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Carré rouge: maintenant, on fait quoi?

Des élections seront probablement déclenchées en août au Québec par le gouvernement Charest. Histoire de faire oublier son piètre bilan et de camoufler l’odeur de scandale, il aimera sans doute faire porter une bonne partie de cette campagne électorale autour du conflit étudiant et du carré rouge qu’il s’est appliqué à amalgamer à l’intransigeance, la violence, le désordre, la rue, à Pauline Marois et au Parti québécois.

Ces calculs électoralistes sont en train de lui donner raison. Malgré les casseroles et les manifestations monstres auxquelles participaient plusieurs dizaines de milliers de personnes, le gouvernement n’a pas bronché et a même récolté la sympathie d’une partie de la population, nous disent les sondages.

Alors, quelle stratégie les associations étudiantes vont-elles adopter lors de la reprise des cours au mois d’août ? Vont-elles répéter les mêmes tactiques qui consistent à bloquer l’entrée des cégeps et des universités et ressortir dans la rue avec une loi 78 toujours en vigueur ? Ce serait là, à mon avis, une stratégie risquée qui permettrait au gouvernement Charest de marquer des points dans l’opinion publique, augmentant ainsi ses chances de se faire réélire.

Le mouvement de contestation doit penser stratégie et se montrer plus intelligent que son adversaire. Le carré rouge, l’indignation, les casseroles et les manifestations monstres représentent de merveilleux symboles, mais ils ne suffisent plus dans le contexte actuel. Je sais, plusieurs contestataires méprisent la politique, ils préfèrent s’en tenir à distance, bien drapés du voile de la Vertu et des impératifs catégoriques.

Mais de grands principes ne changent pas le monde s’ils ne s’incarnent pas dans l’action à travers les institutions en place, même si c’est pour les changer. C’est pourquoi le mouvement de contestation doit dorénavant prendre à bras-le-corps l’animal politique, occuper la scène électorale à la manière d’un cheval de Troie afin de faire changer les choses de l’intérieur.

Ainsi, si elles ne veulent pas regarder passer la parade lors de la rentrée, les associations étudiantes devraient s’assurer, rapidement, que chaque étudiant est inscrit sur la liste électorale et qu’il ira voter pour le candidat et le parti de son choix. Ceci peut se faire en organisant des tables de pointage dans les établissements d’enseignement, liste électorale à la main et informations pertinentes disponibles ; surtout pour tous ces jeunes qui en seront à leur première expérience comme électeurs.

Ensuite, avant d’aller voter, l’électeur, d’une manière pragmatique et en pensant vote stratégique, devrait analyser la force des candidats de sa circonscription afin de s’assurer que la division du vote ne permette pas au parti dont il veut se débarrasser de se faufiler au fil d’arrivée.

Les étudiants et leurs associations doivent également plancher à fond sur ce qu’ils savent très bien faire : utiliser les médias sociaux pour communiquer, informer, mobiliser, et ce, d’une manière intelligente et novatrice. En maximisant le réseautage, je suis convaincu qu’ils pourraient augmenter grandement leur efficacité.

Et puis, vous savez quoi ? Les étudiants pourraient concrètement s’impliquer dans les associations politiques de leur circonscription, mettre la main à la pâte, donner de leur temps, militer afin de faire élire le candidat qui reflète le plus les valeurs qu’il défend. Au bout du compte, ceci aurait sans doute pour effet d’amener du sang neuf, de nouvelles idées et façons de faire dans ces machines électorales souvent trop conservatrices.

Plusieurs ont vanté les vertus pédagogiques du mouvement étudiant des derniers mois. En se mobilisant et en militant pour une cause sociale, ces milliers d’étudiants se sont regroupés, ont débattu et défendu leurs valeurs citoyennes. On est loin de l’image de l’enfant roi égoïste et replié sur soi que nous renvoie la rumeur populaire depuis une décennie.

