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Le journalisme de données: un exemple de mathématisation du réel

Le journalisme de données, ou l’art de faire parler les chiffres

Trois questions sur un genre journalistique en pleine mutation

Fabien Deglise, Le Devoir, 10/09/12

Le journalisme de données – ou l’art de faire parler les chiffres et les statistiques au nom du public à l’information – n’est pas né de la dernière pluie de données en format électronique, qui s’intensifie au rythme de la numérisation des activités humaines. Genre longtemps dans la marge, apprécié surtout des journalistes un peu geek qui aimaient affronter des piles de papier et entrer à la main des chiffres dans des feuilles de tableurs, ce type de journalisme trouve toutefois un deuxième souffle aujourd’hui, porté par la masse d’information en format binaire désormais générée chaque jour tant par les gouvernements et les services publics que par les humains eux-mêmes socialisant par ordinateurs et tablettes interposés.

La semaine dernière à Montréal, avec une conférence intitulée Data, récits et Cie, le groupe de recherche sur les médias, la technologie et la culture, Media@McGill, en collaboration avec Radio-Canada, a tenu salon sur le sujet pour réfléchir à haute voix sur les espoirs, l’avenir et les contraintes de ce genre en mutation. Panorama des discussions en trois questions.

Qu’est-ce que le journalisme de données ?

Appelé data journalism du côté du New York Times ou The Guardian de Londres, qui explorent sérieusement le genre depuis quelques années, le journalisme de données consiste en grande partie à croiser des bases de données dans le but de documenter le présent, et ce, en dressant des portraits inédits de l’activité humaine. Il vise également à creuser dans les masses gigantesques de données produites chaque jour pour aller au-delà de la complexité de ces bases et rendre intelligible à un grand nombre les informations qu’elles contiennent.

Des exemples ? The Gazette a récemment présenté en ligne une carte interactive de Montréal sur laquelle il est possible de voir les endroits de la métropole où il s’est produit, entre 2006 et 2010, le plus grand nombre d’accidents impliquant des cyclistes et des véhicules motorisés. Le projet repose sur la géolocalisation des 3742 rapports d’accidents détenus par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Ailleurs, le journalisme de données a fait naître sur le papier numérique de La Presse une carte permettant de voir pour qui votre voisinage a voté à l’avant-dernier scrutin provincial. Pour arriver à ce résultat, le quotidien a inscrit dans l’espace géographique les résultats électoraux par bureau de vote pour faire apparaître sur une carte les couleurs politiques par quartier.

En Allemagne, le projet OpenDataCity a développé une application permettant de suivre à la trace les retards des trains de l’ensemble du réseau allemand, pour mieux les dénoncer, s’entend. Dans un autre registre, ce type de journalisme a donné forme le printemps dernier à une ligne du temps (ggi.xkr.ca) permettant de suivre la chronologie de ce que l’on a appelé le « printemps érable » par l’entremise des contenus numériques produits par les citoyens en lien avec cette crise sociale.

Les contraintes du journalisme de données ?

Même s’il trouve son énergie dans des masses infinitésimales d’information, le journalisme de données, lui, doit composer avec beaucoup de limites. La première est certainement l’accès aux bases de données des organismes publics, mais également leur peu de diversité. L’ouverture de ces données, qui s’est amorcée dans les dernières années sous la pression de groupes de programmeurs, comme Montréal Ouvert et Québec Ouvert et du mouvement mondial de l’« open data », comme on dit en Ontario, est encore timide.

La qualité inégale de ses bases de données et leur format varié posent également problème ou compliquent le travail des personnes chargées de manipuler ces données pour les rendre plus claires. Au-delà de la matière première, le journalisme de données doit également composer avec des contraintes organisationnelles dans les salles de rédaction où cette forme hybride de journalisme vient un peu bouleverser les structures traditionnelles. Le genre fait intervenir en effet une nouvelle composante dans le processus de production de l’information : un programmeur. Pis, résume Jonathan Stray, adepte du genre et membre de l’Overview Project, il fait entrer dans ces salles une nouvelle logique de travail par équipe multidisciplinaire devant mettre en symbiose un journaliste, ce programmeur et un graphiste pour orchestrer la visualisation des informations extraites. Le journalisme de données s’inscrit aussi dans une autre temporalité. Plusieurs jours ou semaines sont parfois nécessaires pour obtenir une réponse à une question. Parfois, des heures de programmation peuvent ne mener nulle part, et les détenteurs de cordons de la bourse dans les entreprises de presse ne sont généralement pas très chauds à cette idée.

