Chris Marker 1921 – 2012

Il appartenait à la race des gentilshommes romantiques, arborant son idéal révolutionnaire à la caméra comme fleur au fusil, témoin planétaire de haute volée. Le cinéaste documentariste Chris Marker, derrière La jetée et Sans soleil, déjà légendaire de son vivant, vient de s’éteindre à Paris le jour même de ses 91 ans.

La mémoire, la mort qui l’aura finalement rattrapé et les injustices à dénoncer furent les grandes inspirations de son oeuvre. Cet immense globe-trotter, à l’écoute des voix et cris planétaires, n’arpentera plus nos routes de poussière.

Fantôme errant, mal connu du grand public, Chris Marker fuyait photographes et entrevues, à l’instar de Terrence Malick, et se plaisait à lancer les médias sur de fausses pistes, s’auréolant de hauts faits imaginaires et de lieux de naissance fictifs (en Mongolie, entre autres). En fait, le très discret cinéaste, qui se considérait comme un artisan, était né, sous le nom de Christian François Bouche-Villeneuve, à Neuilly-sur-Seine, près de Paris. Son oeuvre s’est entamée après le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale, où il avait combattu comme résistant parachutiste de l’armée de l’ombre.

Il nous laisse plus de 50 documentaires, sous le sceau de l’engagement, de la beauté, de la curiosité et de la passion. Marker aura dénoncé les dictatures, appuyé les luttes ouvrières et les révolutions.

Des documentaires comme Lettre de Sibérie en 1958 et Joli mai en 1963 (sur la voix d’Yves Montand), évoquant le Paris d’après la guerre d’Algérie, avaient mis la table pour son oeuvre à la fois sensible et engagée.

Son film expérimental d’anticipation et unique fiction La jetée, sur le temps et le souvenir, avec photographies en noir et blanc, l’avait en 1969 propulsé au rang des cinéastes qui marquent et innovent.

Accroché aux rêves déçus de Mai 1968, son documentaire insoumis Le fond de l’air est rouge (1977), sur la voix de Jorge Semprún, brossait le profil des désenchantements et ancra son auteur dans son rôle de témoin engagé des bouleversements de son époque.

Mais c’est son remarquable et poétique Sans soleil de 1983, tourné aux quatre coins du monde en une fascinante errance de destins tissés, qui, par son lyrisme, constitua son opus magnum.

Influences

Notre cinéma québécois fut certes beaucoup influencé par Chris Marker, de Pierre Perrault à Michel Brault, en passant par Pierre Falardeau, mais l’empreinte de Marker fut internationale.

En 1961, son documentaire Cuba Sí !, désormais mythique, célébrait la révolution des barbudos de Castro, mais Marker s’est ensuite détaché du régime, histoire de préserver sa distance critique. En 1967, il avait participé avec Godard, Varda et Joris Ivens au collectif engagé Loin du Vietnam, contre l’intervention militaire américaine.

Marker fit ses premières armes en littérature (son roman Le coeur net,en 1949, amorçait déjà sa quête proustienne du temps perdu). Il rédigea plusieurs articles dans la revue Esprit à ses débuts, publia ensuite une biographie du dramaturge Jean Giraudoux. Cet amour du verbe en fit au septième art le chantre de la voix hors champ, plume enroulée brillamment sur images, appelée à faire école. Ses premières études en philosophie avaient aiguisé sa quête de sens. Son âme d’explorateur (il avait travaillé pour l’UNESCO), sa conscience politique aiguë, son doigté d’artiste et son érudition lui permirent de soutenir cette réflexion perpétuelle qui sut nourrir profondément cinéastes, cinéphiles et esprits curieux. « Faire des films seuls, dans un face à face avec soi-même, comme travaille un peintre ou un écrivain, n’est plus une pratique uniquement expérimentale », se félicitait-il en 1996.

Libre

Alain Resnais l’avait décrit comme un homme du xxie siècle avant la lettre. Chris Marker aura été une sorte de prophète de l’image déconstruite. YouTube fut son dernier terrain de jeu, parcouru avec une vraie flamme. Il avait sauté dans le train de la mondialisation et des nouvelles technologies avant tout le monde, fonctionnait en réseau. Le documentariste collabora entre autres avec Alain Resnais, Costa-Gavras et Akira Kurosawa, tissant des liens entre créateurs et technologies, décloisonnant les moyens d’expression, à la fois cinéaste, éditeur, traducteur, poète, essayiste, photographe.

Dès 1968, il avait animé un collectif d’extrême gauche, Iskra, point de rassemblement et outil de production militant poing levé, qu’il délaissera après une douzaine de films pour conserver les mains libres. Ses périples autour de la planète fleurissaient en 1966 dans Si j’avais quatre dromadaires, au titre tiré du Bestiaire d’Apollinaire. Sa cinéphilie lui fit enfanter des films biographiques sur Tarkovski et Kurosawa, dont il admirait les oeuvres sublimes.

Le multimédia lui permit de s’éclater à son aise. Sans soleil s’appuyait déjà sur l’ordinateur. Level Five, en 1996, explorait les virtualités des nouvelles technologies dans les champs du cinéma. Immemory, qui entraînait le spectateur à travers des dédales de souvenirs et de références culturelles et cinéphiliques, est né un an plus tard sur CD-ROM.

