BLx
Archives mensuelles : août 2012
29 août 1949: l’URSS fait exploser sa première bombe nucléaire
La Deuxième Guerre mondiale était à peine terminée en août 1945 qu’une course aux armes nucléaires technico-industrielles suivit entre les deux nouvelles superpuissances émergeantes, les États-Unis d’Amérique et l’Union Soviétique. Entre 1946 et 1949, les États-Unis d’Amérique ont effectué six essais supplémentaires. Puis, le 29 août 1949, l’Union Soviétique a testé sa première bombe nucléaire, « Joe 1 ». Cet essai a marqué le début de la course aux armes nucléaires de la Guerre Froide entre les deux superpuissances. Lire la suite: UN/Les essais nucléaires de 1945 à 2009
BLx
Classé dans Uncategorized
Analyse politique plutôt que vote stratégique
Dans les circonscriptions où les candidats du PQ, de QS, du PV ou d’ON sont les seuls véritables concurrents dans la course électorale, il ne faut pas voter stratégique. Il faut voter en fonction de ses convictions profondes. Telle est, par exemple, la situation dans les comtés de Mercier et de Gouin. Et si le PQ perd la majorité des sièges à cause de quelques comtés obtenus par QS, par le PV ou par ON, j’ai presque envie de dire « tant mieux ». De cette manière, la gauche aura la balance du pouvoir et pourra infléchir dans le bon sens les politiques des péquistes.
Dans les circonscriptions où le député libéral ou caquiste est pratiquement assuré de remporter la mise, là encore, il faut voter avec son coeur et ses idées. Mais dans les comtés où une division du vote risque de permettre à un candidat libéral ou caquiste de se faufiler, il faut impérativement faire porter son vote sur le candidat du parti qui a le plus de chances de battre le PLQ ou la CAQ, et ce, même s’il s’agit le plus souvent du PQ (et parfois pour ON, dans le comté de J.-M. Aussant).
On doit dans ce cas voter pour les candidats qui se rapprochent le plus de nos idées ou qui s’en éloignent le moins. N’oublions pas que le PQ s’engage à des élections à date fixe, à des référendums d’initiative populaire, à imposer un plafond de 100 dollars sur le financement des partis politiques, à abolir la taxe santé, à hausser les redevances des entreprises minières, à imposer un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste, à ajouter deux paliers d’imposition, à abroger la loi 12, à abolir la hausse des droits de scolarité et à mettre sur pied les états généraux de l’éducation supérieure. Ce n’est pas rien.
Une bataille rangée
Pour savoir quoi faire dans son propre comté, il faut consulter le site Too close to call. L’approche qui consiste à moduler de cette façon notre comportement électoral, en fonction des forces en présence dans les comtés, va bien au-delà du débat entre ceux qui sont pour le vote stratégique et ceux qui sont contre. Les partisans du vote stratégique au PLQ disent qu’un vote pour la CAQ est un vote pour le PLQ et ceux du PQ disent qu’un vote pour QS est un vote pour le PLQ. Mais les choses ne sont pas aussi simples que ça.
La position que je décris ne relève pas d’un vote « stratégique », mais bien d’une analyse politique. Elle permet tout d’abord de donner des sièges à des partis (PQ, QS, PV ou ON) qui se rapprochent le plus possible du centre ou de la gauche. Mais elle pourrait aussi permettre aux partis qui sont les plus à gauche de faire passer leurs idées au pouvoir.
Car même si l’on renonce à voter pour un candidat qui est réellement de gauche au profit d’un candidat péquiste et que ce dernier a de réelles chances de l’emporter, cela pourrait non seulement contribuer à porter le PQ au pouvoir, mais cela pourrait aussi avoir pour effet de maximiser les chances de la gauche de détenir la balance du pouvoir ou d’infléchir les politiques péquistes. Il peut donc être dans l’intérêt de QS, du PV ou d’ON de voir le PQ prendre le pouvoir, surtout si ces partis détiennent la balance du pouvoir.
Cette éventualité est loin d’être farfelue. Les projections sur le site Too close to call indiquaient récemment que le PQ détiendrait 62 circonscriptions et que QS en aurait une. C’est dans ce cas avec le siège détenu par QS qu’on parviendrait à la majorité des sièges. (Les plus récentes projections indiquent plutôt 67 circonscriptions pour le PQ et 2 pour Québec solidaire.)
Le PQ pourrait donc avoir besoin de la gauche pour obtenir la majorité parlementaire ou devrait à tout le moins en tenir compte pour ne pas se faire damer le pion lors des prochaines élections. QS et ON pourraient avoir un ascendant sur le PQ à l’Assemblée nationale, d’où l’intérêt de voter utile et d’appuyer le PQ.
Le NPD a longtemps eu un tel ascendant sur les libéraux fédéraux à Ottawa lorsque ceux-ci étaient au pouvoir. Le vote prétendument « stratégique » peut donc paradoxalement favoriser politiquement les idées de la gauche. Ce devrait être un pensez-y bien au moment où certains s’apprêtent à jouer leur va-tout et à voter sans s’être livrés au préalable à une analyse politique serrée.
Une guerre de tranchées
Quand on combat dans les tranchées face à des adversaires comme le PLQ ou la CAQ, la stratégie qui consiste à se tenir « debout » ne peut pas toujours être la bonne. Elle peut paraître noble parce que c’est un peu comme si on faisait un baroud d’honneur, mais elle fait trop l’affaire des tireurs d’élite, des snipers et des loose cannons de la droite.
Il faut avoir le courage de ses idées, mais en maîtrisant l’art du possible. Il faut que nos utopies soient réalistes. Il ne faut pas servir de chair à canon, surtout si cela favorise la prise de pouvoir des partis de droite comme le PLQ et la CAQ
Michel Seymour – Professeur au département de philosophie de l’Université de Montréal
Source: Le Devoir, 29/08/12
Classé dans Uncategorized
Les nouveaux 10 (et 250) meilleurs films de tous les temps du Sight & Sound
À chaque dix ans depuis 1952, le magazine britannique spécialisé en cinéma Sight & Sound fait un grand sondage auprès de critiques, spécialistes et professionnels du cinéma pour établir une liste des 10 meilleurs films de tous les temps. Avec le top 100 de l’American Film Institute, il s’agit sans doute de la liste du genre la plus connue, voire la plus citée dans le monde.
