Elizabeth regina

Pour le «patriote ambivalent», le célèbre, mais toujours incognito, artiste de rue Banksy, propose cette oeuvre pour le Jubilé de diamant de la reine Élizabeth 2. Téléchargez le fichier en très haute résolution ICI.

Pour se mettre dans l’ambiance du Jubilé, il n’y a pas mieux que le God Save the Queen, celui des Sex Pistols évidemment.

BLx

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Pour la suite des choses

Pour la suite des choses, on prendra acte.

BLx

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Le Parkour

L’art du déplacement

«La philosophie de cette discipline sportive, qui gagne en popularité, rappelle celle des arts martiaux que Vincent Thibault a pratiqués pendant dix ans. « N’importe quelle tradition un peu spirituelle enseigne que le secret dans la vie est de voir des opportunités dans les obstacles. Je ne connais aucune autre discipline qui montre un enseignement de la vie aussi tangible que le parkour. » Le Devoir, 1/06/12

Parkour pour débutant…

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London Casseroles March

Casseroles et carrés rouges, à Londres aussi

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NYC Casseroles Night

Le carré rouge et la casserole, deux accessoires très tendance à New York

NYC Casseroles Night sur Facebook organisé par Occupy Wall Street

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L’application iCassolator

Casserole virtuelle pour manifestations bien réelles

À l’ère numérique, l’indignation peut devenir un incroyable stimulateur de l’imagination. La preuve se nomme iCassolator, une application gratuite qui permet, dans le Québec actuellement en crise sociale, de taper de la casserole en pleine rue sans pour autant malmener la batterie de cuisine que l’on a héritée de sa grand-mère. Une idée importée de Barcelone et qui trouve, sans surprise, mais avec amusement, une deuxième vie ici depuis quelques jours.

Simple et drôlement efficace, iCassolator ne promet rien de moins que d’inscrire l’indignation en format 2.0. L’idée? Une fois lancée, l’application fait apparaitre sur l’écran de son téléphone intelligent un cul de casserole sur lequel il est possible de frapper avec une cuillère en bois tout aussi virtuelle, avec le doigt ou simplement en agitant l’appareil.

Il fallait y penser. L’application a été imaginée par la boite informatique Clapp the Hands de Barcelone il y a plus d’un an alors que le mouvement des indignés et la révolte de la jeunesse catalane prenaient forme. Et bien sûr, depuis la semaine dernière les téléchargements en provenance du Québec ont explosé.

Fabien Deglise

Source: Le Devoir 29/05/12

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Le conflit étudiant selon Wikipédia

Anarchopanda est persona partes in anni 2012 manifestationibus scholasticis Quebecensibus agens…

C’est la rançon médiatique de la gloire politicoludique. Anarchopanda, mascotte pacificatrice des grandes manifs étudiantes, a maintenant sa page sur l’encyclopédie libre en ligne Wikipédia.

Mieux : le texte existe en français, en anglais, en gallois, en portugais et en bon vieux latin : « Anarchopanda est persona partes in anni 2012 manifestationibus scholasticis Quebecensibus agens… ». Normal : un professeur de philosophie, passionné par l’antiquité, anime la peluche consolatrice.

Le réseau des articles de la Wiki plus ou moins liés au conflit s’enrichit de jour en jour. Sous « Cacerolazo » vient d’être ajoutée une explication sur les manifestations chaudronnées qui agitent le Québec depuis quelques jours.

Le plus imposant du lot encyclopédique, et de loin, s’intitule « Grève étudiante québécoise de 2012 ». Il présente le conflit, ses sources, son évolution comme les positions qui s’affrontent. L’article se déploie sur environ 75 000 mots.

Par comparaison, l’article sur la Crise d’octobre est dix fois moins long et celui sur la grande grève étudiante précédente, en 2005, environ huit fois moins volumineux. « Grève étudiante québécoise de 2012 » a été modifié plus de 1500 fois par des dizaines de bénévoles depuis sa première mise en ligne le 26 janvier 2012 à 18 h 18. La taille du document a depuis été multipliée par vingt-cinq. On y retrouve déjà environ 270 références.

Un avertissement placé en tête rappelle que le document « concerne un événement en cours » et que « ces informations peuvent manquer de recul et changer à mesure que l’événement progresse », y compris le titre. L’article présente différentes opinions au sujet du conflit, celles du gouvernement, des « verts » (contre la grève) ou des établissements d’enseignement par exemple.