Chris Marker PASSENGERS

Son dernier court métrage, Leila Attacks en 2007, mettait en scène son chat chassant un rat, sur fond d’écriture Pop Art. Chris Marker fut, dans le sillage de Baudelaire, un grand ami des félins, auxquels il consacra le documentaire Chats perchés, lui aussi expédié directement sur Internet, la tribune bien-aimée de son âge d’or.

Source pour l’article: Odile Tremblay, Le Devoir, 31/07/12

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Russie – Début du procès des Pussy Riot

Russie . Le procès des punkettes qui avaient entonné une prière anti-Poutine dans une église a débuté hier.

Par VERONIKA DORMAN De notre correspondante à Moscou

Sous le cagnard, les policiers armés jusqu’aux dents qui gardent l’entrée du tribunal ont retroussé leurs cagoules. Ça évite l’embarras. Parce que les militants venus soutenir les punkettes de Pussy Riot en ce premier jour de procès sont cagoulés. Comme l’étaient les jeunes filles le jour de leur prière punk dans l’enceinte de la cathédrale du Christ-Sauveur, aujourd’hui sur le banc des accusés.

Collusion. En détention depuis cinq mois, Maria Alekhina, Ekaterina Samoutsevitch et Nadejda Tolokonnikova vont enfin entendre l’acte d’accusation. Dans des adresses lues par leurs avocats au début de l’audience, les trois jeunes femmes regrettent à l’unisson d’avoir blessé les croyants avec une performance que Tolokonnikova a qualifiée de «faute éthique». Mais elles refusent de plaider coupable. Pour avoir chanté «Marie, mère de Dieu, chasse Poutine» dans la cathédrale, elles sont accusées de «hooliganisme» et encourent sept ans de prison. Pourtant, elles n’ont pas cherché à insulter les croyants ou l’Eglise, mais seulement à protester contre les appels du patriarche Kirill à voter pour Poutine ; leur geste politique ne visait qu’à dénoncer la collusion entre l’Eglise et l’Etat, qui chagrine de nombreux orthodoxes à travers le pays, assurent-elles dans leur déclaration. «L’Eglise doit aimer tous ses enfants, mais elle ne semble aimer que ceux qui aiment Poutine», remarque Maria Alekhina.

«L’Eglise aurait dû prendre une position en vertu du principe du pardon, et ne pas se comporter comme un département du pouvoir», commente Alexandre Lebedev, qui finance le journal d’opposition Novaïa Gazeta et qui s’est porté garant, parmi d’autres personnalités politiques et culturelles, pour les arrêts domiciliaires plutôt que la détention préventive. Hier, il est venu soutenir les jeunes femmes au nom du droit de manifester. «Les juges ne peuvent pas prendre le risque d’absoudre celles qui ont outragé Poutine, tandis que tout le système œuvre à ne pas permettre à l’opposition de se former en tant qu’institution», assure-t-il. Pendant une pause, l’avocate de Samoutsevitch, confirme : «L’affaire est politique.» D’autant que le comité d’enquête n’économise pas ses forces pour entraver le travail de la défense, en empêchant les avocats de préparer le procès avec leurs clientes. «Il est donc absurde de dire que leurs droits sont respectés», conclut la juriste. Comme la plupart des procès contre des «dissidents» au régime, cette audience confine à la farce.

«Amoral». La première victime à témoigner, la «dame bougies» préposée aux cierges dans la cathédrale, Lioubov Sokologorskaïa, raconte au procureur les terribles secondes de la «profanation» : «Je ne peux pas décrire leurs gestes, c’étaient des trémoussements démoniaques… Elles portaient des robes aux épaules ouvertes, de toutes les couleurs, et des collants bariolés aussi !» Et de conclure : «Ce genre de comportement est amoral partout, pas seulement dans une église.» Elle reproche aux filles d’avoir «profané [ses] sentiments, [sa] foi, [ses] idéaux, [son] choix de vie», et exige une sentence qui «leur fasse à jamais passer l’envie de recommencer».

La prière anti-Poutine ne cesse d’alimenter le débat, depuis des mois. Si beaucoup d’orthodoxes désapprouvent une performance souvent jugée «idiote» et «sans grand intérêt», ils sont nombreux à manifester leur solidarité avec des jeunes femmes érigées en martyres par un système arbitraire et corrompu, où les tribunaux sont au service du pouvoir.

Libération 30/07/12

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Gerhard Richter Painting

Au Cinéma du Parc  jusqu’au 2 août

BLx

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Londres, JO 2012

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L’appropriation commerciale des jeux olympiques

Jeux olympiques – Difformités en jeux

Serge Truffaut   Le Devoir, 27 juillet 2012

Grâce aux Jeux olympiques de Londres, à son organisation et en particulier à ses difformités financières, on comprend comme jamais qu’Adam Smith, le père de l’économie moderne, et George Orwell, le contempteur de la surveillance policière, ne pouvaient qu’être Britanniques. On comprend surtout que c’est en Angleterre et nulle part ailleurs que Karl Marx a pu écrire Le capital. Welcome to London, la capitale du capitalisme stalinien.

De prime abord, on pourra croire que ce qui précède est une énième saillie journalistique logeant à l’enseigne de l’exagération dans le sens le plus obtus qui soit. Et pourtant… On va vous donner un premier exemple illustrant les dérives constatées sur les bords de la Tamise : le site olympique compte 800 restaurants auxquels on a interdit la vente de frites. Comment se fait-il ? McDonald a négocié et obtenu l’exclusivité de cet aliment réputé pour bien accompagner… les moules. Reprenons.

