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La domination de l’anglais: une menace pour le patrimoine de l’humanité?

Claude Hagège: « Imposer sa langue, c’est imposer sa pensée »

Faut-il s’inquiéter de la domination de la langue anglaise? Les langues nationales vont-elles disparaître? Sans chauvinisme ni ringardise, le linguiste Claude Hagège dresse un constat lucide de la situation. Rencontre.

La Semaine de la langue française, qui vient de s’achever, n’aura pas suffi à mettre du baume au coeur de Claude Hagège. Car le constat du grand linguiste est sans appel : jamais, dans l’histoire de l’humanité, une langue n’a été « comparable en extension dans le monde à ce qu’est aujourd’hui l’anglais ». Oh ! il sait bien ce que l’on va dire. Que la défense du français est un combat ranci, franchouillard, passéiste. Une lubie de vieux ronchon réfractaire à la modernité. Il n’en a cure. Car, à ses yeux, cette domination constitue une menace pour le patrimoine de l’humanité. Et fait peser sur elle un risque plus grave encore : voir cette « langue unique » déboucher sur une « pensée unique » obsédée par l’argent et le consumérisme. Que l’on se rassure, cependant : si Hagège est inquiet, il n’est pas défaitiste. La preuve, avec cet entretien où chacun en prend pour son grade…

Comment décide-t-on, comme vous, de consacrer sa vie aux langues?

Je l’ignore. Je suis né et j’ai grandi à Tunis, une ville polyglotte. Mais je ne crois pas que ce soit là une explication suffisante : mes frères, eux, n’ont pas du tout emprunté cette voie.

Enfant, quelles langues avez-vous apprises?

A la maison, nous utilisions le français. Mais mes parents m’ont fait suivre une partie de ma scolarité en arabe – ce qui montre leur ouverture d’esprit, car l’arabe était alors considéré comme une langue de colonisés. J’ai également appris l’hébreu sous ses deux formes, biblique et israélienne. Et je connaissais l’italien, qu’employaient notamment plusieurs de mes maîtres de musique.

Combien de langues parlez-vous?

S’il s’agit de dénombrer les idiomes dont je connais les règles, je puis en mentionner plusieurs centaines, comme la plupart de mes confrères linguistes. S’il s’agit de recenser ceux dans lesquels je sais m’exprimer aisément, la réponse sera plus proche de 10.

Beaucoup de Français pensent que la langue française compte parmi les plus difficiles, et, pour cette raison, qu’elle serait « supérieure » aux autres. Est-ce vraiment le cas?

Pas du tout. En premier lieu, il n’existe pas de langue « supérieure ». Le français ne s’est pas imposé au détriment du breton ou du gascon en raison de ses supposées qualités linguistiques, mais parce qu’il s’agissait de la langue du roi, puis de celle de la République. C’est toujours comme cela, d’ailleurs : un parler ne se développe jamais en raison de la richesse de son vocabulaire ou de la complexité de sa grammaire, mais parce que l’Etat qui l’utilise est puissant militairement – ce fut, entre autres choses, la colonisation – ou économiquement – c’est la « mondialisation ». En second lieu, le français est un idiome moins difficile que le russe, l’arabe, le géorgien, le peul ou, surtout, l’anglais.

L’anglais ? Mais tout le monde, ou presque, l’utilise!

Beaucoup parlent un anglais d’aéroport, ce qui est très différent ! Mais l’anglais des autochtones reste un idiome redoutable. Son orthographe, notamment, est terriblement ardue : songez que ce qui s’écrit « ou » se prononce, par exemple, de cinq manières différentes dans through, rough, bough, four et tour ! De plus, il s’agit d’une langue imprécise, qui rend d’autant moins acceptable sa prétention à l’universalité.

Imprécise?

Parfaitement. Prenez la sécurité aérienne. Le 29 décembre 1972, un avion s’est écrasé en Floride. La tour de contrôle avait ordonné : « Turn left, right now« , c’est-à-dire « Tournez à gauche, immédiatement ! » Mais le pilote avait traduit « right now » par « à droite maintenant », ce qui a provoqué la catastrophe. Voyez la diplomatie, avec la version anglaise de la fameuse résolution 242 de l’ONU de 1967, qui recommande le « withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict« . Les pays arabes estiment qu’Israël doit se retirer « des » territoires occupés – sous-entendu : de tous. Tandis qu’Israël considère qu’il lui suffit de se retirer « de » territoires occupés, c’est-à-dire d’une partie d’entre eux seulement.

Est-ce une raison pour partir si violemment en guerre contre l’anglais ?

Je ne pars pas en guerre contre l’anglais. Je pars en guerre contre ceux qui prétendent faire de l’anglais une langue universelle, car cette domination risque d’entraîner la disparition d’autres idiomes. Je combattrais avec autant d’ énergie le japonais, le chinois ou encore le français s’ils avaient la même ambition. Il se trouve que c’est aujourd’hui l’anglais qui menace les autres, puisque jamais, dans l’Histoire, une langue n’a été en usage dans une telle proportion sur les cinq continents.

En quoi est-ce gênant ? La rencontre des cultures n’est-elle pas toujours enrichissante ?

La rencontre des cultures, oui. Le problème est que la plupart des gens qui affirment « Il faut apprendre des langues étrangères » n’en apprennent qu’une : l’anglais. Ce qui fait peser une menace pour l’humanité tout entière.

A ce point ?

Seuls les gens mal informés pensent qu’une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. En hindi, par exemple, on utilise le même mot pour « hier » et « demain ». Cela nous étonne, mais cette population distingue entre ce qui est – aujourd’hui – et ce qui n’est pas : hier et demain, selon cette conception, appartiennent à la même catégorie. Tout idiome qui disparaît représente une perte inestimable, au même titre qu’un monument ou une oeuvre d’art.

Avec 27 pays dans l’Union européenne, n’est-il pas bien utile d’avoir l’anglais pour converser ? Nous dépensons des fortunes en traduction!

Cette idée est stupide ! La richesse de l’Europe réside précisément dans sa diversité. Comme le dit l’écrivain Umberto Eco, « la langue de l’Europe, c’est la traduction ». Car la traduction – qui coûte moins cher qu’on ne le prétend – met en relief les différences entre les cultures, les exalte, permet de comprendre la richesse de l’autre.

Mais une langue commune est bien pratique quand on voyage. Et cela ne conduit en rien à éliminer les autres!

Détrompez-vous. Toute l’Histoire le montre : les idiomes des Etats dominants conduisent souvent à la disparition de ceux des Etats dominés. Le grec a englouti le phrygien. Le latin a tué l’ibère et le gaulois. A l’heure actuelle, 25 langues disparaissent chaque année ! Comprenez bien une chose : je ne me bats pas contre l’anglais ; je me bats pour la diversité. Un proverbe arménien résume merveilleusement ma pensée : « Autant tu connais de langues, autant de fois tu es un homme. »

Vous allez plus loin, en affirmant qu’une langue unique aboutirait à une « pensée unique »…

Ce point est fondamental. Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d’un individu. Certains croient qu’on peut promouvoir une pensée française en anglais : ils ont tort. Imposer sa langue, c’est aussi imposer sa manière de penser. Comme l’explique le grand mathématicien Laurent Lafforgue : ce n’est pas parce que l’école de mathématiques française est influente qu’elle peut encore publier en français ; c’est parce qu’elle publie en français qu’elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents.

Vous estimez aussi que l’anglais est porteur d’une certaine idéologie néolibérale…

Oui. Et celle-ci menace de détruire nos cultures dans la mesure où elle est axée essentiellement sur le profit.

Je ne vous suis pas…

Prenez le débat sur l’exception culturelle. Les Américains ont voulu imposer l’idée selon laquelle un livre ou un film devaient être considérés comme n’importe quel objet commercial. Car eux ont compris qu’à côté de l’armée, de la diplomatie et du commerce il existe aussi une guerre culturelle. Un combat qu’ils entendent gagner à la fois pour des raisons nobles – les Etats-Unis ont toujours estimé que leurs valeurs sont universelles – et moins nobles : le formatage des esprits est le meilleur moyen d’écouler les produits américains. Songez que le cinéma représente leur poste d’exportation le plus important, bien avant les armes, l’aéronautique ou l’informatique ! D’où leur volonté d’imposer l’anglais comme langue mondiale. Même si l’on note depuis deux décennies un certain recul de leur influence.

Pour quelles raisons?

D’abord, parce que les Américains ont connu une série d’échecs, en Irak et en Afghanistan, qui leur a fait prendre conscience que certaines guerres se perdaient aussi faute de compréhension des autres cultures. Ensuite, parce qu’Internet favorise la diversité : dans les dix dernières années, les langues qui ont connu la croissance la plus rapide sur la Toile sont l’arabe, le chinois, le portugais, l’espagnol et le français. Enfin, parce que les peuples se montrent attachés à leurs idiomes maternels et se révoltent peu à peu contre cette politique.

Pas en France, à vous lire… Vous vous en prenez même de manière violente aux « élites vassalisées » qui mèneraient un travail de sape contre le français.

Je maintiens. C’est d’ailleurs un invariant de l’Histoire. Le gaulois a disparu parce que les élites gauloises se sont empressées d’envoyer leurs enfants à l’école romaine. Tout comme les élites provinciales, plus tard, ont appris à leur progéniture le français au détriment des langues régionales. Les classes dominantes sont souvent les premières à adopter le parler de l’envahisseur. Elles font de même aujourd’hui avec l’anglais.