La sous-section retraçant l’historique des tensions est jugée trop longue par l’encyclopédie elle-même. D’autres parties paraissent au contraire trop succinctes et peu équilibrées, dont le court paragraphe concernant les « personnalités publiques » liées au conflit. Les opinions des commentateurs vedettes (dont Richard Martineau, Stéphane Gendron et André Pratte) sont les seules alors vite esquissées.

Par ailleurs, Gabriel Nadeau-Dubois, coporte-parole de sa coalition d’associations étudiantes (la CLASSE), demeure le seul des quatre leaders étudiants à avoir son article wikipédiste. M. Nadeau-Dubois a aussi eu droit ce week-end à un article élogieux dans The Guardian, un des quotidiens les plus respectés du monde. On y apprenait qu’il reçoit plusieurs menaces de mort par semaine, ne prend plus le métro et se fait maintenant accompagner de gardes du corps.

Son compte personnel (@GNadeauDubois) totalisera bientôt près de 20 000 abonnés. C’est à peu près autant que Gilbert Rozon, le patron du Festival Juste pour rire et quatre fois plus de fidèles que l’animateur Paul Houde du 98,5 FM. Léo Bureau-Blouin, leader de la Fédération étudiante collégiale du Québec attire quelque 9200 abonnés. Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec en compte près de 7000. Anarchopanda, lui, attire plus de 3660 comptes. Il en suit neuf, dont celui de la police.

Stéphane Baillargeon

Source: Le Devoir, 29/05/12

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Bon résumé sur le conflit étudiant

Un éloquent plaidoyer, livré à vif sur fond de brutalité policière. On lira aussi avec profit les précisions écrites que ce citoyen en colère apporte à son témoignage:

«Considérant qu’un emprunt de 28 000 $ remboursé pendant 10 ans aura coûté 42 563 $ à l’étudiant, les banques privées à charte fédérale encaissent un profit de 14 563 $. Le Régime de remboursement proportionnel aux revenus permettra, certes, aux étudiants de payer moins chaque mois, mais on sait que plus il prendra de temps plus les intérêts sur sa dette étudiante s’accumuleront.»

BLx

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Les nouvelles règles de la télévision… et du cinéma

Réponse à H. Dumas sur les nouvelles règles de la télévision… et du cinéma

Dans un article paru ce matin dans La Presse, Hugo Dumas se réfère à un dossier du GQ (“Stop Flipping! The New Rules of TV”) sur les “nouvelles règles de la télévision”.

L’argument de Dumas est intéressant parce qu’il aborde la question de la consommation du contenu télévisuel à l’heure de Netflix et des chaînes spécialisées. Pourquoi continuer de zapper entre les chaînes passivement et attendre que le contenu vienne à nous en amont alors que nous pouvons plus facilement sélectionner ce contenu activement en aval? Ce n’est pas une question nouvelle, certes, mais il est toujours bon de la rappeler.

S’appuyant sur GQ, Dumas nous propose de délaisser la désinvolture du zapping et de se magner plus directement vers un meilleur contenu, ce qui me paraît logique et sain dans l’ensemble. Ensuite, en bon critique, il offre sa sélection personnelle et donc forcément contestable de ce qu’il considère comme un bon contenu – et c’est son rôle de critique que de nous suggérer ce qu’il croit être le contenu le plus pertinent en ce moment. À ce point, on pourrait débattre passionnément avec lui de nos goûts (“Boardwalk Empire”, de mon point de vue, représente ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle malgré ce qu’en disent Dumas et GQ, mais je n’aurai jamais l’occasion de comparer avec eux parce que je ne regarderai jamais toutes les émissions qu’ils proposent, faute de temps).

On pourrait aussi comparer GQ et Dumas pour relever certaines omissions ou différences de goûts entre les parties (GQ parle de 18 règles, Dumas en a vues 17; une des règles de GQ est “British TV is not Always better than American”, Dumas souligne que “la télévision britannique est souvent synonyme de grande qualité”; GQ ne mentionne pas de retourner aux classiques et leur règle 16 est d’arrêter de parler de “The Wire”, Dumas demande de revenir aux classiques et suggère entre autres de revoir “The Wire”), mais encore une fois, Dumas n’est pas là pour plagier GQ et il ne fait que proposer honnêtement sa version des règles.

Ce sur quoi je veux réagir, c’est plutôt cette affirmation de Dumas, que je n’ai pas vue dans GQ, et qui semble lui appartenir de plein gré:

La télé est devenue meilleure que le cinéma. Feuilletez l’horaire dans votre journal préféré. Pour combien de films seriez-vous prêts à payer une quinzaine de dollars? Deux, trois ou quatre, peut-être? Parfait. Maintenant, combien de séries télé aimeriez-vous avoir le temps de suivre? True BloodGame of ThronesCalifornicationDexterShamelessThe Big CGirlsBored to Death,Homeland, la liste pourrait garnir une page complète.

