Voter pour un parti qui a des chances

Dans Le Devoir de ce samedi, mes estimés collègues Renaud Poirier-St-Pierre et Gabrielle Brais Harvey, à qui je voue un respect sincère, incitent la nouvelle jeunesse militante, formée durant la grève étudiante, à intégrer le champ de la politique partisane pour continuer le combat de ce printemps. J’incline à être en accord. Malgré toute la vigueur d’une société civile traversée par un mouvement social sans précédent, il n’en demeure pas moins que c’est au Parlement que se décident les lois et les politiques gouvernementales comme celles concernant l’accessibilité aux études postsecondaires.

Ils écrivent : « Pour éviter quatre autres années de noirceur, les militants du mouvement étudiant devront investir les structures des partis politiques. […] Nous devons nous donner comme objectif une victoire électorale étudiante. »

Si le début du texte laisse présager au lecteur étudiant le libre choix de son implication, le reste du texte lui propose une implication enthousiaste chez Québec solidaire, seul parti, selon eux, qui a honnêtement défendu la cause étudiante lors du dernier conflit. Toutefois, mes collègues reconnaissent que QS possède une chance pratiquement nulle d’arriver à la victoire lors des prochaines générales, imminentes, et qu’au fond, l’idée est plutôt de joindre QS pour favoriser à long terme l’émergence d’idées politiquement progressistes défendues par ce parti.

Je crois qu’amenés comme tels, ces deux objectifs sont irréconciliables.

Il serait ridicule de tenir les collègues responsables du mode de scrutin québécois, mais il n’en demeure pas moins que la situation actuelle démontre une contradiction majeure : comment s’assurer de ne pas repartir pour quatre années de noirceur libérale tout en incitant les jeunes à voter pour un parti qui, selon les dires mêmes des rédacteurs de la lettre, ne peut pas prendre le pouvoir aux prochaines élections ?

On nous assure par contre que les comtés francophones de l’île de Montréal sont majoritairement prenables par QS. Fort bien, et la suite ? J’aurais tendance à penser que tout ce morcellement de l’opposition au parti actuellement au pouvoir va favoriser ce dernier et nous faire repartir pour un autre long voyage libéral.

Je comprends fort bien le désir de certains de passer outre le vote stratégique, peu inspirant. Or, je ne sais pas si le Québec étudiant se rend bien compte qu’une nouvelle victoire libérale va conforter Jean Charest dans la totalité des décisions qu’il a prises durant son dernier mandat : hausse des droits de scolarité et projet de loi 78 (devenu loi 12) comprises.

On semble penser dans certains cercles que l’axe politique souveraineté-fédéralisme s’est effacé pour faire place à l’axe gauche-droite. Ce constat est peut-être plus visible chez les souverainistes, dont certains sont fatigués de voir reléguer des questions importantes en dessous de la pile, d’autres de ne pas aller assez rapidement. Toutefois, je doute fort que la base électorale du Parti libéral partage ce même constat. Ainsi, le bassin électoral d’opposition au PLQ croisé avec l’opposition à la hausse des droits de scolarité possède plusieurs choix aussi légitimes les uns que les autres, mais l’agrégat de toutes ces aspirations individuelles se morcellera une fois entré dans l’entonnoir rouillé qui nous sert de mode de scrutin.

Il est admirable qu’on incite les jeunes militants à intégrer les structures d’un parti politique et de favoriser l’implication citoyenne ; il est très sain que les jeunes militants puissent continuer à militer dans un parti à l’intérieur duquel ils se reconnaissent. Mais ne venez surtout pas nous dire que, pour battre les libéraux et « éviter quatre années de noirceur », les banquettes de l’opposition sont la solution.

Si les rédacteurs de cette lettre cherchent plutôt à canaliser les militants vers leurs partis, se cherchant des téléphonistes pour se permettre d’aller gagner des comtés dans l’est de Montréal, qu’ils le disent sans fard.

Ma solution à l’enjeu posé va dans un autre sens : voter pour un parti politique ayant des chances de l’emporter contre le Parti libéral du Québec dans les comtés prenables et ne pas diviser le vote dans les autres (Mercier et Nicolet-Yamaska compris) tout en s’affairant activement à défaire les députés libéraux dans leurs comtés. Évidemment, je suis conscient que cette proposition amène une conséquence relativement prévisible : favoriser l’élection des députés du Parti québécois dans une majorité de circonscriptions.

