La bannière avec le « OUI », c’est celle du Syndicat des professeurs du cégep Marie-Victorin
Superbes photos: Le Cadre Rouge, Manifestation nationale contre les néolibéraux.
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La Commission des droits de la personne estime qu’elle devrait être déclarée inapplicable
Le projet de loi 78 porte atteinte à la Charte des droits et libertés et devrait conséquemment être déclaré inapplicable en droit, tranche la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Dans une analyse de 56 pages rendue publique hier, la Commission porte un jugement sévère sur la loi spéciale adoptée le 18 mai dernier par le gouvernement Charest.
Déjà, lors de son adoption, la Commission avait fait part de ses « sérieuses inquiétudes » et s’était engagée à faire une analyse plus sérieuse de ce qui est devenu la loi 12.
« L’analyse de conformité détaillée qu’a faite la Commission lui a permis de confirmer les sérieuses inquiétudes qu’elle avait soulignées avant l’adoption de la Loi », écrivent les commissaires dans le rapport.
« Ainsi, de nombreuses dispositions de celle-ci enfreignent directement ou indirectement les libertés et droits garantis par la Charte, notamment les libertés fondamentales protégées par l’article 3 de celle-ci. Ces dispositions devraient, de ce fait, être jugées inapplicables en droit en vertu de l’article 52 de la Charte puisque le législateur n’a pas prévu expressément que la Loi s’applique malgré celle-ci. »
Ils dénoncent plus précisément les articles 12 à 31 de la Loi qui « portent atteinte aux libertés de conscience, d’opinion, d’expression, de réunion pacifique et d’association garanties par la Charte ».
Selon la Commission, un bon nombre de ces articles constituent « un frein à l’exercice des libertés fondamentales » en raison de leur sévérité excessive et du doute qu’ils provoquent chez les citoyens.
Les commissaires, nommés par l’Assemblée nationale, ont fait parvenir leur avis au gouvernement Charest, comme ils le font pour chaque projet de loi. Mais leurs recommandations n’ont aucune force d’application. « Nous informons le gouvernement, comme le fait le vérificateur général ou le protecteur du citoyen. À partir de là, c’est à lui de décider s’il appliquera nos recommandations ou non », explique en entrevue Gaétan Cousineau, le président de la Commission.
De passage en Gaspésie pour annoncer une subvention à l’industrie des pêches, le premier ministre Jean Charest a réagi à cette annonce hier.
« La loi 78 a été faite pour protéger les Québécois et s’assurer que les étudiants qui veulent étudier aient le droit d’étudier, a-t-il déclaré. La loi que nous avons votée à l’Assemblée nationale, qui a été appuyée par une forte majorité de députés […] est une loi qui est fondée sur ce droit à l’éducation. »
Mais il renvoie la balle aux tribunaux, qui ont été saisis de l’affaire depuis que l’organisme Juripop, représentant des associations étudiantes, a déposé une requête en nullité à la Cour supérieure du Québec.
« Je respecte les travaux faits par la Commission et il reviendra aux tribunaux de droit commun de déterminer le sort de cette loi-là », a ajouté Jean Charest.
Le PQ abrogerait la loi
L’avis de la Commission a déclenché une avalanche de réactions hier. Au Parti québécois, on martèle que le gouvernement libéral se doit de retirer sa loi dès maintenant. « Maintenant que la Commission a condamné vigoureusement la loi 78, le seul geste que le gouvernement doit poser, c’est de retirer sa loi odieuse », a soutenu le député de Jonquière et porte-parole de l’opposition officielle, Sylvain Gaudreault. Profitant de l’impulsion donnée par les élections qui se dessinent de plus en plus clairement au Québec, il a affirmé que son parti prendrait les dispositions nécessaires pour abolir la loi s’il était porté au pouvoir. « Un gouvernement du Parti québécois posera immédiatement un geste après son élection pour retirer la loi 78, pour l’abroger. […] Si les élections sont le 4 septembre, le temps de former le gouvernement, de convoquer l’Assemblée nationale et hop ! On abroge la loi. »
Du côté de Québec solidaire, on se réjouit de cette analyse de la Commission des droits de la personne sur l’ancien projet de loi 78.