Le magazine invite des spécialistes à travers la planète à soumettre une liste de leurs top 10, peu importe comment ceux-ci interprètent ce qui est « meilleur » et sans ordre particulier. Comme le précise Nick James :
As a qualification of what ‘greatest’ means, our invitation letter stated, “We leave that open to your interpretation. You might choose the ten films you feel are most important to film history, or the ten that represent the aesthetic pinnacles of achievement, or indeed the ten films that have had the biggest impact on your own view of cinema.
On compile les données en donnant un vote à chaque film présent sur une liste. Ensuite, on organise les films selon leurs nombres de votes, ce qui nous donne un « top 10 » qu’on peut ensuite étendre jusqu’au nombre de titres cités. Explorez vous-même les résultats ici.
Pour 2012, le bassin de spécialistes a été grandement élargi pour refléter les nouveaux médias (on a inclus par exemple des critiques qui ne sont actifs que sur Internet), plus de diversités dans les genres (des spécialistes du documentaire et du cinéma expérimental) et une plus grande ouverture sur le monde (globalisation oblige). 1000 spécialistes ont été ainsi invités (le plus grand nombre d’invitations depuis que le sondage existe), pour 846 réponses de 73 pays différents. Les résultats donnent 2 045 titres différents qui ont été compilés selon le nombre de votes reçus. De plus, on a continué une tradition entamée en 1992 : une liste parallèle des 10 meilleurs films selon les réalisateurs.
Les résultats, plus conservateurs qu’on ne pouvait s’y attendre, sont fascinants. La plus grande nouvelle est sans doute l’arrivée d’un nouveau #1, Vertigo d’Hitchcock, et le déclassement au #2 de Citizen Kane de Welles. Ce dernier film a connu une stabilité historique impressionnante au #1. À l’exception du tout premier sondage de 1952 qui avait élu Voleur bicyclettes de De Sica à ce prestigieux grade (alors qu’il était sorti en salles à peine quatre ans auparavant), tous les sondages du Sight & Sound depuis 1962 avait scellé ce monstre sacré du cinéma à la première position.
Bien sûr, le déclassement de CK est relatif puisqu’il se retrouve quand même au 2e rang (chez les réalisateurs, il occupe d’ailleurs la même position, à égalité avec 2001 : Odyssée de l’espace). Sans doute est-ce pour le mieux. L’archi-canonisation d’une œuvre dans les arts peut avoir des effets pervers, comme de donner l’illusion que c’est “objectivement” la meilleure œuvre de tous les temps, accompagné d’une sensation académique (ou scolaire) à cela puisqu’une majorité de spécialistes (et de profs) tendent à en parler comme de l’Incontournable du Jugement Éternel et Absolu du Bon Goût. Le résultat est que trop souvent on fossilise ainsi l’œuvre, voire qu’on lui attribue une valeur quasi-dogmatique au sein d’un Panthéon de l’Art quasi divin, alors qu’il n’est qu’un consensus humain et relatif.
À l’inverse, il faut comprendre que n’importe quelle œuvre, canonique ou non, a quelque chose de vivant, avec des qualités et des défauts, et que notre perception de celle-ci ne doit jamais se figer mais elle aussi rester vivante pour l’apprécier à sa pleine valeur. J’interprète donc le déclassement de CK ainsi : un déplacement attendu, qui allait arriver un jour ou l’autre, qui nous permet de réaliser encore que c’est une œuvre dont il faut comprendre l’importance historique et stylistique, mais que ce n’est pas la seule.
Pour le nouveau numéro 1, le parcours est tout aussi intéressant, comme le mentionne Ian Christie :
Hitchcock, who only entered the top ten in 1982 (two years after his death), has risen steadily in esteem over the course of 30 years, with Vertigo climbing from seventh place, to fourth in 1992, second in 2002 and now first, to make him the Old Master.
Autrement dit, le processus de canonisation d’une œuvre est souvent quelque chose qui demande du temps. Le film le plus récent du top 10 date de 1968 (2001 : Odyssée de l’Espace au #6), et on comprend que pour atteindre un tel statut, une œuvre doit prouver qu’elle résiste aux modes. Un film peut emballer la critique et le public l’année où il sort mais être oublié rapidement dix ans plus tard. Vertigo avait été un échec commercial relatif à Hollywood, ce qui explique sa « non-présence » dans le top 10 jusqu’aux années 1980. À l’inverse, la redécouverte de CK dans les années 1950-1960 (film qui avait été « maudit » à sa sortie) avait valorisé celui-ci à partir de ce moment. Mais avec le temps, la reconnaissance et l’appréciation ultérieure de Vertigo en sont venues à en faire de plus en plus un incontournable jusqu’à prendre cette position fabuleuse et dangereuse de nouveau #1.
Mentionnons aussi le nouveau #1 des réalisateurs, Tokyo Story d’Ozu (à mon grand dam, je n’ai jamais vu ce film, mais je vais corriger cela cette session, promis), qui vient lui aussi déclasser CK au second rang.
Il faut bien sûr relativiser ses résultats. Sur 846 listes, seulement 191 incluent Vertigo (et 157 pour CK). Comme le fait remarquer Jim Emerson, le meilleur film de tous les temps se retrouve véritablement présent sur moins d’un quart des listes. C’est donc un consensus relatif.
C’est d’ailleurs ici que cette nouvelle liste devient totalement fascinante : plutôt que de se limiter à publier un top 10, le site de la BFI nous donne accès à une liste élargie des 250 meilleurs films des critiques et des 100 meilleurs films des réalisateurs. De plus, on a mis en ligne la base de données avec toutes les listes de tous les participants. À ce stade, la diversité et la pluralité des choix des critiques est plus frappante. Par exemple, la présence de cinéastes comme Terence Malick, Belà Tarr, David Lynch, Wong Kar-Wai ou Abbas Kiarostami, qui sont tous contemporains.