Je comprends les méfiances du mouvement étudiant. Nous connaissons notre histoire et nous savons que nous avons dû utiliser la grève en 1996 pour faire reculer le gouvernement de Lucien Bouchard sur la question des droits de scolarité, avec Pauline Marois à l’Éducation. Nous sommes quelquefois dubitatifs face à la position défendue par le Parti québécois sur la stricte question des droits de scolarité : gel / pas gel / indexation / sommet aux conclusions incertaines ?

Je dirais toutefois ceci : je ne crois pas que le PQ soit sorti particulièrement gagnant de la crise étudiante. Je crois que son aide à l’Assemblée nationale tant sur la question des droits de scolarité que sur celle du projet de loi 78 lui a valu des attaques virulentes de la part du gouvernement, décidant de tabler sur la loi et l’ordre. La récente pub du PLQ dépeignant Pauline Marois comme une mauvaise utilisatrice de couvercles de métal le prouve bien. Taxer le PQ d’électoralisme me paraît dans ce cadre quelque peu abusif. Si certains ténors du PQ semblent sensibles à l’idée d’une hausse des droits de scolarité, rien ne nous permet de dire qu’ils seront majoritaires au sein du caucus et pourront aller de l’avant avec leurs idées. Une vigilance active du mouvement étudiant s’impose évidemment. […]

Je partage en outre les critiques dénonçant le modèle plutôt obtus du scrutin uninominal à un tour, nous forçant souvent à mélanger nos valeurs à un calcul politique plutôt froid et sans âme. Je souhaite donc qu’un prochain gouvernement se penche sérieusement sur la possibilité de réformer le tout entre pour permettre aux électeurs intéressés par ON et QS de voter en toute harmonie, sans avoir à se défendre constamment de diviser le vote.

***

Daniel Pierre-Roy – Étudiant à la maîtrise en politique appliquée à l’Université de Sherbrooke, membre junior du club des Belles-mères du mouvement étudiant québécois et ex et futur membre du PQ,

Source: Le Devoir, 17/07/12

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Choses vues

La lumière au bout du tunnel

Le bleu du ciel

Le tryptique à la voiture bleu

Batman, messager des arts

Une affaire d’argent

La reine mal rasée

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Les Pussy Riot en prison depuis 5 mois

Ces punks qui font trembler Poutine

Sacrilège, profanation, blasphème : ces accusations ont été portées avant-hier contre les trois membres du groupe musical féministe russe Pussy Riot, incarcérées de manière préventive depuis cinq mois pour avoir récité une prière anti-Poutine dans la plus grande cathédrale de Moscou. (…) Que se passe-t-il donc, au pays de Vladimir Poutine, pour que trois jeunes performeuses, mères de famille, soient placées en détention provisoire depuis le début du mois de mars ?

Tout débute le 21 février dernier. Le groupe de musique féministe et écologiste Pussy Riot entre dans la cathédrale moscovite Christ-Sauveur. Vêtues de petites robes colorées et cagoulées, les jeunes filles dans la vingtaine investissent l’autel le temps d’une prière irrévérencieuse où, filmées, elles entonnent un « Vierge Marie, devient féministe, délivre-nous de Poutine ! » L’action vise aussi le patriarche de l’Église orthodoxe russe, Kirill, et déclenche l’ire des dignitaires religieux.

Quinze jours et plusieurs milliers de visionnements de leur performance sur YouTube plus tard, les autorités répliquent. Nadejda Tolokonnikova (la mère de Gera), Maria Alekhina (maman de Philippe) et Ekaterina Samoutsevitch sont arrêtées et placées en détention préventive pour « vandalisme en bande organisée », encourant ainsi sept ans de réclusion et la perte de leurs droits parentaux.

Les Pussy Riot n’en étaient pourtant pas à leur première action depuis la formation du groupe en 2011. Elles ont multiplié les « flashmobs » dans les stations de métro, sur le toit des bus, à la place Rouge, etc. Comprenez, Vladimir Poutine vient tout juste d’être élu… pour la troisième fois.

