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Voici me voici l’unilingue sous bilingue…

Dimanche dernier, alors que j’étais dans ce que bon nombre de professeurs appellent «la zone d’angoisse du dimanche soir», alors que je tentais de m’en échapper, de m’en distraire, la télévision vint à mon secours, un film, documentaire de surcroît, finit par capter mon attention et susciter vive émotion. «La génération 101», un film où il est question de l’intégration des nouveaux immigrants, des classes d’accueil, de la difficulté d’apprendre le français, du courage et de l’opiniâtreté de ceux qui veulent et qui finissent par parler, à la fin du secondaire, une belle langue, la nôtre langue de résistance et d’endurance, le français qui résonne et raisonne en cette terre d’Amérique. Un beau film donc, qui nous présente ces enfants d’immigrants devenus québécois et de qui nous voulons tant être aimés et en qui nous plaçons tant d’espoir, mais un film de désespérance aussi qui nous présente en finale ces mêmes québécois nouvelle manière affirmant cette fois, pour moitié, vouloir poursuivre leurs études collégiales dans un cégep… anglophone. Ils sont nombreux, trop nombreux, ceux qui au seuil de l’âge adulte décident de passer de l’autre bord, d’aller acquérir des compétences professionnelles en anglais, de se préparer aux études universitaires en anglais. Pas de philosophie, ni de littérature française pour ceux-là, rien de Descartes et de Rousseau, rien de Balzac et de Rimbaud et pour sûr rien de Réjean Ducharme et de Gaston Miron, mais plutôt Humanities and English litt. Immergés dans une aire culturelle anglosaxonne, une part de nos concitoyens resteront donc étrangers à ce que nous appelons «la formation générale commune». La culture de l’autre bord (l’autre bord de nous-mêmes?), celle qui nous vient principalement d’Angleterre et des États-Unis est hautement estimable et désirable, c’est même une chance que nous avons de pouvoir la connaître et la côtoyer de si près, comme à Montréal, mais ce n’est pas celle-là que nous recevons en héritage et qui nous accompagne comme un destin. Voilà qui est navrant: découvrir qu’il y autant de néo-québécois qui choisissent de ne pas partager le destin singulier qui nous échoit. Mais qui ça «nous»? Ceux qui, en parlant leur langue, se séparent? Que faire alors? Peut-être faudrait-il revoir certaines des dispositions de la loi 101? En effet, si les enfants d’immigrants sont obligés de fréquenter l’école française au primaire et au secondaire, cette obligation ne s’étend pas jusqu’au niveau collégial. Faut-il donc abolir la possibilité de choisir le cégep anglophone? Et pendant ce temps, à la mairie, on semble tenir pour obligatoire la maîtrise de l’anglais…

«Voici me voici l’unilingue sous bilingue…» écrit Gaston Miron, est-ce de cette manière que Louise Harel devra désormais se présenter aux électeurs montréalais? On a fait grand cas du fait que la candidate à la mairie ne parle que très peu anglais, en tous cas pas assez pour participer à un débat dans la langue de Shakespeare. À ce sujet Jacynthe, grande blogueuse s’il en est, m’a suggéré d’insérer un lien vers un texte de Richard Martineau (qu’elle n’apprécie normalement pas plus que moi…) qui traite bien de cette question:

http://www2.canoe.com/infos/chroniques/richardmartineau/archives/2009/09/20090923-072800.html

Toujours au sujet de la langue, lors de l’évènement entourant le 250è anniversaire de La Bataille des plaines d’Abraham «Le Moulin à Paroles» , un magnifique texte de résistance a été lu, le voici lu en 1980 par son auteur Michèle Lalonde, il s’agit bien évidemment de Speak White.

Bruno Lacroix

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