Une petite réserve locale : aucun critique québécois n’a participé à cette liste, un seul cinéaste québécois, Jean-Marc Vallée, l’a fait, alors qu’on retrouve les listes de 24 critiques, professionnels et réalisateurs canadiens (incluant Vallée). Aussi, au panthéon, les films québécois sont absents. De manière comique, “Au clair de la lune” de Forcier, “Jésus de Montréal” d’Arcand, “32 films brefs sur Glen Gould” de Girard et “Atarajnuat” de Kunuk sont à égalité à la 894e position parce qu’ils ont chacun reçu un vote (et visiblement un vote d’un non-québécois).
Et quel est le meilleur film canadien de tous les temps (excluant les coproductions)? Wavelength de Michael Snow, en 102e position. Et le second? Videodrome de David Cronenberg en 202e position. Aucun autre film canadien ne se retrouve dans le top 250. Connaissez-vous ces deux films? Je vous les conseille fortement, chacun pour des raisons différentes (mais svp, faites des recherches sur Wavelength avant de le regarder : c’est un film expérimental non-narratif, et vous risquez d’être pris au dépourvu sans un peu de préparation au préalable).
Mise à part cette réserve, il faut féliciter l’ouvrage qui a été fait par Sight and Sound. Avec le nombre astronomique de données, d’articles et de commentaires présents sur le site et autour, je vous garantis des heures de surf chronophages à venir.
SOURCES
L’introduction au sondage : http://www.bfi.org.uk/polls-surveys/greatest-films-all-time-2012
La liste, la base de données et les références à des articles connexes : http://explore.bfi.org.uk/sightandsoundpolls/2012/
Le site la British Film Institute (BFI), qui publie Sight & Sound : http://www.bfi.org.uk/
Pour comparaison, les listes des 10 meilleurs selon les critiques (depuis 1952) et les réalisateurs (depuis 1992) : http://en.wikipedia.org/wiki/Sight_%26_Sound – ces listes sont aussi présente sur le site de la BFI
Un point de vue relativiste sur la place sacrée de Citizen Kane comme meilleur film de tous les temps, incluant une mise en contexte historique des différentes listes du S&S peut se trouver dans cette entrée de Kristin Thompson sur le blogue de David Bordwell: http://www.davidbordwell.net/blog/2012/03/06/john-ford-and-the-citizen-kane-assumption/
Un point de vue plus pointu de l’histoire de la mise en scène en profondeur au cinéma, qui démontre que Citizen Kane est plus une “anomalie historique” qu’un “prototype” peut se trouver dans Bordwell, David. 1997. On the History of film Style, Harvard University Press, p. 221-237 (p. 225 pour la citation).
Guillaume Campeau-Dupras, Film Look
Classé dans Uncategorized
De Desmarais en Sirois
Jacques Dufresne, Encyclopédie de l’Agora
Démocratie ou ploutocratie, gouvernement par le peuple ou par l’argent? La question se pose en ce moment plus que jamais dans le monde. Aujourd’hui dans la démocratie américaine, la richesse est un atout pour un candidat. Elle vaudra peut-être à Mitt Romney d’être élu président. Au Québec, la richesse certes est aussi un atout, plus déterminant peut-être qu’aux États-Unis parce qu’elle est répartie entre un petit nombre de citoyens, mais, chose regrettable, elle reste invisible.
Est-il permis à un auteur de relire un de ses livres pour s’éclairer lui-même à la veille d’une élection? Oui? J’ouvre donc la Démocratie athénienne, miroir de la nôtre et je tombe sur ce passage: «Nous sommes au début du Ve siècle avant Jésus-Christ. Au cours des siècles précédents, la Grèce entière a été la proie d’une poignée de grands propriétaires appelés oligarques. Clisthène, le réformateur, a adopté des mesures efficaces pour empêcher le retour en force de ces oligarques. La principale de ces mesures fut l’ostracisme. Ce mot vient de ostrakon, »coquille d’huître »puis » tesson ». Quand un citoyen estimait que tel ou tel grand personnage avait, de par sa richesse, une influence démesurée dans la cité, il pouvait exiger qu’il soit exilé pour dix ans. Il lui suffisait pour obtenir gain de cause, de convoquer une assemblée et de soumettre son accusation au vote, lequel consistait à inscrire le nom de l’accusé sur un tesson .» Cette loi hélas! enfermait un mal du même ordre que la ploutocratie : la démagogie. Elle a dans les faits conduit à des ostracisations injustes, comme celle du sage Aristide. Vue d’aujourd’hui, elle a toutefois le mérite de nous rappeler que dans la première démocratie, la présence physique, le rayonnement immédiat et direct de la personne, la persuasion par la parole vivante avaient une importance qu’ils n’ont plus à l’heure actuelle.»
Au Québec, en restant dans les coulisses, le riche faiseur de rois s’ostracise en quelque sorte lui-même, sans rien perdre toutefois de son pouvoir réel. Il pourrait même se retirer dans un autre pays pendant la campagne électorale et conserver tout son pouvoir, surtout s’il est un expert en télécommunications. C’est cette invisibilité qui est le problème.
Au Québec toujours, tout le monde connaît le pouvoir qu’a exercé Paul Desmarais notamment sur les partis libéraux québécois et canadiens. Après les livres de Robin Philpot et Richard Le Hir, je n’ai rien à ajouter ici sur cette question. Les citoyens athéniens auraient-ils ostracisé les syndicats, s’il y en avait eu dans leur cité? Monsieur François Legault l’aurait fait et il a suffisamment reproché à Mme Marois ses rapports amicaux avec eux pour que l’on puisse considérer l’affaire comme close. Tous les électeurs québécois savent que le PQ est proche des syndicats.
Il n’a, par contre, presque jamais été question de M. Charles Sirois, co-fondateur de la CAQ, dans la présente campagne électorale. Il est rentré dans les coulisses et c’est précisément de cela qu’il faut s’inquiéter. S’il avait choisi les armes de la parole et de la présence réelle en se présentant dans un comté, on saurait tout sur ses affaires personnelles, on lui aurait même demandé de rendre ses rapports d’impôts publics, comme on l’a fait pour Mitt Romney. Lire la suite ICI
BLx
Classé dans Uncategorized
À propos de la communication dans les médias de masse: le cas d’Éric Duhaime
Le caractère fétiche d’Éric Duhaime et son secret*
Marc-André Cyr, Blogues, Voir, 14/08/2012
Eric Duhaime est une marchandise.