« Avant, il était tout de même possible de faire sortir des activistes de prison… Avec l’emprisonnement des Pussy Riot, un signal a clairement été envoyé à tous les citoyens pour dire que la répression a véritablement commencé », explique au Devoir Denis Polopov, jeune peintre réfugié politique aux Pays-Bas. « La Russie, en particulier sous Poutine, a tendance à devenir de plus en plus autoritaire et les tribunaux sont utilisés pour réduire au silence et emprisonner les nombreux opposants à l’élite dirigeante », estime pour sa part Kyle Matthews, chercheur principal en droit de la personne à l’Université Concordia.

Même au tribunal Taganski de Moscou, rien ne se déroule comme il se doit. Des accusations ont été déposées jeudi dernier seulement contre les Pussy Riot et la Prokuratoura a décidé de ne consacrer que cinq jours à l’examen du dossier. Jugeant ce délai trop court, les trois filles ont entamé une grève de la faim. « Leur cause prouve que le système de justice en Russie est une farce : ils détiennent les gens sans procès pendant cinq mois, ils rejettent toutes les preuves fournies par la défense, ainsi que deux expertises attestant que les filles n’ont pas commis d’infraction, alors qu’ils acceptent une tierce partie qui se base sur des textes médiévaux se référant à l’interdiction d’orgies dionysiaques, païennes et hellénistiques ! » nous écrit Anna Zobnina de l’Institut méditerranéen d’études de genre, basé à Chypre. La féministe d’origine russe qui anime en partie freepussyriot.org dénonce aussi le faux espoir donné samedi dernier par un appel anonyme au mari de Tolokonnikova et à son avocat, laissant croire à l’éventuelle remise en liberté des filles. Lundi, le verdict de la cour est tombé sans surprise : l’emprisonnement est prolongé jusqu’au 20 juillet.

Nadejda Tolokonnikova est, entre autres, étudiante de 5è année à la Faculté de philosophie de l’Université de Moscou.

Lire la suite de l’article et les commentaires du groupe Mise en demeure: Le Devoir, 14/07/12

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Élections – Le panneau tendu aux étudiants

Les représentants et porte-parole des associations étudiantes québécoises comprenaient déjà, et ils le disent maintenant, que la question des droits de scolarité soulève, compare, voire oppose différentes conceptions de la nature et du fonctionnement de la société et de la démocratie.

Aussi veulent-ils cet été rencontrer la population chez elle, où elle se trouve, et parler avec elle afin de se faire mieux comprendre. On ne peut qu’applaudir. Mais en auront-ils le temps ? Seulement trois ou quatre semaines pour délibérer sur des conceptions opposées des fondements mêmes de la société… Avant que ne commence le rattrapage de la session d’hiver… On ne peut qu’être perplexe. Et dans sept ou huit semaines, le peuple québécois ira aux urnes. Que va dire son bulletin de vote ? Il est vrai qu’une partie importante de la population comprend et appuie l’essentiel de la position étudiante. Mais il est aussi vrai que la majorité des Québécois, jusqu’à tout récemment, du moins selon les sondages, réprouvait leurs revendications et leurs moyens de pression vis-à-vis de l’autorité gouvernementale. La majorité appuyait la manière forte voire butée du gouvernement en cette affaire.

Un piège à éviter

M. Charest et son gouvernement se sont employés à discréditer le carré rouge et ceux qui l’affichaient. Efficacement, il faut le reconnaître. Et voilà bien la fenêtre tant désirée, leur porte d’entrée recherchée pour se présenter en élection ! Un quatrième mandat en perspective. Voilà de quoi faire saliver sans retenue ! Merci aux étudiants et à leurs providentiels grabuges qui vont faire oublier les ratés et les nébulosités d’une gouvernance impopulaire ! Globalement très impopulaire depuis au moins deux ans. Et ces étudiants, se dit M. Charest, vont encore tout faire à partir de la mi-août pour troubler la reprise des cours, pour emmerder la population, pour narguer encore ma courageuse loi 78, etc. Et le peuple, se dit-il encore, va se lever pour les sanctionner sévèrement, les punir justement là où ça compte vraiment, dans les urnes. Et je l’aurai, mon quatrième mandat, se dit, encouragé et réconforté, le Grand Maître.

Représentants et porte-parole étudiants, ne tombez pas dans le panneau. N’allez pas mettre le pied dans le piège.