Pour tout ce qui a trait, absolument tout, aux espèces sonnantes, le comité organisateur des Jeux olympiques (LOCOG), les entreprises concernées, les annonceurs et les commanditaires se sont entendus comme larrons en foire. Sur ce flanc, celui de l’argent et du « flicage » que cela commande, les organisateurs des éditions antérieures étaient soit de gentils amateurs, soit des personnes habitées par une certaine retenue, soit des individus crédules parce que respectueux, en partie et non en totalité, de l’idéal défendu par Pierre de Coubertin, père des Jeux modernes.

Toujours est-il que lord Sebastian Coe, le patron du LOCOG, les dirigeants du CIO et ceux de McDo, Coca-Cola, BBC et autres ont cultivé le fétichisme de la marchandise dans des proportions qui dépassent l’entendement. À preuve, ils ont arrêté des mesures propres à bannir l’ombre du petit profit que pourrait faire le commerçant du coin. Ils ont composé une participation financière propre à leur garantir le rapatriement du moindre dollar.

Un boulanger reproduit par bagels interposés les anneaux olympiques ? Un des 280 inspecteurs de l’Olympic Deliverance Committee, qui font penser à ces pompiers de Fahrenheit 451 chargés de brûler les livres, débarque et ordonne la démolition du travail accompli. Une fleuriste compose un bouquet aux couleurs des anneaux ? Idem. Une mamie imprime le sigle olympique sur le chandail qu’elle a confectionné pour un bambin de trois ans et qu’elle entend vendre 4 $ au bénéfice d’un organisme de charité ? Les pompiers éteignent sa bonne action. Le moteur de cet usage des forceps ? Le LOCOG ayant fait main basse sur le sigle olympique, toute référence aux anneaux, à ses couleurs, doit être monnayée. À quel prix ? Le fort.

Le plus fort afin de garantir aux esprits imbibés par l’appât du gain le plus aiguisé qui soit le maximum de profits. Ainsi, on interdit le transport de bouteilles de plus de 100 ml sur le site. La raison évoquée est une caricature de l’euphémisme : la sécurité. Mais bien évidemment, on n’empêche pas Coca-Cola de vendre ses 300 ml sur le site. Parlant de cette dernière, lord Coe a prévenu sur les ondes de la BBC que toute personne portant un t-shirt sur lequel le nom de Pepsi-Cola sera refoulé ! Qu’un lord de Sa Majesté, lui-même ancien médaillé olympique, se soit transformé en stakhanoviste du bien-être de Coca et consorts relève, avouons-le, du prodige. Il y a pire.

En effet, Coe et ses satrapes se sont attelés à raboter le libre arbitre de chacun. Ils ont établi des listes des mots dont l’utilisation écrite est limitée. Toute formule reprenant deux mots de la liste « Jeux, deux mille douze, 2012 » sera considérée comme une infraction. La combinaison de l’un d’eux avec « Londres, médailles, annonceurs, été, or, argent et bronze » sera sanctionnée. On a interdit aux athlètes, à ces jeunes qui suent depuis des années et des années, de télécharger des enregistrements audio et vidéo de leurs participations. À ce jeu de massacre, de négation de l’individualité, Facebook et Twitter vont participer. En effet, le Saint-Graal informatique des jeunes générations va intégrer le bataillon de Fahrenheit 451.

Cette dérive tous azimuts a été rendue possible par la mise entre parenthèses, et pour la durée des jeux, de l’État de droit. En effet, depuis Sydney en 2000, le CIO « exige, pour reprendre les mots du journal The Guardian, des pays candidats qu’ils s’engagent à adopter une législation ad hoc pour fournir un train supplémentaire de sanctions légales » au seul bénéfice des entreprises privées. À l’évidence, lord Coe et ses complices ont insulté la mémoire d’un très grand Britannique, John Locke, le concepteur de l’État de droit. No Comment !

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De musique et de peintures

Le Cinéma du Parc propose une rétrospective de films sur de grands artistes

Sur les toiles vierges d’un atelier haut de plafond, un Picasso de chair et d’os trace devant la caméra les lignes noires et les couleurs claires d’oeuvres aujourd’hui disparues. Trois décennies plus tard, dans les rues de Manhattan, Jean-Michel Basquiat marche à grands pas entre deux séries de graffitis, enveloppé dans un trench-coat aussi noir que le fut sa courte vie.