« À sa face même, cette loi était condamnable. […] Il est impératif que le gouvernement retire cette loi ou, du moins, qu’on en expurge les articles qui ne sont pas conformes à la Charte », a soutenu Françoise David, coporte-parole de Québec solidaire.
Des munitions pour les étudiants
Du côté des associations étudiantes, on applaudit également ce nouvel appui provenant d’une commission indépendante. « La Commission, un organisme public, neutre et crédible, confirme ce que nous affirmons depuis des semaines : la loi spéciale vient à l’encontre des droits fondamentaux des Québécois », a affirmé Éliane Laberge, la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).
À la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Yanick Grégoire estime que les libéraux sont de plus en plus isolés. « Les Québécois s’attendent de leur gouvernement qu’il défende la Charte des droits et libertés de la personne et l’intérêt de la majorité de la population avant de défendre les intérêts d’un parti politique. »
Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE, s’est également montré confiant pour la suite des démarches juridiques, même s’il espère que le gouvernement abandonnera la partie avant que la cause soit entendue devant les tribunaux. « Cette analyse constitue une véritable gifle au visage du gouvernement libéral. Cette fois, ce n’est pas le mouvement étudiant qui condamne la loi, c’est la Commission des droits de la personne, la gardienne des droits et libertés des Québécois et Québécoises. Jean Charest doit se rendre à l’évidence et abroger sa loi spéciale. »
Enfin, la clinique juridique Juripop, qui représente les associations étudiantes dans leurs démarches pour faire invalider la loi spéciale, s’est dite encouragée par cette analyse juridique qui va dans le même sens que son argumentaire et qui leur fournit un certain nombre de munitions. « Si cela ne fait pas bouger le gouvernement, il n’y aura plus que les tribunaux pour le faire, estime le directeur général de Juripop, Marc-Antoine Cloutier. Nous aurions préféré que le gouvernement retire sa loi de lui-même, car nous n’aimons pas judiciariser ce genre de questions. Mais nous n’avons pas le choix. »
***
Avec Thierry Haroun
Source: Le Devoir 20/07/12
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Respectivement président et secrétaire du SPQ Libre
Dans son manifeste « Nous sommes avenir », la CLASSE souligne, avec raison, que la lutte exemplaire des étudiants québécois est « une action collective qui dépasse les intérêts étudiants, qui ose revendiquer un monde différent, loin d’une soumission aveugle à la marchandisation ». Le Manifeste met en lumière deux conceptions qui s’affrontent, une première néolibérale, discriminatoire, dont la pierre d’assise est la tarification. Une autre, fondée sur le bien commun, prône la gratuité de l’ensemble des services publics.
Le Manifeste élargit sa critique de la société en abordant le dossier de l’exploitation des ressources naturelles (Plan Nord) et la condition des peuples autochtones, de même que la reproduction de la discrimination à l’égard des femmes par notre système d’éducation. Le Manifeste se termine par un plaidoyer en faveur d’un syndicalisme de combat, tel que celui pratiqué par les associations étudiantes, et « un appel à la grève sociale ».
Le Manifeste est un exposé de la « vision » de la CLASSE d’une « démocratie directe, agissante et rassembleuse » qu’elle oppose, dans une dichotomie « Nous » et « Eux », à la démocratie représentative présentée comme étant « leur vision, leur démocratie ».
Première absence : la prochaine élection
Dans ce Manifeste, aucune analyse de la conjoncture politique globale, des différentes forces politiques en présence, ni même une simple mention du prochain rendez-vous électoral où se décidera, pour le court terme, le sort de la principale revendication étudiante!
Pourtant, les enjeux sont clairs. Une victoire du Parti libéral signifierait la poursuite de l’implantation du modèle néolibéral anglo-saxon avec l’augmentation des droits de scolarité et la mise en application de la Loi 78. Une victoire du Parti Québécois se traduirait par la révocation de la Loi 78, l’annulation de la hausse des droits de scolarité et la tenue d’un Sommet où le PQ proposerait, comme Mme Marois s’y est engagée, une augmentation modérée des droits scolarité modulée sur l’indice du coût de la vie.