Premièrement, oui, parlez avec la population pendant l’été. Dites-lui comment vous envisagez la société pour demain, pour l’avenir, dites-lui en quoi vous êtes l’avenir. Faites voir au peuple les bienfaits de la transformation que vous proposez. Comprenez et faites comprendre que la démocratie doit toujours être en mode novateur et créatif. Jamais elle ne doit s’arrêter, se figer. Toujours elle doit être en alerte. Pas seulement au moment des élections. Répétez et montrez patiemment que l’humain ne se monnaie pas, ne se vend pas, que l’éducation de la jeunesse n’est pas une marchandise. Vous avez les mots pour le faire. Vos discours et vos écrits en témoignent éloquemment.

Deuxièmement, rentrez en classe à la mi-août et étudiez. Enlevez à M. Charest son principal argument pour la campagne électorale : carré rouge, enfants gâtés, agitation dans la rue, nuisance publique, intimidation, vandalisme. Donnez-vous et donnez-nous ainsi la chance de reprendre la délibération avec d’autres interlocuteurs, au gouvernement, plus sensibles, plus ouverts à vos idéaux sociaux et aux nôtres.

Troisièmement, quelque part en septembre, allez voter, tous, progrève et antigrève, selon les règles en cours de notre démocratie, si inadéquates soient-elles. En prévoyant au mieux, selon votre lucidité politique, comment se forgera dans la situation présente la majorité des représentants du peuple la plus apte à assumer concrètement, en délibérations ouvertes et en actions, dès le mois de septembre, l’essentiel de vos légitimes aspirations. Vous n’aimez pas vous afficher pour un parti politique déterminé. Soit. Rien de plus légitime. Mais votre sens aiguisé du politique devrait vous conduire le plus sûrement possible vers l’urne d’un avenir plus éclairé, prometteur et libérateur.

Fernand Couturier – Citoyen, Le Devoir, 14/07/12

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Marchandisation de l’éducation: l’exemple de l’Université Carlton

L’homme d’affaires albertain Clayton Riddell, très proche des conservateurs, a fait un don de 15 millions à l’École de gestion politique de l’Université Carleton d’Ottawa. Mais cet «acte de philanthropie» suscite la controverse, car en raison d’une entente jusqu’alaors gardée secrète, il apparaît que ce don n’est pas tant un geste désintéressé qu’un moyen d’influencer, voir même d’infléchir, les orientations de l’institution:

«Le contrat qui a été livré à La Presse canadienne le 29 juin révèle que la Fondation Riddell a bel et bien nommé trois des cinq membres d’un comité de direction qui a une influence importante dans les décisions concernant le budget alloué au programme de gestion politique, mais également les choix pour l’embauche, le directeur administratif et le cursus.

«Preston Manning, le fondateur du défunt Parti réformiste du Canada, siège à la tête du comité. Son ancien chef de cabinet Cliff Fryers y est aussi, comme Chris Foggart, l’ancien chef de cabinet du ministre conservateur John Baird, de même que deux porte-parole de l’université.» Le Devoir, 14/07/12

Et on se demande pourquoi on réclame haut et fort au Québec la tenue d’États généraux sur les finalités de l’université…

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Où est Liu Bolin?

Liu Bolin, l’artiste qui se fond dans le paysage

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The Rolling Stones : 50 ans de dandysme rebelle

(Les Rolling Stones - Rankin/AP/SIPA)

Cinquante ans. En 1962, les Rolling Stones donnaient leur premier concert dans une salle londonienne, le Marquee. De Charles Baudelaire à Michel Onfray, le philosophe Daniel Salvatore Schiffer, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, revient sur des siècles d’esthétique dandy.