Comment l’expliquez-vous?

En adoptant la langue de l’ennemi, elles espèrent en tirer parti sur le plan matériel, ou s’assimiler à lui pour bénéficier symboliquement de son prestige. La situation devient grave quand certains se convainquent de l’infériorité de leur propre culture. Or nous en sommes là. Dans certains milieux sensibles à la mode – la publicité, notamment, mais aussi, pardonnez-moi de vous le dire, le journalisme – on recourt aux anglicismes sans aucune raison. Pourquoi dire « planning » au lieu d' »emploi du temps » ? « Coach » au lieu d' »entraîneur » ? « Lifestyle » au lieu de « mode de vie » ? « Challenge » au lieu de « défi » ?

Pour se distinguer du peuple?

Sans doute. Mais ceux qui s’adonnent à ces petits jeux se donnent l’illusion d’être modernes, alors qu’ils ne sont qu’américanisés. Et l’on en arrive à ce paradoxe : ce sont souvent les immigrés qui se disent les plus fiers de la culture française ! Il est vrai qu’eux se sont battus pour l’acquérir : ils en mesurent apparemment mieux la valeur que ceux qui se sont contentés d’en hériter.

Mais que dites-vous aux parents qui pensent bien faire en envoyant leurs enfants suivre un séjour linguistique en Angleterre ou aux Etats-Unis?

Je leur réponds : « Pourquoi pas la Russie ou l’Allemagne ? Ce sont des marchés porteurs et beaucoup moins concurrentiels, où vos enfants trouveront plus facilement de l’emploi. »

Ne craignez-vous pas d’être taxé de ringardise, voire de pétainisme?

Mais en quoi est-il ringard d’employer les mots de sa propre langue ? Et en quoi le fait de défendre la diversité devrait-il être assimilé à une idéologie fascisante ? Le français est à la base même de notre Révolution et de notre République !

Pourquoi les Québécois défendent-ils le français avec plus d’acharnement que nous-mêmes?

Parce qu’ils sont davantage conscients de la menace : ils forment un îlot de 6 millions de francophones au milieu d’un océan de 260 millions d’anglophones ! D’où leur activité néologique extraordinaire. Ce sont eux qui, par exemple, ont inventé le terme « courriel », que j’invite les lecteurs de L’Express à adopter !

La victoire de l’anglais est-elle irréversible?

Pas du tout. Des mesures positives ont d’ailleurs déjà été prises : les quotas de musique française sur les radios et les télévisions, les aides au cinéma français, etc. Hélas, l’Etat ne joue pas toujours son rôle. Il complique l’accès au marché du travail des diplômés étrangers formés chez nous, il soutient insuffisamment la francophonie, il ferme des Alliances françaises… Les Chinois, eux, ont ouvert 1 100 instituts Confucius à travers le monde. Il y en a même un à Arras !

Si une seule mesure était à prendre, quelle serait-elle?

Tout commence à l’école primaire, où il faut enseigner non pas une, mais deux langues vivantes. Car, si on n’en propose qu’une, tout le monde se ruera sur l’anglais et nous aggraverons le problème. En offrir deux, c’est s’ouvrir à la diversité.

Nicolas Sarkozy est coutumier des fautes de syntaxe : « On se demande c’est à quoi ça leur a servi… » ou encore « J’écoute, mais je tiens pas compte ». Est-ce grave, de la part d’un chef d’Etat?

Peut-être moins qu’on ne le croit. Regardez : il a relancé les ventes de La Princesse de Clèves depuis qu’il a critiqué ce livre de Mme de La Fayette ! Mais il est certain que de Gaulle et Mitterrand étaient plus cultivés et avaient un plus grand respect pour la langue.

Le français pourrait-il être le porte-étendard de la diversité culturelle dans le monde?

J’en suis persuadé, car il dispose de tous les atouts d’une grande langue internationale. Par sa diffusion sur les cinq continents, par le prestige de sa culture, par son statut de langue officielle à l’ONU, à la Commission européenne ou aux Jeux olympiques. Et aussi par la voix singulière de la France. Songez qu’après le discours de M. de Villepin à l’ONU, s’opposant à la guerre en Irak, on a assisté à un afflux d’inscriptions dans les Alliances françaises.

N’est-il pas contradictoire de vouloir promouvoir le français à l’international et de laisser mourir les langues régionales?

Vous avez raison. On ne peut pas défendre la diversité dans le monde et l’uniformité en France ! Depuis peu, notre pays a commencé d’accorder aux langues régionales la reconnaissance qu’elles méritent. Mais il aura fallu attendre qu’elles soient moribondes et ne représentent plus aucun danger pour l’unité nationale.

Il est donc bien tard…

Il est bien tard, mais il n’est pas trop tard. Il faut augmenter les moyens qui sont consacrés à ces langues, les sauver, avant que l’on ne s’aperçoive que nous avons laissé sombrer l’une des grandes richesses culturelles de la France.

Source: L’Express, 28/03/2012

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L’anglicisation de Montréal

Une entrevue avec Jean-François Lisée

Source: Le blogue de Jean-François Lisée

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Mort Ta Langue

Un petit documentaire sur l’avenir du français au Québec, réalisé par deux étudiants de Grasset, Roger Bisson et Diego Moncada Lacerte.

Source: Le blogue de Jean-François Lisée

BLx

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Un front uni pour battre les Libéraux

Pour signer l’Appel au front uni

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Contre la loi 78

Déclaration issue du récent congrès de la FNEEQ et s’opposant à la loi 12 (projet de loi 78).

 Les personnes qui sont intéressées à ajouter leur nom à cette déclaration peuvent le faire en envoyant un message courriel à francis.lagace@csn.qc.ca. La date limite fixée pour recueillir les noms est ce vendredi, 15 juin.

Nous artistes, intellectuels et syndicalistes, nous levons pour dénoncer la loi 78 qui attaque les droits et libertés fondamentaux garantis par les Chartes canadienne et québécoise.

Nous constatons notamment que la liberté d’expression est bafouée par les limites intolérables imposées aux manifestations dans le temps, le nombre et l’espace; que la liberté de conscience est violée par la création du délit d’opinion; que la liberté d’association est menacée par des mesures sans précédent contre le droit de s’organiser.
L’article 30 de cette loi, en stipulant que « quiconque aide ou amène une autre personne à commettre une infraction visée par la présente loi commet lui-même cette infraction», ouvre la porte à toutes sortes d’interprétations, jusqu’aux plus farfelues, qui en viennent, au final, à laisser l’application de ladite loi au jugement arbitraire des policiers ou des directions d’établissements d’enseignement.

Un enseignant qui propose la lecture des Misérables de Victor Hugo, où l’on voit le peuple se soulever contre un gouvernement injuste, et suscite ce faisant l’exaltation d’un de ses élèves qui, contaminé par Gavroche, décide de descendre dans la rue, devient-il un contrevenant en vertu de la loi 78 ? Quelqu’un qui offre de l’eau aux gens qui brandissent des pancartes par grande chaleur est-il hors-la-loi ? Le professeur qui décide de ne pas punir l’élève gréviste à qui l’on enseigne l’implication citoyenne depuis son entrée à la maternelle, est-il coupable d’une infraction ? Qui déterminera à partir de quel moment l’acte de liberté d’expression devient prohibé ?

Non seulement cet article de loi est-il remarquable par l’absurde impossibilité d’une rigoureuse mise en application sans faire appel au jugement personnel — et donc subjectif — du détenteur de l’autorité, mais aussi ouvre-t-il la porte à la dangereuse logique de la dénonciation, selon laquelle celui qui, effrayé par les menaces d’amendes et se sentant menacé par tel voisin ou collègue exerçant simplement sa liberté d’expression, portera plainte à la police.

Nous ne pouvons donc que condamner cette loi qui, en plus de brimer certains des droits humains fondamentaux, ouvre la porte à la délation politique, ce à quoi les citoyens libres d’un pays démocratique se doivent de s’opposer de toutes leurs forces.

Parce que la parole citoyenne nous est chère et parce que nous voulons continuer de la chérir. Parce que nous sommes mus par l’espoir d’une démocratie citoyenne, ouverte, perméable à la divergence d’opinion, à la différence et à la marginalité qui en font la richesse.
Nous croyons fermement que la loi 78, en l’occurrence en son article 16, est une grave entrave à la liberté d’expression citoyenne, brimant les droits de gens de toutes les allégeances, de tous les âges, de toutes les provenances. Parce que refuser à la parole d’être spontanée, c’est d’abord refuser la parole.

Nous, artistes et écrivains, croyons que l’expression des idées, des émotions, des points de vue, ne tolère aucune censure, aucun étouffement. Nous savons qu’empêcher la prise de parole, pendant huit heures comme pendant mille heures, en un lieu ou un autre, ou l’assujettir à la force physique, à l’intimidation et à la peur, sont des actes liberticides. Nous dénonçons la loi 78, éteignoir de consciences érigé en système juridique, bâillon légal destiné à étouffer la voix de la
contestation et de la colère dans la gorge citoyenne. Nous refusons d’admettre, de cautionner le recours à des pratiques légales détournant les principes fondateurs de notre démocratie, comme la liberté d’expression. Nous savons que taire est totalitaire. Nous prenons la parole.
La loi 78 comporte plusieurs atteintes à la liberté académique des enseignants et notamment leur liberté de conscience et d’enseignement.