Lors d’un tel Sommet, les associations étudiantes et d’autres forces sociales pourront proposer la gratuité scolaire et le SPQ Libre sera de ce nombre. Mais nous l’assortirons à la nécessité de l’indépendance du Québec. Car il faut être réaliste, nous n’aurons pas les budgets nécessaires pour nos programmes sociaux tant que nous continuerons à envoyer la moitié de nos impôts à Ottawa pour soutenir les choix économiques et militaires d’un gouvernement élu par une autre nation.
Deuxième absence : la question nationale
De façon symptomatique, toute référence à la question nationale – hormis la question nationale autochtone – est absente du Manifeste et du discours général de la CLASSE. Pourtant, seuls les pays indépendants siègent à la table des nations où se négocient les accords de libre-échange, véritable cheval de Troie du néolibéralisme.
De plus, nous savons très bien que le sous-financement du réseau universitaire origine de la décision unilatérale du gouvernement canadien, prise en 1994-1995, de réduire de 50% les transferts fédéraux aux provinces pour l’éducation post-secondaire. Cela s’est traduit, selon les estimations conservatrices du ministère québécois des Finances, par un manque-à-gagner de 800 millions de dollars par année.
Méditons également sur le fait que le coût d’achat de deux seuls F-35 équivaut à la somme nécessaire pour instaurer la gratuité scolaire dans l’ensemble du réseau universitaire québécois.
Cela nous renvoie encore une fois au prochain scrutin et à des enjeux qui semblent avoir échappé aux dirigeants de la CLASSE, mais pas à la classe politique canadienne. Plus qu’un simple changement de gouvernement, l’élection du Parti Québécois remet à l’ordre du jour la question de l’indépendance nationale du Québec, avec en prime une crise sociale et politique d’une ampleur tout autre que celle dont rêve la CLASSE avec sa grève sociale.
Pour aucune considération, la classe dirigeante canadienne ne veut revivre le traumatisme de 1995, consciente que la prochaine fois pourrait être la bonne. Tout sera mis en œuvre pour empêcher l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois. C’est ce qui explique la rencontre Harper-Mulroney-Charest.
Un rendez-vous à ne pas manquer
Nous entrons dans une conjoncture politique particulièrement complexe. Nous devons nous attendre à toutes sortes de pièges et de traquenards, de manipulations et de « coups fourrés » de la part des forces fédéralistes. Nous aurons besoin d’analyses fines de la situation et de beaucoup de clairvoyance de la part des leaders politiques et étudiants.
Une élection du Parti Québécois représenterait une grande victoire pour le mouvement étudiant avec la satisfaction de ses principales revendications. Elle ouvrirait la porte à une remise en question du fédéralisme canadien, salutaire pour le Québec, mais également pour les différentes nations opprimées du Canada (autochtones, acadienne, etc.), de même qu’elle permettrait d’envisager la mise en place d’une autre société, axée sur le bien commun.
Dans le combat titanesque qui s’ouvrirait alors, les forces représentées à l’Assemblée nationale ne seraient pas suffisantes pour venir à bout d’un adversaire beaucoup plus puissant. Elles devront nécessairement s’appuyer sur des formes de démocratie directe s’inspirant de celles dont fait état le Manifeste de la CLASSE.
Démocratie représentative, démocratie directe, les deux font la paire, aujourd’hui comme demain.
Source: L’Aut’Journal, 16/07/12
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Dans Le Devoir de ce samedi, mes estimés collègues Renaud Poirier-St-Pierre et Gabrielle Brais Harvey, à qui je voue un respect sincère, incitent la nouvelle jeunesse militante, formée durant la grève étudiante, à intégrer le champ de la politique partisane pour continuer le combat de ce printemps. J’incline à être en accord. Malgré toute la vigueur d’une société civile traversée par un mouvement social sans précédent, il n’en demeure pas moins que c’est au Parlement que se décident les lois et les politiques gouvernementales comme celles concernant l’accessibilité aux études postsecondaires.