L’avenir du journalisme de données ?

L’avenir est prometteur, estiment les artisans de cette mutation, mais les promesses viennent toutefois avec des conditions. En effet, pour le moment, les bases de données les plus accessibles permettent surtout d’explorer des champs de la connaissance qui alimentent ce que l’on appelle le journalisme de service : recenser les restaurants qui n’ont pas passé les inspections sanitaires, géolocaliser des zones à risques pour les cyclistes ou les piétons dans une ville, géolocaliser les politiques municipales d’arrosage, l’état des patinoires en hiver, la qualité de l’eau dans les piscines publiques…

Or, pour acquérir ses lettres de noblesse, le journalisme de données, en format 2.0, va devoir de plus en plus s’aventurer dans d’autres sphères comme celles du journalisme politique, social ou économique. C’est un peu d’ailleurs ce que cherche à faire Québec Ouvert en lançant dans quelques jours son premier « hacketon » sur le thème « luttons contre la corruption ». L’événement vise à trouver dans les bases de données des façons de déceler la corruption et, du coup, de l’enrayer. Pour faciliter l’extension des territoires d’exploration, les journalistes devraient également commencer à faire part collectivement aux institutions publiques de leurs besoins en matière de données, comme cela s’est fait en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, mais également, croit M. Stray, à formuler des questions en regardant des bases de données, questions qui, à l’instar du journalisme classique, sont également – et forcément – le point de départ du journalisme de données.

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Inch’Allah

Inch’Allah, le dernier film d’Anaïs Barbeau-Lavalette

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«Rapailler l’homme», un film sur Gaston Miron

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Un anglo parle aux francos

Bonjour,

Mon nom est Josh et, je l’avoue, je suis anglophone.
En fait, je suis assez typique pour un anglo montréalais ; je suis Juif.

Comme la plupart des Juifs ici, je suis allé à une école protestante, parce que, à cette époque, les écoles catholiques nous voulaient pas vraiment de nous.

J’ai donc passé tous les matins de mon enfance à apprendre les chansons traditionnelles chrétiennes –que seul les Juifs de Montréal chantent, comme Jesus loves me, this I know, for the Bible tells me so et Onward Christian Soldiers.

Malheureusement, pendant que j’apprenais tous ces hymnes protestants, je n’ai pas appris beaucoup de français. Les écoles anglaises du Québec n’enseignaient pas bien cette langue dans ma jeunesse.

À l’école secondaire, mon prof de français était Mme Schwartz. Elle m’a appris le français trois heures par semaine avec un accent anglais du West End – qui provenait en partie de Paris et en partie du centre commercial Cavendish. Mais mon français devenait incompréhensible dès que j’allais à l’est de la Charcuterie Schwartz.

J’ai grandi sur une rue de Montréal qui s’appelait Deleppy. À 15 ans, j’ai appris qu’elle se nommait plutôt De L’épée. Je l’ai découvert lorsque j’ai pris un taxi pour la première fois et que le chauffeur (un francophone) est passé deux fois sous le panneau indiquant le nom de ma rue sans la trouver.

Après l’école secondaire, j’ai déménagé au centre-ville de Montréal, où j’ai finalement commencé à comprendre comment notre ville fonctionnait. Je vivais dans un quartier plein de francophones, près de « Gene Manz » Street… apparemment un cousin anglais de Jeanne Mance, le nom utilisé par tous les francophones que j’ai rencontrés. (Même chose pour Pine Avenue, que les francophones appelaient Avenue Des Pins.)