« Voilà deux des seize « tableaux vivants » au programme de la rétrospective De musique et de peintures, qui remet de vieux classiques à l’affiche du petit cinéma de quartier où se croisent depuis des années cinéphiles aguerris et simples curieux du septième art. Ces oeuvres de réalisateurs établis — Milos Forman et Agnieszka Holland sont du lot —, pour certaines rarement diffusées, posent un regard à la fois personnel et biographique sur la vie orageuse, et parfois débridée, de nos icônes des beaux-arts ». Le Devoir, 27/07/12

Cinéma du Parc, De musiques et de peintures du 27 au 2 août: Programmation

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«C’est pas parce qu’on rit que c’est drôle»

Le fou du roi

Christian Rioux   Le Devoir, 27 juillet 2012

Chaque été, lorsque je débarque à Montréal, je tombe sur le festival Juste pour rire. Et quand j’écris « je tombe », je veux bien dire « tomber », comme dans « tomber de haut ». J’ai chaque fois l’impression que cette foire du rire a privatisé la moitié de la ville. J’imagine le jour où les douaniers m’accueilleront à Dorval avec un nez de clown, un gros rire bien gras et un petit bonhomme vert imprimé sur les formulaires de douane. Je suis toujours surpris de découvrir les centaines de pages que consacre une certaine presse, le plus souvent complaisante, à un événement qui, partout ailleurs, serait traité sur le mode mineur. Et je ne parle pas des heures et des heures de télévision qui sont autant de publicités gratuites destinées à estourbir le consommateur.

Cette année, le festival fête ses 30 ans. Ce pourrait être l’occasion de réfléchir à la place qu’occupe au Québec ce que l’on nomme, le plus souvent à tort, l’« humour ». Introduit par Voltaire dans la langue française, ce mot (venu du français et passé par l’anglais) désignait une plaisanterie fine teintée d’ironie. L’écrivain Chesterton l’associait même à une certaine humilité. Pour ces maîtres de la satire et de l’ironie, parler d’un festival de l’humour à Montréal relèverait du sophisme. La semaine dernière, j’écoutais un reportage sur les 30 ans du festival. Est-ce par crainte de passer pour un mauvais coucheur ou par servilité à l’égard des millions que rapporte l’événement, toujours est-il qu’il semblait plus difficile d’écorcher les grands manitous du rire qu’il ne l’était de critiquer nos évêques à l’époque dite de la « Grande Noirceur ».

Il y aurait pourtant tant à dire. Que l’on songe seulement à la place qu’occupaient il y a 30 ans ceux qui faisaient profession de faire rire. Les rares génies, comme Marc Favreau et Yvon Deschamps, officiaient à la Place des Arts. Des comédiennes exceptionnelles, comme Denise Filiatrault et Dominique Michel, avaient leur émission de télévision. Les autres se contentaient du Théâtre des variétés et des cabarets, ce qui n’était pas une honte. L’école était peut-être dure, mais c’était une école. Aujourd’hui, le premier venu a droit au tapis rouge. L’engeance a tout envahi et les deux tiers des spectacles sont qualifiés d’« humour ». Je me demande si, dans cette cohue, un Devos ou un Guimond arriveraient à exister. Même les émissions d’information ont leur comique de service, quand ce ne sont pas les journalistes qui font les plaisantins aux frais de la princesse. Or il y a une contradiction à prétendre être le fou du roi et à revendiquer la place du souverain. À partir du moment où le fou s’assoit sur le trône, n’y a-t-il pas quelque chose de pourri au royaume du rire ?

On me permettra de souligner deux conséquences actuelles de cette enflure que le Québec a poussées plus loin que partout ailleurs. La première, c’est la vulgarité qui, sans qu’on s’en aperçoive vraiment, est devenue omniprésente. C’est l’excellent satiriste Daniel Lemire qui le disait lui-même dans le reportage cité plus haut. Quand il a commencé, on lui recommandait d’éviter les sacres et les gags vulgaires, disait-il. Et Lemire de conclure : « Aujourd’hui, si t’en a pas, ils t’en rajoutent ! » On peut citer de prétendus comiques qui, dans une course effrénée à la provocation, consacrent des numéros entiers à explorer toutes les ressources humoristiques de la sodomie ou de la pédophilie.

Or la vulgarité est communicative. Vient un moment où l’on ne la voit plus. Vous aurez remarqué qu’une des chansons à succès de l’été se nomme Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde. Il ne s’agit pas de critiquer la grivoiserie, l’utilisation poétique du joual ni une certaine impertinence du langage. Il s’agit de bien autre chose. Loin de la poésie dérangeante d’un Plume Latraverse, capable des plus belles envolées, la vulgarité n’est rien d’autre qu’un désert de la pensée dû à l’indigence du vocabulaire. Pauvreté des mots, pauvreté des sentiments. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit chez nombre de nos comiques. Et comme ils sont partout, leur sabir se répand comme une traînée de poudre dans les médias et les polyvalentes.

Une autre conséquence de cette omniprésence du rire, c’est le cynisme qui traverse aujourd’hui de part en part la société québécoise. Quand les fous sont sur le trône, la frontière s’estompe entre la vie et sa caricature. On en vient à traiter les choses les plus sérieuses sur le mode de la plaisanterie. Rien n’y échappe. Même les ministres et les leaders étudiants doivent se soumettre à l’examen des amuseurs du dernier talk-show à la mode. Et il n’y a pas jusqu’au brillant leader étudiant Léo Bureau-Blouin qui ne doive, pour communier à la médiocrité générale, aller parader avec Gilbert Rozon sur une scène du festival Juste pour rire.

Je ne veux pas passer pour un casseux de party ni pour une dame de Sainte-Anne. Mais, après 30 ans de festival Juste pour rire, ne serait-il pas temps de dire que le rire est en danger dès lors qu’il est pratiquement devenu une obligation et que rien n’y échappe ? Bref, que les comiques sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis ? Comme disait la devise d’un défunt magazine, « c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle » !

