Contre la hausse, les gaz lacrymogènes

Devant l’Assemblée nationale, jeudi dernier

Tandis que le mouvement de grève s’amplifie, 123 000 étudiants en grève à cette date, et que l’on se demande si l’emploi de gaz lacrymogènes contre les étudiants jeudi dernier devant l’Assemblée nationale était vraiment nécessaire, la ministre de l’éducation bien loin d’avoir la larme à l’oeil, se contente de répéter toujours la même chose: «la décision est prise, c’est une décision juste qui demande à chacun de faire sa juste part».

Au sujet de la tactique gazière, la FNEEQ (la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec ) a cru nécessaire d’émettre un communiqué de presse pour déplorer le caractère disproportionné de l’intervention policière:

« De tous les témoignages que nous avons reçus, il ressort que la réaction des policiers était démesurée », indique Jean Trudelle, président de la FNEEQ. « Des gens qui n’avaient rien à voir avec les débordements mineurs qui ont pu survenir, y compris des membres de nos syndicats venus appuyer leurs étudiantes et leurs étudiants, ont également été victimes de cette décision discutable des forces de l’ordre. On semble assister à une forme de banalisation du recours à ces pratiques policières dans des situations qui ne le justifient pas ; c’est déplorable, mais aussi très inquiétant pour la santé de notre démocratie ».

Quant à la réponse de la ministre, on pourrait lui suggérer bien respectueusement d’en renouveler l’argumentaire, déjà bien mince en regard de tous ceux qu’on peut lui opposer. En fait, la ministre est déjà réfutée! Bien mince aussi celui de ceux qui sont en faveur de la hausse, un argumentaire qui se ramène principalement à dénoncer la force intimidante de l’argument opposé! C’est une tactique bien connue et qui consiste à culpabiliser celui qui a l’argument le plus fort en lui disant qu’il parle trop fort…

Mais quoiqu’il en soit, voici deux textes riches d’enseignement et qui touchent de près les enjeux de la grève actuelle. Le premier est de Robert Laplante et il a pour titre Le chiard ou le Chinese pâté, en réaction à l’annonce faite en grande pompe par le HEC d’un nouveau programme de maîtrise tout en anglais, il nous présente une analyse décapante qui met en lumière la dérive managériale qui entraîne les universités à se considérer comme des business à la recherche de nouveaux marchés. Un aperçu qui donne bien le ton:

«Ces étudiants-là n’échappent pas complètement au français. Ils vont à la cafétéria manger du « pâté chinois » et non du « Chinese pâté ». Ils sont confrontés au français, puisqu’ils baignent dans un environnement en français», a souligné Kathleen Grant, directrice des communications de HEC Montréal (Le Devoir, 22 février 2012).

Rien ne va plus dans les universités. On avait subi le spectacle lamentable de l’UQAM où les parvenus ont fait dérailler les projets immobiliers avant de filer à l’anglaise, peinards. Enquête, commentaires embarrassés, morgue ministérielle et glose de recteurs. Pas de responsables. La tempête parfaite, comme le dira plus tard le portier Rousseau devant la Chambre de commerce à propos d’une autre gabegie. Le marché vous savez…

Le marché, on sait. C’est celui dans lequel se jette une élite de gestionnaires universitaires qui se donnent des airs de grands bussinessmen à brasser du PPP de Rimouski à Saint-Jérôme, à semer les pavillons un peu partout sur le territoire pour se livrer une guerre de clientèle digne des concessionnaires de McDo. Et ça valse à coups de centaines et de centaines de millions jusqu’au CHUM et au MUHC, où le corps médical s’est couché devant l’iniquité anglaise, bordé par une classe politique timorée, morte de trouille à l’idée de s’attaquer aux privilèges rhodésiens.» Lire la suite ICI.

Dans la série «Le Devoir de philo» que le journal Le Devoir publie deux fois par mois, un second article susceptible d’éclairer le débat et de faire comprendre à la ministre que la question de l’accessibilité aux études supérieures ne se décide pas seulement sur la base d’une comparaison à l’échelle canadienne des frais demandés, mais que l’équation est plus complexe si l’on accepte de ne pas faire abstraction du milieu social, ce que la notion d‘habitus empruntée au sociologue français Pierre Bourdieu permet de bien apercevoir:

«Dans l’analyse bourdieusienne, les inégalités que perpétuent les universités commenceraient dès la prime enfance. Tout au long du processus de socialisation, par l’intermédiaire entre autres de l’éducation reçue, les enfants apprennent et maîtrisent un certain nombre de savoir-faire qui marqueront leur façon de penser et d’agir.

Les expériences vécues au moment de la construction de leur identité s’accumulent, s’intériorisent et laissent des traces indélébiles. Celles-ci les forment et les transforment.

Et elles finissent par constituer un habitus, que Bourdieu définit comme un ensemble de dispositions intériorisées construisant les agents sociaux et agissant comme schèmes d’appréciation et d’évaluation des situations qui génèrent des façons de faire et des manières d’être.

Ces différentes inculcations conditionnent un rapport au monde déterminant des capacités de perception et de jugement. À partir de celui-ci, une perception des ressources et des capacités de chacun s’installe. Les étudiants définissent leur parcours scolaire selon cet habitus qui traduit leur position dans leur classe sociale.

Autrement dit, le niveau d’études désiré s’élabore selon une logique propre, influencée par un ensemble de facteurs que Bourdieu conceptualise sous les appellations de «capital culturel» (par exemple, le niveau d’étude des parents), de «capital économique» (le revenu des parents, etc.) et de «capital social» (le réseau qui contribue à la socialisation). Les enfants seront donc socialisés selon le volume et le type de capital économique, culturel et social dont disposent les parents. Ils apprendront ainsi à se percevoir aptes ou non à des études universitaires.» Lire la suite de l’article de caroline Dawson et Maxime Marcoux-Moisan ICI.

Bonne lecture à tous, mais surtout à madame la ministre!

BLx

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