Lentement, j’ai appris à m’adapter, à mieux parler français et à vivre dans cette ville francophone pleine d’anglophones, d’allophones, de xylophones !

J’ai travaillé en français, j’ai flirté en français, j’ai même voté pour René Lévesque en 1976, pour booster le pouvoir du français.

Par la suite, ma femme (aussi anglophone) et moi avons envoyé notre fils dans des écoles francophones durant huit ans. Au début, il parlait d’ailleurs une langue bâtarde où apparaissaient des phrases comme : « Dad, I want a collation . »

Aujourd’hui encore, il pense que « dépanneur » est un mot standard en anglais, partout Canada, comme « métro » et « autoroute ».

Notre but était de s’assurer qu’il parle français beaucoup mieux que moi. Et nous avons réussi. À 16 ans, il est bilingue et totalement gêné d’entendre mon accent anglo d’avant-la-loi-101, qui me fait prononcer ‘Longay’ au lieu du Longueuil.

Et je pense que mon histoire est typique de beaucoup d’entre nous. La communauté autour de moi a changé et s’est énormément adaptée en 30 ans.

Nos grands-parents et leurs ancêtres ne parlaient pas du tout français ; ils étaient trop occupés par leur lutte quotidienne pour survivre.

Maintenant, presque tous les anglophones envoient leurs enfants en immersion ou à l’école française. Et beaucoup de ces enfants ont l’accent québécois d’un bûcheron et la sophistication d’un sommelier.

« Dad, passe-moé le Grand Cru Château Dépanneur 2004, s’il te plaît. »

De plus en plus, ils marient des francophones et élèvent leurs enfants en français, comme le révèle le sondage de L’actualité, dans son numéro en kiosque ce vendredi.

Nous sommes aussi de plus en plus nombreux à lire La Presse et L’actualité. Nous regardons presque tous le hockey sur RDS, depuis que CBC a commencé à favoriser les Leafs de Toronto. Personnellement, je suis un fan de Di Stasio et Désautels, entre autres.

Pour emprunter une blague d’Yvon Deschamps: « On ne peut plus se moquer de nos anglophones, ils sont devenues  bilingues! Ils nous comprennent. »

Cela dit, il semble que nous ne connaissons pas Normand Brathwaite, Véronique Cloutier, ni de nombreuses autres vedettes francophones sur lesquelles L’actualité nous a testés. Même moi, je ne connais pas vraiment Marie-Mai. Mais bon, je ne connais pas non plus 99 % des jeunes chanteurs pop canadiens-anglais.

Comme la plupart des anglos, je regarde la télévision américaine. Posez-nous des questions sur Charlie Rose, Larry David et des shows comme Modern Family ou  Downton Abbey – une fabuleuse série dramatique sur PBS, que tout le monde regarde, ici et sur le reste du continent.

Je suis désolé que la plupart d’entre nous ne connaissent pas le nom du maire de la ville de Québec, mais nous ne connaissons pas le maire de Toronto non plus !

Oui, beaucoup d’entre nous sont solidaires avec les rêves et les peurs du Québec francophone, mais, comme L’actualité l’a découvert, beaucoup sont tout simplement fatigués de la politique québécoise.

La chose importante, c’est que 80% des anglophones disent qu’ils se définissent comme Québécois dans le sondage, une affirmation que nous n’aurions jamais faite il y a même une décennie. (Et c’est même plus que le nombre de personnes qui s’identifient comme Ontariens chez nos voisins).

Nous, anglos, avons choisi de rester ici alors que des centaines de milliers d’autres sont partis (bien que leurs enfants aient été nombreux à revenir étudier et vivre ici parce que leur ville natale leur manquait).

Nous, anglos, aimons Montréal, alors que trop de francophones l’abandonnent pour la banlieue. Peut-être que nous avons besoin d’un nouvelle Loi «301», qui empêche les francophones de quitter l’Île, afin de s’assurer que Montréal reste francophone ?