La loi réprime le droit de grève des étudiants en faisant des enseignants des agents de répression. Ceux-ci sont instrumentalisés dans la mesure où ils doivent contribuer à transformer la grève en boycott. Ainsi, la négation du droit de grève des étudiants n’a d’efficacité que si les enseignants mettent en échec les étudiants qui ne sont pas présents en classe à la reprise des cours, lorsque ceux-ci demeurent en posture de « boycott ». Comme les enseignants sont forcés d’enseigner, c’est donc par leur action que les étudiants subissent la contrainte de la loi 78.

Dans plusieurs conventions collectives, les libertés académiques de conscience et d’enseignement sont des libertés reconnues. Concrètement, cela veut dire que les professeurs sont les mieux à même de juger dans quelles conditions les cours peuvent être poursuivis. Les enseignants pourraient décider pour des raisons de liberté de conscience ou tout simplement de bon sens académique qu’il est inacceptable d’enseigner à 25% de la classe dans un contexte de conflit social. L’enseignant pourrait également décider qu’il est problématique d’enseigner à un groupe d’étudiants appartenant à une association qui aurait majoritairement voté en faveur de la grève. Il peut estimer que les tensions et conflits entre étudiants qui seraient engendrés par cette décision ne sont pas propices à un enseignement de qualité.

En somme, la liberté individuelle qui a été privilégiée dans les injonctions accordées aux étudiants qui voulaient reprendre leurs cours ne fait pas que porter atteinte à la démocratie au sein des associations étudiantes. Elle heurte aussi de plein fouet les libertés académiques de conscience et d’enseignement des enseignants.

D’autres dispositions dans la loi portent atteinte à la liberté de conscience et à la liberté académique des enseignants. Les étudiants jouissent d’une option fast track pour déclencher un recours collectif contre l’enseignant. La loi prévoit de surcroît que les syndicats et «associations de salariés» (sic) doivent tout mettre en oeuvre pour forcer les enseignants à donner leurs cours à la reprise. S’ils ne le font pas, ils sont passibles d’amendes extrêmement importantes. Ces deux dispositifs pervertissent l’accès au savoir et liquident le droit de grève étudiant. Chaque enseignant sera alors confronté au mois d’août à une décision individuelle extrêmement importante, peut-être la plus importante de sa vie d’enseignant: choisiront-ils d’être des agents de répression qui liquideront le droit de grève des étudiants ainsi que leur propre liberté académique ?
Nous, intellectuels et enseignants, nous levons contre une loi qui bafoue la liberté académique et la liberté de conscience.

La loi 78 attente gravement au droit d’association, surtout celui des étudiantes et étudiants en prévoyant des amendes excessivement lourdes et abusives à son article 26, ce qui risque de détruire toute association étudiante et tout syndicat qui aurait le malheur de ne pas dénoncer un de ses membres qui n’obéit pas à la loi.

En soumettant les syndicats et associations de salariées et de salariés à des amendes si démesurées dès que l’un de ses membres n’obéit pas aux articles 10 et 11, elle punit les syndicats d’enseignantes et enseignants, d’employées et employés de soutien, de techniciennes et de techniciens pour des faits qui, éventuellement, ne seraient pas de leur connaissance.

Elle prévoit même, chose totalement inusitée, à son article 19, que des membres d’une association étudiante soient exemptés de leur obligation de cotiser à leur association si celle-ci manifeste son opposition par des piquets de grève ou des levées de cours.

Nous, syndicalistes, pour ces raisons et pour d’autres encore, nous levons contre la loi 78 qui bafoue le droit d’association.

Nous, artistes et écrivains, intellectuels et enseignants, syndicalistes, condamnons une loi abusive, liberticide et totalitaire.

Nous exigeons l’abrogation immédiate de cette loi.

Une liste partielle des signataires peut être consultée au http://voir.ca/jepenseque/2012/05/31/contre-la-loi-78/

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Tour ce qui est exagéré est ridicule

Reductio ad Stalinum…

Sophie Durocher du Journal de Montréal (JdeM) proposait récemment un florilège de commentaires de « nos artistes » lus sur Twitter au sujet de la crise printanière. Quelle bonne idée !

Contrairement aux allumettes et aux blagues, les bonnes idées peuvent servir plusieurs fois. Voici donc quelques extraits choisis dans les commentaires de distingués commentateurs professionnels publiés depuis moins d’un mois. Un éditorialiste, des chroniqueurs : du sérieux.

Le fil rouge de cette sélection ? La reductio ad Stalinum, procédé rhétorique qui consiste à disqualifier les arguments des adversaires (de gauche…) en les associant à Staline et ses crimes.

***

Mario Roy, La Presse, 25 mai : « Les principes fondamentaux qui civilisent les sociétés évoluées, prospères et pacifiques, c’est-à-dire la primauté du droit ainsi que la mécanique démocratique, ont pris un sale coup sur la gueule. Du jamais vu ici. […] Il s’agit d’un recul, non pas de quelques décennies, mais de quelques siècles. »

Sophie Durocher, JdeM, 27 mai : « Récemment, sur mon blogue du Journal, je demandais où étaient les artistes au carré vert, ceux qui n’appuient pas la cause des étudiants. Maintenant je sais où ils sont. Ils se cachent chez eux, ne disent leur opinion que sous le couvert de l’anonymat et sont terrorisés à l’idée que leurs “camarades” découvrent ce qu’ils pensent vraiment. […] Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Aux pires heures du maccarthysme aux États-Unis, dans les années 50, les artistes du milieu du cinéma soupçonnés de sympathies communistes étaient inscrits sur une liste noire. »

Richard Martineau, JdeM, 2 juin : « L’histoire du gars qui a tué et démembré son ami de coeur devant une caméra vous choque ? Idem pour ce sans-abri drogué qui a dévoré le visage d’un autre itinérant ? […] Le délinquant est devenu la figure emblématique de notre époque, dit [l’essayiste Jean-Jacques] Pelletier. Les rebelles, les casseurs, les anarchistes, les têtes brûlées – voilà les gens qui enflamment notre imaginaire. Les gens qui défendent la loi et l’ordre nous apparaissent comme ennuyeux, ternes, comme des rabat-joie qui veulent imposer des limites à nos désirs, à nos rêves… Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? »

Benoît Aubin, JdeM, 7 juin : « Mais, généralement, les choses se compliquent quand la gauche franchit la ligne et prend le pouvoir. Les dérapages – majeurs : Staline, Pol Pot, Mao – ou mineurs : Mitterrand, NPD de Bob Rae en Ontario – deviennent généralement la norme. »

Réjean Tremblay, JdeM, 7 juin : « On perd tous. Parce que le modèle qui a inspiré des générations de communistes et d’anarchistes n’existe plus. L’Union soviétique a été démembrée. L’Allemagne de l’Est aussi. Même la Chine est devenue un capitalisme d’État. En fait, il reste Cuba, dirigé par des vieillards, et la Corée du Nord. Vous pouvez taper vos casseroles tant que vous voudrez, mais est-ce que vous voulez vraiment vivre en Corée du Nord ? »

Joseph Facal, JdeM, 10 juin : « Ma cellule était glaciale et insonorisée. C’était la dernière nuit de ma vie. On allait m’exécuter au petit matin. J’entendis un bruit métallique. La porte s’ouvrit. Mon gardien me fit signe que j’avais un visiteur spécial. Soudainement, il était là, devant moi : Amir Khadir, Leader suprême et Guide éternel de la République populaire du Kébékistan. »

Richard Martineau, JdeM, 11 juin : « Mon confrère Joseph Facal a écrit une chronique hilarante sur Amir Khadir, hier. Elle lui a valu une volée d’injures, d’insultes et de menaces. Comparer Jean Charest à Hitler, c’est super drôle. Mais dépeindre Khadir comme un dictateur communiste est un gag fasciste qui mérite une “correction”. Vive la liberté d’expression… »

Richard Martineau, JdeM, 13 juin : « Le pire est que ces actes répugnants et inacceptables sont commis par des militants qui ne cessent de crier au fascisme. Vous ne vous rendez pas compte que c’est vous, les fascistes ? »

Mathieu Bock-Côté, JdeM, 13 juin : « Traiter quelqu’un de fasciste, c’est l’accuser d’être un monstre sur qui on peut cracher. Cela permet de verser dans la haine idéologique en se croyant au même moment irréprochablement vertueux. Comment résister ? Ne sous-estimons pas la satisfaction morale que cela donne. Se battre contre un monstre, cela suffit à grandir le dissident par simple effet de contraste. Si vous luttez contre un nazi, vous passez d’un coup dans le camp des bienfaiteurs de l’humanité… »

Source: Le Devoir 18/06/12

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La mer, la mer

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Témoignage d’un étudiant

Témoignage d’un étudiant en Histoire & Civilisation, lors de la journée de commémoration des 100 jours de la grève étudiante, soit le 22 mai 2012.

La manif du 22 mai.