Car, ne nous y trompons pas, bien au-delà de l’augmentation des droits de scolarité, ce que contestent tous ces jeunes, c’est un modèle de société, des façons de faire et de penser. C’est pourquoi il serait triste que ce mouvement porteur d’avenir se termine en queue de poisson. Sauf que pour donner des résultats, je crois fermement qu’ils se doivent maintenant de jouer le jeu des institutions politiques et démocratiques afin de changer ce monde qui, de toute façon, sera le leur demain.

Réjean Bergeron, Professeur de philosophie, Le Devoir, 11/07/12

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Ryoji Ikeda @ DHC/ART

DHC/ART

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Les Inrocks – Printemps érable: la plus cool des révoltes

Les Inrocks – Printemps érable: la plus cool des révoltes.

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Marina Abramovic: en présence de l’artiste

Du 2 au 12 juillet à l’EXCENTRIS

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Montréal, ville rebelle

http://www.courrierinternational.com/

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Que cache le conflit étudiant…

Que cache le conflit étudiant pour durer si longtemps? La réponse de 70 citoyens.

Source: Élise Carrier-Martin via Ensemble bloquons la hausse

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Danger d’américanisation

Forum de la langue française – Claude Hagège s’oppose à l’enseignement intensif de l’anglais

Christian Rioux, Le Devoir, 05/07/12

Spécialiste mondialement reconnu de l’enseignement des langues secondes, le linguiste français Claude Hagège, qui intervenait hier au Forum mondial de la langue française à Québec, estime que l’enseignement intensif de l’anglais en sixième année est « inacceptable ». Selon ce partisan du multilinguisme, la décision du gouvernement de Jean Charest qui devrait toucher 20 % des classes dès l’an prochain viole l’esprit de la loi 101.
« C’est une mesure absolument inacceptable parce qu’elle crée un grave danger d’américanisation des élèves québécois, dit-il. La loi 101, qui fait du français la langue unique et nationale du Québec, est violée par cette disposition. » Selon lui, l’effet sera particulièrement néfaste sur les immigrés. « L’une des raisons principales de la loi 101, c’était l’intégration des immigrés. Si les immigrés sont maintenant anglicisés, alors la loi 101 perd tout contenu. »Claude Hagège est pourtant connu pour son plaidoyer en faveur de l’enseignement des langues secondes (Le souffle de la langue, Odile Jacob). Il estime néanmoins que, compte tenu des menaces spécifiques que l’anglais fait peser sur le français au Québec, celui-ci ne devrait pas être enseigné trop tôt. « Au Québec, l’anglais devrait être enseigné plus tard, comme n’importe quelle langue seconde, dit-il. Un enseignement plus intensif peut se concevoir dans les pays scandinaves, la Hongrie ou la Finlande, dont les langues ne sont pas parlées par d’autres que leurs nationaux. Cela se conçoit beaucoup moins pour une langue à vocation mondiale comme le français. »Selon le linguiste, qui a fait une intervention très remarquée hier au Forum mondial de la langue française, qui réunit 1200 francophones venus des cinq continents, « le français n’a pas à se soumettre à la vocation mondiale de l’anglais puisqu’il est lui-même une langue répandue dans le monde entier. Il vient en effet en seconde position aussitôt après l’anglais, bien que loin derrière, comme langue la plus répandue du monde ».

Il y a quelques années, Claude Hagège avait déjà qualifié l’enseignement de l’anglais au Québec dès la première année du primaire de « désastre » et craint qu’elle favorise « une double incompétence linguistique ». « La diversité, ce n’est pas une seule langue internationale à vocation mondiale et dominatrice. Et cela est encore plus vrai au Québec que dans le reste du monde ! »

« En guerre »

Dans un discours flamboyant, avec quelques phrases en chinois, en arabe et en peul, le linguiste polyglotte ne s’est pas gêné pour secouer les participants du Forum et rompre avec ce qu’il nomme les « ronrons consensuels permanents » ou les « assises mondaines » de la Francophonie. Pour Hagège, la Francophonie est ni plus ni moins « en guerre », non pas contre l’anglais, mais contre une américanisation qui veut imposer une langue unique sous couvert de mondialisation. Selon lui, « le français n’a pas reculé, même si l’anglais progresse beaucoup plus rapidement », et il est « l’allié des autres grandes entités culturelles », comme l’hispanophonie et la lusophonie.