Comme de nombreux anglos, j’ai essayé de vivre ailleurs, mais ma ville m’a toujours manqué. J’ai trouvé Ottawa trop prudente, alors que Toronto se réveillait trop tôt et que Vancouver ne se réveillait pas du tout.

Je suis Montréalais dans mon sang. C’est une ville que j’aime beaucoup ; une ville totalement imprévisible, chaotique et plus vibrantes qu’aucune autres au Canada.

C’est une ville tolérante, parfois frustrante, mais  toujours amusante.

C’est un grand laboratoire où la langue française et la langue anglaise se mélangent comme dans aucune autre ville sur la planète. Un endroit où le stand-up comic Sugar Sammy peut faire un show où se mêlent l’anglais et le français et vendre plus de 30 000 billets.

Non, les anglos et les francos ne se mélangent pas assez dans leur vie personnelle… Cela va prendre du temps.

Si on se fie au sondage, 80 % d’entre nous n’ont jamais eu une vraie conversation avec un francophone. Mais là encore, comme le Québec est francophone à 80 %, ça signifie que seulement 4% des francophones ont eu une vraie conversation avec un anglophone.

À qui la faute? À personne, à mon avis.

Traverser les cultures est un business difficile partout dans le monde et seulement une minorité de gens peuvent réussir à le faire.

Le point important pour moi, c’est que les choses s’améliorent rapidement ici au Québec ; notre communauté anglophone évolue plus rapidement que beaucoup d’habitants du monde occidental.

Le Québec est un lieu fascinant et il nous a rendus, nous les anglophones, plus intéressants aussi. Je pense que, à l’image de mon voyage de la rue Deleppy à la rue De L’Épée, notre communauté a parcouru un long chemin au cours des années.

Mais c’est un voyage qui vient de commencer, et il faut que nous fassions tous preuve de patience, de générosité et d’empathie pour l’aider. Avec ça, je crois qu’on pourra construire une communauté anglophone forte dans un Québec francophone fort, un endroit où les deux solitudes ne feront qu’un.

Mon nom est Josh et, je l’avoue, je suis toujours anglophone.

À la prochaine !

Source: L’actualité.com/ Le blogue de Josh Freed

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Un Anglo réprimande les Anglos

Message d’Urbania: Nous avons vu passer ce message sur Facebook et nous avons contacté son auteure pour lui offrir de le partager sur notre blogue. Son message va comme suit…

As an Anglophone, primarily, I am APPALED by the amount of HATE I have been seeing these past few weeks. I’ve actually seen people say THEY ARE SAD that Pauline Marois was not assassinated tonight.Let me inform your West Island brain; you live in an Anglophone community, you WILL NOT be evacuated in the next few weeks. The West Island will remain as it is because Politics do not work that way.

IT IS A MINORITY GOVERNMENT MEANING they need people to agree with them AND besides, what will really change in your little anglo world? Bigger writing in French for “CENTRE COMMERCIAL FAIRVIEW”?

If you cared at all about the political life of your province you would see that in the past few years QUEBEC has voted more and more for progressive/leftist parties, MEANING: Social housings, women`s rights, taxation of large companies, generic (cheaper) prescription drugs and more rights for the poor. WE ARE QUEBEC. You were BORN/CHOSE TO LIVE HERE and are very lucky to live in the most progressive province in Canada.

But guess what? Canada has not helped you in any way. Stephen Harper is a fucking asshole that will fuck you over and over again in the name of profit. Be mad at your parents and your adult selves for not choosing to learn the French language in a French province. HOW IS THIS NEW?!?! This has been a FRENCH province for YEARS. Now YOU as an ADULT will perhaps realize that in order to live somewhere where the primary language is French YOU SHOULD LEARN IT. It is a dying language in Canada and your inability to understand why francophone want to preserve it IS RACIST.

Think of the change we can demonstrate to the world by letting go of our NEO-LIBERAL leaders. Sure I did not vote for the PQ but I am in every way a separatist because no matter how “BEAUTIFUL” Canada is, borders are imaginary and as long as one of them is willing to understand how FUCKED UP this country is, I will support its separation hoping for a LEFTIST party that will truly make an example of true human right.