C’était le 12 juillet 1962, au début des fabuleuses sixties. Ce jour-là, il y a tout juste cinquante ans aujourd’hui, le plus grand groupe de l’histoire du rock’n’roll, The Rolling Stones, donnait, devant un public en délire, son premier concert. Cela se passa, au grand dam de l’establishment anglais, à Londres, dans un petit club, déjà mythique à l’époque, nommé Marquee.
Depuis lors : un demi-siècle de «satisfaction», avec une avalanche de tubes planétaires, pour Mick Jagger et sa bande (Keith Richards, Bill Wyman, Charlie Watts, Ron Wood), de géniaux déjantés, tous défoncés à l’acide ou à l’héroïne. Quelques-uns de leurs plus incisifs riffs électriques sont là pour nous le rappeler, sans équivoque et même très explicitement : «Brown Sugar», «Sister Morphine».L’un des fondateurs du groupe, Brian Jones, ne fit d’ailleurs pas long feu, ravagé par l’alcool et miné par la drogue. Il mourut, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1969, noyé dans sa piscine, après avoir ingurgité un de ces cocktails explosifs, à l’âge de 27 ans seulement, comme ces autres musiciens cultes et icônes du pop-rock que furent Robert Johnson, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, Kurt Cobain et Amy Winehouse : «sex, drugs and rock’n’roll» diront ceux qui voudront expliquer ainsi cette attitude extrême, défiant jusqu’à la mort bien plus que la vie, de ces nouveaux maudits, à l’instar autrefois d’un Rimbaud ou d’un Lautréamont, des temps modernes. A moins qu’il ne faille plutôt parler là, comme le fit Artaud à propos de Van Gogh, de «suicidés de la société».Car c’est bien là ce qui distingue les Rolling Stones de leurs rivaux de toujours, les Beatles : cet aspect profondément rebelle, plus encore qu’insolent (à l’image de leur logo semblant tirer la langue au monde entier), où la «rock attitude» la plus provocante confinait parfois, aux dires de la société d’alors, à l’outrage aux bonnes mœurs. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si leurs frasques les conduisirent parfois aussi, en ces turbulentes années-là, en prison, tout comme, un siècle plus tôt, un certain Oscar Wilde, qui fut, pour cette jeunesse aspirant à la liberté («My Generation», revendiquait, toutes guitares saturées, un autre historique «rock band» en ce temps-là, les Who), un modèle avant la lettre.Preuve en est – peu de gens l’ont remarqué – que cet immortel auteur du Portrait de Dorian Gray trône, telle une figure tutélaire, sur la pochette du plus légendaire des albums des Beatles : Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band, sorti en 1967. C’est dire si ce rock tel que l’incarnèrent des groupes comme les Beatles et, surtout, les Rolling Stones, s’avère, également, une expression, par-delà ses excès comportementaux, du dandysme moderne et contemporain : Rebel Rebel chantait David Bowie, dandy aussi sophistiqué que décadent, au temps du très androgyne et endiablé Ziggy Stardust.Mais le diable lui-même, après tout, n’est-il pas, à en croire La Bible, un ange à la fois rebelle et déchu, sinon dépravé ? Ce fut d’ailleurs là l’un des tubes les plus sulfureux, forcément très controversé à cette époque encore pudibonde où il envahissait les «hit parade» londoniens et newyorkais, des Stones : Sympathy for the Devil.

La révolte des dandys

Oscar Wilde

Cet aspect rebelle du dandysme, Albert Camus l’analyse particulièrement bien dans un des chapitres, emblématiquement intitulé la révolte des dandys, de son Homme révolté. Il y écrit : «Le dandy crée sa propre unité par des moyens esthétiques. Mais c’est une esthétique de la singularité et de la négation. (…). Le dandy est par fonction un oppositionnel. Il ne se maintient que dans le défi. (…). Le dandy (…) se forge une unité par la force même du refus. (…). Le dandy ne peut se poser qu’en s’opposant. (…). Sa vocation est dans la singularité, son perfectionnement dans la surenchère. Toujours en rupture, en marge (…). Il joue sa vie, faute de pouvoir la vivre. Il la joue jusqu’à la mort, sauf aux instants où il est seul et sans miroir.»[1]Cette révolte des dandys, esthètes à l’âme foncièrement rebelle depuis que Nietzsche proclama «la mort de Dieu» en son Gai Savoir et autre Ainsi parlait Zarathoustra, apparaît donc tout d’abord, sur le plan sociopolitique, comme une forme de contestation par rapport à l’ordre établi, aux préjugés moraux tout autant qu’aux impératifs religieux, aux conventions sociales tout autant qu’aux normes familiales : «Que ces hommes se fassent nommer raffinés, incroyables, beaux, lions ou dandys, tous sont issus d’une même origine, tous participe du même caractère d’opposition et de révolte.» [[2]], affirme Baudelaire dans Le Peintre de la vie moderne.Ainsi le dandysme, cette «esthétisation de soi» par où l’être tend à faire de son existence une œuvre d’art vivante, selon l’aphorisme phare de Wilde en ses très corrosives mais jubilatoires Formules et maximes à l’usage des jeunes gens il faut soit être une œuvre d’art, soit porter une œuvre d’art»), est-il aussi, aux dires de Baudelaire, un acte de résistance, le plus délicieusement subversif qui soit, face à l’émergence, au sein du monde moderne, de nouvelles formes de barbarie.