Comme toute marchandise, il possède une valeur d’usage – une vie privée, qui nous laisse immensément indifférent –, et une valeur d’échange, relative à la quantité moyenne de propagande qu’il est capable de produire en une journée. Comme toute marchandise, il est sans qualité. Son travail se mesure en quantité d’articles et d’interventions, d’attaques et de dénonciations. Il ne tire pas sa force de la qualité des arguments qu’il propose – vous l’aviez peut-être remarqué – mais bien de la quantité de fois qu’ils sont répétés.
La marchandise a pour fonction d’être achetée et vendue. Cela, force est de l’admettre, Duhaime l’a bien compris. Ses services ont été et sont toujours très prisés. Il a déjà associé son label à l’IEDM, au Bloc québécois, au Parti réformiste, à l’ADQ, à CHOI, à Radio X (qui aura bientôt une succursale à Montréal), à TVA, au Journal de Québec, au Toronto Sun, au Canal V… Bref, sur toutes les tribunes du Canada, il nous présente son spectacle.
Ce que peu de gens savent, par contre, c’est que Duhaime a également travaillé pour une institution plutôt controversée : le National Democratic Institute (NDI)[1]. Cette organisation est tout autant décriée par la gauche que par la droite. Pourtant, aucune de ces critiques n’a circulé au Québec[2]. Voyons de plus près ce qu’est la NDI, cela nous permettra de mieux réfléchir à propos des « idées » propagées par le chroniqueur.
La NDI
Le National Democratic Institute est lié à la National Endowment for Democraty (NED). Officiellement, la NED et la NDI sont des organisations non gouvernementales financées par le Congrès américain. Elles font la promotion de la démocratie à travers le monde, s’impliquent dans les affaires internes des pays en accordant des fonds, du savoir-faire, du matériel éducationnel, en faisant des dons de matériel informatique, etc.[3]
William I. Robinson, sociologue de l’Université de Californie, a un avis quelque peu différent. D’après lui, deux types d’objectifs sont visés par la NED et la NDI. D’un côté, elles veulent aider les États qui sont déjà dans le « camp néolibéral » en soutenant leur autorité et leur hégémonie. Elles tentent ainsi d’isoler et de discréditer les organisations populaires, nationalistes, révolutionnaires et progressistes en place. De l’autre, elles utilisent le terme vertueux de « démocratie » pour renverser les gouvernements qui ne sont pas favorables à l’intégration à l’ordre capitaliste mondialisé[4].
Le camarade Ron Paul
Les activités de la NED-NDI sont évidemment documentées par les opposants de gauche, qui les
considèrent, sans grande surprise, comme un instrument du capitalisme international et de l’impérialisme américain[5], mais il n’y a pas que les « gauchistes » qui critiquent la NED et la NDI… Ron Paul, membre du Tea Party, représentant au congrès et candidat défait à la présidence du Parti républicain, que Duhaime admire pourtant énormément[6], soutient
« La mal nommée National Endowmewent for Democraty (NED) n’est rien d’autre qu’un programme coûteux payé par les payeurs de taxes afin de faire la promotion de politiciens et de
partis politiques à l’étranger. […] Il est particulièrement « orweillien » d’appeler la manipulation américaine d’élections à l’étranger la « promotion de la démocratie ». Comment se sentiraient
les Américains si les Chinois arrivaient avec des millions de dollars dans le but de supporter certains candidats amis de la Chine? Percevraient-ils cela comme un avancement pour la démocratie? »[7].
Tel que l’affirme Ron Paul, cette organisation combine les aspects les plus négatifs de l’aide privée et publique. Comme elle n’est pas officiellement une organisation privée, elle est financée par le Congrès; et comme elle n’est pas officiellement une organisation gouvernementale, elle échappe au contrôle du Congrès[8].
Mais il y a pire.
En 2002, le gouvernement démocratiquement élu d’Hugo Chavez est victime d’une tentative de coup d’État. Les Vénézuéliens accusent la NED et la NDI, qui ont des bureaux en ce pays, d’être
derrière ce putsch manqué[9]. Comme ce cas est particulièrement scandaleux, laissons la parole, encore une fois, au camarade Ron Paul
« Nous apprendrons plus tard que la NED finançait ces organisations qui ont initiées la violente révolte dans les rues du Venezuela contre les gouvernants légaux du pays. Plus d’une douzaine de civiles ont trouvé la mort dans cette tentative de coup d’État. Est-ce cela faire la promotion de la démocratie? »[10].
D’autres commentateurs de droite se plaignent également de la NED et de la NDI. Plusieurs les considèrent comme des organisations qui agissent souvent de façon illégale ou comme des dépenses inutiles qui donnent une mauvaise réputation internationale aux Américains[11].
Contre l’État?
Ainsi, le pourfendeur de « BS » et d’artistes « subventionnés », celui qui désire la privatisation de l’éducation, de la santé, de Radio-Canada, des garderies et des parcs nationaux a longtemps été employé d’une organisation gouvernementale… En 2009, il se dénichait d’ailleurs un nouvel emploi auprès du gouvernement canadien[12]. Autrement dit, Duhaime se bourre la panse à même la mamelle du « gouvernemaman » (pardonnez le jeu de mots : c’est de l’humour de droite) tout en condamnant ceux qui font exactement comme lui.
Si ce fait donne du relief à l’éthique du chroniqueur, il faut pourtant prendre garde d’y voir une contradiction idéologique : Duhaime, malgré sa rhétorique libertarienne, ne critique jamais l’État. Bien au contraire… Il a bien compris que la marchandise n’est rien sans le monopole de la violence pour la servir et la protéger.