FUCK, YOU MAKE ME ASHAMED TO BE AN ANGLOPHONE IN QUEBEC.

Source: Urbania.ca
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VICTOIRE!

Hommages et félicitations aux étudiants qui ont mené une lutte historique grâce à laquelle «Nous sommes arrivés à ce qui commence».http://www.facebook.com/bloquonslahausse

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Attentat contre la première ministre au Métropolis

Un homme armé a tué une personne et en a blessé une autre grièvement lors du discours de victoire de la nouvelle première ministre du Québec, Pauline Marois, dans la nuit de mardi à mercredi, au Métropolis. La Presse, 5/09/12

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Aujourd’hui je vote!

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De la justice

Court métrage documentaire présentant une série de réflexions sur la judiciarisation à partir du conflit étudiant québécois. Étudiants, professeurs, avocat et juriste témoignent des effets à court et à long terme de ce phénomène inquiétant sur la société québécoise.

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Xavier Dolan lance un appel au vote!

http://vimeo.com/48487573

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Les Écossais

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29 août 1949: l’URSS fait exploser sa première bombe nucléaire

La Deuxième Guerre mondiale était à peine terminée en août 1945 qu’une course aux armes nucléaires technico-industrielles suivit entre les deux nouvelles superpuissances émergeantes, les États-Unis d’Amérique et l’Union Soviétique. Entre 1946 et 1949, les États-Unis d’Amérique ont effectué six essais supplémentaires. Puis, le 29 août 1949, l’Union Soviétique a testé sa première bombe nucléaire, « Joe 1 ». Cet essai a marqué le début de la course aux armes nucléaires de la Guerre Froide entre les deux superpuissances. Lire la suite: UN/Les essais nucléaires de 1945 à 2009

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Analyse politique plutôt que vote stratégique

Dans les circonscriptions où les candidats du PQ, de QS, du PV ou d’ON sont les seuls véritables concurrents dans la course électorale, il ne faut pas voter stratégique. Il faut voter en fonction de ses convictions profondes. Telle est, par exemple, la situation dans les comtés de Mercier et de Gouin. Et si le PQ perd la majorité des sièges à cause de quelques comtés obtenus par QS, par le PV ou par ON, j’ai presque envie de dire « tant mieux ». De cette manière, la gauche aura la balance du pouvoir et pourra infléchir dans le bon sens les politiques des péquistes.

Dans les circonscriptions où le député libéral ou caquiste est pratiquement assuré de remporter la mise, là encore, il faut voter avec son coeur et ses idées. Mais dans les comtés où une division du vote risque de permettre à un candidat libéral ou caquiste de se faufiler, il faut impérativement faire porter son vote sur le candidat du parti qui a le plus de chances de battre le PLQ ou la CAQ, et ce, même s’il s’agit le plus souvent du PQ (et parfois pour ON, dans le comté de J.-M. Aussant).

On doit dans ce cas voter pour les candidats qui se rapprochent le plus de nos idées ou qui s’en éloignent le moins. N’oublions pas que le PQ s’engage à des élections à date fixe, à des référendums d’initiative populaire, à imposer un plafond de 100 dollars sur le financement des partis politiques, à abolir la taxe santé, à hausser les redevances des entreprises minières, à imposer un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste, à ajouter deux paliers d’imposition, à abroger la loi 12, à abolir la hausse des droits de scolarité et à mettre sur pied les états généraux de l’éducation supérieure. Ce n’est pas rien.

Une bataille rangée

Pour savoir quoi faire dans son propre comté, il faut consulter le site Too close to call. L’approche qui consiste à moduler de cette façon notre comportement électoral, en fonction des forces en présence dans les comtés, va bien au-delà du débat entre ceux qui sont pour le vote stratégique et ceux qui sont contre. Les partisans du vote stratégique au PLQ disent qu’un vote pour la CAQ est un vote pour le PLQ et ceux du PQ disent qu’un vote pour QS est un vote pour le PLQ. Mais les choses ne sont pas aussi simples que ça.

