À propos du Manifeste de la CLASSE

16 juillet 2012
Marc Laviolette et Pierre Dubuc

Respectivement président et secrétaire du SPQ Libre

Dans son manifeste « Nous sommes avenir », la CLASSE souligne, avec raison, que la lutte exemplaire des étudiants québécois est « une action collective qui dépasse les intérêts étudiants, qui ose revendiquer un monde différent, loin d’une soumission aveugle à la marchandisation ». Le Manifeste met en lumière deux conceptions qui s’affrontent, une première néolibérale, discriminatoire, dont la pierre d’assise est la tarification. Une autre, fondée sur le bien commun, prône la gratuité de l’ensemble des services publics.

Le Manifeste élargit sa critique de la société en abordant le dossier de l’exploitation des ressources naturelles (Plan Nord) et la condition des peuples autochtones, de même que la reproduction de la discrimination à l’égard des femmes par notre système d’éducation. Le Manifeste se termine par un plaidoyer en faveur d’un syndicalisme de combat, tel que celui pratiqué par les associations étudiantes, et « un appel à la grève sociale ».

Le Manifeste est un exposé de la « vision » de la CLASSE d’une « démocratie directe, agissante et rassembleuse » qu’elle oppose, dans une dichotomie « Nous » et « Eux », à la démocratie représentative présentée comme étant « leur vision, leur démocratie ».

Première absence : la prochaine élection

Dans ce Manifeste, aucune analyse de la conjoncture politique globale, des différentes forces politiques en présence, ni même une simple mention du prochain rendez-vous électoral où se décidera, pour le court terme, le sort de la principale revendication étudiante!

Pourtant, les enjeux sont clairs. Une victoire du Parti libéral signifierait la poursuite de l’implantation du modèle néolibéral anglo-saxon avec l’augmentation des droits de scolarité et la mise en application de la Loi 78. Une victoire du Parti Québécois se traduirait par la révocation de la Loi 78, l’annulation de la hausse des droits de scolarité et la tenue d’un Sommet où le PQ proposerait, comme Mme Marois s’y est engagée, une augmentation modérée des droits scolarité modulée sur l’indice du coût de la vie.

Lors d’un tel Sommet, les associations étudiantes et d’autres forces sociales pourront proposer la gratuité scolaire et le SPQ Libre sera de ce nombre. Mais nous l’assortirons à la nécessité de l’indépendance du Québec. Car il faut être réaliste, nous n’aurons pas les budgets nécessaires pour nos programmes sociaux tant que nous continuerons à envoyer la moitié de nos impôts à Ottawa pour soutenir les choix économiques et militaires d’un gouvernement élu par une autre nation.

Deuxième absence : la question nationale

De façon symptomatique, toute référence à la question nationale – hormis la question nationale autochtone – est absente du Manifeste et du discours général de la CLASSE. Pourtant, seuls les pays indépendants siègent à la table des nations où se négocient les accords de libre-échange, véritable cheval de Troie du néolibéralisme.

De plus, nous savons très bien que le sous-financement du réseau universitaire origine de la décision unilatérale du gouvernement canadien, prise en 1994-1995, de réduire de 50% les transferts fédéraux aux provinces pour l’éducation post-secondaire. Cela s’est traduit, selon les estimations conservatrices du ministère québécois des Finances, par un manque-à-gagner de 800 millions de dollars par année.

Méditons également sur le fait que le coût d’achat de deux seuls F-35 équivaut à la somme nécessaire pour instaurer la gratuité scolaire dans l’ensemble du réseau universitaire québécois.

Cela nous renvoie encore une fois au prochain scrutin et à des enjeux qui semblent avoir échappé aux dirigeants de la CLASSE, mais pas à la classe politique canadienne. Plus qu’un simple changement de gouvernement, l’élection du Parti Québécois remet à l’ordre du jour la question de l’indépendance nationale du Québec, avec en prime une crise sociale et politique d’une ampleur tout autre que celle dont rêve la CLASSE avec sa grève sociale.

Pour aucune considération, la classe dirigeante canadienne ne veut revivre le traumatisme de 1995, consciente que la prochaine fois pourrait être la bonne. Tout sera mis en œuvre pour empêcher l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois. C’est ce qui explique la rencontre Harper-Mulroney-Charest.
Un rendez-vous à ne pas manquer

Nous entrons dans une conjoncture politique particulièrement complexe. Nous devons nous attendre à toutes sortes de pièges et de traquenards, de manipulations et de « coups fourrés » de la part des forces fédéralistes. Nous aurons besoin d’analyses fines de la situation et de beaucoup de clairvoyance de la part des leaders politiques et étudiants.

Une élection du Parti Québécois représenterait une grande victoire pour le mouvement étudiant avec la satisfaction de ses principales revendications. Elle ouvrirait la porte à une remise en question du fédéralisme canadien, salutaire pour le Québec, mais également pour les différentes nations opprimées du Canada (autochtones, acadienne, etc.), de même qu’elle permettrait d’envisager la mise en place d’une autre société, axée sur le bien commun.

Dans le combat titanesque qui s’ouvrirait alors, les forces représentées à l’Assemblée nationale ne seraient pas suffisantes pour venir à bout d’un adversaire beaucoup plus puissant. Elles devront nécessairement s’appuyer sur des formes de démocratie directe s’inspirant de celles dont fait état le Manifeste de la CLASSE.

Démocratie représentative, démocratie directe, les deux font la paire, aujourd’hui comme demain.

Source: L’Aut’Journal, 16/07/12

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