Il me semble assez facile de contester Dumas sur son propre terrain puisque sa comparaison est injuste et ne tient pas la route. Pour être “fair play” dans un match hypothétique entre contenu télévisuel et cinématographique (match ridicule soit dit en passant, comme si on allait dire que la peinture de la Renaissance était meilleure que la sculpture à la même époque), il faudrait comparer une grille horaire télévisuelle TRADITIONNELLE telle qu’elle apparaît dans le guide horaire du journal La Presse, avec l’horaire de cinéma auquel il fait référence, qui est très “old school” et non représentatif de la manière avec laquelle on consomme majoritairement les films aujourd’hui, c’est-à-dire ailleurs qu’en salle, que ce soit à la télévision, sur DVD ou via une plateforme internet.

Il faudrait donc revenir au “zapping” soi-disant passif (qui, à l’époque de son invention, était considéré comme une révolution vers un spectateur plus “actif” et sélectif qu’auparavant) pour chercher entre nos 600 chaînes EN CE MOMENT ce que l’on jugerait “meilleur” (selon des critères de goûts subjectifs, et j’ai déjà souligné que je n’ai visiblement pas les même que Dumas ni GQ). Personnellement, je sais que je choisirai entre un match sportif en direct (situation de zapping traditionnel que GQ défend dans ses “nouvelles règles”, mais que Dumas n’aborde pas), les nouvelles ou, vu mon intérêt personnel pour le cinéma, un film, mais sans doute aucune des émissions que mentionne Dumas ou GQ parce que comme eux, je les regarde en DVD, en streaming, sur Netflix, tout sauf à la télévision traditionnelle. Dans ce dernier cas où je regarde un film tranquille chez moi à la télé (j’ai au moins quatre chaînes qui ne diffusent que des films et je n’en veux aucune qui diffuse des séries télés), est-ce à dire que j’ai choisi la télévision ou le cinéma, et qu’est-ce qui devient meilleur ou pire?

Finalement, la question du prix est erronée. Si je vais voir un film en salle au plein prix, je peux payer jusqu’à 15$ (souvent, j’arrive à payer moins), mais j’ai une expérience que la télévision ne peut pas m’offrir (salle, grand écran, son). De plus, il est maintenant possible de voir des concerts en direct, des matchs de lutte et de jouer sur une console vidéo dans une salle de cinéma (et ça coûte souvent plus que 15$), alors qu’avant tout cela était réservé à l’écran de télévision. Mon abonnement à la télévision numérique me coûte plus de 50$/mois (et je n’ai pas le HD), et nous le conservons pour nos enfants plus que pour nous. Si je décide de voir un film en DVD, il me coûte le prix d’une location. Une série télé vient souvent en plusieurs DVD, et une saison peut me coûter trois ou quatre locations différentes. Et si je choisis de regarder mon contenu en streaming, la bande passante de la série télé sera plus élevée que celle d’un film, donc plus coûteuse. Il faut vraiment que la série m’intéresse pour que je choisisse de payer pour la voir, alors que je suis plus prompt à prendre ce risque pour un film parce qu’il est moins coûteux. C’est un choix très personnel, je sais que Dumas et GQ ne feraient pas comme moi, mais c’est comme ça et je ne suis pas le seul à penser ainsi.

Pour être juste, il faudrait donc s’en remettre aux nouveaux canaux de diffusion de contenus audiovisuels pour remarquer que ceux-ci ne se limitent pas aux séries télés, comme le laisse sous-entendre Dumas. Ils impliquent au contraire beaucoup de diversités (télés réalités, vidéos amateurs, nouvelles, clips, etc.), dont énormément de contenu cinématographique. En effet, un spectateur abonné à Netflix peut choisir aussi bien un film qu’une série télé, et aussi bien un film actuel qu’un classique du cinéma (veut-on vraiment faire une balance de poids pour voir s’il y a plus de classiques inestimables en cinéma qu’en télévision et pour voir ce qui est “meilleur” entre les deux?), des contenus hybrides (une websérie et un webfilm, ça rentre dans quelle case?), voire éventuellement des contenus que nous ne pouvons imaginer aujourd’hui.