La position que je décris ne relève pas d’un vote « stratégique », mais bien d’une analyse politique. Elle permet tout d’abord de donner des sièges à des partis (PQ, QS, PV ou ON) qui se rapprochent le plus possible du centre ou de la gauche. Mais elle pourrait aussi permettre aux partis qui sont les plus à gauche de faire passer leurs idées au pouvoir.

Car même si l’on renonce à voter pour un candidat qui est réellement de gauche au profit d’un candidat péquiste et que ce dernier a de réelles chances de l’emporter, cela pourrait non seulement contribuer à porter le PQ au pouvoir, mais cela pourrait aussi avoir pour effet de maximiser les chances de la gauche de détenir la balance du pouvoir ou d’infléchir les politiques péquistes. Il peut donc être dans l’intérêt de QS, du PV ou d’ON de voir le PQ prendre le pouvoir, surtout si ces partis détiennent la balance du pouvoir.

Cette éventualité est loin d’être farfelue. Les projections sur le site Too close to call indiquaient récemment que le PQ détiendrait 62 circonscriptions et que QS en aurait une. C’est dans ce cas avec le siège détenu par QS qu’on parviendrait à la majorité des sièges. (Les plus récentes projections indiquent plutôt 67 circonscriptions pour le PQ et 2 pour Québec solidaire.)

Le PQ pourrait donc avoir besoin de la gauche pour obtenir la majorité parlementaire ou devrait à tout le moins en tenir compte pour ne pas se faire damer le pion lors des prochaines élections. QS et ON pourraient avoir un ascendant sur le PQ à l’Assemblée nationale, d’où l’intérêt de voter utile et d’appuyer le PQ.

Le NPD a longtemps eu un tel ascendant sur les libéraux fédéraux à Ottawa lorsque ceux-ci étaient au pouvoir. Le vote prétendument « stratégique » peut donc paradoxalement favoriser politiquement les idées de la gauche. Ce devrait être un pensez-y bien au moment où certains s’apprêtent à jouer leur va-tout et à voter sans s’être livrés au préalable à une analyse politique serrée.

Une guerre de tranchées

Quand on combat dans les tranchées face à des adversaires comme le PLQ ou la CAQ, la stratégie qui consiste à se tenir « debout » ne peut pas toujours être la bonne. Elle peut paraître noble parce que c’est un peu comme si on faisait un baroud d’honneur, mais elle fait trop l’affaire des tireurs d’élite, des snipers et des loose cannons de la droite.

Il faut avoir le courage de ses idées, mais en maîtrisant l’art du possible. Il faut que nos utopies soient réalistes. Il ne faut pas servir de chair à canon, surtout si cela favorise la prise de pouvoir des partis de droite comme le PLQ et la CAQ

Michel Seymour – Professeur au département de philosophie de l’Université de Montréal

Source: Le Devoir, 29/08/12

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Forte présence policière à l’U de M

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Les nouveaux 10 (et 250) meilleurs films de tous les temps du Sight & Sound

À chaque dix ans depuis 1952, le magazine britannique spécialisé en cinéma Sight & Sound fait un grand sondage auprès de critiques, spécialistes et professionnels du cinéma pour établir une liste des 10 meilleurs films de tous les temps. Avec le top 100 de l’American Film Institute, il s’agit sans doute de la liste du genre la plus connue, voire la plus citée dans le monde.

Le magazine invite des spécialistes à travers la planète à soumettre une liste de leurs top 10, peu importe comment ceux-ci interprètent ce qui est « meilleur » et sans ordre particulier. Comme le précise Nick James :

As a qualification of what ‘greatest’ means, our invitation letter stated, “We leave that open to your interpretation. You might choose the ten films you feel are most important to film history, or the ten that represent the aesthetic pinnacles of achievement, or indeed the ten films that have had the biggest impact on your own view of cinema.

