Le déclin du dernier Tsar

Moscou, le samedi 24 décembre dernier

Vladimir Poutine, actuel candidat à la présidentielle russe et premier ministre de la Russie, a vu son parti, Russie Unie, perdre pratiquement 15% des votes au dernier scrutin. Toujours majoritaire, mais ayant perdu sa majorité qualifiée, Vladimir Poutine et son parti font maintenant face à un vent de contestation populaire comme on n’en n’avait jamais vue en Russie depuis 1991. Un dur coup pour le futur président Russe qui a déjà deux mandats présidentiels à son actif. Ce qui a donné naissance à cette vague de contestations est sans nul doute les multiples fraudes électorales qui auraient permis au parti Russie Unie, «le parti des voleurs et des escrocs», de gonfler ses résultats de 20%. Comment expliquer cet élan de contestation qui semble emprunter ses revendications au printemps arabe ?

Vladimir Poutine exerce son pouvoir d’une main de fer depuis 1999. Son pouvoir présidentiel s’étend à tous les milieux, judiciaire, bureaucratique et économique. Il n’a renoncé que temporairement au pouvoir présidentiel, le temps d’un mandat, car la constitution de la Russie empêche toute personne d’être président plus de deux mandats consécutifs. Son successeur, Dimitri Medvedev, aura profité de son mandat et de la majorité qualifiée du parti Russie Unie pour amender la constitution et ainsi prolonger les mandats présidentiels à 6 ans. Poutine devrait donc régner sur la Russie pendant encore au moins 12 ans. C’était le scénario initial, mais avec les importantes manifestations des derniers jours, rien n’est moins sûr.

Comme expliquer ce renversement de situation qui pourrait donner lieu à un printemps slave ?  Liberté et économie. Voilà ce qui résume bien les raisons et les revendications de ce mouvement de contestation naissant. Les gens, pour la plupart, veulent plus de liberté, veulent pouvoir agir, penser, vivre plus librement, cela ne fait aucun doute. Par contre, selon certains sondages menés en Russie, et présenté par The Economist, le désir de liberté n’est pas, et de beaucoup, le principal moteur de ces contestations. Comme pour le printemps arabe, les causes sont d’abord et avant tout économiques. En effet, une écrasante majorité de russes préfèrent un leader autoritaire et efficace à une démocratie saine,  mais fonctionnant beaucoup moins efficacement. Voilà c’est le mot efficace qui fait ici défaut. La croissance économique importante de la Russie de même qu’une certaine stabilité ont permis à Poutine de gouverner impudemment la Russie depuis de longue année. Loin d’être bien répartie, la richesse créée sous la gouverne de Poutine, grâce à l’exportation de pétrole essentiellement, a tout de même bénéficié généralement à tous. Sauf que les récents événements financiers et économiques sur la scène mondiale ont chamboulés la situation. La crise de l’euro, la crise économique de 2008, l’augmentation du prix du baril de pétrole ont toutes contribué à rendre la croissance économique de la Russie presque anémique, avec tous les problèmes sociaux que cela entrainent. Ce sont donc ces problèmes économiques qui poussent de plus en plus de russes à exiger le départ de Poutine.

Son départ est certes souhaitable, mais qui le remplacera ? Les partis d’opposition, pour la plupart, manquent cruellement d’organisation, et ne présentent pas de véritables alternatives,  n’offrant même pas de programme politique de qualité, trop occupés qu’ils sont à dénoncer Poutine et le parti Russie Unie. De plus, même si Poutine est un engrenage majeur de système de corruption qui s’est incrusté dans l’appareil gouvernemental russe, il demeure qu’il n’est justement qu’un engrenage, possiblement remplaçable. Il joue peut être pour beaucoup dans le présent régime de corruption, mais il n’est pas la seule cause, et de loin, du manque d’éthique et de moral de ce gouvernement infiltré de toutes parts par d’ex-membre de l’URSS et des services de renseignement. Rien ne dit non, plus qu’il ne continuera pas d’influencer le gouvernement de l’extérieur. Le règne du «dernier Tsar»  semble tirer à sa fin et une chose est sûre : présentement, aucun des partis d’oppositions  ne sera en mesure de remplir le vide créé par le départ de Poutine et le chute de Russie Unie. Un vide politique pouvant être aussi dommageable qu’un régime autoritaire, il faudra qu’une nouvelle organisation avec des nouveaux leaders prenne la place si l’on veut éviter que ce printemps slave naissant ne soit rattrapée par les soubresauts d’un hiver glacial et un risque de voir les russes demander de nouveau un régime  «stable»  à la Poutine.

Alexandre Brissette

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