Il est dix-sept heures, le vacarme bat son plein, armé d’un tam-tam je contribue à celui-ci, l’océan rouge déferle sur la rue Berry, le point d’arrivé est atteint en partie. La manifestation est depuis longtemps déclaré illégale par les forces de l’ordre, mais qui serait assez fou pour charger autant de bons gens qui exercent leur droit en toute quiétude ?  Le mot d’ordre était la désobéissance civile, un terme qui horrifie les libéraux.  C’est ainsi que tout se déroula sans grabuge, que la commémoration fut couronnée de succès, même si  la pluie battante avait tenté de nous disperser.  Trempé de la tête au pied, en compagnie de mon compatriote « Dust », la manif terminée, nous nous dirigeons vers la voiture lorsqu’on tombe par pure coïncidence sur d’autres amis. L’heure du repas arrivé, nous prenons place au Roi de l’Inde, un nom à la résonance prétentieuse, mais qui finalement était à la hauteur des attentes. Durant le brouhaha émanant de la conversation autour de la table, l’idée de participer à la célèbre manifestation nocturne nous vient à l’esprit. Puisque nous sommes à proximité, pourquoi pas ? L’addition payée, nous partons en direction du parc Émilie-Gamelin, il doit être vingt heures.

Parc Émilie-Gamelin.

On fait un arrêt au Tim, pour se réchauffer, le café à la main on continue notre route. Maintenant arrivé au parc, on peut apercevoir une foule de protestataire. La police montée toujours impressionnante est présente. Elle surveille le périmètre et avec elle des dizaines de voitures aux quatre coins du quadrilatère patrouillent. Masques et visages  s’entremêlent dans la masse, en attente du départ de la marche. Nous installons la fameuse radio Bosch et vétéranne des manifestations à « Dust », puis nous jouons au aki. La manifestation est déclarée illégale, faute d’avoir remis aux autorités le trajet a emprunter, mais aucune annonce n’est faite par la police, tout le temps où nous avons été présents. Quelques minutes passent et la marche débute, d’autres amis se sont joins à nous.  Alors nous marchons, la manifestation nocturne ressemble de près à la précédente qui a eu lieu durant la journée. L’ambiance est festive, nous marchons dans le sens du trafic, en direction du centre-ville. Quelques feux d’artifices sont projetés en l’air, rien de bien alarmant et la police nous escorte d’un pas lourd. J’entends dire qu’il ne faut pas traîner et s’éloigner de l’arrière de la foule autant que possible. J’en prends note sans toutefois m’en inquiéter.

La Charge.

Nous sommes arrivés au centre-ville, les terrasses sont pleines à craquer, les slogans passent d’«un peuple uni jamais ne sera vaincu » à « Douchebags dans la rue ». Le tout se déroule dans le calme, nous sommes maintenant des centaines sur les trottoirs et la rue, mélangés aux « fêtards innocents ».  La fête est aire ouverte, les curieux sont tous dehors en train de nous regarder dévaler la rue. Nous procédons sur Sainte-Catherine en direction de l’Ouest. Toujours le même bal qui se déroule. Soudain, j’entends derrière moi, des cris perçants nous incitant à courir. Vraisemblablement, le Groupe d’Intervention chargeait.  C’est le chaos,  les gens s’affolent, moi aussi, car je connais leur patience et discernement raisonnable légendaire. Dans la mêlé je suis accompagné de « Dust », je perds les autres de vue, qui sont partis dans un sens opposé. On réussit à se dégager de la première souricière, mais beaucoup n’y parviennent pas. À ce moment-là nous sommes sur Metcalfe st,  une femme affolée, dans la vingtaine accourt vers « Dust » et moi.  Elle nous raconte sous l’état de choc, dans un français ontarien, qu’elle vient d’être agressée sexuellement et battue par des GI. On demande à avoir plus de détails vue son état hystérique, car dans le feu de l’action, le désordre, les choses se passent très rapidement. Durant la charge des GI sur Sainte Catherine O.,  elle s’est fait renverser puis frapper à coup de bâtons, ensuite un GI en voulant là relever l’aurait « pris par le vagin ! » et lui aurait dit, « tu aimes ça participer aux manifestations hein ? ». Son copain qui se tenait derrière elle, criait au meurtre, puisqu’il venait de se faire asperger de poivre par les GI en tentant de protéger celle-ci.  Parallèlement je tentais de trouver le cellulaire à « Dust », car durant la charge il s’était volatilisé, je voulais savoir si mes amis étaient saufs.

La dispersion.

Voilà la situation était tendue, la police fabriquait des murs improvisés aux grandes artères. Les curieux étaient partout, ils regardaient, manifestants et fêtards. Les protestataires semblaient dispersés et la police procédait à des manœuvres confuses. Il y avait des cortèges, des bus et des auto-patrouilles remplis de GI, qui déambulaient de gauche à droite. Et comme une souris pris au piège je sentais qu’il ne fallait pas traîner. Car les policiers font des mouvements bien précis, ils ne s’agitent pas dans tous les sens sans raisons, c’est une organisation paramilitaire et ils sont « professionnels ». Je mets l’ambiguïté sur le mot professionnel, pour ce qui va suivre.  « Dust » et moi désireux de partir, traversons Sainte-Catherine, par Mansfield. Sur cette rue se trouve une trentaine de personnes dispersés.  Nous marchons sur le trottoir, lorsque quelques gens nous arrêtent pour poser certaines questions concernant la radio Bosch que nous trimbalons. Du coin des yeux, je vois la manœuvre des policiers, « ils referment le mur sur nous Dust ! ». En effet, c’était la deuxième souricière, entre Maisonneuve et Sainte-Catherine, sur Mansfield.  Ne voulant pas être pris au piège nous prenons nos jambes à notre coup dans la direction opposés aux policiers, réflexe logique. Toutefois ils sont apparus en ce sens aussi.

L’arrestation et le bref contact des GI.

La matraque en l’air et au pas de cours ils ont foncé sur nous.  « À genoux ou j’ten câlisse une que tu vas te rappeler pour le restant de ta vie ! », m’ordonnait le GI.  Pendant qu’à ma gauche un anglophone visiblement en état d’ébriété légère criait « I don’t understand ! », tout en se faisant ensevelir de coups. Alors pour le bien du GI,  et pour ma santé,  j’obéis.  Car il n’était pas question de ne pas obtempérer vue l’agressivité qui débordait de leur uniformes. Ensuite, ils nous ont rassemblés sur le mur du bâtiment Simons.  Les trente mêmes qui étaient dispersés sur la rue en toute quiétude avant la charge.  Assis sur le béton, attroupé comme du bétail, les GI nous entouraient. Ils se félicitaient, nous narguaient et répondaient dans un langage beaucoup trop familier aux citoyens qui étaient à leur pieds, citoyens qui étaient passifs et coopérants. Un GI à la tête grisonnante et bedonnant nous sermonnait, « moi mes enfants sont bien élevés, ils ne manifestent pas et ont leurs diplômes ». La réponse d’un compatriote au sol débordante de véracités nous fit tous éclatés de rire, « Très bien, ils ont été élevés à coups de matraques ? » Sous les rires incontrôlables, il répondit simplement bon séjour au poste les jeunes avant de quitter pour laisser place aux policiers, puisqu’ils allaient procéder à d’autres souricières.

L’article 37 de la municipalité, attroupement illégale.

Désormais, les agents de la paix arborant le dossard fluo nous entouraient, certains avaient un regard qui en disait long sur leur comportement. En particulier cet agent qui nous fixait dans les yeux d’un regard psychopathe, mâchant la gomme qu’il avait dans la bouche. D’autres regardaient le sol à chaque fois qu’ils croisaient l’un de nos regards, comme s’ils avaient honte de ce qu’ils faisaient. Sans cesse on demandait pourquoi nous étions là, « sommes-nous en état d’arrestation, allez-vous nous laisser partir ? ». Certains nous répondait avec courtoisie, «  l’enquêteur va tout vous dire ça tantôt ».  D’autres discutaient de leur fin de semaine. Puis un débat s’ensuivit, puisqu’on avait tous deux heures à tuer avant l’arrivée des bus. L’évocation de la brutalité policière inutile, le profilage politique, la comparaison à l’incident Villanueva, Victoriaville, le matricule 728, tout y passait. Un policier nous disait qu’il avait participé aux manifestations de 2008, mais que maintenant il n’a plus le droit de manifester, puisqu’il a prêté serment en devenant agent de police.  Comme une amie militaire qui me disait qu’elle n’avait pas le droit de manifester au niveau fédéral, mais uniquement provinciale. Incroyable pensais-je, le fait de devenir gardien de la paix obligeait le porteur de ce pouvoir à se priver de ses droits fondamentaux, par crainte de sévères représailles. Peut-être que leur supérieurs craignent  la désertion, puisqu’ils n’ont pas le droit d’agir en être libre, mais encore, comment peuvent-ils nous arrêtés, si leur raison est mise en doute ? Le sablier s’est écoulé, l’enquêteur s’est finalement  pointé avec un agent caméraman. Il a lu l’article 37 à voix haute et a mis l’accent sur le fait que la loi 78 n’était pas invoquée. Puis dans un anglais baragouiné, il a répété, le motif pour lequel on était sous état d’arrestation.  Bref, deux heures passèrent, il faisait fret et le bus arriva. Les « tyraps » promis par la policière arrogante étaient aussi au rendez-vous. Ils nous ont demandez un à un de nous lever, ils nous ont passés les tyraps, nous ont demandés notre âge, puis nous ont fouillés.

La folle aventure en bus, direction le poste.