La vaste majorité de ses papiers justifient les nombreuses politiques sécuritaires auxquels se livrent de plus en plus nos gouvernements. Ce que critique Duhaime, ce n’est pas l’État, mais bien les institutions (étatiques ou non) qui entravent le mouvement « naturel » et pratiquement divin de la marchandise. À ses yeux, les lois favorables au sujet automate capitaliste sont tout aussi bienvenues que le matraquage des « clochards » indignés et de leurs « idées totalitaires »[13]. C’est pour cette raison qu’il se porte à la défense d’un État « huissier » qui devrait « casser des jambes et aller chercher des chèques »[14], qu’il défend le Régime des rentes de Pinochet[15] et la brutalité du colonialisme israélien[16].
Duhaime vous fait un striptease
La NDI a permis à Duhaime de voyager en Irak, en Mauritanie et au Maroc[18]. Dans un document
signé « Éric Duhaime, Directeur des programmes, NDI-Maroc », le chroniqueur, pour votre bon plaisir, présente ses « Techniques de communications politiques » où il enseigne à son public – qui ne se doute pas du malheur qui l’attend – comment écrire comme lui
« Oubliez tout ce qui vous a été enseigné à l’école en matière de rédaction. Les journaux aux États-Unis sont écrits selon le niveau du primaire par exemple. Oubliez les mots aux syllabes multiples, utilisez très peu de phrases compliquées, très peu de phrases subordonnées également. Soyez directs en utilisant des phrases courtes. Un paragraphe de journal se compose d’une, voire deux phrases au grand maximum. Le tout doit être clair, concis et compréhensible » [17].
Un peu plus loin, il ajoute: « Un message doit être répété et répété et répété et répété et … ».
Ces extraits, qui peuvent donner l’impression au lecteur de subir un striptease non autorisé à deux pouces du visage, sont hautement représentatifs de la rhétorique propagandiste du chroniqueur.
La rationalité instrumentale propre à la marchandise anéantit la raison elle-même. Elle ne reconnaît dans la complexité infinie du réel que les faits lui permettant de produire de la plus-value idéologique. Elle est une logique close qui carbure aux raccourcis, aux amalgames et à l’inversion des rapports de force animant la vie sociale. Ainsi, l’« agenda caché » d’Amir Khadir n’a pas à fournir plus de preuve de son existence que les armes de destruction massive de Saddam Hussein. À force de le répéter (et répéter et répéter et répéter et répéter et…) certains esprits distraits finiront bien par le croire.
C’est pour cette raison que les formules de Duhaime sont incantatoires – « communistes ! »,
« syndicaleux ! », « islamistes ! », « violents ! » – et relèvent plus du concept publicitaire que de l’argumentation rationnelle. C’est cette rationalité instrumentale qui permet à Duhaime de faire de Jacques Villeneuve un « héros-martyr » de la lutte contre les étudiants[18]. C’est elle qui lui
permet d’utiliser la mort de militants humanitaires pour dénoncer des pacifistes québécois en direction de la bande de Gaza[19]. Et c’est encore elle qui lui permet de justifier la censure du vidéoclip du chanteur engagé Manu Militari[20] tout en défendant la diffusion de la sordide décapitation effectuée par Magnotta[21].
Pour en finir…
Non seulement Duhaime est le porte-parole du marché, il est lui-même une marchandise. Pour paraphraser Guy Debord, il est la marchandise à un tel niveau d’accumulation qu’elle devient image[22].
Pour saisir la rhétorique de Duhaime, il faut comprendre que le monde dont il est le reflet
est en crise. Les formes qui sont les siennes peinent de plus en plus à se reproduire sans créer pauvreté, autoritarisme et destruction. Ses paroles sont les borborygmes d’un système qui arrive au bout de ses contradictions historiques. Elles sont le rachitique et incolore résidu de cohérence que notre société à la dérive a encore à offrir.
*Le titre de cet article est un clin d’œil au lumineux chapitre de Karl Marx,: « Le caractère
fétiche de la marchandise et son secret », Le Capital, Paris, PUF.
***
Notes
[1] Le Soleil, 6 juillet 2009 : http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/politique/200907/05/01-881459-professeur-de-democratie-en-irak.php
[2] Sauf bien entendu sur les réseaux d’informations alternatives, qui nous ont donné quelques articles intéressants, dont celui-ci : L’Engagé, « Éric Duhaime, un individu
dangereux », Vigile.net : http://www.vigile.net/Eric-Duhaime-un-individu-dangereux
[3] Pour lire à propos de la mission officielle de ces organisations : http://www.ned.org/. et http://www.ndi.org/about_ndi
[4] Jonah Gindin, « The Battle for Global Civil Society », 13 juin 2005, Venezuelaanalysis.com . Il s’agit d’une entrevue avec Robinson : http://www.iefd.org/articles/global_civil_society.php
[5] Parmi les critiques de gauche les plus documentées, lire, entre autres, le livre de
William Blum, Rogue State: A guide to the World’s Only Superpower, Zed Books. Version PDF : http://arcticbeacon.com/books/WilliamBlum-Rogue State (2002).pdf. et les sites suivants : The International Endowment for Democraty : http://www.iefd.org/index.php et Antiwar blog : http://www.antiwar.com/blog/.
[6] Journal de Québec, « Les remèdes du docteur Paul »:
http://blogues.journaldequebec.com/ericduhaime/general/les-remedes-du-docteur-paul/
[7] Rep. Ron Paul, MD, « Neocon Central », Federal House of Representatives, October 7, 2003. Voir ici : http://www.lewrockwell.com/paul/paul134.htmlou encore cette autre déclaration: « Exactly How Has the US Meddled in the Ukrainian Elections? » http://www.lewrockwell.com/paul/paul223.html
[8] Op.cit, Ron Paul, « Neocon Central ».