Est-ce à dire que le cinéma actuel est moins bon que la télé actuelle? Lorsque la sélection de Cannes sortira sur nos écrans puis sur DVD, Netflix, iTunes, SuperÉcran et autres, et que Dumas préférera se retaper CSI: MIAMI chez lui en rafales, il pourra nous en reparler.

Guillaume Campeau

Source: Le blogue de Gui CD

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René, Pierre, Michel, Gaston et Gabriel

À force de chercher le sens de ce qui arrive, habités par le sentiment d’être dépassés par l’ampleur de ce qui a surgi, on peut trouver utile de convoquer la devise du Québec Je me souviens. Mais qu’est-ce qu’une devise, sinon un signe par lequel on se connaît et par lequel on se fait reconnaître? Or depuis les 100 derniers jours, nous avons été amenés à nous souvenir de ce que nous avions oublié, à savoir que notre histoire en est une de lutte et de résistance, oscillant entre le «radicalisme» et la «résignation». Les vidéos qui suivent tendent à montrer que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Dans cette première vidéo, on peut voir René Lévesque répondre de façon un peu embarrassée à des questions concernant Pierre Bourgault, identifié alors à la faction la plus «radicale» du mouvement indépendantiste. Les positions de Lévesque ne seront pas toujours aussi modérées car il en viendra plus tard à exclure Bourgault du Parti québécois, mais dans cette vidéo il exprime tout de même sa crainte et son impatience devant le risque que «l’effervescence et la violence du climat actuel» ne nuisent au mouvement et que dans les médias on associe le Parti québécois à la «vitre cassée».

Mais dans cette deuxième vidéo, Pierre Bourgault, s’adressant aux militants du Parti québécois, dit que lorsqu’on est porteur d’un projet qui dérange il faut assumer l’insécurité qu’il peut susciter car la liberté n’est pas quelque chose qu’on quémande mais qu’on doit prendre, ce qui ne manquera pas de perturber le cours habituel des choses. On remarquera à quel point Lévesque est excédé par ce qu’il entend. De plus, dans ce discours Bourgault évoque le nom de Michel Chartrand, une des figures les plus importantes de l’histoire du syndicalisme au Québec et bien connu pour sa verve, son audace et sa témérité qui le conduisirent en prison. L’évocation du nom de Chartrand vise à soulever la question suivante: la faction radicale d’un mouvement contribue-t-elle plus à l’avancement ou à l’échec d’une cause?

L’extrait suivant, tiré du film 24h ou plus (1973) de Gilles Groulx, nous aide à comprendre que ce qu’il peut y avoir d’«excès» dans le «radicalisme» ne découle pas toujours d’une posture non réfléchie, mais peut avoir le sens d’un mécanisme de défense ajusté à la mesure de l’excès à combattre. C’est probablement pour cette raison que Michel Chartrand lors d’un ralliement syndical à l’ordre du jour duquel figurent grèves et loi matraque, commence son discours par un rappel historique des excès qui ont mené les travailleurs à s’organiser pour défendre leurs droits.

À sa sortie de prison, après quatre mois de détention sous la loi des mesures de guerre décrétée lors des événements d’Octobre 70, Michel Chartrand explique le recours à cette loi spéciale par le fait d’hommes politiques «trop lâches pour faire face aux événements et aux nouvelles générations». Ce n’est pas un fait anodin que Chartrand retrouvant sa liberté cite Gaston Miron, comme le fera plus tard un certain Gabriel…

«Comme dit Miron le magnifique, « les hommes vont marcher de front »». Nous pressentons tous que quelque chose d’important commence et cela commence, comme dit Chartrand, en se mettant «en opposition carrée au pouvoir!»

Mais évidemment, tout ça c’est la faute à Gabriel!

BLx et Christiane Gauthier

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Mais qu’est-ce qui mijote?

Personnellement, je ne sors plus sans ma petite sauteuse Cuisinart double fond…

BLx

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John Rawls contre la conception entrepreneuriale de l’université

Pour Le Devoir de philo, Michel Seymour, professeur de philosophie à l’Université de Montréal, s’appuie sur la pensée du philosophe américain John Rawls, l’auteur de la célèbre Théorie de la justice, pour défendre la mission éducative de l’université  contre la volonté des gens d’affaires qui veulent la réduire à n’être qu’un instrument au service des entreprises.

Selon le philosophe américain John Rawls (1921-2002), la justice distributive requiert que les avantages soient attachés à des positions sociales auxquelles tous peuvent parvenir s’ils ont les talents requis. Chaque personne qui a un talent et qui veut le développer doit être en mesure de le faire.