Il doit être minuit, on est tous entassés dans le bus, faire un parallèle avec les juifs dans les wagons me paraît insensé, mais puisqu’on a du temps à tuer et qu’il y a des comparaisons évidentes, pourquoi pas ? Les tyraps sont serrés, mais au moins on a tous une place assise, on  a retrouvé la chaleur et la jolie policière est courtoise. Beaucoup demande à aller uriner, mais elle répète qu’on doit rester assis peu importe le motif.  Je suis à côté de « Dust », heureusement ils n’ont pas confisqué nos biens personnels, qu’ils ont entassés à l’avant du bus, bien numérotés. Je demeure étonné par la capacité des humains à s’adapter à toute situation. Le sentiment de camaraderie s’est développé entre nous, un réflex pour oublier le calvaire auquel nous faisons face. Aussi, par l’âge de la policière, je l’ai peut-être déjà côtoyé sur les bancs d’école. Elle semble fatiguée, normal il est minuit et elle nous explique qu’elle fait beaucoup plus d’heures qu’à l’habitude, « à cause de nous ».  Je ne réplique pas puisqu’en ce moment mon jugement ne vaut rien, ma dignité oubliée et mes poignets douloureux me le rappellent, alors je feins la sympathie. Ensuite, puisque le temps est à tuer et que j’ai toujours été fasciné par le métier d’agent de la paix, je lui pose des questions.  « C’est quoi le modèle du pistolet que tu portes à la ceinture ». Évidemment je connais la réponse, c’est un Walther P99. «  Ah ! Coïncidence je pense, êtes-vous au courant que la firme allemande Walther a fabriqué le Walther P38 pour remplacer le Luger P08 de Mauser et qui ont tous deux servi aux officiers nazis durant la seconde guerre mondiale ! ». Mais bon, encore, le parallèle entre le fascisme et la situation me parait burlesque, j’ai l’impression d’être un figurant non consentant dans la pièce de théâtre qui se déroule.  Ainsi, une seconde fois,  je simule le regard étonné,  choisissant simplement de rester silencieux, puisque l’Histoire est une discipline de fainéants en ces temps néolibéraux, où la quête du profit prime.  Au même instant, le pauvre anglais éméché d’auparavant se lève et demande à la policière dans sa langue natale s’il peut sortir uriner, il sue abondamment.  Évidemment le bus est en marche et tel le premier ministre, elle reste fidèle à ses dires. « No, go back to your seat ».  Il retourna d’un pas pressé à son siège et se mit au travail en laissant échapper un « sorry guys ». En l’espace d’une minute l’ambiance du bus changea d’une atmosphère détendue et docile à une cage remplis de macaques.  Le zoo était déchaîné, l’odeur mélangée à la chaleur rendait le tout insupportable. Les deux hommes à ses côtés se mirent debout sur leur sièges, pour éviter la flaque qui prenait de l’expansion.  Au tour de la policière de crier à tue-tête de nous calmer. « Vous deux assis ou je vous poivre la face » ! La fatigue aura eu raison du professionnalisme, par chance son collège arriva à temps pour l’en dissuader. Finalement, suivant nos indications, ils décident d’ouvrir les fenêtres et la trappe du plafond, pour soulager la tempête. L’urine s’écoule sur le sol, suivant le va-et-vient provoqué par le déplacement de l’autobus, ces mêmes mouvements qui écrasent nos poignets contre notre dos.

L’éternel attente au poste.

Quelle heure est-il, sommes-nous bientôt arrivés à ce satané poste, pourquoi allons-nous dans l’Ouest de la ville ? Un dix-huit roues passe à nos côtés, les deux passagers nous regardent d’un air incrédule et amusé.  « Dust » et moi haussons les épaules, naïvement nous espérons croire que la justice va réparer les torts, cette même justice qui a accordé des injonctions controversées et qui doit répondre de l’infâme nouvelle loi.  Le bruit des freins retenti, l’autocar tourne et pénètre dans l’enceinte du poste.  Aussitôt le soupir de soulagement terminé, un homme en tenu de GI entre dans le bus et nous interpelle. Personne ne répond, ce n’est jamais bon signe lorsqu’un policier connais votre nom, vous apparaissez comme le voyou de la classe !  Il les répète en s’enfonçant vers l’arrière,  il nous dévisage lentement avec un air méprisant, lui aussi a probablement mon âge.  Il ressort bredouille, dieu soit loué, la policière nous indique qu’il faut chacun notre tour, attendre les procédures avant de quitter le véhicule. Heureusement nous sommes le premier bus arrivé sur place, car ce soir-là, trois autres autobus avaient la même destination.  Une heure passa pendant laquelle le sentiment de camaraderie s’installa de nouveau. On apprit que c’était le baptême de la policière concernant les cargos de prisonniers. Que le métier de policier comportait une clause non mentionnée concernant, « le peu de temps libre en dehors de la job ».  À travers la discussion je reconnaissais des humains derrières les uniformes. « Je dormais, j’ai reçu un appel, on m’a dit de rentrer ce soir », me disait l’agent.  De leur côté, ils ne voyaient pas de criminels en face d’eux.  En effet, je regardais autour de moi, je voyais jeunes et moins jeunes,  des visages endormis, perdus et innocents.  « Numéro 124, viens avec moi et prends tes affaires » dit une policière qui faisait une brève intrusion à l’avant, « Merde Dust j’ai oublié mon numéro peux-tu regarder sur mon bracelet ». Quinze minutes plus tard, c’était au tour du 123, j’étais le 109ième et Dust le 108ième. À présent, la policière nous desserrait les tyraps, voyant qu’on ne constituait aucune menace.  Entre deux chiffres un  jeune homme invoquait une opération médicale récente, pour être priorisé sur la liste et aller uriner. Nous rendant tous jaloux, mais compréhensif.  Un GI porteur d’eau faisait la ronde des bus pour ravitailler ses camarades, tout en narguant les menottés assoiffés avec son sac de père noël remplis de bouteilles. Ensuite ce fut au tour de l’aïeul à nous sermonner «Pourquoi vous allez pas manifester dans les champs de Laval, ou à Longueuil, laisser Montréal en dehors de ça ». Son  magnifique insigne ne nous impressionnait guère, pas plus que son raisonnement.

L’inscription Fabrose.

Il doit être 3h30 du matin,  quand finalement j’entends mon numéro être énoncé.  « Par ici attention à la marche », me dit une policière, pendant que je dis aux revoir aux policiers et autres menottés.  Elle m’annonce que je vais recevoir un constat d’infraction, mais tout ce qui m’importe s’est de savoir où se trouvent les toilettes. Elle me conduit à l’intérieur d’un large garage, où plusieurs tables sont assemblées et derrières elles se trouvent des policiers.  « Ta carte d’identité s’il vous plait », me dit la policière. Pendant qu’elle complète l’interminable formulaire au stylo, qu’elle placote à propos de commentaires Facebook avec sa collègue, je regarde ce cirque mal organisé, stupéfait.  Je prie pour que l’agent qui tient les grosses pinces servant à couper le tyrap ne se trompe pas.  « Clic », je retrouve ma liberté ! Mon premier geste constitue à déchirer le bracelet au-dessus de la table. On me tapote l’épaule, « par ici Olivier », je dois prendre une photo pour je ne sais quoi. Aveugler par le flash je retourne à la table récupérer ma carte. Elle sort l’étampe et la presse sur tous les sondages qui couvrent la table.  « Quelle école vas-tu ? » me demande-t-elle. Après lui avoir demandé en quelle honneur dois-je lui fournir une réponse, elle me rétorque que l’enquêteur en a besoin pour ses enquêtes. Voyez-vous mon cégep abrite peut-être une branche révolutionnaire !  Je reçois le constat, « Dust » et moi sommes abasourdis, c’est probablement un avant-goût de la hausse lui dis-je.  L’enquêteur m’informe des procédures de contestations, d’une voix basse, les yeux fixant le papier.  « Tout ce que je veux c’est une toilette », je rétorque.  Maintenant j’avais le choix de le suivre à l’intérieur du poste ou de partir, alors je pris la deuxième option.  Enfin je suis sortis, je suis sortis avec un sentiment ambiguë,  j’ai été condamné en adulte, mais traité en enfants durant tout le processus. Arrêté vers dix heures du soir pour être relâché vers quatre heures du matin au milieu de nulle part dans l’ouest de l’île. Heureusement, la madame du Tim était gentille et avait vue plusieurs vagues rouges déferler avant nous aux petites heures du matin, depuis quelques jours. Durant la longue marche de retour, je me promettais d’écrire mon témoignage, puisque je pensais qu’octobre 70 était une vieille histoire, du temps de mon père.  Je venais de connaître ma propre expérience de la crise d’octobre et je voulais la partager. Jamais mon pays ne m’avait fait aussi honte.

Olivier Vaillancourt

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Québec: la démocratie en crise

Après l’échec des négociations, la crise sociale s’enlise et s’envenime au Québec. Selon Christian Nadeau, professeur à l’Université de Montréal, le conflit dépasse le champ universitaire : il met en jeu un véritable choix de société et bouleverse en profondeur la vie politique québécoise. Les mesures d’exception promulguées par le gouvernement révèlent les pressions qui pèsent aujourd’hui sur la social-démocratie et la nécessité de la défendre. Source: La vie des idées.fr

BLx

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Un entretien à propos de la désobéissance civile

Pour sa dernière livraison de la saison, Le Devoir de philo présente un entretien mené par Antoine Robitaille avec Guy Durand, professeur émérite de l’Université de Montréal

La notion de désobéissance civile a beaucoup été utilisée récemment dans le conflit étudiant. Comment la définissez-vous ?    