Le culte du moi : distinction et singularité

 Baudelaire va, cependant, plus loin. Car, partant de cette définition générale, il confère alors au dandysme ses caractéristiques les plus saillantes et particulières – le culte du moi, avec ses deux prérogatives que sont la distinction et la singularité -, anticipant là jusqu’aux traits spécifiques qu’en donnera ensuite Wilde : «Qu’est-ce donc que cette passion qui, devenue doctrine, a fait des adeptes dominateurs, cette institution non écrite qui a formé une caste si hautaine ? C’est avant tout le besoin ardent de se faire une originalité, contenu dans les limites des convenances. C’est une espèce de culte de soi-même, qui peut survivre à la recherche du bonheur à trouver dans autrui (…) ; qui peut survivre même à tout ce que l’on appelle les illusions. C’est le plaisir d’étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné. Un dandy peut être un homme blasé, peut être un homme souffrant ; mais, dans ce dernier cas, il sourira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard.»[3]

Le dandy : libre, libertin et libertaire

Le dandy, un virevoltant mais gracieux agitateur d’idées, pour reprendre le slogan d’une grande marque de librairie française. Mieux : l’anticonformisme incarné, doublé d’une révolte par l’élégance. Le summum, en somme, de la pensée libertaire, fût-elle en ce cas, comme le spécifie Michel Onfray dans sa Politique du rebelle (judicieusement sous-titrée Traité de résistance et d’insoumission), «infusée par une mystique de gauche»[4], laquelle, poursuit-il, « peut très bien fonctionner sur le mode artistique »[5].

Le dandysme, ou le rejet, définitif et sans concession, de toute autorité, du moins celle qui prétendrait intenter à son impérieux sens de l’individualisme : «Et il faut noter que c’est parce que l’Art est cette forme d’individualisme intense que le public essaie d’exercer sur lui une autorité qui est aussi immorale que ridicule, aussi corruptrice que méprisable.»[6], lance Wilde, en cette utopie révolutionnaire et même anarchiste qu’est L’âme de l’homme sous le socialisme, à la face de ses contemporains.
Et pour cause, enchaîne-t-il : «L’art est individualisme, et l’individualisme est une force qui dérange et qui désintègre.»[7]

Michel Onfray, dans sa Politique du rebelle, commente, non moins opportunément : «Le dandy vise le sublime. La politique libertaire aspire au même type d’objectif : l’assomption de l’individu artiste réagit contre l’effondrement des particuliers vers les bas-fonds où triomphent les vertus et les valeurs bourgeoises. (…). Le dandysme théorise la revendication de garanties multipliées pour l’expression de l’individualité et la souveraineté des monades.»[8]
C’est dire, comme le réputa Camus en son Homme révolté, si le dandy, en effet, «ne se maintient que dans le défi» et si, mieux encore, il «ne se pose qu’en s’opposant»!

Car c’est aussi cela, effectivement, un dandy : un aimable et charmant contestataire, vaguement anarchiste… un anar de luxe. Mieux : le plus sophistiqué et chevaleresque des actes de résistance face au conformisme ambiant, ce dogmatisme guindé, cancérigène pour l’intelligence, que l’on appelle la «pensée unique» ou encore, pour employer un néologisme bien de chez nous, la «bien-pensance»!

Wilde, dans son Âme de l’homme sous le socialisme, l’avait déjà dit et redit, y mettant à mal cette sacro-sainte notion d’autorité qu’il abhorrait, lui l’insoumis jusqu’au trépas, par-dessus tout : « »Qui veut être libre, a dit un grand penseur, doit refuser d’imiter. » Et l’autorité, en transformant les gens en imitateurs, crée parmi nous une variété très grossière de barbares au ventre plein.»[9] Admirable de noblesse d’âme, ce haut chant de liberté.