C’est le principe de la juste égalité des chances (equality of fair opportunity). Il ne s’agit pas seulement d’assurer une égalité de droit, garantie par la loi, mais de parvenir à institutionnaliser une égalité de fait : le système scolaire doit effectivement permettre à un enfant issu d’une classe défavorisée d’accéder à une carrière adaptée à son talent.

Dans son maître livre Théorie de la justice, John Rawls écrit qu’« une juste égalité des chances […] signifie que le gouvernement […] essaie de procurer des chances égales d’éducation et de culture à ceux qui ont des dons et des motivations semblables, soit en subventionnant des écoles privées, soit en créant un système scolaire public ».

Il faut préciser que, selon Rawls, le système d’éducation incarne le principe d’égalité des chances. Non seulement affirme-t-il qu’une éducation universellement accessible peut avoir un effet favorable à l’égalité des chances, il va plus loin en soutenant qu’il ne peut y avoir d’égalité des chances sans une éducation universellement accessible.

D’ailleurs, remarquons que le principe d’accessibilité universelle est tellement partagé dans notre société que même ceux se disant favorables à la hausse des droits de scolarité tentent de montrer que celle-ci ne nuirait pas à son application.

La pointe de l’iceberg

Ce débat sur l’accessibilité n’est pourtant que la pointe de l’iceberg. Il en cache un autre, encore plus important, qui concerne la conception même de l’université, un débat qui dépasse la question de savoir si celle-ci doit être publique ou privée.

En réalité, comme l’indique Rawls cité plus haut, l’université peut incarner l’idéal de l’égalité des chances tout en étant une institution privée. Elle serait alors semblable à un organisme sans but lucratif financièrement appuyé en partie par l’État, par des mécènes et par un fonds de souscription.

Quelle est donc, dans une perspective rawlsienne, la bonne conception de l’université ? Si le système d’éducation incarne le principe de l’égalité des chances, l’université doit alors être considérée comme une institution servant la cause du bien commun.

Il s’agit, autrement dit, d’un bien mis au service de la collectivité dans son ensemble. Elle doit en ce sens ressembler à une institution publique et ne pas se modeler sur l’entreprise privée. Elle doit honorer sa vocation éducative offerte à tous.

On a donc, d’une part, une conception selon laquelle l’université constitue une institution ayant une vocation éducative, servant l’intérêt collectif et incarnant le principe de l’égalité des chances entendu au sens de Rawls ; et, d’autre part, une conception entrepreneuriale concevant l’éducation comme un produit de luxe réservé à ceux qui sont engagés, en tant que consommateurs de ce produit, dans la poursuite de leurs intérêts personnels de carrière.

Comme l’a bien plaidé le philosophe de l’éducation Denis Meuret en 1999, le rawlsien se méfiera du modèle selon lequel les individus s’endettent pour acheter des services éducatifs sur le marché, services qu’ils rembourseront grâce à leur rémunération future.

Un rouage de l’économie du savoir

Malheureusement, depuis qu’elle s’est muée en un rouage essentiel de ce qu’il est conve nu d’appeler « l’économie du savoir », l’université se trouve poussée à évoluer vers une conception entrepreneuriale. C’est un phénomène mondial qui donne lieu à des prises de conscience critiques de plus en plus nombreuses. Nous ne sommes pas les seuls, au Québec, à vivre ces tensions.

Soulignons, avant d’aller plus loin, qu’il ne faut pas confondre le principe de l’égalité des chances avec l’« égalitarisme » en matière de justice distributive. S’il souscrit à l’égalité des chances, Rawls rejette l’égalitarisme en ces matières au profit du principe de différence (difference principle). Celui-ci autorise par exemple les différences de position sociale et de rémunération, pourvu qu’elles servent à améliorer le sort des plus démunis.

La pensée de Rawls peut alimenter nos réflexions critiques à l’égard des modèles de l’université mis en avant par le gouvernement Charest. Mais peut-on confirmer l’hypothèse selon laquelle les universités québécoises ressemblent de plus en plus à des entreprises privées ? Selon moi, cette orientation est malheureusement bel et bien réelle.

1. Les universités sont de plus en plus souvent gérées par des personnes n’ayant pas fait une carrière de chercheur. À l’Université de Montréal, par exemple, cinq des six membres du comité exécutif sont des gestionnaires qui n’ont pas touché à la recherche.

2. Les salaires des dirigeants universitaires québécois ressemblent de plus en plus à ceux des dirigeants d’entreprise. À l’Université Concordia, on est même allé jusqu’à accorder des primes de départ qui frisaient l’indécence.