Pour relever ce défi, dit-il, la Francophonie doit faire pression sur les ministères de l’Éducation des pays francophones afin de les convaincre de « donner une importance accrue à la langue française et à la diversité des cultures qu’elles n’ont pas encore ». Il faut aussi, dit-il, pousser les pays francophones du Nord à « faire le maximum pour investir dans des pays francophones qui sont encore dans des situations précaires ». Car, précise-t-il, « les chiffres dont on se gargarise [80 % des francophones devraient être en Afrique en 2050], c’est agréable. Mais, ça risque de ne pas être vrai du tout ».

En terminant, le linguiste a tenu à soutenir sans réserve la lutte des étudiants québécois, dont plusieurs manifestaient hier devant le Centre des congrès de Québec. « Permettez-moi, dit le linguiste, […] de considérer que les grèves étudiantes du Québec sont une affirmation politique digne du plus grand respect et que ce sont eux, les étudiants québécois, qui tiennent entre leurs mains l’avenir de la Francophonie. »

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Le début d’une nouvelle physique?

Le boson de Higgs découvert avec 99,9999 % de certitude

David Larousserie, Le Monde, 4/07/12

Cette fois, il n’y a plus de doute. Une nouvelle particule a bien été découverte au Centre européen de recherche nucléaire (CERN), près de Genève, grâce à l’accélérateur de particules LHC et ses deux principaux détecteurs, Atlas et CMS.

Collision de particules dans l'accélérateur LHC du CERN à Genève.

Le CERN et les deux porte-paroles de ces expériences ont annoncé avoir mis au jour un boson ressemblant fort au célèbre boson de Higgs. Cette particule, qu’il convient plus exactement de nommer « de Brout-Englert-Higgs » du nom de ses géniteurs théoriciens, est la pièce manquante au bel échafaudage construit par les physiciens pour décrire le monde de l’infiniment petit.

A l’issue de la présentation des résultats au CERN, l’Ecossais Peter Higgs, qui a donné son nom à ce Boson, a tenu à féliciter toutes les équipes ayant participé à la détection de cette particule. « C’est extraordinaire que cela soit arrivé de mon vivant », a-t-il déclaré. Le Belge François Englert, qui lui aussi avait été convié à la conférence du CERN, s’est associé à ces félicitations. Il a tenu à exprimer « sa tristesse que notre collaborateur et ami de toute une vie, Robert Brout, n’ait pas pu assister à cette extraordinaire présentation ». Englert et Brout avaient cosigné en août 1964 un article décrivant un mécanisme donnant une masse aux particules. Peter Higgs avait décrit une particule du même type le 15 septembre 1964. La dénomination populaire du boson n’a retenu que son nom, sous l’influence de Steven Weinberg (Nobel de physique 1979) qui a contribué à vulgariser cette particule.

Elle joue un rôle majeur dans la nature car, sans elle, les particules n’auraient pas de masse. C’est comme si des objets initialement sans masse traversaient un milieu visqueux et se mettaient donc à peser de plus en plus lourd. La manière d’agréger la « boue » dépendant de l’interaction avec le fameux boson. Ainsi l’électron devient l’objet que nous connaissons et peut ensuite donner naissance à des atomes, des molécules… Bref à toute la matière qui nous entoure.

