Voter pour un parti qui a des chances

Dans Le Devoir de ce samedi, mes estimés collègues Renaud Poirier-St-Pierre et Gabrielle Brais Harvey, à qui je voue un respect sincère, incitent la nouvelle jeunesse militante, formée durant la grève étudiante, à intégrer le champ de la politique partisane pour continuer le combat de ce printemps. J’incline à être en accord. Malgré toute la vigueur d’une société civile traversée par un mouvement social sans précédent, il n’en demeure pas moins que c’est au Parlement que se décident les lois et les politiques gouvernementales comme celles concernant l’accessibilité aux études postsecondaires.

Ils écrivent : « Pour éviter quatre autres années de noirceur, les militants du mouvement étudiant devront investir les structures des partis politiques. […] Nous devons nous donner comme objectif une victoire électorale étudiante. »

Si le début du texte laisse présager au lecteur étudiant le libre choix de son implication, le reste du texte lui propose une implication enthousiaste chez Québec solidaire, seul parti, selon eux, qui a honnêtement défendu la cause étudiante lors du dernier conflit. Toutefois, mes collègues reconnaissent que QS possède une chance pratiquement nulle d’arriver à la victoire lors des prochaines générales, imminentes, et qu’au fond, l’idée est plutôt de joindre QS pour favoriser à long terme l’émergence d’idées politiquement progressistes défendues par ce parti.

Je crois qu’amenés comme tels, ces deux objectifs sont irréconciliables.

Il serait ridicule de tenir les collègues responsables du mode de scrutin québécois, mais il n’en demeure pas moins que la situation actuelle démontre une contradiction majeure : comment s’assurer de ne pas repartir pour quatre années de noirceur libérale tout en incitant les jeunes à voter pour un parti qui, selon les dires mêmes des rédacteurs de la lettre, ne peut pas prendre le pouvoir aux prochaines élections ?

On nous assure par contre que les comtés francophones de l’île de Montréal sont majoritairement prenables par QS. Fort bien, et la suite ? J’aurais tendance à penser que tout ce morcellement de l’opposition au parti actuellement au pouvoir va favoriser ce dernier et nous faire repartir pour un autre long voyage libéral.

Je comprends fort bien le désir de certains de passer outre le vote stratégique, peu inspirant. Or, je ne sais pas si le Québec étudiant se rend bien compte qu’une nouvelle victoire libérale va conforter Jean Charest dans la totalité des décisions qu’il a prises durant son dernier mandat : hausse des droits de scolarité et projet de loi 78 (devenu loi 12) comprises.

On semble penser dans certains cercles que l’axe politique souveraineté-fédéralisme s’est effacé pour faire place à l’axe gauche-droite. Ce constat est peut-être plus visible chez les souverainistes, dont certains sont fatigués de voir reléguer des questions importantes en dessous de la pile, d’autres de ne pas aller assez rapidement. Toutefois, je doute fort que la base électorale du Parti libéral partage ce même constat. Ainsi, le bassin électoral d’opposition au PLQ croisé avec l’opposition à la hausse des droits de scolarité possède plusieurs choix aussi légitimes les uns que les autres, mais l’agrégat de toutes ces aspirations individuelles se morcellera une fois entré dans l’entonnoir rouillé qui nous sert de mode de scrutin.

Il est admirable qu’on incite les jeunes militants à intégrer les structures d’un parti politique et de favoriser l’implication citoyenne ; il est très sain que les jeunes militants puissent continuer à militer dans un parti à l’intérieur duquel ils se reconnaissent. Mais ne venez surtout pas nous dire que, pour battre les libéraux et « éviter quatre années de noirceur », les banquettes de l’opposition sont la solution.

Si les rédacteurs de cette lettre cherchent plutôt à canaliser les militants vers leurs partis, se cherchant des téléphonistes pour se permettre d’aller gagner des comtés dans l’est de Montréal, qu’ils le disent sans fard.

Ma solution à l’enjeu posé va dans un autre sens : voter pour un parti politique ayant des chances de l’emporter contre le Parti libéral du Québec dans les comtés prenables et ne pas diviser le vote dans les autres (Mercier et Nicolet-Yamaska compris) tout en s’affairant activement à défaire les députés libéraux dans leurs comtés. Évidemment, je suis conscient que cette proposition amène une conséquence relativement prévisible : favoriser l’élection des députés du Parti québécois dans une majorité de circonscriptions.

Je comprends les méfiances du mouvement étudiant. Nous connaissons notre histoire et nous savons que nous avons dû utiliser la grève en 1996 pour faire reculer le gouvernement de Lucien Bouchard sur la question des droits de scolarité, avec Pauline Marois à l’Éducation. Nous sommes quelquefois dubitatifs face à la position défendue par le Parti québécois sur la stricte question des droits de scolarité : gel / pas gel / indexation / sommet aux conclusions incertaines ?

Je dirais toutefois ceci : je ne crois pas que le PQ soit sorti particulièrement gagnant de la crise étudiante. Je crois que son aide à l’Assemblée nationale tant sur la question des droits de scolarité que sur celle du projet de loi 78 lui a valu des attaques virulentes de la part du gouvernement, décidant de tabler sur la loi et l’ordre. La récente pub du PLQ dépeignant Pauline Marois comme une mauvaise utilisatrice de couvercles de métal le prouve bien. Taxer le PQ d’électoralisme me paraît dans ce cadre quelque peu abusif. Si certains ténors du PQ semblent sensibles à l’idée d’une hausse des droits de scolarité, rien ne nous permet de dire qu’ils seront majoritaires au sein du caucus et pourront aller de l’avant avec leurs idées. Une vigilance active du mouvement étudiant s’impose évidemment. […]

Je partage en outre les critiques dénonçant le modèle plutôt obtus du scrutin uninominal à un tour, nous forçant souvent à mélanger nos valeurs à un calcul politique plutôt froid et sans âme. Je souhaite donc qu’un prochain gouvernement se penche sérieusement sur la possibilité de réformer le tout entre pour permettre aux électeurs intéressés par ON et QS de voter en toute harmonie, sans avoir à se défendre constamment de diviser le vote.

***

Daniel Pierre-Roy – Étudiant à la maîtrise en politique appliquée à l’Université de Sherbrooke, membre junior du club des Belles-mères du mouvement étudiant québécois et ex et futur membre du PQ,

Source: Le Devoir, 17/07/12

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