3. On entend souvent dire de la part de certains recteurs que les membres du corps enseignant ne sont que des « employés ». Sous prétexte de refuser la cogestion, on est prêt à aller totalement à l’encontre du principe de collégialité. Et pourtant, puisque les professeurs-chercheurs, les chargés de cours et les étudiants constituent la véritable force créative de l’université, cela commanderait une gestion collégiale.

Pour donner un exemple qui ne correspond pas nécessairement à mes préférences en matière musicale, c’est René Angélil qui dirige la carrière de Céline Dion. Mais Céline n’est pas l’employée de René Angélil ! Ce dernier n’a d’autre choix que de faire une gestion collégiale.

Malheureusement, comme l’indiquait le projet de loi 38 du gouvernement libéral sur la gouvernance des universités (déposé en 2009, mais toujours au feuilleton, maintenant sous le numéro 44), on envisageait de concentrer les pouvoirs dans les conseils d’administration universitaires et de faire en sorte que les deux tiers de leurs membres proviennent de l’extérieur de l’université.

4. Les effectifs étudiants apparaissent de plus en plus comme une « clientèle » à attirer. Les développements immobiliers effectués sur le territoire des universités « concurren tes », au cours des dix dernières années, visaient à s’arracher ladite « clientèle » étudiante, un peu comme le font les entreprises qui cherchent à se concurrencer pour occuper une plus grande part du marché. L’Université de Montréal s’est installée à Laval, l’Université de Sherbrooke a construit un campus à Longueuil, tandis que l’Université du Québec à Trois-Rivières souhaite s’implanter à Drummondville.

Près de la moitié de la « clientèle » (temps plein) de l’Université du Québec à Rimouski étudie au campus de Lévis, tandis que près du quart des étudiants de l’Université du Québec en Outaouais se trouvent à Saint-Jérôme, indiquent les plus récentes données de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ).

En outre, les universités dépensent des millions en publicité pour se mettre en valeur auprès de la « clientèle » étudiante.

5. Le principe de la péréquation interfacultaire, qui permet de faire fonctionner des unités non rentables avec les revenus des unités plus rentables, est de plus en plus souvent remis en question. Il a été mis en cause à l’Université de Sherbrooke autour des années 2000. On a aussi voulu le remettre en question en 2007-2008 à l’Université de Montréal.

En vertu de la nouvelle politique que l’UdeM cherchait à implanter, chaque unité devait viser l’équilibre budgétaire sur une période de cinq ans et celles qui n’y parviendraient pas allaient devoir démontrer comment elles feraient pour y parvenir.

6. L’ouverture d’un poste à l’Université de Montréal doit être accompagnée d’un « plan d’affaires » (cela ne s’invente pas !) qui montre la rentabilité de cette stratégie d’embauche.

7. Aux yeux du recteur de l’Université de Montréal, l’université sert à produire des diplômés qui pourront, grâce à leur diplôme, décrocher des postes dans une entreprise. Il peut s’agir d’une entreprise privée ou d’une entreprise publique, mais la raison d’être de l’université est d’abord et avant tout de produire des travailleurs pour les entreprises.

Cette idée est l’expression même d’une université fonctionnellement engagée exclusivement dans l’économie du savoir. C’est dans cet esprit que les universités se sont associées au Plan Nord.

8. Sur quinze pavillons portant le nom d’une personne à l’UdeM, sept ont reçu celui d’un donateur issu du milieu des affaires plutôt que d’un scientifique célèbre. Les doctorats honoris causa sont de plus en plus souvent décernés à ceux qui ont réussi dans une entreprise.

Ainsi, à l’Université de Montréal, on a décerné des doctorats honoris causa aux deux fils Desmarais, puis au beau-père de l’un d’entre eux, le très honorable Jean Chrétien, ainsi qu’à Mme Desmarais, épouse de Paul Desmarais. Mais on repousse du même coup la suggestion de décerner un doctorat honoris causa à une personne comme Luc Brisson, chercheur québécois qui oeuvre depuis des dizaines d’années au CNRS et qui est l’un des plus grands experts mondiaux de l’oeuvre de Platon.

9. La recherche libre constitue une part sans cesse décroissante au sein des organismes subventionnaires. Des chaires industrielles sont créées. Les chercheurs doivent rester discrets dans leurs critiques s’ils ne veulent pas faire l’objet d’une poursuite-bâillon. Les chercheurs et les centres de recherche sont naturellement enclins à s’autocensurer par rapport aux organismes qui les financent car, comme chacun le sait,«on ne mord pas la main qui nous nourrit».