Je partirais d’une courte définition, celle qu’a formulée en 1982 le juris te québécois Yves de Montigny : « On qualifie généralement de désobéissance civile tout acte de défi à la loi ou, pour être plus précis, toute transgression d’un texte législatif ou réglementaire basée sur des motifs moraux, religieux, politiques ou philosophiques. »

Une définition plus complète pourrait s’énoncer ainsi : la désobéissance civile désigne une violation publique, pacifique et conséquente d’une loi, d’un ordre de cour, d’une règle institutionnelle ou d’un ordre d’une personne en autorité, violation qui heurte des convictions profondes d’ordre religieux, éthique ou politique de la personne, dans le but de respecter la priorité de sa conscience et éventuellement de contribuer à changer la loi, la règle ou l’ordre social.

Il y a là quelques critères importants.

Oui, trois caractéristiques, en fait, qu’il faut selon moi retenir : publique et non pas secrète ; pacifique, soit non violente, et conséquente, c’est-à-dire que la personne qui l’invoque est prête à accepter les conséquences de sa désobéissance (prison, amende). Elle est une forme d’objection de conscience.

D’ailleurs, l’exemple classique de la désobéissance civile concerne le service militaire : on peut s’y opposer en général par objection de conscience et faire le service civil prévu pour les objecteurs.

Mais là où le service militaire est obligatoire, le refus de répondre à l’avis de convocation peut constituer une désobéissance civile.

Celle-ci consiste à retourner l’avis reçu ou à le brûler en public, sans violence, en étant prêt à accepter la peine de prison éventuelle.

Quand, aux États-Unis, entre 1964 et 1973, les opposants à la guerre au Vietnam ont brûlé en public leur avis de convocation au service militaire, on a parlé de désobéissance civile ; lorsque certains ont saccagé les bureaux de recrutement, ce terme ne convenait plus.

Vous avez évoqué le critère de la non-violence. Dans le débat sur la désobéissance civile au cours du printemps érable, la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) a tenu à faire une distinction entre la violence à l’endroit des personnes et la violence envers les biens. Qu’en pensez-vous ?

Depuis quelque temps, en effet, particulièrement depuis que le militant écologiste français José Bové a détruit un champ de maïs génétiquement modifié (OGM), on a fait cette distinction entre la violence envers les personnes et les dommages faits aux biens.

Selon certains, les dommages faits aux biens entreraient dans la définition de la désobéissance civile et seraient justifiés. Pour moi, c’est contraire à toute la tradition éthique sur la désobéissance civile. Celle-ci doit être non violente, tout court.

Un autre qui a invoqué la notion de désobéissance civile est le député de Mercier, Amir Khadir. Dans son fameux point de presse de mercredi, au lendemain de son arrestation, a-t-il bien argumenté son utilisation de la désobéissance civile, selon vous ?

Avant de répondre, laissez-moi revenir à la définition. Comme il s’agit d’un acte potentiellement dérangeant, perturbateur, les auteurs formulent généralement trois conditions à respecter pour que l’acte de désobéissance soit éthique et légitime. D’abord, il faut démontrer qu’il y a atteinte importante aux convictions personnelles.

Ensuite, il doit exister une certaine proportionnalité entre les conséquences de la désobéissance et celles du respect de la loi ou de l’ordre.

Enfin, il doit s’agir d’une mesure de dernier recours, c’est-à-dire qu’il faut avoir épuisé les autres moyens de faire respecter ses convictions.

Bien, mais revenons à M. Khadir. D’après vous, son argumentation respecte-t-elle ces critères ?

Globalement, oui, mais on doit apporter certaines précisions. Les trois caractéristiques de la définition (publique, pacifique, conséquente) me semblent être là. Les trois conditions ne sont pas évoquées dans les termes que j’ai utilisés, mais elles sont implicitement présentes.

À propos des justifications éthiques, il a insisté sur la désobéissance au service du bien commun. Il refuse, avec raison selon moi, une désobéissance qui répondrait seulement à un intérêt purement individuel, comme de ne pas payer ses impôts tout simplement parce qu’on n’aime pas ça.

Mais il semble exclure le motif personnel de respect de la conscience et exige que le mouvement soit massif pour être légitime. J’avoue que cela ne fait pas partie de la doctrine reconnue.

Une question, au fond, demeure : est-ce que l’augmentation des droits de scolarité et l’adoption de la loi 78 sont vraiment des raisons suffisantes pour justifier la désobéissance civile ?

Je répondrais que c’est à chacun d’en juger, en conscience, tenant compte des éléments énumérés précédemment. Prenons Henry David Thoreau. On sait qu’il fut arrêté et emprisonné, en 1846, pour refus de payer l’impôt à l’État du Massachusetts, auquel il reprochait de commercer avec les États esclavagistes du Sud.

Dans son célèbre Discours de la désobéissance civile (1849), il a exposé clairement le débat et a justifié sa conduite en ces termes : « La soumission aux lois iniques peut constituer un crime ; la désobéissance devient alors un devoir envers soi-même, en même temps qu’un devoir civique. Le citoyen doit-il un seul instant, dans quelque mesure que ce soit, abandonner sa conscience au législateur ? Pourquoi alors chacun aurait-il une conscience ? Je pense que nous devons d’abord être des hommes, et sujets ensuite. Le respect de la loi vient après celui du droit. »

Ainsi, plusieurs auteurs fondent la désobéissance civile sur la « primauté de la conscience sur la loi ». Gandhi et Luther King – et j’ajouterais Tolstoï – ont justifié leurs actes de cette façon.

Justement, on a reproché à Khadir de se comparer trop facilement à ces héros.

À mon avis, le reproche est injustifié. Il ne s’agit pas de se comparer à eux – Kadhir s’en défend bien -, mais de profiter de leurs exemples et de leurs réflexions.

Peut-être, mais lorsqu’on entre dans cette logique, comment tracer une ligne ? N’y a-t-il pas une « pente savonneuse » qui peut conduire à légitimer toute violation de la loi ?

Il y a effectivement lieu de tenir compte de cet élément. Il entre dans les trois conditions d’éthicité dont j’ai parlé. Mais il n’est pas concluant en lui-même.

Nous sommes devant une sorte de dilemme moral, de conflit de devoirs (éthiques) : d’un côté, respect de la conscience et souci de justice sociale ou de réforme sociale ; de l’autre, respect des lois et de la démocratie.

La désobéissance civile s’avère un exemple paradigmatique du respect de la conscience personnelle. Elle constitue indéniablement un hommage rendu à cette conscience, éventuellement un éloge de l’héroïsme.

Conscience, conscience, comment juger qu’un tel la suit et qu’un autre n’y obéit pas authentiquement ?

C’est vrai, le jugement de conscience n’est pas toujours facile. La situation comporte souvent du bien et du mal. Il est difficile d’évaluer ce qui doit prédominer.

La conscience peut alors admettre des dérogations face à ses convictions propres, à savoir des compromis. En somme, la désobéissance civile n’est pas une solution de facilité.

On ne fait pas un tel choix en cachette, sans témoigner dans l’ensemble de sa vie de l’attachement aux principes en jeu. Par exemple, on ne s’oppose pas au service militaire sans témoigner globalement du respect de la vie, du refus de la violence.

En son fond, l’objection de conscience n’est pas négative : elle n’est ni abstention, ni passivité ; elle doit, par sa force d’interpellation, témoigner des valeurs mêmes qui sont à sa source.

D’ailleurs, les témoins les plus typiques de la désobéissance civile, Gandhi et Luther King, ont précisément eu des vies d’un grand héroïsme, marquées par le souci de la paix, de la justice, de l’égalité et de la dignité.

J’irais même jusqu’à dire qu’une société et un État démocratique (gouvernement, tribunaux et police) devraient reconnaître explicitement la légitimité de la désobéissance civile. Même si l’application en serait complexe et dérangeante pour les autorités. Et la pratique, délicate et exigeante pour l’objecteur.

***

Guy Durand est professeur émérite de l’Université de Montréal. Théologien et juriste, spécialisé en éthique, il a publié en 2004 Pour une éthique de la dissidence. Liberté de conscience, objection de conscience et désobéissance civile (Montréal, Liber, 151 pages).

***

Source: Le Devoir 09/06/12

Voir aussi: De la désobéissance civile et Résister à la loi 78 en 15 points

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L’enjeu philosophique mondial du conflit étudiant

« Ayons toujours un oeil sur le Québec », conseille Alain Badiou

Alain Badiou est professeur émérite de l’Université Paris-VIII Saint-Denis et auteur entre autres de L’être et l’événement (Seuil, 1988), Logiques des mondes (Seuil, 2006), Circonstances, 4. De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Nouvelles Éditions Lignes, 2007) et Circonstances, 6. Le réveil de l’Histoire (Nouvelles Éditions Lignes, 2007).

Le Québec et sa crise actuelle pourraient-ils servir à mieux penser le monde ? Oui, assure Alain Badiou, ancien leader de Mai 68 qui ne renie pas son passé maoïste. Rencontre avec un des philosophes français les plus connus et controversés de l’heure.

Que pensez-vous du conflit étudiant au Québec ?