Ils écrivent : « Pour éviter quatre autres années de noirceur, les militants du mouvement étudiant devront investir les structures des partis politiques. […] Nous devons nous donner comme objectif une victoire électorale étudiante. »
Si le début du texte laisse présager au lecteur étudiant le libre choix de son implication, le reste du texte lui propose une implication enthousiaste chez Québec solidaire, seul parti, selon eux, qui a honnêtement défendu la cause étudiante lors du dernier conflit. Toutefois, mes collègues reconnaissent que QS possède une chance pratiquement nulle d’arriver à la victoire lors des prochaines générales, imminentes, et qu’au fond, l’idée est plutôt de joindre QS pour favoriser à long terme l’émergence d’idées politiquement progressistes défendues par ce parti.
Je crois qu’amenés comme tels, ces deux objectifs sont irréconciliables.
Il serait ridicule de tenir les collègues responsables du mode de scrutin québécois, mais il n’en demeure pas moins que la situation actuelle démontre une contradiction majeure : comment s’assurer de ne pas repartir pour quatre années de noirceur libérale tout en incitant les jeunes à voter pour un parti qui, selon les dires mêmes des rédacteurs de la lettre, ne peut pas prendre le pouvoir aux prochaines élections ?
On nous assure par contre que les comtés francophones de l’île de Montréal sont majoritairement prenables par QS. Fort bien, et la suite ? J’aurais tendance à penser que tout ce morcellement de l’opposition au parti actuellement au pouvoir va favoriser ce dernier et nous faire repartir pour un autre long voyage libéral.
Je comprends fort bien le désir de certains de passer outre le vote stratégique, peu inspirant. Or, je ne sais pas si le Québec étudiant se rend bien compte qu’une nouvelle victoire libérale va conforter Jean Charest dans la totalité des décisions qu’il a prises durant son dernier mandat : hausse des droits de scolarité et projet de loi 78 (devenu loi 12) comprises.
On semble penser dans certains cercles que l’axe politique souveraineté-fédéralisme s’est effacé pour faire place à l’axe gauche-droite. Ce constat est peut-être plus visible chez les souverainistes, dont certains sont fatigués de voir reléguer des questions importantes en dessous de la pile, d’autres de ne pas aller assez rapidement. Toutefois, je doute fort que la base électorale du Parti libéral partage ce même constat. Ainsi, le bassin électoral d’opposition au PLQ croisé avec l’opposition à la hausse des droits de scolarité possède plusieurs choix aussi légitimes les uns que les autres, mais l’agrégat de toutes ces aspirations individuelles se morcellera une fois entré dans l’entonnoir rouillé qui nous sert de mode de scrutin.
Il est admirable qu’on incite les jeunes militants à intégrer les structures d’un parti politique et de favoriser l’implication citoyenne ; il est très sain que les jeunes militants puissent continuer à militer dans un parti à l’intérieur duquel ils se reconnaissent. Mais ne venez surtout pas nous dire que, pour battre les libéraux et « éviter quatre années de noirceur », les banquettes de l’opposition sont la solution.
Si les rédacteurs de cette lettre cherchent plutôt à canaliser les militants vers leurs partis, se cherchant des téléphonistes pour se permettre d’aller gagner des comtés dans l’est de Montréal, qu’ils le disent sans fard.
Ma solution à l’enjeu posé va dans un autre sens : voter pour un parti politique ayant des chances de l’emporter contre le Parti libéral du Québec dans les comtés prenables et ne pas diviser le vote dans les autres (Mercier et Nicolet-Yamaska compris) tout en s’affairant activement à défaire les députés libéraux dans leurs comtés. Évidemment, je suis conscient que cette proposition amène une conséquence relativement prévisible : favoriser l’élection des députés du Parti québécois dans une majorité de circonscriptions.
Je comprends les méfiances du mouvement étudiant. Nous connaissons notre histoire et nous savons que nous avons dû utiliser la grève en 1996 pour faire reculer le gouvernement de Lucien Bouchard sur la question des droits de scolarité, avec Pauline Marois à l’Éducation. Nous sommes quelquefois dubitatifs face à la position défendue par le Parti québécois sur la stricte question des droits de scolarité : gel / pas gel / indexation / sommet aux conclusions incertaines ?