Ainsi en est-il du Munk Center, grand centre d’études internationales de l’Université de Toronto financé en grande partie par Peter Munk, président de Barrick Gold. Les chercheurs se bousculent-ils au portillon pour formuler quelque critique que ce soit à l’endroit de l’entreprise minière ?

10. On remarque de plus en plus la présence d’entreprises dans les conseils d’administration des universités. Ainsi, Power Corporation est présente dans l’administration de l’Université de Montréal. Hélène Desmarais est présidente du conseil d’administration de HEC et siège à celui du CHUM. Deux membres sur six au sein du comité exécutif de l’Université de Montréal siègent au conseil d’administration de Power Corporation.

C’est dans ce contexte que la hausse des droits de scolarité doit être comprise. L’éducation supérieure est souvent conçue comme un produit de luxe qui permet à la clientèle qui achète du savoir de se dénicher ensuite un poste dans une entreprise. Les étudiants doivent donc payer pour ce produit en raison des avantages personnels qu’ils pourront en retirer.

Comme on le voit, et cela est en partie dû à la contribution de Rawls, le débat qui est le nôtre va bien au-delà de l’accessibilité et du caractère privé ou public du système d’éducation universitaire. Il concerne la conception même de l’université.

La hausse vertigineuse des droits de scolarité préconisée par le gouvernement libéral actuel est étrangère à l’idée de l’université comprise comme un bien public contribuant à incarner le principe de l’égalité des chances; elle est plutôt le résultat d’une conception entrepreneuriale qu’il faut dénoncer non seulement le 22 de chaque mois, mais tous les jours de l’année.

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Nuits blanches à Montréal

Dans un très beau texte paru dans Le Monde, la romancière québécoise Perrine Leblanc explique aux Français ce qu’elle comprend de la crise actuelle. Voici un extrait:

«La voix des étudiants porte et nous sommes maintenant des centaines de milliers à être de tout coeur avec eux. La colère de cette génération est saine et plus éloquente que le discours terne que lui oppose le gouvernement dans sa novlangue libérale. La colère des étudiants m’a gagnée lorsque les affrontements violents entre les manifestants et les forces de l’ordre se sont intensifiés à un point tel que la brutalité policière m’a rappelé la violence qui détruit les pays et celle que je décris dans la fiction romanesque. On charge les manifestants, on les matraque, on les asperge de poivre de Cayenne ; on lance dans la foule des balles de caoutchouc et des bombes de gaz irritant.

Il y a des blessés, mais heureusement personne n’a été tué. Les étudiants qui marchent, manifestent pacifiquement et défient l’autorité du gouvernement et des policiers avec humour ont bouleversé l’image que je me faisais du Québec. Ils ont été brutalisés de manière révoltante dans un pays inaccoutumé à de tels débordements. C’est arrivé chez moi, chez nous ? Cette violence qui pour moi appartenait au domaine de la fiction est possible chez moi, dans ma cour, dans mon quartier ?

J’ai compris qu’il se passait quelque chose de plus important encore que l’affrontement entre deux générations, entre un gouvernement obstiné et des étudiants mobilisés. Le Québec a un devoir, celui d’évoluer dans le respect de la social-démocratie qu’il a construite. Il l’a oublié, ce devoir. La devise qu’on peut lire sur les plaques d’immatriculation québécoises dit le contraire : « Je me souviens. »» Lire tout l’article ICI.

Voir aussi: «Printemps érable»: Cent jours de grève étudiante au Québec, l’infographie préparée par Le Monde.

BLx

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Hey! On fait la une de «Libé»!

L’un des plus importants quotidiens français, le journal Libération, consacre la une de son édition de fin de semaine à la dénonciation de l’infâme loi 78, une loi qui fait insulte à la tradition démocratique du Québec et qui déshonore le Parti Libéral du Québec et son chef Jean Charest. Merci à Libération!

BLx

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Pour comprendre ce qui se passe

À MM. Pratte, Dubuc, Facal et à tous les autres qui ne comprennent pas

Normand Baillargeon

Bon nombre de commentateurs avouent avoir du mal à comprendre ce qui se passe actuellement au Québec ou démontrent carrément, par leurs commentaires et leurs analyses, qu’ils ne comprennent pas tout à fait. Très candidement Joseph Facal avouait ainsi hier, dans le Journal de Montréal: «Un des aspects les plus frappants de la crise actuelle est le profond décalage qu’elle révèle entre la mentalité de beaucoup de manifestants et la tournure d’esprit de gens comme moi. J’avoue très honnêtement que je ne l’avais pas vu venir.»