Honni soit qui mal y pense !, énonce la célèbre devise anglaise. Raison pour laquelle Onfray peut encore écrire : «Enfin, cynique, dandy et libertin, le libertaire s’affiche aussi en romantique, car il se sait engagé dans un combat de Titans, où il perdra tout, fors l’honneur.»[10] Car le dandy, en effet, est, par essence et même quintessence, un être libre, libertin et libertaire : magnifique triptyque, que ni Mick Jagger ni Keith Richards ne contrediront certes, bien au contraire, sur ce très subversif point.
Bon anniversaire, donc, à ces dandys (bien plus que papys) du rock : «Clap your handsdandy on the rocks !»

Daniel Salvatore Schiffer est l’auteur de Philosophie du dandysme (PUF), Le dandysme, dernier éclat d’héroïsme (PUF), Oscar Wilde (Gallimard) et Le Dandysme – La création de soi (Bourin Editeur).

Source: Marianne 2, 13/07/12


[1] Albert Camus, L’Homme révolté, Paris, Gallimard, Folio Essais, 1951, p. 71-72.
[2] Charles Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne, in Œuvres complètesII, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1976, p. 711.
[3] Ibid., p. 710.
[4] Michel Onfray, Politique du rebelle (Traité de résistance et d’insoumission), Paris, Grasset, Biblio Essais, 1997, p. 224.
[5] Idem.
[6] Oscar Wilde, L’Âme de l’homme sous le socialisme, in Œuvres, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1996, p. 946.
[7] Ibid., p. 948.
[8] Michel Onfray, Politique du rebelleopcit., p. 226.
[9]Oscar Wilde, L’Âme de l’homme sous le socialismeopcit., p. 942.
[10] Michel Onfray, Politique du rebelle , opcit., p. 231.

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Pour le 50è des Rolling Stones

Il y a 50 ans cette semaine, le 12 juillet 1962, les Rolling Stones donnèrent leur premier concert au Marquee Club de Londres. Depuis un demi siècle, les Stones font de la musique, du rock and roll bien évidemment, mais avec un accent rythm and blues très prononcé qui fait la différence spécifique de leur son et de leur style. Dans les deux vidéos qui suivent on voit justement les Stones frayer avec la source rythm and blues de leur musique: en 1981, de passage à Chicago lors d’une grande tournée nord-américaine, les Stones vont entendre au Cherkerboard Lounge l’homme lui-même, l’inspiration de leur jeunesse, celui à qui ils doivent tout, à commencer par leur nom tiré du titre de sa chanson Rollin’ Stone, le légendaire Muddy Waters… qui les invite sur scène! Retour aux sources, oh! yeah!

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Vote étudiant au Québec

Un but simple: informer les étudiants qui ont leur « principale demeure » sur les campus qu’ils sont en droit de changer leur adresse auprès du Directeur général des élections (DGE) afin de voter massivement dans la circonscription de leur université ou cégep.

Vote étudiant au Québec

Certains opposants au mouvement étudiant ont soutenu que la démocratie ne s’exerçait qu’une fois aux quatre ans et que la seule façon acceptable d’exprimer un désaccord avec le gouvernement est d’aller voter. Qu’à cela ne tienne.

Marche à suivre pour informer le DGE d’un changement d’adresse

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Tokyo: Yasuhiro Ishimoto au CCA

Au Centre Canadien d’Architecture jusqu’au 21 octobre

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La CLASSE lance un manifeste

La CLASSE lance un manifeste et une tournée québécoise pour tenter de mobiliser la population. Gabriel Nadeau-Dubois et ses acolytes comptent visiter une vingtaine de villes, d’Amos à Saint-Jérôme, en passant par Baie-Saint-Paul et Joliette. L’annonce officielle sera faite aujourd’hui au cours d’une conférence de presse.
De quoi est faite la jeunesse québécoise qui est descendue dans les rues depuis le fameux printemps érable ? C’est à cette question que tente de répondre la CLASSE dans son manifeste « Nous sommes avenir » qui sera rendu public aujourd’hui et dont Le Devoir a obtenu copie.

« Ce qui a commencé par une grève étudiante est devenu une lutte populaire : la question des droits de scolarité nous aura permis de toucher à un malaise plus profond, de parler d’un problème politique d’ensemble. […] Lorsque nous prenons la rue et érigeons des piquets de grève, c’est cette démocratie qui respire. C’est une démocratie d’ensemble. » La suite: Le Devoir, 12/07/12

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Carré rouge: maintenant, on fait quoi?