Je dirais toutefois ceci : je ne crois pas que le PQ soit sorti particulièrement gagnant de la crise étudiante. Je crois que son aide à l’Assemblée nationale tant sur la question des droits de scolarité que sur celle du projet de loi 78 lui a valu des attaques virulentes de la part du gouvernement, décidant de tabler sur la loi et l’ordre. La récente pub du PLQ dépeignant Pauline Marois comme une mauvaise utilisatrice de couvercles de métal le prouve bien. Taxer le PQ d’électoralisme me paraît dans ce cadre quelque peu abusif. Si certains ténors du PQ semblent sensibles à l’idée d’une hausse des droits de scolarité, rien ne nous permet de dire qu’ils seront majoritaires au sein du caucus et pourront aller de l’avant avec leurs idées. Une vigilance active du mouvement étudiant s’impose évidemment. […]
Je partage en outre les critiques dénonçant le modèle plutôt obtus du scrutin uninominal à un tour, nous forçant souvent à mélanger nos valeurs à un calcul politique plutôt froid et sans âme. Je souhaite donc qu’un prochain gouvernement se penche sérieusement sur la possibilité de réformer le tout entre pour permettre aux électeurs intéressés par ON et QS de voter en toute harmonie, sans avoir à se défendre constamment de diviser le vote.
***
Daniel Pierre-Roy – Étudiant à la maîtrise en politique appliquée à l’Université de Sherbrooke, membre junior du club des Belles-mères du mouvement étudiant québécois et ex et futur membre du PQ,
Source: Le Devoir, 17/07/12
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Sacrilège, profanation, blasphème : ces accusations ont été portées avant-hier contre les trois membres du groupe musical féministe russe Pussy Riot, incarcérées de manière préventive depuis cinq mois pour avoir récité une prière anti-Poutine dans la plus grande cathédrale de Moscou. (…) Que se passe-t-il donc, au pays de Vladimir Poutine, pour que trois jeunes performeuses, mères de famille, soient placées en détention provisoire depuis le début du mois de mars ?
Tout débute le 21 février dernier. Le groupe de musique féministe et écologiste Pussy Riot entre dans la cathédrale moscovite Christ-Sauveur. Vêtues de petites robes colorées et cagoulées, les jeunes filles dans la vingtaine investissent l’autel le temps d’une prière irrévérencieuse où, filmées, elles entonnent un « Vierge Marie, devient féministe, délivre-nous de Poutine ! » L’action vise aussi le patriarche de l’Église orthodoxe russe, Kirill, et déclenche l’ire des dignitaires religieux.
Quinze jours et plusieurs milliers de visionnements de leur performance sur YouTube plus tard, les autorités répliquent. Nadejda Tolokonnikova (la mère de Gera), Maria Alekhina (maman de Philippe) et Ekaterina Samoutsevitch sont arrêtées et placées en détention préventive pour « vandalisme en bande organisée », encourant ainsi sept ans de réclusion et la perte de leurs droits parentaux.
Les Pussy Riot n’en étaient pourtant pas à leur première action depuis la formation du groupe en 2011. Elles ont multiplié les « flashmobs » dans les stations de métro, sur le toit des bus, à la place Rouge, etc. Comprenez, Vladimir Poutine vient tout juste d’être élu… pour la troisième fois.
« Avant, il était tout de même possible de faire sortir des activistes de prison… Avec l’emprisonnement des Pussy Riot, un signal a clairement été envoyé à tous les citoyens pour dire que la répression a véritablement commencé », explique au Devoir Denis Polopov, jeune peintre réfugié politique aux Pays-Bas. « La Russie, en particulier sous Poutine, a tendance à devenir de plus en plus autoritaire et les tribunaux sont utilisés pour réduire au silence et emprisonner les nombreux opposants à l’élite dirigeante », estime pour sa part Kyle Matthews, chercheur principal en droit de la personne à l’Université Concordia.
Même au tribunal Taganski de Moscou, rien ne se déroule comme il se doit. Des accusations ont été déposées jeudi dernier seulement contre les Pussy Riot et la Prokuratoura a décidé de ne consacrer que cinq jours à l’examen du dossier. Jugeant ce délai trop court, les trois filles ont entamé une grève de la faim. « Leur cause prouve que le système de justice en Russie est une farce : ils détiennent les gens sans procès pendant cinq mois, ils rejettent toutes les preuves fournies par la défense, ainsi que deux expertises attestant que les filles n’ont pas commis d’infraction, alors qu’ils acceptent une tierce partie qui se base sur des textes médiévaux se référant à l’interdiction d’orgies dionysiaques, païennes et hellénistiques ! » nous écrit Anna Zobnina de l’Institut méditerranéen d’études de genre, basé à Chypre. La féministe d’origine russe qui anime en partie freepussyriot.org dénonce aussi le faux espoir donné samedi dernier par un appel anonyme au mari de Tolokonnikova et à son avocat, laissant croire à l’éventuelle remise en liberté des filles. Lundi, le verdict de la cour est tombé sans surprise : l’emprisonnement est prolongé jusqu’au 20 juillet.
