Archives mensuelles : mars 2012

Contre la hausse, les gaz lacrymogènes

Devant l’Assemblée nationale, jeudi dernier

Tandis que le mouvement de grève s’amplifie, 123 000 étudiants en grève à cette date, et que l’on se demande si l’emploi de gaz lacrymogènes contre les étudiants jeudi dernier devant l’Assemblée nationale était vraiment nécessaire, la ministre de l’éducation bien loin d’avoir la larme à l’oeil, se contente de répéter toujours la même chose: «la décision est prise, c’est une décision juste qui demande à chacun de faire sa juste part».

Au sujet de la tactique gazière, la FNEEQ (la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec ) a cru nécessaire d’émettre un communiqué de presse pour déplorer le caractère disproportionné de l’intervention policière:

« De tous les témoignages que nous avons reçus, il ressort que la réaction des policiers était démesurée », indique Jean Trudelle, président de la FNEEQ. « Des gens qui n’avaient rien à voir avec les débordements mineurs qui ont pu survenir, y compris des membres de nos syndicats venus appuyer leurs étudiantes et leurs étudiants, ont également été victimes de cette décision discutable des forces de l’ordre. On semble assister à une forme de banalisation du recours à ces pratiques policières dans des situations qui ne le justifient pas ; c’est déplorable, mais aussi très inquiétant pour la santé de notre démocratie ».

Quant à la réponse de la ministre, on pourrait lui suggérer bien respectueusement d’en renouveler l’argumentaire, déjà bien mince en regard de tous ceux qu’on peut lui opposer. En fait, la ministre est déjà réfutée! Bien mince aussi celui de ceux qui sont en faveur de la hausse, un argumentaire qui se ramène principalement à dénoncer la force intimidante de l’argument opposé! C’est une tactique bien connue et qui consiste à culpabiliser celui qui a l’argument le plus fort en lui disant qu’il parle trop fort…

Mais quoiqu’il en soit, voici deux textes riches d’enseignement et qui touchent de près les enjeux de la grève actuelle. Le premier est de Robert Laplante et il a pour titre Le chiard ou le Chinese pâté, en réaction à l’annonce faite en grande pompe par le HEC d’un nouveau programme de maîtrise tout en anglais, il nous présente une analyse décapante qui met en lumière la dérive managériale qui entraîne les universités à se considérer comme des business à la recherche de nouveaux marchés. Un aperçu qui donne bien le ton:

«Ces étudiants-là n’échappent pas complètement au français. Ils vont à la cafétéria manger du « pâté chinois » et non du « Chinese pâté ». Ils sont confrontés au français, puisqu’ils baignent dans un environnement en français», a souligné Kathleen Grant, directrice des communications de HEC Montréal (Le Devoir, 22 février 2012).

Rien ne va plus dans les universités. On avait subi le spectacle lamentable de l’UQAM où les parvenus ont fait dérailler les projets immobiliers avant de filer à l’anglaise, peinards. Enquête, commentaires embarrassés, morgue ministérielle et glose de recteurs. Pas de responsables. La tempête parfaite, comme le dira plus tard le portier Rousseau devant la Chambre de commerce à propos d’une autre gabegie. Le marché vous savez…

Le marché, on sait. C’est celui dans lequel se jette une élite de gestionnaires universitaires qui se donnent des airs de grands bussinessmen à brasser du PPP de Rimouski à Saint-Jérôme, à semer les pavillons un peu partout sur le territoire pour se livrer une guerre de clientèle digne des concessionnaires de McDo. Et ça valse à coups de centaines et de centaines de millions jusqu’au CHUM et au MUHC, où le corps médical s’est couché devant l’iniquité anglaise, bordé par une classe politique timorée, morte de trouille à l’idée de s’attaquer aux privilèges rhodésiens.» Lire la suite ICI.

Dans la série «Le Devoir de philo» que le journal Le Devoir publie deux fois par mois, un second article susceptible d’éclairer le débat et de faire comprendre à la ministre que la question de l’accessibilité aux études supérieures ne se décide pas seulement sur la base d’une comparaison à l’échelle canadienne des frais demandés, mais que l’équation est plus complexe si l’on accepte de ne pas faire abstraction du milieu social, ce que la notion d‘habitus empruntée au sociologue français Pierre Bourdieu permet de bien apercevoir:

«Dans l’analyse bourdieusienne, les inégalités que perpétuent les universités commenceraient dès la prime enfance. Tout au long du processus de socialisation, par l’intermédiaire entre autres de l’éducation reçue, les enfants apprennent et maîtrisent un certain nombre de savoir-faire qui marqueront leur façon de penser et d’agir.