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Contestation et répression

De Montréal à Tokyo, des citoyens révoltés, indignés… et bastonnés

«Tout se passe comme si les élites occidentales étaient entrées dans une forme de guerre contre toute revendication générale de partage des ressources, contre toute vraie contestation de la situation d’inégalité.»

Montréal, Madrid, New York, Tokyo… : depuis 2011, les mouvements de révolte de la jeunesse ont essaimé au cœur même de nos démocraties. Par-delà les doléances spécifiques, un même cri : ça ne va pas, nous voulons retrouver une voix, un espace. Et un esprit commun : les manifestants du Printemps érable ou du parc Zuccotti, à New York, n’ont pas fait la révolution, ils ont inventé une contestation souvent festive, démocratique et non violente, faite de concerts de casseroles, d’AG de milliers de personnes sans leader et d’occupations des places publiques… Face à eux, la réponse des gouvernants aura été répressive (409 arrestations à Oakland en janvier 2012, 700 à New York en octobre 2011, durcissement du droit de manifester au Québec, etc.). Comment expliquer cette réaction ? Nos démocraties seraient-elles incapables de gérer de nouveaux types d’exigences démocratiques ? Analyse de la philosophe Sandra Laugier, professeure à Paris I et coauteure d’un essai précieux, Pourquoi désobéir en démocratie ?

Lire la suite: Télérama.fr

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Robot organique

La méduse artificielle pave la voie au stimulateur cardiaque fait de matériaux biologiques

Agence France-Presse   23 juillet 2012  Santé
Des chercheurs américains ont fabriqué un mini-robot organique reproduisant la nage de la méduse

Photo : Agence France-Presse
Des chercheurs américains ont fabriqué un mini-robot organique reproduisant la nage de la méduse

Une poignée de silicone, quelques cellules de coeur de rat et une bonne dose d’ingéniosité : il n’en a pas fallu davantage à des chercheurs américains pour fabriquer un mini-robot organique reproduisant la nage de la méduse.

Pour ces scientifiques spécialisés dans l’ingénierie du vivant, principalement à des fins médicales, la méduse paraissait le sujet d’étude idéal. L’invertébré utilise en effet une technique de natation éminemment simple : une alternance de deux mouvements de l’ombrelle qui propulse l’animal par bonds successifs, très proche des battements d’un coeur humain.

« En 2007, je me suis dit que nous étions peut-être passés à côté de quelque chose en cherchant à comprendre les lois fondamentales des pompes musculaires », raconte Kevin Parker, de l’Université Harvard.

« J’ai commencé à m’intéresser aux organismes marins qui pompent pour survivre. Puis j’ai vu une méduse dans un aquarium et j’ai tout de suite remarqué les similitudes et les différences entre le pompage d’une méduse et celui d’un coeur humain », ajoute-t-il.

Pour fabriquer le corps de leur « médusoïde », les chercheurs ont opté pour une fine membrane de silicone aux propriétés proches de la gelée composant la méduse et dotée de huit bras imitant les appendices de l’animal.

Ils ont ensuite imprimé sur cette membrane de 9 mm de diamètre une structure de protéines reproduisant l’architecture musculaire de leur modèle, où ils ont cultivé et organisé des cellules musculaires cardiaques de rat.

Ces cellules cardiaques ont la particularité de conserver leur capacité à se contracter et de pouvoir ainsi produire des mouvements natatoires contrôlés.

C’est exactement ce qui s’est passé lorsque les chercheurs ont plongé leur création dans un fluide conducteur d’électricité et qu’ils y ont fait passer un courant oscillant entre 0 et 5 volts : comme un coeur réanimé, le médusoïde a nagé, produisant des contractions synchronisées similaires à celles d’une méduse.

Le robot organique avait même en réalité commencé à se contracter légèrement avant de recevoir les stimulations électriques, notent les scientifiques, qui publient leur invention dans la revue britannique Nature Biotechnology.

« J’ai été surpris du peu de composants nécessaires pour reproduire le comportement de nage qu’on retrouve chez la méduse biologique », déclare John Dabiri, professeur de bioingénierie à l’Institut de technologie de Californie.

« Je suis agréablement surpris que nous ayons pu nous approcher des performances biologiques naturelles, mais aussi du fait que nous allons probablement améliorer ces performances », assure-t-il.

Selon les chercheurs, la méthode utilisée pour fabriquer ce médusoïde pourrait être reprise pour bâtir des organes musculaires humains. En recueillant des cellules de muscle cardiaque d’un organisme et en les réorganisant artificiellement, il serait ainsi possible de construire un stimulateur cardiaque entièrement constitué de matériaux biologiques, estiment-ils.

Les créateurs du médusoïde planchent actuellement sur un système autonome capable de se mouvoir et de détecter des signaux par ses propres moyens, à l’instar du coeur humain.

Ils aimeraient également perfectionner leur création pour lui permettre de nager de manière autonome et de trouver sa propre nourriture.

La voie serait alors ouverte pour fabriquer des systèmes capables de vivre dans le corps humain durant des années sans avoir à se soucier d’en changer les batteries.

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Artiste-voleur ou simple créateur ?