Nadejda Tolokonnikova est, entre autres, étudiante de 5è année à la Faculté de philosophie de l’Université de Moscou.
Lire la suite de l’article et les commentaires du groupe Mise en demeure: Le Devoir, 14/07/12
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Les représentants et porte-parole des associations étudiantes québécoises comprenaient déjà, et ils le disent maintenant, que la question des droits de scolarité soulève, compare, voire oppose différentes conceptions de la nature et du fonctionnement de la société et de la démocratie.
Aussi veulent-ils cet été rencontrer la population chez elle, où elle se trouve, et parler avec elle afin de se faire mieux comprendre. On ne peut qu’applaudir. Mais en auront-ils le temps ? Seulement trois ou quatre semaines pour délibérer sur des conceptions opposées des fondements mêmes de la société… Avant que ne commence le rattrapage de la session d’hiver… On ne peut qu’être perplexe. Et dans sept ou huit semaines, le peuple québécois ira aux urnes. Que va dire son bulletin de vote ? Il est vrai qu’une partie importante de la population comprend et appuie l’essentiel de la position étudiante. Mais il est aussi vrai que la majorité des Québécois, jusqu’à tout récemment, du moins selon les sondages, réprouvait leurs revendications et leurs moyens de pression vis-à-vis de l’autorité gouvernementale. La majorité appuyait la manière forte voire butée du gouvernement en cette affaire.
Un piège à éviter
M. Charest et son gouvernement se sont employés à discréditer le carré rouge et ceux qui l’affichaient. Efficacement, il faut le reconnaître. Et voilà bien la fenêtre tant désirée, leur porte d’entrée recherchée pour se présenter en élection ! Un quatrième mandat en perspective. Voilà de quoi faire saliver sans retenue ! Merci aux étudiants et à leurs providentiels grabuges qui vont faire oublier les ratés et les nébulosités d’une gouvernance impopulaire ! Globalement très impopulaire depuis au moins deux ans. Et ces étudiants, se dit M. Charest, vont encore tout faire à partir de la mi-août pour troubler la reprise des cours, pour emmerder la population, pour narguer encore ma courageuse loi 78, etc. Et le peuple, se dit-il encore, va se lever pour les sanctionner sévèrement, les punir justement là où ça compte vraiment, dans les urnes. Et je l’aurai, mon quatrième mandat, se dit, encouragé et réconforté, le Grand Maître.
Représentants et porte-parole étudiants, ne tombez pas dans le panneau. N’allez pas mettre le pied dans le piège.
Premièrement, oui, parlez avec la population pendant l’été. Dites-lui comment vous envisagez la société pour demain, pour l’avenir, dites-lui en quoi vous êtes l’avenir. Faites voir au peuple les bienfaits de la transformation que vous proposez. Comprenez et faites comprendre que la démocratie doit toujours être en mode novateur et créatif. Jamais elle ne doit s’arrêter, se figer. Toujours elle doit être en alerte. Pas seulement au moment des élections. Répétez et montrez patiemment que l’humain ne se monnaie pas, ne se vend pas, que l’éducation de la jeunesse n’est pas une marchandise. Vous avez les mots pour le faire. Vos discours et vos écrits en témoignent éloquemment.
Deuxièmement, rentrez en classe à la mi-août et étudiez. Enlevez à M. Charest son principal argument pour la campagne électorale : carré rouge, enfants gâtés, agitation dans la rue, nuisance publique, intimidation, vandalisme. Donnez-vous et donnez-nous ainsi la chance de reprendre la délibération avec d’autres interlocuteurs, au gouvernement, plus sensibles, plus ouverts à vos idéaux sociaux et aux nôtres.
