Analyse politique plutôt que vote stratégique

Dans les circonscriptions où les candidats du PQ, de QS, du PV ou d’ON sont les seuls véritables concurrents dans la course électorale, il ne faut pas voter stratégique. Il faut voter en fonction de ses convictions profondes. Telle est, par exemple, la situation dans les comtés de Mercier et de Gouin. Et si le PQ perd la majorité des sièges à cause de quelques comtés obtenus par QS, par le PV ou par ON, j’ai presque envie de dire « tant mieux ». De cette manière, la gauche aura la balance du pouvoir et pourra infléchir dans le bon sens les politiques des péquistes.

Dans les circonscriptions où le député libéral ou caquiste est pratiquement assuré de remporter la mise, là encore, il faut voter avec son coeur et ses idées. Mais dans les comtés où une division du vote risque de permettre à un candidat libéral ou caquiste de se faufiler, il faut impérativement faire porter son vote sur le candidat du parti qui a le plus de chances de battre le PLQ ou la CAQ, et ce, même s’il s’agit le plus souvent du PQ (et parfois pour ON, dans le comté de J.-M. Aussant).

On doit dans ce cas voter pour les candidats qui se rapprochent le plus de nos idées ou qui s’en éloignent le moins. N’oublions pas que le PQ s’engage à des élections à date fixe, à des référendums d’initiative populaire, à imposer un plafond de 100 dollars sur le financement des partis politiques, à abolir la taxe santé, à hausser les redevances des entreprises minières, à imposer un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste, à ajouter deux paliers d’imposition, à abroger la loi 12, à abolir la hausse des droits de scolarité et à mettre sur pied les états généraux de l’éducation supérieure. Ce n’est pas rien.

Une bataille rangée

Pour savoir quoi faire dans son propre comté, il faut consulter le site Too close to call. L’approche qui consiste à moduler de cette façon notre comportement électoral, en fonction des forces en présence dans les comtés, va bien au-delà du débat entre ceux qui sont pour le vote stratégique et ceux qui sont contre. Les partisans du vote stratégique au PLQ disent qu’un vote pour la CAQ est un vote pour le PLQ et ceux du PQ disent qu’un vote pour QS est un vote pour le PLQ. Mais les choses ne sont pas aussi simples que ça.

La position que je décris ne relève pas d’un vote « stratégique », mais bien d’une analyse politique. Elle permet tout d’abord de donner des sièges à des partis (PQ, QS, PV ou ON) qui se rapprochent le plus possible du centre ou de la gauche. Mais elle pourrait aussi permettre aux partis qui sont les plus à gauche de faire passer leurs idées au pouvoir.

Car même si l’on renonce à voter pour un candidat qui est réellement de gauche au profit d’un candidat péquiste et que ce dernier a de réelles chances de l’emporter, cela pourrait non seulement contribuer à porter le PQ au pouvoir, mais cela pourrait aussi avoir pour effet de maximiser les chances de la gauche de détenir la balance du pouvoir ou d’infléchir les politiques péquistes. Il peut donc être dans l’intérêt de QS, du PV ou d’ON de voir le PQ prendre le pouvoir, surtout si ces partis détiennent la balance du pouvoir.

Cette éventualité est loin d’être farfelue. Les projections sur le site Too close to call indiquaient récemment que le PQ détiendrait 62 circonscriptions et que QS en aurait une. C’est dans ce cas avec le siège détenu par QS qu’on parviendrait à la majorité des sièges. (Les plus récentes projections indiquent plutôt 67 circonscriptions pour le PQ et 2 pour Québec solidaire.)

Le PQ pourrait donc avoir besoin de la gauche pour obtenir la majorité parlementaire ou devrait à tout le moins en tenir compte pour ne pas se faire damer le pion lors des prochaines élections. QS et ON pourraient avoir un ascendant sur le PQ à l’Assemblée nationale, d’où l’intérêt de voter utile et d’appuyer le PQ.

Le NPD a longtemps eu un tel ascendant sur les libéraux fédéraux à Ottawa lorsque ceux-ci étaient au pouvoir. Le vote prétendument « stratégique » peut donc paradoxalement favoriser politiquement les idées de la gauche. Ce devrait être un pensez-y bien au moment où certains s’apprêtent à jouer leur va-tout et à voter sans s’être livrés au préalable à une analyse politique serrée.

Une guerre de tranchées

Quand on combat dans les tranchées face à des adversaires comme le PLQ ou la CAQ, la stratégie qui consiste à se tenir « debout » ne peut pas toujours être la bonne. Elle peut paraître noble parce que c’est un peu comme si on faisait un baroud d’honneur, mais elle fait trop l’affaire des tireurs d’élite, des snipers et des loose cannons de la droite.

Il faut avoir le courage de ses idées, mais en maîtrisant l’art du possible. Il faut que nos utopies soient réalistes. Il ne faut pas servir de chair à canon, surtout si cela favorise la prise de pouvoir des partis de droite comme le PLQ et la CAQ

Michel Seymour – Professeur au département de philosophie de l’Université de Montréal

Source: Le Devoir, 29/08/12

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