Des élections seront probablement déclenchées en août au Québec par le gouvernement Charest. Histoire de faire oublier son piètre bilan et de camoufler l’odeur de scandale, il aimera sans doute faire porter une bonne partie de cette campagne électorale autour du conflit étudiant et du carré rouge qu’il s’est appliqué à amalgamer à l’intransigeance, la violence, le désordre, la rue, à Pauline Marois et au Parti québécois.

Ces calculs électoralistes sont en train de lui donner raison. Malgré les casseroles et les manifestations monstres auxquelles participaient plusieurs dizaines de milliers de personnes, le gouvernement n’a pas bronché et a même récolté la sympathie d’une partie de la population, nous disent les sondages.

Alors, quelle stratégie les associations étudiantes vont-elles adopter lors de la reprise des cours au mois d’août ? Vont-elles répéter les mêmes tactiques qui consistent à bloquer l’entrée des cégeps et des universités et ressortir dans la rue avec une loi 78 toujours en vigueur ? Ce serait là, à mon avis, une stratégie risquée qui permettrait au gouvernement Charest de marquer des points dans l’opinion publique, augmentant ainsi ses chances de se faire réélire.

Le mouvement de contestation doit penser stratégie et se montrer plus intelligent que son adversaire. Le carré rouge, l’indignation, les casseroles et les manifestations monstres représentent de merveilleux symboles, mais ils ne suffisent plus dans le contexte actuel. Je sais, plusieurs contestataires méprisent la politique, ils préfèrent s’en tenir à distance, bien drapés du voile de la Vertu et des impératifs catégoriques.

Mais de grands principes ne changent pas le monde s’ils ne s’incarnent pas dans l’action à travers les institutions en place, même si c’est pour les changer. C’est pourquoi le mouvement de contestation doit dorénavant prendre à bras-le-corps l’animal politique, occuper la scène électorale à la manière d’un cheval de Troie afin de faire changer les choses de l’intérieur.

Ainsi, si elles ne veulent pas regarder passer la parade lors de la rentrée, les associations étudiantes devraient s’assurer, rapidement, que chaque étudiant est inscrit sur la liste électorale et qu’il ira voter pour le candidat et le parti de son choix. Ceci peut se faire en organisant des tables de pointage dans les établissements d’enseignement, liste électorale à la main et informations pertinentes disponibles ; surtout pour tous ces jeunes qui en seront à leur première expérience comme électeurs.

Ensuite, avant d’aller voter, l’électeur, d’une manière pragmatique et en pensant vote stratégique, devrait analyser la force des candidats de sa circonscription afin de s’assurer que la division du vote ne permette pas au parti dont il veut se débarrasser de se faufiler au fil d’arrivée.

Les étudiants et leurs associations doivent également plancher à fond sur ce qu’ils savent très bien faire : utiliser les médias sociaux pour communiquer, informer, mobiliser, et ce, d’une manière intelligente et novatrice. En maximisant le réseautage, je suis convaincu qu’ils pourraient augmenter grandement leur efficacité.

Et puis, vous savez quoi ? Les étudiants pourraient concrètement s’impliquer dans les associations politiques de leur circonscription, mettre la main à la pâte, donner de leur temps, militer afin de faire élire le candidat qui reflète le plus les valeurs qu’il défend. Au bout du compte, ceci aurait sans doute pour effet d’amener du sang neuf, de nouvelles idées et façons de faire dans ces machines électorales souvent trop conservatrices.

Plusieurs ont vanté les vertus pédagogiques du mouvement étudiant des derniers mois. En se mobilisant et en militant pour une cause sociale, ces milliers d’étudiants se sont regroupés, ont débattu et défendu leurs valeurs citoyennes. On est loin de l’image de l’enfant roi égoïste et replié sur soi que nous renvoie la rumeur populaire depuis une décennie.

Car, ne nous y trompons pas, bien au-delà de l’augmentation des droits de scolarité, ce que contestent tous ces jeunes, c’est un modèle de société, des façons de faire et de penser. C’est pourquoi il serait triste que ce mouvement porteur d’avenir se termine en queue de poisson. Sauf que pour donner des résultats, je crois fermement qu’ils se doivent maintenant de jouer le jeu des institutions politiques et démocratiques afin de changer ce monde qui, de toute façon, sera le leur demain.

Réjean Bergeron, Professeur de philosophie, Le Devoir, 11/07/12

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DHC/ART

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