Les expériences vécues au moment de la construction de leur identité s’accumulent, s’intériorisent et laissent des traces indélébiles. Celles-ci les forment et les transforment.

Et elles finissent par constituer un habitus, que Bourdieu définit comme un ensemble de dispositions intériorisées construisant les agents sociaux et agissant comme schèmes d’appréciation et d’évaluation des situations qui génèrent des façons de faire et des manières d’être.

Ces différentes inculcations conditionnent un rapport au monde déterminant des capacités de perception et de jugement. À partir de celui-ci, une perception des ressources et des capacités de chacun s’installe. Les étudiants définissent leur parcours scolaire selon cet habitus qui traduit leur position dans leur classe sociale.

Autrement dit, le niveau d’études désiré s’élabore selon une logique propre, influencée par un ensemble de facteurs que Bourdieu conceptualise sous les appellations de «capital culturel» (par exemple, le niveau d’étude des parents), de «capital économique» (le revenu des parents, etc.) et de «capital social» (le réseau qui contribue à la socialisation). Les enfants seront donc socialisés selon le volume et le type de capital économique, culturel et social dont disposent les parents. Ils apprendront ainsi à se percevoir aptes ou non à des études universitaires.» Lire la suite de l’article de caroline Dawson et Maxime Marcoux-Moisan ICI.

Bonne lecture à tous, mais surtout à madame la ministre!

BLx

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Une histoire qui évacue ceux qui l’ont faite

La pendaison des patriotes, dessin d’Henri Julien

L’enseignement de l’histoire au secondaire a fait l’objet ces dernières années d’une réforme qui semblait prometteuse, ne serait-ce que parce que le nombre d’heures devant y être consacré augmentait considérablement. Mais en raison de la torsion opérée par cette réforme, notamment sur la façon de concevoir l’histoire dans sa dimension nationale, de nombreuses critiques n’ont cessé de surgir pour en contester l’orientation dite «postnationale» et pour réclamer, sinon son abolition, mais au moins sa révision profonde. La plus récente de ces critiques vient de la Coalition pour l’histoire qui, dans une étude intitulée «Une histoire javellisée au service du présent», fait état des résultats d’une enquête menée auprès de professeurs d’histoire au secondaire et de laquelle il ressort qu’en majorité ces enseignants plaident pour un retour de la dimension nationale et politique dans l’enseignement de l’histoire du Québec:

«Le jugeant trop frileux et trop axé sur le présent, près des deux tiers (63 %) des enseignants souhaitent que soit révisé le programme d’histoire de 3e et 4e secondaire pour rendre plus visibles les questions politiques et nationale. «Pour tout dire, avec cette nouvelle conception de l’enseignement de l’histoire qui prône exagérément le pluralisme culturel de la société québécoise, on a pratiquement fait disparaître […] le concept de nation québécoise au profit du concept de société», lit-on dans le rapport d’enquête.» Le Devoir, 1/03/12

Cela peut sembler étrange en effet que l’histoire du Québec, ou que l’histoire de n’importe quel pays, ne soit pas d’emblée comprise comme «histoire nationale». Le fait de préférer ici le concept de société à celui de nation témoigne manifestement d’un certain parti-pris pour le multiculturalisme à la canadienne qui, sous les auspices bienveillants de l’ouverture à l’autre, détourne l’histoire de son objet, le passé, pour en oblitérer les luttes et les conflits, afin d’administrer un présent sans mémoire, la coquille vide d’une citoyenneté sans attache. Sous prétexte que la diversité actuelle de la société québécoise ne justifiait plus que l’on ressasse l’histoire de ce «nous» qui, bien que majoritaire, ne représenterait après tout que l’une des communautés culturelles du Québec actuel, le programme scolaire d’«histoire nationale» est devenu le programme «histoire et éducation à la citoyenneté». Il est difficile de croire que l’oubli de soi puisse jamais être pour un peuple une vertu, fut-elle citoyenne, et surtout pour un peuple dont la devise est «Je me souviens». Mais le plus inquiétant dans tout cela n’est-ce pas le consentement donné par le ministère de l’éducation à un tel enseignement de l’histoire? En fait, la dimension politique n’a nullement été évacuée de l’enseignement de l’histoire du Québec au secondaire, bien au contraire l’évacuation de la dimension nationale est de part en part politique: l’antagonisme originaire et constitutif de l’histoire du Québec, à savoir le conflit entre les Anglais et les Français, doit être oublié; de la Conquête à l’Acte d’union, de la Révolte des Patriotes à la Confédération, du référendum de 1980 au rapatriement de la constitution, de l’échec des Accord du Lac Meech au référendum de 1995, tout cela il faut l’oublier. En s’inspirant d’un proverbe provençal qui dit: «Ne parlons pas de ce qui fâche, parlons de rien!», il suffirait d’ajouter: «Ne parlons pas de nation, parlons de citoyenneté!»