Original :

  • Stott, Greg. – – – -. Double-Decker Bus, Piccadilly Circus, London, England/ VILSHULT — Bus londonien. (140 x 100 cm)

Création :

  • Vaillancourt, Hugo. 2012. This is not a television. (140 x 100 cm)

Méthodologie utilisée :

  1. Achat d’un cadre intitulé « VILSHULT — Bus londonien » (Stott) chez IKEA (2009)
  2. Utilisation d’un rouleau à peinture pour recouvrir l’image d’une couleur blanche – Peinture acrylique d’intérieur BÉTONEL (2012)
  3. Utilisation d’un pinceau 1ʺ pour peindre le quadrilatère et l’énoncé – Peinture noire acrylique BASICS (2012)

Inspirations :

  • Magritte, René. 1935. La Trahison des Images.

  • Malevitch, Kazimir Severinovich. 1915. Quadrangle. (79,5 x 79,5 cm)

Hugo Vaillancourt

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Léo au PQ!

Du point de vue de la philosophie de l’histoire de Hegel, qui de Léo ou de Gabriel est le plus engagé dans « le sérieux des choses »?

***

En se portant candidat dans Laval-des-Rapides, Léo Bureau-Blouin... (Archives PC)

Denis Lessard
La Presse

(Québec) Propulsé sous les feux de la rampe par le conflit étudiant du printemps dernier, Léo Bureau-Blouin se lance en politique.

L’ancien président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) sera candidat péquiste dans la circonscription de Laval-des-Rapides, a appris La Presse.

M. Bureau-Blouin rencontrera dès aujourd’hui des dirigeants du Parti québécois. Le directeur général Sylvain Tanguay a organisé la rencontre hier. Jeudi dernier, il a également rencontré le comité de direction de la circonscription pour s’assurer que l’opération se fera sans heurts.

L’instance nationale met en effet de côté Marc Demers, président de l’association locale et ancien policier de Laval, qui avait accepté, depuis plusieurs élections, de tenir le fort dans la circonscription et de se porter candidat contre le libéral Alain Paquet. M. Demers consentirait toutefois à se désister pour laisser la place à la nouvelle «vedette».

Joint en fin de soirée, M. Bureau-Blouin a confirmé la rencontre avec la direction du PQ aujourd’hui. «Je n’ai jamais caché avoir la volonté de faire avancer les valeurs auxquelles je crois. La politique est un moyen, il y en a d’autres» a-t-il soutenu, tout en affirmant que sa décision n’était pas arrêtée. Il se dit aussi courtisé par Québec solidaire et la Coalition avenir Québec (CAQ), mais il n’a rencontré aucun représentant de ces partis. Il s’était donné l’été pour décider s’il se lancerait en politique, mais il assure que, si les élections sont déclenchées la semaine prochaine, il sera prêt à annoncer sa décision.

Duel entre deux vis-à-vis

Le duel dans Laval-des-Rapides risque d’être intéressant. Léo Bureau-Blouin y affrontera Alain Paquet, qui faisait tandem avec Michelle Courchesne au cours des ultime pourparlers avec les étudiants, en juin. M. Paquet, nommé ministre délégué aux Finances, est une étoile montante du gouvernement Charest.

Le jeune porte-parole des cégépiens s’était fait remarquer par son aplomb et la qualité de ses interventions durant la difficile période des négociations avec la ministre Line Beauchamp et sa successeure, Michelle Courchesne. Tous les partis, hormis les libéraux, l’auraient courtisé en vue de la campagne électorale, qui devrait être lancée mercredi prochain. Sa candidature, après celles des Daniel Breton, Raymond Archambault, Pierre Duchesne et, prochainement, Diane de Courcy et Jean-François Lisée, représente un autre bon coup de filet pour Pauline Marois.

Âgé de 20 ans, l’ex-leader étudiant, qui a grandi à Saint-Hyacinthe, s’était inscrit en droit à l’Université de Montréal. Il fait le pari d’une carrière politique avant d’être diplômé, comme l’avait fait avant lui André Boisclair.

Son nom avait circulé il y a quelques semaines, lorsque des médias avaient soutenu que la direction de l’association péquiste de Trois-Rivières l’avait refusé comme candidat. Or, il semble que le parti n’avait fait aucune démarche pour le faire atterrir à Trois-Rivières.

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22 juillet: une belle journée!

La bannière avec le « OUI », c’est celle du Syndicat des professeurs du cégep Marie-Victorin

Superbes photos: Le Cadre Rouge, Manifestation nationale contre les néolibéraux.

BLx

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Allez voter!

BLx

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Loi 78: Charest viole la Charte des droits et libertés

La loi 78 porte atteinte à la Charte des droits

La Commission des droits de la personne estime qu’elle devrait être déclarée inapplicable

Le projet de loi 78 porte atteinte à la Charte des droits et libertés et devrait conséquemment être déclaré inapplicable en droit, tranche la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Dans une analyse de 56 pages rendue publique hier, la Commission porte un jugement sévère sur la loi spéciale adoptée le 18 mai dernier par le gouvernement Charest.

Déjà, lors de son adoption, la Commission avait fait part de ses « sérieuses inquiétudes » et s’était engagée à faire une analyse plus sérieuse de ce qui est devenu la loi 12.

« L’analyse de conformité détaillée qu’a faite la Commission lui a permis de confirmer les sérieuses inquiétudes qu’elle avait soulignées avant l’adoption de la Loi », écrivent les commissaires dans le rapport.

