! Il me regarde comme si j’étais un excrément sur lequel il venait de piétiner avec des chaussures à 300$. Il me répond de manière nonchalante : «Dans le bas de l’étagère… » J’y retourne et qu’est-ce que je trouve dans le bas de l’étagère ? Du Sophocle mélangé avec du Gratien Gélinas et du Ionesco. N’importe quoi… Ébranlée par ce service plus que médiocre je me dépêche de sortir de cet endroit. Eh oui, c’est lorsqu’on cherche vraiment que l’on tombe aussi sur des saletés.

Déçu et n’ayant pas la moitié de ma liste, je me rends à la Bouquinerie du Plateau. Cette fois je ne cherche pas par moi-même, j’ai trop hâte de tester leurs libraires. Je tombe sur un jeune homme châtain aux grands yeux bleus, son service est semblable à celui du Port de tête. Par contre leur section philosophie est beaucoup plus petite.

Bref, inutile de mentionner que Le port de tête est passé de « bien » à « Excellent! » dans mon estime. Tout ceci pour dire que c’est lorsqu’on cherche quelque chose de particulier que les vraies faces des librairies du plateau se dévoilent !

Caroline Douville

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2 Commentaires

Classé dans Culture et société

2 réponses à “La chasse aux livres

  1. Bruno Lacroix

    La chasse aux livres est une aventure que l’on tient d’ordinaire secrète, de peur de tarir la ressource, on se garde bien de révéler l’emplacement où se trouve le trésor… Mais bon, puisque ma bibliothèque est déjà plus que bien garnie et que j’ai peine à contenir tous ces livres qui m’envahissent, je peux bien maintenant partager avec mes étudiants une adresse, a fortiori avec mes étudiants qui cherchent «le» classique, une adresse qu’ils ne manqueront pas de garder pour eux: La Librairie Henri-Julien. Une pure merveille!
    http://www.bibliopolis.net/claq/Portrait%2003/Librairie%20Henri-Julien.htm

  2. Christiane Gauthier

    Oui Bruno, tu as bien raison de conseiller cette librairie, tenue par monsieur Lefèbvre, qui est gentil et qui va même jusqu’à nous appeler à la maison lorsqu’on lui signale un titre ou un auteur dont on cherche les ouvrages. Mais attention, on devient facilement accroc à cette librairie et parfois on dépense bien plus que son budget étudiant….mais, à moyen et à long terme, c’est le genre de dépense qu’on ne regrette pas. J’ai acheté de nombreux ouvrages importants (et parfois devenus introuvables) dans cette librairie, et, «non, rien de rien, je ne regrette rien» comme chantait la môme Piaf!

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