Carré rouge: maintenant, on fait quoi?

Des élections seront probablement déclenchées en août au Québec par le gouvernement Charest. Histoire de faire oublier son piètre bilan et de camoufler l’odeur de scandale, il aimera sans doute faire porter une bonne partie de cette campagne électorale autour du conflit étudiant et du carré rouge qu’il s’est appliqué à amalgamer à l’intransigeance, la violence, le désordre, la rue, à Pauline Marois et au Parti québécois.

Ces calculs électoralistes sont en train de lui donner raison. Malgré les casseroles et les manifestations monstres auxquelles participaient plusieurs dizaines de milliers de personnes, le gouvernement n’a pas bronché et a même récolté la sympathie d’une partie de la population, nous disent les sondages.

Alors, quelle stratégie les associations étudiantes vont-elles adopter lors de la reprise des cours au mois d’août ? Vont-elles répéter les mêmes tactiques qui consistent à bloquer l’entrée des cégeps et des universités et ressortir dans la rue avec une loi 78 toujours en vigueur ? Ce serait là, à mon avis, une stratégie risquée qui permettrait au gouvernement Charest de marquer des points dans l’opinion publique, augmentant ainsi ses chances de se faire réélire.

Le mouvement de contestation doit penser stratégie et se montrer plus intelligent que son adversaire. Le carré rouge, l’indignation, les casseroles et les manifestations monstres représentent de merveilleux symboles, mais ils ne suffisent plus dans le contexte actuel. Je sais, plusieurs contestataires méprisent la politique, ils préfèrent s’en tenir à distance, bien drapés du voile de la Vertu et des impératifs catégoriques.

Mais de grands principes ne changent pas le monde s’ils ne s’incarnent pas dans l’action à travers les institutions en place, même si c’est pour les changer. C’est pourquoi le mouvement de contestation doit dorénavant prendre à bras-le-corps l’animal politique, occuper la scène électorale à la manière d’un cheval de Troie afin de faire changer les choses de l’intérieur.

Ainsi, si elles ne veulent pas regarder passer la parade lors de la rentrée, les associations étudiantes devraient s’assurer, rapidement, que chaque étudiant est inscrit sur la liste électorale et qu’il ira voter pour le candidat et le parti de son choix. Ceci peut se faire en organisant des tables de pointage dans les établissements d’enseignement, liste électorale à la main et informations pertinentes disponibles ; surtout pour tous ces jeunes qui en seront à leur première expérience comme électeurs.

Ensuite, avant d’aller voter, l’électeur, d’une manière pragmatique et en pensant vote stratégique, devrait analyser la force des candidats de sa circonscription afin de s’assurer que la division du vote ne permette pas au parti dont il veut se débarrasser de se faufiler au fil d’arrivée.

Les étudiants et leurs associations doivent également plancher à fond sur ce qu’ils savent très bien faire : utiliser les médias sociaux pour communiquer, informer, mobiliser, et ce, d’une manière intelligente et novatrice. En maximisant le réseautage, je suis convaincu qu’ils pourraient augmenter grandement leur efficacité.

Et puis, vous savez quoi ? Les étudiants pourraient concrètement s’impliquer dans les associations politiques de leur circonscription, mettre la main à la pâte, donner de leur temps, militer afin de faire élire le candidat qui reflète le plus les valeurs qu’il défend. Au bout du compte, ceci aurait sans doute pour effet d’amener du sang neuf, de nouvelles idées et façons de faire dans ces machines électorales souvent trop conservatrices.

Plusieurs ont vanté les vertus pédagogiques du mouvement étudiant des derniers mois. En se mobilisant et en militant pour une cause sociale, ces milliers d’étudiants se sont regroupés, ont débattu et défendu leurs valeurs citoyennes. On est loin de l’image de l’enfant roi égoïste et replié sur soi que nous renvoie la rumeur populaire depuis une décennie.

Car, ne nous y trompons pas, bien au-delà de l’augmentation des droits de scolarité, ce que contestent tous ces jeunes, c’est un modèle de société, des façons de faire et de penser. C’est pourquoi il serait triste que ce mouvement porteur d’avenir se termine en queue de poisson. Sauf que pour donner des résultats, je crois fermement qu’ils se doivent maintenant de jouer le jeu des institutions politiques et démocratiques afin de changer ce monde qui, de toute façon, sera le leur demain.

Réjean Bergeron, Professeur de philosophie, Le Devoir, 11/07/12

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