Lire : « Le boson de Higgs : les raisons d’une quête »

Il s’agit de la première particule élémentaire découverte depuis 1994. Elle était la dernière à échapper aux recherches et complète admirablement le modèle standard, sorte de table de la loi de la physique qui décrit les douze particules et les trois forces qui les unissent pour former la matière ordinaire.

« UN LABORATOIRE POUR UNE NOUVELLE PHYSIQUE »

Les salles de presse et celles réservées aux physiciens étaient combles pour le lever de voile sur les différents graphiques présentant les derniers résultats obtenus en moins de deux ans de fonctionnement de l’accélérateur (dont le projet a été officiellement été lancé en 1994). Il y a désormais plus de 99,9999 % de chances que l’observation soit correcte. La masse du nouveau venu est de 125 GeV (gigaélectronvolt) environ, dans les unités utilisées par les physiciens pour peser leurs bébés. C’est 133 fois plus qu’un proton, constituant élémentaire des noyaux atomiques, par exemple.

« Nous avons fini un chapitre mais d’autres sont à écrire », a déclaré Guido Tonelli, ancien porte-parole de CMS, l’un des deux détecteurs qui a indentifié la particule. En effet, il faut d’abord vérifier que ce qui a été vu est bien le Graal attendu. Comment interagit ce boson avec les autres particules ? Tourne-t-il sur lui-même ? Bref, quelles sont toutes ses propriétés.

Lire : « Boson de Higgs : la fin de la traque »

La moindre anomalie, la moindre différence avec le boson standard, celui qui a été défini par la théorie, au lieu d’être un problème, serait même très excitante. Cela mettrait sur la voie d’une théorie au-delà de l’actuelle. « Ce boson est un laboratoire pour une nouvelle physique. Il peut ouvrir des portes. C’est très excitant », ajoute Guido Tonelli. Car sur le papier les physiciens savent que leur élégant modèle standard ne résiste pas aux très hautes énergies comme l’Univers en a connu à ses débuts.

Ils ne savent pas non plus de quoi est faite la matière noire qui baigne le cosmos. Ni même l’énergie noire qui accélère l’expansion de l’Univers. Ils voudraient bien savoir aussi ce qui donne la masse à ce fameux boson. L’histoire n’est donc pas finie. « Nous avons de quoi nous occuper avec le LHC jusqu’en 2030 ! », constate Michel Spiro, le président du conseil du CERN.

  Pour aller plus loin : voir une vidéo du CEA sur l’Atlas

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Le très remarquable Alan Turing

La machine de Turing

Pour saluer Turing

Normand Baillargeon, Voir, 23/06/12

Décidément, c’est ma semaine nécrologique! Mais je ne pouvais laisser passer le centième anniversaire de la naissance d’Alan Turing (23 juin 1912-7 juin 1954).

Ce personnage, génial, est aussi une figure tragique : il s’est suicidé après que les tribunaux lui ont imposé un traitement chimique destiné à guérir son homosexualité et qui lui avait fait… pousser des seins.

Alan Turing a été l’un des plus profonds et fascinants génies du XXe siècle. Ses travaux sont notamment à l’origine de l’ordinateur, dont il a formulé le modèle théorique dès 1936 : il n’avait alors que 24 ans ! On appelle depuis ce modèle une «Machine de Turing». Avez-vous consulté Google aujourd’hui?  Le logo était une machine de Turing!

Le travail que Turing a accompli durant la seconde guerre mondiale a longtemps  été tenu secret. Celui-ci a en effet été capital pour le déchiffrement des codes secrets d’Enigma, la machine à encryptage prétendue inviolable utilisée par les nazis afin de communiquer entre eux. Il est vraisemblable que Turing, ainsi que ses collaborateurs, ont par là considérablement raccourci la durée de la guerre.

Turing s’est donné la mort, comme je l’ai dit. Il l’a fait en croquant dans une pomme trempée dans le cyanure, comme la sorcière dans Blanche Neige et les sept nains (1937), un film qu’il adorait. La compagnie Apple nie que son logo, une pomme entamée, soit un hommage à Turing. Mais cette hypothèse conserve des défenseurs.