Ce qui m’intéresse d’abord, c’est l’amplitude et la détermination du phénomène. Au fond, ce qui se passe chez vous, c’est une résistance brutale et étendue à un phénomène mondial, qui veut que le modèle de l’entreprise s’applique à toutes les activités humaines, quelles qu’elles soient. Comme l’entreprise, l’université devrait s’autofinancer, alors qu’historiquement, elle s’est édifiée selon des règles toutes différentes. Évidemment, le conflit prend la forme particulière et très localisée d’un combat contre le programme d’augmentation des droits de scolarité universitaire, qui s’est ensuite étendu à une opposition contre la gestion gouvernementale de la crise. Mais on sent bien au coeur de ce soulèvement une subjectivité révoltée contre l’idée que le paradigme de toute chose est l’entreprise. Et ce point de résistance mobilise, pour l’instant, un débat de grande ampleur, qui nous concerne tous, et dont la fin n’est pas prédictible.

Feriez-vous un rapprochement avec la révolte étudiante de Mai 68, alors que, dirigeant maoïste, vous appeliez à la révolution ?

Oui, par ses manières de faire, ses allures, son inventivité. C’est la première évocation de Mai 68, le premier grand écho d’une subjectivité active, joyeuse, ne rechignant pas au combat quand il le faut. Et bénéficiant de toute évidence d’une sympathie au sein de la population. Même si elle divise la société québécoise. Exactement comme en 1968. Les étudiants s’attiraient une sympathie, mais on a bien vu aux élections législatives de juin 1968, favorables au parti du général de Gaulle, que la société française était complètement divisée.

Votre rencontre du Québec remonte à ces années-là.

En effet. Juste après Mai 68, je suis allé en mission à Montréal comme observateur des droits de l’homme au procès de Pierre Vallières et Charles Gagnon du Front de libération du Québec (FLQ). C’était mon premier contact concret, ma première immersion dans la singularité du Québec, qui m’a vivement frappé.

Depuis, vous avez consacré à la société québécoise un chapitre entier de votre maître-livre Logiques des mondes. Le Québec vous sert-il de stimulant pour penser le monde ?

Dans la démonstration générale du livre, le Québec a d’abord une fonction d’exemple. Mais vous avez raison de parler de stimulant. L’histoire québécoise résume beaucoup de traits de l’histoire mondiale depuis des siècles : une colonisation européenne ancienne, la présence exceptionnelle de deux grandes puissances mondiales, l’anglaise et la française, etc. Il n’y a d’équivalent nulle part ailleurs. Et cela a créé une société, une subjectivité, qui a combiné des termes qui ne le sont pas normalement. Et c’est donc pour moi ce que j’appelle un « monde », vraiment. L’histoire du Québec est marquée par des phénomènes à la fois irréductiblement particuliers et ayant quand même un aspect novateur universel. C’est encore le cas aujourd’hui. Je dirais : ayons toujours un oeil sur le Québec.

Vous dites du Québec qu’il est un « devenir-monde ». Mais pour vous, qu’est-ce qu’un monde ?

De façon très générale, un monde est un régime de rapports d’identités et de différences. Pour dire ce qu’est singulièrement ce monde-là, pour simplifier, prenons un monde humain, il faut des identités – nationales, linguistiques, la conscience commune d’appartenir à ce monde, etc. – et des différences. Dans le cas du Québec, bien sûr, la langue française est un élément identitaire, mais elle est nécessairement en relation avec l’anglophonie omniprésente et avec le fait qu’il y a eu et qu’il y a encore des Amérindiens qui ne sont pas immédiatement de cette identité, et ainsi de suite. De ce point de vue, le Québec a une histoire absolument singulière. J’en parle comme d’un « faire-monde » encore ouvert. Car je ne suis pas sûr que le Québec ait encore réellement résolu le problème du monde qu’il est en train de devenir. L’épisode actuel de révolte fait partie de cela, du faire-monde québécois, et de son intérêt pour tous.

Mais toute société n’est-elle pas un faire-monde ? La France, par exemple.

Les identités sont ici plus figées. C’est un pays en crise latente, une ancienne grande puissance planétaire, détentrice d’une universalité particulière, qui ne sait pas quoi faire de sa grandeur perdue. De ce point de vue, la France est au moins autant un monde qui se défait qu’un faire-monde. Ma thèse est qu’il faut mettre fin à la France.

Pardon ?

Je pense depuis longtemps que la France doit fusionner avec l’Allemagne. Je suis d’ailleurs très content que d’autres, comme Michel Serres, soient aujourd’hui de mon avis. La France seule n’a plus d’avenir. L’Europe est un attelage qui bringuebale, on l’a vu avec la Grèce, et tout le monde reconnaît que la France et l’Allemagne forment le noyau dur de l’Europe. La fusion permettrait de faire face aux autres grandes puissances économiques, ce dont n’est capable aujourd’hui ni la France, ni l’Allemagne, ni l’Europe. Les économies française et allemande sont déjà imbriquées, autant que ce noyau se réalise politiquement ! Ce pourrait être sous la forme souple d’un État fédéral, comme c’est déjà le cas de l’Allemagne.

Et du Canada… Mais les indépendantistes espèrent que les manifestations de solidarité suscitées par la crise serviront leur cause. Début d’une nouvelle histoire ?

Je ne connais sans doute pas assez de l’intérieur la situation du Québec pour le dire. Mais j’ai une certaine méfiance envers les indépendantismes. Depuis vingt ou trente ans, on assiste à l’éclatement d’entités nationales, et quelques fois à leur pulvérisation. La Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, la Somalie, le Congo… Il faut être très vigilant sur la portée réelle des désintégrations étatiques. Ce sont des phénomènes négatifs de l’historicité contemporaine, souvent responsables de situations humaines tragiques. Alors, vous me direz : « Mais le Québec n’est pas comme cela ! »

Vous m’enlevez les mots de la bouche…

Je ne serais pas spontanément pour une sécession du Québec, sans arguments vraiment puissants. Je ne suis pas sûr que la voie du faire-monde québécois ait absolument besoin d’un séparatisme étatique. Je crois qu’on peut négocier des fédéralismes conséquents, et que c’est une meilleure formule.

***

François Gauvin est docteur de philosophie et collaborateur régulier au magazine Le Point.

Source: Le Devoir 11/06/12

BLx

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Au Québec, les raisons d’un soulèvement

Le journal Le Monde consacre toutes les pages de sa section Débats à la crise sociale et politique provoquée par la grève étudiante au Québec. On lira, entre autres, avec intérêt le texte de Richard Desjardins: On prend aux jeunes l’argent nécessaire à la « conquête » du Nord.

Le « printemps érable » tourne à la crise politique. Le projet gouvernemental d’augmenter les droits d’inscription à l’université révèle le mal-être de la société et son attachement à son modèle social. Le boycottage des cours, écrit Jean Charest, le premier ministre du Québec, n’est suivi que par une minorité d’étudiants. Faux, répond l’un des leaders de la contestation, Gabriel Nadeau-Dubois, nous sommes des centaines de milliers à défendre la justice sociale contre un système de privilièges et corrompu. Cette révolution étudiante rompt la routine d’une société devenue ennuyeuse, insiste François Ricard. Car on prend aux jeunes l’argent nécessaire à la « conquête du Nord », pousse Richard Desjardins. Les acquis en matière d’accès à l’éducation sont fragiles et menacés, écrit Normand Baillargeon, il faut donc l’élargir. Mais au-delà du mouvement et des bruits de casseroles, la voix de l’indépendance se fait entendre, analyse Louise Beaudoin, ancienne ministre, députée du Parti québecois.

Source: Au Québec, les raisons d’un soulèvement, Le Monde, 07/06/12

BLx

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«Difficile de ne pas être optimiste»

Au Québec, « le pouvoir libéral de Jean Charest est usé »

Le dictionnaire des synonyme a déjà été retourné plusieurs fois pour décrire la mobilisation ayant actuellement cours au Québec. Une grève étudiante sans précédent, qui s’est transformée au fil des semaines en mobilisation citoyenne historique, en grande partie grâce à l’intransigeance du gouvernement de Jean Charest. Depuis les dernières semaines, les médias internationaux se sont emparés de l’affaire. Les images de manifestations et d’affrontements font les manchettes partout à travers le monde. Que se passe-t-il au Québec ?

Les premières traces de la lutte actuelle sont à rechercher dès 2010. À la fin mars, le ministre des Finances du Québec Raymond Bachand dépose un budget qu’il qualifie lui-même dans les journaux de « révolution culturelle ». Il n’aurait pas pu mieux dire: le budget est historique. Il contient une série de mesures de tarification et de privatisation des services publics : la hausse des frais d’inscription à l’université y est annoncée (75% en 5 ans), ainsi que l’instauration d’une « taxe-santé » annuelle de 200 dollars pour avoir accès au système de santé public et universel québécois et une augmentation de 30% des tarifs d’électricité. Déjà, on le voit: la hausse des frais de scolarité s’inscrit dans une vague beaucoup plus large de mesures d’austérité néolibérales.

C’est à partir du dépôt de ce budget incendiaire que la mobilisation s’ébranle, en crescendo jusqu’au 13 février dernier, où 11 000 étudiants et étudiantes déclenchent une grève générale illimitée. Rapidement, ce nombre gonflera, pour atteindre 300 000 grévistes le 22 mars, dont au moins 200 000 dans les rues de Montréal. Un moment clé de la grève : les étudiants et les étudiantes prennent conscience de l’ampleur et du potentiel de leur propre mobilisation. La lutte commence à s’élargir : les expressions « Printemps québécois » et « Printemps érable » naissent sur la bouche des manifestants. Cela se traduit aussi dans la rue. Les citoyens sont de plus en plus nombreux dans les rues. Des collectifs de poésie apparaissent. De nombreux événements de prise de parole sont organisés. Un mois plus tard, au jour de la Terre, les Québécois sont 250 000 dans les rues pour défendre le bien commun. L’ébullition politique est sociale est à son maximum. Chaque soir, des milliers de personnes descendent dans les rues, majoritairement les étudiants et les étudiantes.