[9] Benjamin Duncan, 4 mai 2004, http://venezuelanalysis.com/analysis/491; Jonah Gindin,
« The Battle for Global Civil Society », 13 juin 2005, Venezuelaanalysis.com (il s’agit d’une entrevue avec Robinson) : http://www.iefd.org/articles/global_civil_society.php
[10] Ron Paul, Federal House of Representatives, October 7, 2003. Lire également Latin American
Solidarity coalition, « Don’t be fooled: the National Endowment for Democraty – It’s not about democraty »: http://www.iefd.org/articles/dont_be_fooled.php ou encore Eva Golonger, « National Endowment
for Democracy. On the offensive in Venezuela », 14 novembre 2004 : http://www.iefd.org/articles/offensive_in_venezuela.php
[11] Pour un texte défendant cette critique de droite, lire : IPS Right Web : « National Endowment for Democraty » http://rightweb.irc-online.org/profile/National_Endowment_for_Democracy/
[12] « Le ministre d’état annonce la mise sur pied d’un comité consultatif sur la création prochaine d’un organisme de promotion de la démocratie », 15 juin 2009
http://www.democraticreform.gc.ca/index.asp?lang=fra&page=archives&sub=news-comm&doc=20090615-fra.htm
[13] Journal de Québec, « Les clochards d’occupons Montréal et Québec » :
http://blogues.journaldequebec.com/ericduhaime/general/les-clochards-doccupons-montreal-et-quebec/
[14] Comme il le dit dans L’Actualité, décembre 2009.
[15] Devant la Commission parlementaire du gouvernement du Québec, 2009.
[16] Journal de Québec, « Fauteurs de trouble »:http://blogues.journaldequebec.com/ericduhaime/general/fauteurs-de-trouble/
[17] Éric Duhaime, « Techniques de communication politiques » :
https://www.aswat.com/fr/node/1026
[18] « Jacques Villeneuve, gagnant du grand prix 2012 », Journal de Québec, 10 juin 2012 http://blogues.journaldequebec.com/ericduhaime/general/jacques-villeneuve-gagnant-du-grand-prix-2012/
[19] « Fauteurs de troubles », Journal de Québec, 4 juillet 2011
http://blogues.journaldequebec.com/ericduhaime/general/fauteurs-de-trouble/
[20] Sur les ondes de Sun News, début juillet :
http://www.youtube.com/watch?v=odfamsvO75Y&feature=player_embedded
[21] Sur les ondes de « Dessine-moi un dimanche », le 3 juin 2012 : http://www.radio-canada.ca/emissions/dessine_moi_un_dimanche/2011-2012/chronique.asp?idChronique=225061
[22] Guy Debord, La Société du Spectacle, Paris, Folio.
Classé dans Uncategorized
Neil Armstrong 1930-2012
Neil Armstrong, le premier homme à avoir marché sur la lune, est mort.
Neil Armstrong, Autoportrait, la lune 21/07/69
« C’est un petit pas pour l’homme mais un bond de géant de l’humanité » : les mots prononcés par l’astronaute en foulant le sol lunaire, le 21 juillet 1969, sont entrés dans l’histoire.
BLx
Classé dans Uncategorized
Manif du 22 août
Manifestation étudiante – Ce qui est en marche
La manifestation étudiante de ce mercredi – il s’y mêlait d’autres groupes, mais les jeunes prédominaient – n’avait rien à envier aux autres manifs du 22, rendez-vous mensuel depuis mars. De la foule, des demandes, des slogans, de la musique, de l’humour et une assurance tranquille. Avis aux libéraux : la rue n’a pas peur de la rue, et ne veut pas faire peur au monde non plus.
Différence notable toutefois, les sigles de Québec solidaire et d’Option nationale étaient omniprésents, et les affiches libérales et caquistes ont passé un mauvais quart d’heure. Comment peut-il en être autrement en pleine campagne électorale ?
Pourtant, c’est une phrase écrite à la main, en anglais, sur le carton d’une manifestante, qui résumait le mieux ce qu’a encore été ce grand défilé d’une jeunesse pas blasée : « This is a movement, not an electoral talking-point. »
Non, les droits de scolarité ne sont pas un enjeu électoral. Une affirmation à prendre au sens strict d’abord, puisque, du moins jusqu’à mardi, les débats des chefs n’ont pas réussi à leur faire de la place. Comme si la question n’existait pas. Assurément, pour aspirer à prendre le pouvoir, c’est à la population vieillissante à soigner qu’il faut parler, vu son poids démographique et financier, pas à ceux de 20 ans !
Mais pour les étudiants qui manifestent, les droits de scolarité ne sont pas non plus un enjeu électoral dans son sens traditionnel : un point d’une liste, isolé du reste. Même en obtenant satisfaction ou en rentrant en classe, ce qui est en cause embrasse plus large : un mouvement, soulignait la jeune manifestante.
Il n’y aura pas nécessairement de raz-de-marée des jeunes aux urnes le 4 septembre, ni de manifs tous les 22 du mois, ni même un jour de lendemains qui chantent. Mais ce qui est clair pour la suite des choses, c’est qu’il y aura quelque chose, et de différent, avec cette jeunesse-là.
On peut bien ergoter sur le nombre de jeunes qui ont pris la rue en ce 22 août, mais quand mois après mois les coins de rue du centre-ville sont bloqués pendant une heure parce qu’ils défilent rang après rang, sans s’arrêter, c’est du monde, c’est nouveau et c’est inusité. Ce que ces jeunes ont désormais intégré, c’est la prise de parole : dire à leur société qu’il faut penser l’avenir, leur avenir, autrement. Que le trait comptable n’est pas tout pour dessiner le Québec du XXIe siècle.
Pourtant, dans les débats, les chefs des trois principaux partis ne causent ni d’environnement, ni des fondements de l’éducation, ni du monde du travail… Bien sûr, l’un d’eux gagnera le 4 septembre. Mais ils ratent vraiment le bateau en mouvement.
Classé dans Uncategorized
Entre le PQ et QS
Dominic Champagne – Un idéal politique situé entre le PQ et Québec solidaire
À défaut d’être candidat «libéral indépendant», l’homme de théâtre publie son «programme»
Louis Cornellier, Le Devoir, 23 août 2012
Dans un ouvrage qui sera en librairie ce vendredi, le dramaturge et metteur en scène Dominic Champagne résume son programme politique. L’artiste de 50 ans, finalement, ne se présentera pas dans Outremont comme candidat « libéral indépendant » pour faire la lutte au libéral Raymond Bachand, mais il tient néanmoins à faire connaître les idées qui ont animé ses velléités électorales.