Troisièmement, quelque part en septembre, allez voter, tous, progrève et antigrève, selon les règles en cours de notre démocratie, si inadéquates soient-elles. En prévoyant au mieux, selon votre lucidité politique, comment se forgera dans la situation présente la majorité des représentants du peuple la plus apte à assumer concrètement, en délibérations ouvertes et en actions, dès le mois de septembre, l’essentiel de vos légitimes aspirations. Vous n’aimez pas vous afficher pour un parti politique déterminé. Soit. Rien de plus légitime. Mais votre sens aiguisé du politique devrait vous conduire le plus sûrement possible vers l’urne d’un avenir plus éclairé, prometteur et libérateur.
Fernand Couturier – Citoyen, Le Devoir, 14/07/12
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L’homme d’affaires albertain Clayton Riddell, très proche des conservateurs, a fait un don de 15 millions à l’École de gestion politique de l’Université Carleton d’Ottawa. Mais cet «acte de philanthropie» suscite la controverse, car en raison d’une entente jusqu’alaors gardée secrète, il apparaît que ce don n’est pas tant un geste désintéressé qu’un moyen d’influencer, voir même d’infléchir, les orientations de l’institution:
«Le contrat qui a été livré à La Presse canadienne le 29 juin révèle que la Fondation Riddell a bel et bien nommé trois des cinq membres d’un comité de direction qui a une influence importante dans les décisions concernant le budget alloué au programme de gestion politique, mais également les choix pour l’embauche, le directeur administratif et le cursus.
«Preston Manning, le fondateur du défunt Parti réformiste du Canada, siège à la tête du comité. Son ancien chef de cabinet Cliff Fryers y est aussi, comme Chris Foggart, l’ancien chef de cabinet du ministre conservateur John Baird, de même que deux porte-parole de l’université.» Le Devoir, 14/07/12
Et on se demande pourquoi on réclame haut et fort au Québec la tenue d’États généraux sur les finalités de l’université…
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Cinquante ans. En 1962, les Rolling Stones donnaient leur premier concert dans une salle londonienne, le Marquee. De Charles Baudelaire à Michel Onfray, le philosophe Daniel Salvatore Schiffer, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, revient sur des siècles d’esthétique dandy.

Oscar Wilde

Le dandy, un virevoltant mais gracieux agitateur d’idées, pour reprendre le slogan d’une grande marque de librairie française. Mieux : l’anticonformisme incarné, doublé d’une révolte par l’élégance. Le summum, en somme, de la pensée libertaire, fût-elle en ce cas, comme le spécifie Michel Onfray dans sa Politique du rebelle (judicieusement sous-titrée Traité de résistance et d’insoumission), «infusée par une mystique de gauche»[4], laquelle, poursuit-il, « peut très bien fonctionner sur le mode artistique »[5].
Le dandysme, ou le rejet, définitif et sans concession, de toute autorité, du moins celle qui prétendrait intenter à son impérieux sens de l’individualisme : «Et il faut noter que c’est parce que l’Art est cette forme d’individualisme intense que le public essaie d’exercer sur lui une autorité qui est aussi immorale que ridicule, aussi corruptrice que méprisable.»[6], lance Wilde, en cette utopie révolutionnaire et même anarchiste qu’est L’âme de l’homme sous le socialisme, à la face de ses contemporains.
Et pour cause, enchaîne-t-il : «L’art est individualisme, et l’individualisme est une force qui dérange et qui désintègre.»[7]
Michel Onfray, dans sa Politique du rebelle, commente, non moins opportunément : «Le dandy vise le sublime. La politique libertaire aspire au même type d’objectif : l’assomption de l’individu artiste réagit contre l’effondrement des particuliers vers les bas-fonds où triomphent les vertus et les valeurs bourgeoises. (…). Le dandysme théorise la revendication de garanties multipliées pour l’expression de l’individualité et la souveraineté des monades.»[8]
C’est dire, comme le réputa Camus en son Homme révolté, si le dandy, en effet, «ne se maintient que dans le défi» et si, mieux encore, il «ne se pose qu’en s’opposant»!