Lorsque le gouvernement de Jean Charest adopte sous bâillon parlementaire la loi spéciale 78 qui suspend les sessions universitaires et encadre sévèrement le droit de manifester. C’en était trop : la marmite saute. La colère accumulée contre le gouvernement Charest en plus de 10 ans se traduit enfin dans la rue. Par dizaines de milliers, des familles québécoises descendent spontanément dans les rues casseroles à la main, et plus seulement à Montréal. Depuis, le tintamarre se fait entendre chaque soir, à 20 heures dans toutes les villes du Québec.

Le pouvoir libéral est usé. La montée de lait actuelle s’inscrit dans une escalade de l’insatisfaction qui s’étire sur plusieurs années : corruption, scandale des gaz de schiste, favoritisme envers le milieu des affaires, saccage de l’héritage social-démocrate du Québec, gestion déficiente des ressources naturelles. Quelle que soit l’issue de la grève étudiante, la vague de changement qui s’est ébranlé ce printemps ne s’arrêtera pas de si tôt. Contre tout les préjugés, la jeunesse québécoise a accepté de jouer son rôle historique : défendre la justice sociale. Et nous sommes des centaines de milliers. Difficile de ne pas être optimiste.

Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de la CLASSE

Source: Le Monde, 7/06/12

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Il faut s’unir pour battre Charest!

«Les effets du mode de scrutin actuel sont bien connus. D’une élection à l’autre, le quasi-monopole que le PLQ exerce sur l’électorat non francophone lui garantit un plancher d’une quarantaine de circonscriptions. Dans les autres, la division du vote francophone peut lui permettre de se faufiler dans suffisamment de comtés pour atteindre le chiffre magique de 63, qui assure une majorité à l’Assemblée nationale.»

Dans sa chronique Michel David fait état du malaise grandissant au sein des forces souverainistes, conscientes qu’elles sont que que leur division risque très sérieusement de contribuer à la réélection de Jean Charest. En témoigne l’Appel à la nation québécoise lancé par Pierre Curzi.

Tout sauf Charest

Michel David   5 juin 2012  Québec

«La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse », dit la Bible. Ces jours-ci, c’est plutôt la crainte de Jean Charest qui en fait réfléchir plusieurs.

En faisant resurgir le spectre d’une victoire libérale qu’on avait crue impensable, la crise étudiante a eu pour effet de relancer le débat sur la nécessité d’un front commun des forces souverainistes, dont l’idée semblait définitivement enterrée.

Après le Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ), c’est au tour du député indépendant de Borduas, Pierre Curzi, de lancer un appel à l’unité. « La nation ne peut plus se payer le luxe d’un autre gouvernement libéral », écrit M. Curzi dans une lettre publiée aujourd’hui dans Le Devoir.

Certes, il n’est le seul à penser que l’intérêt supérieur du Québec commande maintenant de barrer la route aux libéraux et que cet impératif devrait primer toute considération de nature partisane. Option nationale (ON) est actuellement aux prises avec le même débat. Dans une lettre qu’on peut lire sur le site Internet du Devoir, les dirigeants du SPQ Libre, Marc Laviolette et Pierre Dubuc, proposent également une « large coalition autour du PQ ».

Les effets du mode de scrutin actuel sont bien connus. D’une élection à l’autre, le quasi-monopole que le PLQ exerce sur l’électorat non francophone lui garantit un plancher d’une quarantaine de circonscriptions. Dans les autres, la division du vote francophone peut lui permettre de se faufiler dans suffisamment de comtés pour atteindre le chiffre magique de 63, qui assure une majorité à l’Assemblée nationale.

C’est la conjoncture qui a complètement changé au cours des derniers mois. Au début de l’année, la soudaine popularité de la « dame de béton » et la dégringolade de la CAQ, qui semblaient ouvrir la voie à une victoire péquiste, avaient permis à Pauline Marois de couper court à toute discussion sur une éventuelle alliance électorale avec Québec solidaire, mais la situation n’est plus du tout la même. Son rêve de devenir la première femme à diriger le Québec pourrait bien lui échapper.

***

Aussi bien au PQ qu’à QS, et maintenant à ON, l’idée d’une alliance se heurte à des oppositions d’ordre idéologique que certains n’arriveront sans doute jamais à surmonter. Jusqu’à présent, la principale pierre d’achoppement a cependant été l’impossibilité de s’entendre sur un partage des comtés entre les partis.

Le candidat péquiste dans Sainte-Marie -Saint-Jacques, Daniel Breton, a raison : dans cette affaire, la mauvaise foi est également partagée entre libéraux et solidaires. Le SPQ Libre propose encore une fois que le PQ abandonne Rosemont à Françoise David, qui pourrait laisser le champ libre à Nicolas Girard dans Gouin, mais rien n’indique que Mme David serait maintenant prête à accepter un arrangement qu’elle a toujours refusé.

Pour contourner la difficulté, M. Curzi propose la tenue de primaires auxquelles pourraient participer les membres en règle de tous les partis faisant partie de l’alliance. Le vainqueur serait le candidat unique de tous les souverainistes. Le député de Borduas suggère que des indépendants puissent également être sur les rangs, ce qui laisse croire qu’il n’a pas renoncé définitivement à la politique.

Le PQ comptant plus de membres, son candidat l’emporterait dans la quasi-totalité des circonscriptions où des primaires auraient lieu. Outre M. Curzi, une des rares exceptions pourrait être le chef de l’ON, Jean-Martin Aussant, dans Nicolet-Bécancour. Cela ferait grimacer certains péquistes, mais l’élection d’un caquiste serait-elle préférable ?

***

Il est vrai que le PQ, QS et ON ont des positions qui ne sont pas inconciliables sur des questions comme la langue, l’environnement ou les ressources naturelles, mais il est illusoire de penser qu’ils pourraient s’entendre sur une « proposition principale commune » qui irait au-delà du « tout-sauf-Charest », comme le voudrait le fondateur du NMQ, Jocelyn Desjardins.

Qui trop embrasse mal étreint. M. Curzi se verrait bien ministre responsable de la loi 101 dans un cabinet Marois, mais il est totalement irréaliste de penser à un « gouvernement de coalition » qui inclurait des représentants de QS. La majorité des péquistes ne sont pas davantage disposés à passer de l’axe souveraineté-fédéralisme à un axe gauche-droite que les solidaires sont prêts à faire l’inverse. Avec Amir Khadir dans son cabinet, Pauline Marois deviendrait folle au bout de deux jours. Pour le moment, il vaut mieux s’en tenir à une simple alliance électorale.

Des candidatures souverainistes uniques ne garantiraient cependant pas l’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire. Si déprimante que puisse être la perspective d’une victoire libérale, celle de devoir former un gouvernement minoritaire soumis au bon vouloir des libéraux et des caquistes ne l’est guère moins.

Déjà, le PQ hériterait d’une situation financière très difficile qui lui laisserait très peu de marge de manoeuvre. Sans majorité à l’Assemblée nationale, il faudrait également renoncer à la « nouvelle loi 101 », à la citoyenneté québécoise et, bien entendu, à toute initiative de nature constitutionnelle. Les tensions internes qui ont failli provoquer le départ de Pauline Marois cet hiver ne tarderaient pas à réapparaître. Au moins, pour ce qui est de détester Jean Charest, tout le monde s’entend. Le Devoir 5/06/12

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Une messe pour régler le conflit étudiant!

«Convaincu que la prière peut avoir raison des pires mésententes, un prêtre de Québec a décidé d’organiser une messe spéciale pour résoudre le conflit étudiant.

La « messe pour la paix sociale et le dialogue sincère » devait avoir lieu hier soir à l’église Saint-Sacrement.

Dans un communiqué diffusé par le diocèse, les organisateurs soulignent que le conflit « polarise la population » et que les croyants allaient prier « pour qu’une solution adéquate à tous les partis en cause puisse voir le jour rapidement ».

« C’est notre façon de contribuer à la solution », a expliqué hier l’initiateur du projet, le père Gérard Busque. « On est convaincus que notre Dieu peut changer les coeurs, ouvrir les coeurs aux uns et aux autres pour arriver au dialogue ».

C’est à la demande d’un étudiant de la paroisse que le père Busque a pris cette initiative. « C’est un étudiant très croyant qui vient à l’Église très régulièrement », a-t-il indiqué.

Invité à dire si ses prières allaient viser davantage les étudiants ou le gouvernement, le prêtre a lancé en riant que « dans un dialogue, les deux sont concernés » et que « pour qu’il y ait un dialogue, il faut être deux ».

Selon le porte-parole du Diocèse, ce genre de messe est plutôt « inusité ». Des messes spéciales ont souvent été organisées à la suite de catastrophes naturelles, comme le séisme en Haïti ou le tsunami au Japon. Toutefois, il est plutôt rare qu’on organise des célébrations pour des sujets « si près de nous », a expliqué Jasmin Lemieux-Lefebvre.» Le Devoir 5/06/12

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