On compile les données en donnant un vote à chaque film présent sur une liste. Ensuite, on organise les films selon leurs nombres de votes, ce qui nous donne un « top 10 » qu’on peut ensuite étendre jusqu’au nombre de titres cités. Explorez vous-même les résultats ici.

Pour 2012, le bassin de spécialistes a été grandement élargi pour refléter les nouveaux médias (on a inclus par exemple des critiques qui ne sont actifs que sur Internet), plus de diversités dans les genres (des spécialistes du documentaire et du cinéma expérimental) et une plus grande ouverture sur le monde (globalisation oblige). 1000 spécialistes ont été ainsi invités (le plus grand nombre d’invitations depuis que le sondage existe), pour 846 réponses de 73 pays différents. Les résultats donnent 2 045 titres différents qui ont été compilés selon le nombre de votes reçus. De plus, on a continué une tradition entamée en 1992 : une liste parallèle des 10 meilleurs films selon les réalisateurs.

Les résultats, plus conservateurs qu’on ne pouvait s’y attendre, sont fascinants. La plus grande nouvelle est sans doute l’arrivée d’un nouveau #1, Vertigo d’Hitchcock, et le déclassement au #2 de Citizen Kane de Welles. Ce dernier film a connu une stabilité historique impressionnante au #1. À l’exception du tout premier sondage de 1952 qui avait élu Voleur bicyclettes de De Sica à ce prestigieux grade (alors qu’il était sorti en salles à peine quatre ans auparavant), tous les sondages du Sight & Sound depuis 1962 avait scellé ce monstre sacré du cinéma à la première position.

Bien sûr, le déclassement de CK est relatif puisqu’il se retrouve quand même au 2e rang (chez les réalisateurs, il occupe d’ailleurs la même position, à égalité avec 2001 : Odyssée de l’espace). Sans doute est-ce pour le mieux. L’archi-canonisation d’une œuvre dans les arts peut avoir des effets pervers, comme de donner l’illusion que c’est “objectivement” la meilleure œuvre de tous les temps, accompagné d’une sensation académique (ou scolaire) à cela puisqu’une majorité de spécialistes (et de profs) tendent à en parler comme de l’Incontournable du Jugement Éternel et Absolu du Bon Goût. Le résultat est que trop souvent on fossilise ainsi l’œuvre, voire qu’on lui attribue une valeur quasi-dogmatique au sein d’un Panthéon de l’Art quasi divin, alors qu’il n’est qu’un consensus humain et relatif.

À l’inverse, il faut comprendre que n’importe quelle œuvre, canonique ou non, a quelque chose de vivant, avec des qualités et des défauts, et que notre perception de celle-ci ne doit jamais se figer mais elle aussi rester vivante pour l’apprécier à sa pleine valeur. J’interprète donc le déclassement de CK ainsi : un déplacement attendu, qui allait arriver un jour ou l’autre, qui nous permet de réaliser encore que c’est une œuvre dont il faut comprendre l’importance historique et stylistique, mais que ce n’est pas la seule.

Pour le nouveau numéro 1, le parcours est tout aussi intéressant, comme le mentionne Ian Christie :

Hitchcock, who only entered the top ten in 1982 (two years after his death), has risen steadily in esteem over the course of 30 years, with Vertigo climbing from seventh place, to fourth in 1992, second in 2002 and now first, to make him the Old Master.

Autrement dit, le processus de canonisation d’une œuvre est souvent quelque chose qui demande du temps. Le film le plus récent du top 10 date de 1968 (2001 : Odyssée de l’Espace au #6), et on comprend que pour atteindre un tel statut, une œuvre doit prouver qu’elle résiste aux modes. Un film peut emballer la critique et le public l’année où il sort mais être oublié rapidement dix ans plus tard. Vertigo avait été un échec commercial relatif à Hollywood, ce qui explique sa « non-présence » dans le top 10 jusqu’aux années 1980. À l’inverse, la redécouverte de CK dans les années 1950-1960 (film qui avait été « maudit » à sa sortie) avait valorisé celui-ci à partir de ce moment. Mais avec le temps, la reconnaissance et l’appréciation ultérieure de Vertigo en sont venues à en faire de plus en plus un incontournable jusqu’à prendre cette position fabuleuse et dangereuse de nouveau #1.