« Ainsi, de nombreuses dispositions de celle-ci enfreignent directement ou indirectement les libertés et droits garantis par la Charte, notamment les libertés fondamentales protégées par l’article 3 de celle-ci. Ces dispositions devraient, de ce fait, être jugées inapplicables en droit en vertu de l’article 52 de la Charte puisque le législateur n’a pas prévu expressément que la Loi s’applique malgré celle-ci. »

Ils dénoncent plus précisément les articles 12 à 31 de la Loi qui « portent atteinte aux libertés de conscience, d’opinion, d’expression, de réunion pacifique et d’association garanties par la Charte ».

Selon la Commission, un bon nombre de ces articles constituent « un frein à l’exercice des libertés fondamentales » en raison de leur sévérité excessive et du doute qu’ils provoquent chez les citoyens.

Les commissaires, nommés par l’Assemblée nationale, ont fait parvenir leur avis au gouvernement Charest, comme ils le font pour chaque projet de loi. Mais leurs recommandations n’ont aucune force d’application. « Nous informons le gouvernement, comme le fait le vérificateur général ou le protecteur du citoyen. À partir de là, c’est à lui de décider s’il appliquera nos recommandations ou non », explique en entrevue Gaétan Cousineau, le président de la Commission.

De passage en Gaspésie pour annoncer une subvention à l’industrie des pêches, le premier ministre Jean Charest a réagi à cette annonce hier.

« La loi 78 a été faite pour protéger les Québécois et s’assurer que les étudiants qui veulent étudier aient le droit d’étudier, a-t-il déclaré. La loi que nous avons votée à l’Assemblée nationale, qui a été appuyée par une forte majorité de députés […] est une loi qui est fondée sur ce droit à l’éducation. »

Mais il renvoie la balle aux tribunaux, qui ont été saisis de l’affaire depuis que l’organisme Juripop, représentant des associations étudiantes, a déposé une requête en nullité à la Cour supérieure du Québec.

« Je respecte les travaux faits par la Commission et il reviendra aux tribunaux de droit commun de déterminer le sort de cette loi-là », a ajouté Jean Charest.

Le PQ abrogerait la loi

L’avis de la Commission a déclenché une avalanche de réactions hier. Au Parti québécois, on martèle que le gouvernement libéral se doit de retirer sa loi dès maintenant. « Maintenant que la Commission a condamné vigoureusement la loi 78, le seul geste que le gouvernement doit poser, c’est de retirer sa loi odieuse », a soutenu le député de Jonquière et porte-parole de l’opposition officielle, Sylvain Gaudreault. Profitant de l’impulsion donnée par les élections qui se dessinent de plus en plus clairement au Québec, il a affirmé que son parti prendrait les dispositions nécessaires pour abolir la loi s’il était porté au pouvoir. « Un gouvernement du Parti québécois posera immédiatement un geste après son élection pour retirer la loi 78, pour l’abroger. […] Si les élections sont le 4 septembre, le temps de former le gouvernement, de convoquer l’Assemblée nationale et hop ! On abroge la loi. »

Du côté de Québec solidaire, on se réjouit de cette analyse de la Commission des droits de la personne sur l’ancien projet de loi 78.

« À sa face même, cette loi était condamnable. […] Il est impératif que le gouvernement retire cette loi ou, du moins, qu’on en expurge les articles qui ne sont pas conformes à la Charte », a soutenu Françoise David, coporte-parole de Québec solidaire.

Des munitions pour les étudiants

Du côté des associations étudiantes, on applaudit également ce nouvel appui provenant d’une commission indépendante. « La Commission, un organisme public, neutre et crédible, confirme ce que nous affirmons depuis des semaines : la loi spéciale vient à l’encontre des droits fondamentaux des Québécois », a affirmé Éliane Laberge, la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).

À la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Yanick Grégoire estime que les libéraux sont de plus en plus isolés. « Les Québécois s’attendent de leur gouvernement qu’il défende la Charte des droits et libertés de la personne et l’intérêt de la majorité de la population avant de défendre les intérêts d’un parti politique. »

Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE, s’est également montré confiant pour la suite des démarches juridiques, même s’il espère que le gouvernement abandonnera la partie avant que la cause soit entendue devant les tribunaux. « Cette analyse constitue une véritable gifle au visage du gouvernement libéral. Cette fois, ce n’est pas le mouvement étudiant qui condamne la loi, c’est la Commission des droits de la personne, la gardienne des droits et libertés des Québécois et Québécoises. Jean Charest doit se rendre à l’évidence et abroger sa loi spéciale. »

Enfin, la clinique juridique Juripop, qui représente les associations étudiantes dans leurs démarches pour faire invalider la loi spéciale, s’est dite encouragée par cette analyse juridique qui va dans le même sens que son argumentaire et qui leur fournit un certain nombre de munitions. « Si cela ne fait pas bouger le gouvernement, il n’y aura plus que les tribunaux pour le faire, estime le directeur général de Juripop, Marc-Antoine Cloutier. Nous aurions préféré que le gouvernement retire sa loi de lui-même, car nous n’aimons pas judiciariser ce genre de questions. Mais nous n’avons pas le choix. »

***

Avec Thierry Haroun

Source: Le Devoir 20/07/12

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À propos du Manifeste de la CLASSE

16 juillet 2012
Marc Laviolette et Pierre Dubuc

Respectivement président et secrétaire du SPQ Libre

Dans son manifeste « Nous sommes avenir », la CLASSE souligne, avec raison, que la lutte exemplaire des étudiants québécois est « une action collective qui dépasse les intérêts étudiants, qui ose revendiquer un monde différent, loin d’une soumission aveugle à la marchandisation ». Le Manifeste met en lumière deux conceptions qui s’affrontent, une première néolibérale, discriminatoire, dont la pierre d’assise est la tarification. Une autre, fondée sur le bien commun, prône la gratuité de l’ensemble des services publics.