Car c’est aussi cela, effectivement, un dandy : un aimable et charmant contestataire, vaguement anarchiste… un anar de luxe. Mieux : le plus sophistiqué et chevaleresque des actes de résistance face au conformisme ambiant, ce dogmatisme guindé, cancérigène pour l’intelligence, que l’on appelle la «pensée unique» ou encore, pour employer un néologisme bien de chez nous, la «bien-pensance»!
Wilde, dans son Âme de l’homme sous le socialisme, l’avait déjà dit et redit, y mettant à mal cette sacro-sainte notion d’autorité qu’il abhorrait, lui l’insoumis jusqu’au trépas, par-dessus tout : « »Qui veut être libre, a dit un grand penseur, doit refuser d’imiter. » Et l’autorité, en transformant les gens en imitateurs, crée parmi nous une variété très grossière de barbares au ventre plein.»[9] Admirable de noblesse d’âme, ce haut chant de liberté.
Honni soit qui mal y pense !, énonce la célèbre devise anglaise. Raison pour laquelle Onfray peut encore écrire : «Enfin, cynique, dandy et libertin, le libertaire s’affiche aussi en romantique, car il se sait engagé dans un combat de Titans, où il perdra tout, fors l’honneur.»[10] Car le dandy, en effet, est, par essence et même quintessence, un être libre, libertin et libertaire : magnifique triptyque, que ni Mick Jagger ni Keith Richards ne contrediront certes, bien au contraire, sur ce très subversif point.
Bon anniversaire, donc, à ces dandys (bien plus que papys) du rock : «Clap your hands, dandy on the rocks !»
Daniel Salvatore Schiffer est l’auteur de Philosophie du dandysme (PUF), Le dandysme, dernier éclat d’héroïsme (PUF), Oscar Wilde (Gallimard) et Le Dandysme – La création de soi (Bourin Editeur).
Source: Marianne 2, 13/07/12
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Il y a 50 ans cette semaine, le 12 juillet 1962, les Rolling Stones donnèrent leur premier concert au Marquee Club de Londres. Depuis un demi siècle, les Stones font de la musique, du rock and roll bien évidemment, mais avec un accent rythm and blues très prononcé qui fait la différence spécifique de leur son et de leur style. Dans les deux vidéos qui suivent on voit justement les Stones frayer avec la source rythm and blues de leur musique: en 1981, de passage à Chicago lors d’une grande tournée nord-américaine, les Stones vont entendre au Cherkerboard Lounge l’homme lui-même, l’inspiration de leur jeunesse, celui à qui ils doivent tout, à commencer par leur nom tiré du titre de sa chanson Rollin’ Stone, le légendaire Muddy Waters… qui les invite sur scène! Retour aux sources, oh! yeah!
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Un but simple: informer les étudiants qui ont leur « principale demeure » sur les campus qu’ils sont en droit de changer leur adresse auprès du Directeur général des élections (DGE) afin de voter massivement dans la circonscription de leur université ou cégep.
Certains opposants au mouvement étudiant ont soutenu que la démocratie ne s’exerçait qu’une fois aux quatre ans et que la seule façon acceptable d’exprimer un désaccord avec le gouvernement est d’aller voter. Qu’à cela ne tienne.
Marche à suivre pour informer le DGE d’un changement d’adresse
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La CLASSE lance un manifeste et une tournée québécoise pour tenter de mobiliser la population. Gabriel Nadeau-Dubois et ses acolytes comptent visiter une vingtaine de villes, d’Amos à Saint-Jérôme, en passant par Baie-Saint-Paul et Joliette. L’annonce officielle sera faite aujourd’hui au cours d’une conférence de presse.
De quoi est faite la jeunesse québécoise qui est descendue dans les rues depuis le fameux printemps érable ? C’est à cette question que tente de répondre la CLASSE dans son manifeste « Nous sommes avenir » qui sera rendu public aujourd’hui et dont Le Devoir a obtenu copie.
« Ce qui a commencé par une grève étudiante est devenu une lutte populaire : la question des droits de scolarité nous aura permis de toucher à un malaise plus profond, de parler d’un problème politique d’ensemble. […] Lorsque nous prenons la rue et érigeons des piquets de grève, c’est cette démocratie qui respire. C’est une démocratie d’ensemble. » La suite: Le Devoir, 12/07/12
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