Bref essai d’une centaine de pages rédigé dans un style fougueux, voire échevelé, Le gouvernement invisible, publié aux éditions Tête première, est d’abord un pamphlet anti-Charest. Champagne y avoue que s’il a songé à se lancer en politique, c’est parce qu’il est « convaincu de l’urgence de défaire le gouvernement libéral de Jean Charest, usé après 10 ans [sic] de pouvoir ». Le premier ministre, animé par la « philosophie politique » de « l’économisme triomphant », écrit Champagne, « a lamentablement échoué à servir l’intérêt public ».
Champagne, dont le père, à titre de sous-ministre au Tourisme en 1974, a racheté l’île d’Anticosti à des intérêts privés, ne pardonne pas au gouvernement Charest d’avoir vendu, en 2008, des permis d’exploitation du pétrole et du gaz sur l’île à des promoteurs privés. Il ne lui pardonne pas, non plus, son attitude dans le dossier du gaz de schiste, sa ligne dure face aux étudiants le printemps dernier, sa mollesse quant aux affaires de corruption et bien d’autres choses encore. C’est l’ensemble de l’oeuvre libérale qu’attaque de front Champagne.
Pour la social-démocratie
Il se réjouit, cependant, du « réveil politique » engendré par tous ces événements et affirme que « notre regain politique […] ne trouvera sa solution que dans la conciliation de nos forces, dans notre capacité à nous tenir en équilibre entre les tensions créatrices de la gauche et de la droite, là où se trouve la social-démocratie ».
Ce thème de la nécessité de « l’équilibre social-démocrate » est dominant dans le livre. Champagne insiste pour dire qu’il ne condamne pas le marché, qu’il faut « concilier les intérêts des libres entrepreneurs avec les aspirations populaires » et que « la honte, ce n’est pas d’être riche », mais de ne pas accepter de partager cette richesse grâce à l’impôt progressif. À cet égard, on pourrait dire que Champagne se situe légèrement à gauche du Parti québécois (PQ) et légèrement à droite de Québec solidaire (QS).
Un autre thème dominant de l’ouvrage est l’urgence, pour le Québec, de mettre sur pied « une vaste politique nationale sur l’énergie et les transports ». Sans prôner la nationalisation totale des ressources naturelles, Champagne plaide avec force pour « une vision clairement définie par l’État qui assure la protection de nos intérêts communs, qui stimule et encadre l’entreprise privée, impose des normes et exige des garanties ».
Souverainiste de coeur et de raison, l’artiste ne semble pas croire à la possibilité d’une résolution imminente de la question nationale. Il ne propose cependant pas, à la manière caquiste, d’abandonner cette lutte. Il suggère plutôt de la relancer sur de nouvelles bases de nature à rallier les progressistes de toutes origines.
Il faudrait, avance-t-il, s’atteler à « la rédaction d’une Constitution, garantissant à tous les citoyens le droit à la recherche du bonheur au sein d’une démocratie économique et écologique en terre française d’Amérique », dans un cadre laïque, le tout en insistant sur « le droit du peuple à disposer lui-même de ses ressources naturelles ». Ici encore, le programme de Champagne s’avère péquiste sur le fond et solidaire (le principe d’une constituante) dans la manière. Sa proposition de réforme des institutions démocratiques (élections à date fixe, limitation du nombre de mandats, référendums d’initiative populaire, proportionnelle) emprunte aussi aux programmes de ces deux formations.
La culture comme richesse
Partisan d’un développement économique durable orienté vers une indépendance énergétique alimentée aux énergies vertes (une idée péquiste), et flirtant avec le concept de décroissance (une idée de Québec solidaire), Champagne consacre des pages senties à la culture en tant que richesse nourricière et inépuisable. « Je crois profondément, écrit-il, que la principale réponse aux défis contemporains liés à la nécessaire décroissance économique et à la recherche du bonheur tient dans la fréquentation de la culture. Dans l’espace que nous accorderons à l’intérieur de nos vies à l’éducation et à la vie de l’esprit. » Dans cette logique, il se prononce pour une éducation gratuite, de la maternelle à l’université, d’abord conçue comme un lieu de culture avant d’être un lieu de formation de la main-d’oeuvre.
Emprunté à une formule de Theodore Roosevelt, qui, en 1906, dénonçait le « gouvernement invisible » et corrompu qui s’agitait derrière le « gouvernement visible », le titre du livre de Champagne laisse entendre que le Québec dirigé par les libéraux est en panne de démocratie. Pour renverser cette situation, l’artiste a donc songé à se lancer dans la mêlée comme « libéral indépendant », dans « l’esprit des libéraux de la Révolution tranquille », parce qu’il n’arrivait pas à « s’identifier pleinement à l’une ou l’autre des options proposées par les partis existants ».
Son ouvrage suggère que son idéal politique serait un amalgame entre le PQ et QS. « Écartelé entre [ses] convictions profondes et la nécessité de [se] rallier au compromis, à défaut de l’idéal », il devra donc, le 4 septembre prochain, comme nous tous, trancher.
Classé dans Uncategorized
Les Enfants du paradis
Paris au XIXè siècle, les grands boulevards, le monde du théâtre où les aristocrates et le beau monde côtoient les voyous et les assassins, pantomimes et tragédies, intrigues amoureuses, escapades et dérobades nocturnes. Une merveille! Ce film fait partie de mon top 10.
«Depuis sa sortie triomphale en 1945, dans la France libérée, Les Enfants du paradis est resté au Panthéon des meilleurs films français de tous les temps. Il représente l’apogée à la fois de ce qu’on a appelé le « réalisme poétique » et des deux hommes qui ont mené le genre à la perfection, le scénariste et poète Jacques Prévert et le réalisateur Marcel Carné. Ils composaient un duo curieusement assorti : Prévert était un être social, passionné, engagé en politique, un des meilleurs poètes populaires français du siècle; Carné était un solitaire, maniaque, renfermé, un perfectionniste. Tous deux ont pourtant créé une magie cinématographique que personne n’a jamais égalée.»