Mais de cette réforme politique de l’enseignement de l’histoire nationale au secondaire, on ne sait encore rien, si on n’en connaît pas les fondements théoriques. Car il y a une éminence grise derrière tout ce travail de sape, l’historien Jocelyn Létourneau. Tout ceux qui s’intéressent à la question du destin politique du Québec liront avec grand intérêt le texte de Charles Courtois, Examen d’un programme d’histoire postnationaliste qui présente de façon détaillée et très critique la pensée de Létourneau. On lira aussi avec profit le texte d’Yvan Lamonde, Réplique à l’ouvrage de Jocelyn Létourneau, Ce que veulent les Québécois… vraiment?

BLx

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Contre la hausse et pour la gratuité

Deux chercheurs de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), Oscar Calderon et Jules Bélanger, soutiennent dans un rapport de recherche rendu public en janvier dernier, que la gratuité scolaire est une possibilité qui mérite d’être sérieusement considérée. L’augmentation des coûts que la gratuité représenterait pour le gouvernement serait, d’après les deux chercheurs, largement compensée par les économie qu’elle lui ferait réaliser dans le programmes d’Aide financière aux étudiants et dans les crédits d’impôts consentis :

«Dans le rapport, nous avons associé le concept de gratuité scolaire à l’abolition des droits de scolarité. Ainsi, les étudiants auraient tout de même à payer les frais d’inscription, d’administration et tous les autres frais institutionnels obligatoires. Puisque les besoins de financement des universités ne sont pas bien définis, nous avons dû considérer les coûts que cette mesure pourrait engendrer pour le gouvernement du Québec comme un intervalle. Une borne inférieure était définie à partir des droits de scolarité s’appliquant à l’année 2008-2009, soit 1868 $, situant le manque à gagner à 316 millions de dollars. La borne supérieure, elle, a été établie avec les droits de scolarité que les étudiants paieront à la fin de la période de hausse, soit 3792 $. En soustrayant de ce montant la fraction présentement réservée pour le programme de l’AFE, soit 35% de la hausse, nous trouvons donc un manque à gagner pour la borne supérieure de 545 millions de dollars. Comme la gratuité scolaire aura également des conséquences sur les coûts du programme de l’AFE et les crédits d’impôts accordés pour frais de scolarité et d’examen, des bénéfices en seront dégagés. Nous chiffrons ces bénéfices à 140 millions de dollars. Si ce montant était transféré aux universités, nous pouvons constater que le coût net de la gratuité scolaire pour le gouvernement se situerait entre 176 et 405 millions de dollars. Afin de mettre ce montant en perspective, notons que ceci représente entre 1,2 et 2,7 % du budget du Ministère de l’Éducation, du Sport et du Loisir.» ICI pour lire la suite et pour télécharger le rapport.

BLx

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« ART WEEK-END » À NEW YORK

Bonjour à tous ! Comme moi, les étudiant(e)s de la facultés des arts de l’UQAM en sont déjà à leur troisième semaine de grève. MAIS cela ne nous empêche pas de planifier le voyage à New York organisé par la faculté chaque année durant le « Art week-end » !!! J’ai également su que le groupe de deuxième année de Histoire Civ allait être dans la grande ville à ce même moment ! Quelle chance car « The Big apple » devient complètement art entre le 7 et le 11 mars avec « The Volta show » et « Armory show » qui sont deux évènements internationaux de grande envergure donnant une vitrine à l’art contemporain. Concernant le « Armory Show », le site nous informe : « The Armory Show, a leading international contemporary and modern art fair and one of the most important annual art events in New York, takes place every March on Piers 92 & 94 in Manhattan. Now celebrating its fourteenth year, the Armory Show is re-establishing itself as the most adventurous and dynamic contemporary art fair in New York City. »

Carolane Bilodeau

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