Mentionnons aussi le nouveau #1 des réalisateurs, Tokyo Story d’Ozu (à mon grand dam, je n’ai jamais vu ce film, mais je vais corriger cela cette session, promis), qui vient lui aussi déclasser CK au second rang.

Il faut bien sûr relativiser ses résultats. Sur 846 listes, seulement 191 incluent Vertigo (et 157 pour CK). Comme le fait remarquer Jim Emerson, le meilleur film de tous les temps se retrouve véritablement présent sur moins d’un quart des listes. C’est donc un consensus relatif.

C’est d’ailleurs ici que cette nouvelle liste devient totalement fascinante : plutôt que de se limiter à publier un top 10, le site de la BFI nous donne accès à une liste élargie des 250 meilleurs films des critiques et des 100 meilleurs films des réalisateurs. De plus, on a mis en ligne la base de données avec toutes les listes de tous les participants. À ce stade, la diversité et la pluralité des choix des critiques est plus frappante. Par exemple, la présence de cinéastes comme Terence Malick, Belà Tarr, David Lynch, Wong Kar-Wai ou Abbas Kiarostami, qui sont tous contemporains.

Une petite réserve locale : aucun critique québécois n’a participé à cette liste, un seul cinéaste québécois, Jean-Marc Vallée, l’a fait, alors qu’on retrouve les listes de 24 critiques, professionnels et réalisateurs canadiens (incluant Vallée). Aussi, au panthéon, les films québécois sont absents. De manière comique, “Au clair de la lune” de Forcier, “Jésus de Montréal” d’Arcand, “32 films brefs sur Glen Gould” de Girard et “Atarajnuat” de Kunuk sont à égalité à la 894e position parce qu’ils ont chacun reçu un vote (et visiblement un vote d’un non-québécois).

Et quel est le meilleur film canadien de tous les temps (excluant les coproductions)? Wavelength de Michael Snow, en 102e position. Et le second? Videodrome de David Cronenberg en 202e position. Aucun autre film canadien ne se retrouve dans le top 250. Connaissez-vous ces deux films? Je vous les conseille fortement, chacun pour des raisons différentes (mais svp, faites des recherches sur Wavelength avant de le regarder : c’est un film expérimental non-narratif, et vous risquez d’être pris au dépourvu sans un peu de préparation au préalable).

Mise à part cette réserve, il faut féliciter l’ouvrage qui a été fait par Sight and Sound. Avec le nombre astronomique de données, d’articles et de commentaires présents sur le site et autour, je vous garantis des heures de surf chronophages à venir.

SOURCES

L’introduction au sondage : http://www.bfi.org.uk/polls-surveys/greatest-films-all-time-2012

La liste, la base de données et les références à des articles connexes : http://explore.bfi.org.uk/sightandsoundpolls/2012/

Le site la British Film Institute (BFI), qui publie Sight & Sound http://www.bfi.org.uk/

Pour comparaison, les listes des 10 meilleurs selon les critiques (depuis 1952) et les réalisateurs (depuis 1992) : http://en.wikipedia.org/wiki/Sight_%26_Sound – ces listes sont aussi présente sur le site de la BFI

Un point de vue relativiste sur la place sacrée de Citizen Kane comme meilleur film de tous les temps, incluant une mise en contexte historique des différentes listes du S&S  peut se trouver dans cette entrée de Kristin Thompson sur le blogue de David Bordwell: http://www.davidbordwell.net/blog/2012/03/06/john-ford-and-the-citizen-kane-assumption/

Un point de vue plus pointu de l’histoire de la mise en scène en profondeur au cinéma, qui démontre que Citizen Kane est plus une “anomalie historique” qu’un “prototype” peut se trouver dans Bordwell, David. 1997. On the History of film Style, Harvard University Press, p. 221-237 (p. 225 pour la citation).

Guillaume Campeau-Dupras, Film Look

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