Je ne jette pas la pierre à ces gens et moi-même j’avoue sans gêne que je ne comprends pas très bien certains aspects de la crise qui secoue le Québec. Il faudra qu’elle se termine et que du temps passe avant que l’on puisse faire un bilan serein et synthétique des événements et de leur signification: la Chouette de Minerve, c’est bien connu, ne prend son envol que le soir venu, après le tumulte de la journée.

Mais ceci dit, et en tout respect, je pense comprendre au moins en partie pourquoi certains ne comprennent pas — et parmi ceux-là, je range non seulement des commentateurs, mais aussi une part du mouvement syndical et le Gouvernement. Quant à la population en général, souvent, sans connaître le détail de l’explication de la crise, elle en pressent souvent, me semble-t-il, l’essentiel.

La crise en cours est — entre autres choses, j’en suis conscient — l’ expression d’une critique radicale et pour cela inhabituelle  de nos institutions, de notre société, une critique radicale que nombre de gens ignorent peu ou prou mais qui s’est articulée depuis plusieurs années et qui débouche aujourd’hui sur des revendications inédites présentées selon des modalités elles aussi inédites.

 Que dit cette critique radicale?

Permettez-moi d’essayer d’aller rapidement — et j’espère, sans trop caricaturer — à ce qui me paraît être essentiel.

Voici donc. Une profonde mutation de civilisation est survenue à l’échelle planétaire vers 1970. Un de ses éléments centraux a été le démantèlement des fameux Accords de Bretton Woods, qui avaient été conclu au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale pour relancer et encadrer l’économie mondiale.

Ces accords favorisaient les échanges dans l’économie réelle, mais ils mettaient aussi un frein majeur aux flux de capitaux de l’économie virtuelle, jugés dangereux pour cette économie réelle faite de biens et de services. Les flux de capitaux étaient considérés, avec raison, comme concédant un pouvoir immense et injustifiable et qu’il fallait donc  refuser aux détenteurs de capitaux: ceux-ci, dès lors qu’ils pouvaient sanctionner positivement ou négativement des décisions politiques (en allant là où ils le désiraient) se seraient vu concéder ce que Keynes (il me semble que c’est lui, on me corrigera …) appelait un «sénat virtuel», et donc un pouvoir illégitime et dangereux pour le politique, voire démocraticide: si une loi, disons de travail, devait leur déplaire, les détenteurs de capitaux auraient pu voter contre elle en retirant leurs billes.

On voulait donc éviter tout cela et on y est relativement bien parvenu … jusqu’au début des années 70, et donc durant ce que l’Histoire appelle les Trente glorieuses. Les Trente glorieuses, car ce furent en effet des années de forte croissance économique, sans crises majeures et durant lesquelles furent poursuivies des politiques économiques et fiscales qui ont maintenu vivant un idéal égalitaire. Pour en donner un exemple frappant, il était fréquent, durant ces années, que des pays appliquent des taux d’imposition maximaux de 90 % environ — et les entreprises payaient leurs impôts. Pour en donner un autre exemple, l’économie durant ces années était, en gros, à 95% composée d’échanges réalisés dans l’économie réelle et à 5 % d’échanges dans l’économie virtuelle.

Vers 1970, c’est ce système qui a été démantelé. On libéralise notamment les flux de capitaux, ouvrant ainsi la voie, comme le  prédit aussitôt l’économiste James Tobin, à de nombreuses et graves  crises financières et économiques: pour y pallier, il propose une taxe sur les flux de capitaux, la fameuse taxe Tobin, qui ne sera pas adoptée mais que d’aucuns, comme le Groupe ATTAC, défendent encore.

Les changements qui s’ensuivent sont profonds et radicaux.

Les échanges économiques, pour commencer, changent profondément de nature: ils deviennent, en gros, désormais virtuels à 95%. Le redouté  sénat virtuel existe et il est très puissant. Les banques changent alors  profondément de nature: ce ne sont plus des institutions prêteuses comme celles que nos grands-parents ont connu, mais des acteurs majeurs dans des jeux spéculatifs à haut risque, capable de perturber et même de saccager  l’économie réelle. La concentration de la richesse dans le secteur financier qui en découle est proprement phénoménale. Nuisible à l’économie réelle, elle enrichit hors de tout bon sens des gens qui se livrent, au sens strict et fort du terme, à des activités antisociales et qui brisent d’innombrables vies. Et pendant ce temps, les salaires et revenus des gens ordinaires, des salariés,  stagnent depuis des décennies. La suite: Voir/Blogues/Normand Baillargeon, 24/05/12

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