Le Manifeste élargit sa critique de la société en abordant le dossier de l’exploitation des ressources naturelles (Plan Nord) et la condition des peuples autochtones, de même que la reproduction de la discrimination à l’égard des femmes par notre système d’éducation. Le Manifeste se termine par un plaidoyer en faveur d’un syndicalisme de combat, tel que celui pratiqué par les associations étudiantes, et « un appel à la grève sociale ».

Le Manifeste est un exposé de la « vision » de la CLASSE d’une « démocratie directe, agissante et rassembleuse » qu’elle oppose, dans une dichotomie « Nous » et « Eux », à la démocratie représentative présentée comme étant « leur vision, leur démocratie ».

Première absence : la prochaine élection

Dans ce Manifeste, aucune analyse de la conjoncture politique globale, des différentes forces politiques en présence, ni même une simple mention du prochain rendez-vous électoral où se décidera, pour le court terme, le sort de la principale revendication étudiante!

Pourtant, les enjeux sont clairs. Une victoire du Parti libéral signifierait la poursuite de l’implantation du modèle néolibéral anglo-saxon avec l’augmentation des droits de scolarité et la mise en application de la Loi 78. Une victoire du Parti Québécois se traduirait par la révocation de la Loi 78, l’annulation de la hausse des droits de scolarité et la tenue d’un Sommet où le PQ proposerait, comme Mme Marois s’y est engagée, une augmentation modérée des droits scolarité modulée sur l’indice du coût de la vie.

Lors d’un tel Sommet, les associations étudiantes et d’autres forces sociales pourront proposer la gratuité scolaire et le SPQ Libre sera de ce nombre. Mais nous l’assortirons à la nécessité de l’indépendance du Québec. Car il faut être réaliste, nous n’aurons pas les budgets nécessaires pour nos programmes sociaux tant que nous continuerons à envoyer la moitié de nos impôts à Ottawa pour soutenir les choix économiques et militaires d’un gouvernement élu par une autre nation.

Deuxième absence : la question nationale

De façon symptomatique, toute référence à la question nationale – hormis la question nationale autochtone – est absente du Manifeste et du discours général de la CLASSE. Pourtant, seuls les pays indépendants siègent à la table des nations où se négocient les accords de libre-échange, véritable cheval de Troie du néolibéralisme.

De plus, nous savons très bien que le sous-financement du réseau universitaire origine de la décision unilatérale du gouvernement canadien, prise en 1994-1995, de réduire de 50% les transferts fédéraux aux provinces pour l’éducation post-secondaire. Cela s’est traduit, selon les estimations conservatrices du ministère québécois des Finances, par un manque-à-gagner de 800 millions de dollars par année.

Méditons également sur le fait que le coût d’achat de deux seuls F-35 équivaut à la somme nécessaire pour instaurer la gratuité scolaire dans l’ensemble du réseau universitaire québécois.

Cela nous renvoie encore une fois au prochain scrutin et à des enjeux qui semblent avoir échappé aux dirigeants de la CLASSE, mais pas à la classe politique canadienne. Plus qu’un simple changement de gouvernement, l’élection du Parti Québécois remet à l’ordre du jour la question de l’indépendance nationale du Québec, avec en prime une crise sociale et politique d’une ampleur tout autre que celle dont rêve la CLASSE avec sa grève sociale.

Pour aucune considération, la classe dirigeante canadienne ne veut revivre le traumatisme de 1995, consciente que la prochaine fois pourrait être la bonne. Tout sera mis en œuvre pour empêcher l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois. C’est ce qui explique la rencontre Harper-Mulroney-Charest.
Un rendez-vous à ne pas manquer

Nous entrons dans une conjoncture politique particulièrement complexe. Nous devons nous attendre à toutes sortes de pièges et de traquenards, de manipulations et de « coups fourrés » de la part des forces fédéralistes. Nous aurons besoin d’analyses fines de la situation et de beaucoup de clairvoyance de la part des leaders politiques et étudiants.

Une élection du Parti Québécois représenterait une grande victoire pour le mouvement étudiant avec la satisfaction de ses principales revendications. Elle ouvrirait la porte à une remise en question du fédéralisme canadien, salutaire pour le Québec, mais également pour les différentes nations opprimées du Canada (autochtones, acadienne, etc.), de même qu’elle permettrait d’envisager la mise en place d’une autre société, axée sur le bien commun.

Dans le combat titanesque qui s’ouvrirait alors, les forces représentées à l’Assemblée nationale ne seraient pas suffisantes pour venir à bout d’un adversaire beaucoup plus puissant. Elles devront nécessairement s’appuyer sur des formes de démocratie directe s’inspirant de celles dont fait état le Manifeste de la CLASSE.

Démocratie représentative, démocratie directe, les deux font la paire, aujourd’hui comme demain.

Source: L’Aut’Journal, 16/07/12

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