La scène d’ouverture:
Les Enfants du paradis, au Cinéma du parc du 24 au 27 août à 20h15.
BLx
Classé dans Uncategorized
Mais qu’en est-il de la finalité des universités?
Compétitivité et autres contrats de performance ont transformé l’université
«Des états généraux s’imposent, à condition qu’on ne limite pas cet exercice aux seuls droits de scolarité»
Thierry Haroun, Le Devoir 18 août 2012
Doit-on revoir le mode opératoire du réseau universitaire du Québec ? Faut-il revoir ses principes directeurs ? Est-ce que ce réseau répond aux aspirations et aux défis sociétaux d’aujourd’hui ? Peut-on faire autrement ? Doit-on faire autrement ? Pourquoi et comment ? Et de quoi sera fait demain ?
Voilà autant de questions que Le Devoir a soumises à l’examen de deux professeurs réputés, soit Jean Bernatchez, professeur-chercheur en administration et politiques scolaires à l’Université du Québec à Rimouski, et Yves Gingras, professeur d’histoire à l’UQAM et codirecteur de l’ouvrage Les transformations des universités du 13e au 21e siècle (PUQ, 2006). Chose certaine, pour ces deux professeurs, des états généraux portant sur le présent et le devenir de nos universités s’imposent. On notera que trois directions universitaires ont décliné notre invitation.
Des états généraux
« Des états généraux s’imposent, note le professeur Gingras, à condition qu’on ne limite pas cet exercice aux seuls droits de scolarité. Et qu’on mette tout sur la table, toute la structure universitaire actuelle, notamment le mode de financement actuel, fondé sur le nombre d’étudiants, qui, à mon avis, devra aussi être revu en tenant compte de cette mission centrale des universités qui est de former les citoyens et citoyennes du Québec. Ainsi, les ressources étant limitées, il n’y a aucune raison que le gouvernement finance les étudiants étrangers, qui devraient donc être exclus de la formule de financement. L’Ontario ne finance pas les étudiants étrangers et les universités leur demandent des droits de scolarité beaucoup plus élevés. On ne devrait pas confondre politique d’immigration et politique des universités. Il faudra aussi tenir compte de la “ rente linguistique ” qui fait que les universités anglophones attirent plus de Canadiens anglais et d’Américains, non pas parce qu’elles sont “ meilleures ”, mais simplement parce que ces étudiants ne maîtrisent que l’anglais et viennent étudier ici à moindres frais dans des infrastructures subventionnées par l’État québécois. »
La mission universitaire et ses fondements premiers forment un autre volet qui mérite d’être débattu lors de futurs états généraux, ajoute d’ailleurs Yves Gingras : « L’objectif premier des universités n’est pas de tenter d’accroître leur part de marché nationale ou leur prestige international, comme s’il existait un marché mondial uniforme, unique et parfait au sein duquel individus et professeurs circuleraient librement et sans entrave. Les universités, dans leur écrasante majorité, sont avant tout nationales et répondent à des besoins culturels et professionnels locaux. Bien sûr, la circulation internationale des étudiants et des professeurs existe depuis la création des universités au Moyen-Âge, mais cela ne peut faire oublier que ce phénomène demeure marginal, malgré la rhétorique récente de la mondialisation, de l’internationalisation et de l’excellence. »
Maintenant, sur le strict plan de l’enseignement, il faut revenir à la base, voire à l’essentiel, rappelle avec insistance le professeur. « À titre d’exemple, il s’agit de creuser un programme de baccalauréat en économie pour comprendre pourquoi les économistes sont, en quelque sorte, autistes, parce qu’ils suivent 30 cours d’économie. Ils n’ont pas de vision historique, pas de vision sociologique ni politique. Ils pensent que le monde est un immense marché composé d’individus en compétition. Dans les faits, c’est une vision autiste du monde qui est incorporée dans nos programmes de formation. Il faut transformer cela et revenir à des cultures universitaires fondamentales qui tiennent compte de la complexité d’aujourd’hui. »
La concurrence interuniversitaire et les « effets pervers » des contrats de performance devraient également être inscrits à l’ordre du jour au sein de futurs états généraux, ajoute M. Gingras.
Trop axé sur le marché de l’emploi
Pour sa part, le professeur Jean Bernatchez a beaucoup insisté sur le lien actuel entre les programmes et les besoins du marché de l’emploi. D’après lui, il faudrait revoir, dans une certaine mesure, cette interrelation. « Les programmes universitaires sont beaucoup orientés vers les besoins du marché de l’emploi et on perd un certain nombre de choses. Auparavant, on formait des têtes bien faites dans différentes disciplines, et le marché du travail était prêt en quelque sorte à les former à la profession et au métier respectif et sur le tas. C’était relativement facile, justement parce que le réseau universitaire formait des gens avec une tête bien faite qui avaient une logique bien développée avec un bon sens de l’argumentation. »
Alors que, aujourd’hui, souligne le professeur Bernatchez, « les gens sont formés pour être “ opérationnels ” dès le moment où ils entrent dans le marché du travail. Ce sont donc des formations qui ont des visées à court terme. On remarque que ce phénomène est une tendance lourde. Du côté de la recherche, on observe cela également. C’est-à-dire que maintenant les projets de recherche sont souvent orientés vers des solutions à des problèmes qui ont été énoncés dans un environnement précis. Auparavant, les demandes de recherche étaient évaluées sur la base de leur qualité scientifique. Désormais, les projets sont choisis sur la base de considérations variées des utilisateurs de la recherche qui auront leur mot à dire. »
Pour ne pas dire les commanditaires ou les subventionnaires de la recherche ? « Oui, c’est ça », répond Jean Bernatchez, qui estime lui aussi que des états généraux sur l’enseignement supérieur s’imposent d’eux-mêmes.
« Ces états généraux serviraient à repenser le modèle actuel. On devrait y convier non seulement les universités, mais aussi des citoyens, des organismes communautaires, des associations professionnelles, des chambres de commerce, etc. Il faut saisir cette occasion pour faire un débat plus large », conclut le professeur.
Classé dans Uncategorized