Pour en savoir plus, ici.

Voici un passage de mes Stéroïdes pour comprendre la philosophie consacré à une autre grande idée de Turing (on peut voir ce livre ici, mais il est semble-t-il épuisé: réédition en préparation, me dit-on…)

Le test de Turing

Vous l’aurez certainement deviné : dans les sciences cognitives, c’est l’ordinateur qui sera le candidat privilégié pour réaliser des états mentaux à l’ide d’un autre matériau que les neurones. Cette idée, en fait, est même antérieure aux sciences cognitives et elle avait été émise, comme on le verra à présent, par l’un de leurs précurseurs, le remarquable Alan Turing.

Une machine peut-elle, au moins en principe, et comme l’analyse fonctionnaliste le laisse croire, penser ? La question est très abstraite et difficile à traiter. Mais en 1950, Turing a proposé un petit jeu, qui porte depuis son nom : le « Test de Turing »XXIX Il devrait nous permettre de décider si une machine donnée pense ou non.

On pourrait réaliser ce test avec trois participants, chacun étant isolé dans une pièce. Il y a un questionneur, une autre personne et une machine. Le questionneur pose des questions aux deux autres participants, disons par l’intermédiaire d’un clavier. Les réponses lui parviennent écrites sur un écran. Le test de Turing dit que si le questionneur est incapable de distinguer la machine de la personne, la machine a passé le test et l’on pourrait alors dire qu’elle « pense ».

Turing imaginait le dialogue suivant :

 Question : Écrivez, je vous prie, un sonnet sur le Pont Forth.

Réponse : Je vais passer mon tour. Je n’ai jamais pu écrire de poésie.

Question : Ajoutez 34957 à 70764

Réponse : (après une pause d’environ 30 secondes) 105621.

Question : Jouez-vous aux échecs ?

Réponse : Oui.

Question :  J’ai mon roi en K8 et aucune autre pièce. Vous avez seulement votre roi en K6 et une tour en R1. C’est à vous de jouer, que jouez-vous ?

Réponse : (après une pause de 15 secondes) T-T8 : mat.

Nous sommes encore bien loin de pouvoir fabriquer un ordinateur qui passerait le test de Turing. Pour vous en convaincre, allez sur Internet discuter avez Éliza, à l’adresse suivante :  http://www-ai.ijs.si/eliza/eliza.html. C’est un programme conçu au MIT et qui vous propose ses services de psychothérapeute. Je suis certain qu’il ne vous faudra pas longtemps pour lui faire échouer son test de Turing.

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International Student Movement

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«Que serait la Francophonie sans le Québec?»

Le Québec accueille la Francophonie

Christian Rioux, Le Devoir, 29/06/12

Lundi prochain, la ville de Québec accueillera 1200 francophones venus d’une centaine de pays pour participer au premier grand Forum mondial sur la langue française. Cette initiative, calquée sur les grands congrès internationaux de la langue espagnole qui se tiennent tous les trois ans, rassemblera des représentants de la société civile venus de tous les coins du monde où l’on parle le français. Pendant cinq jours, des artistes, des intellectuels, des gens d’affaires tenteront de dresser le portrait de la Francophonie du xxie siècle et d’en dégager les perspectives.

Les moins jeunes se souviendront que ce rassemblement en rappelle un autre. En 1974, le Festival international de la jeunesse francophone s’était aussi tenu à Québec. Les Québécois en gardent un souvenir indélébile puisque c’est à cette occasion que les Vigneault, Leclerc et Charlebois montèrent ensemble sur la scène des plaines d’Abraham. Au son de J’ai vu le loup, le renard, le lièvre, la Francophonie découvrait alors un pays en plein chambardement et à l’offensive sur tous les fronts. Le gouvernement de Robert Bourassa venait de faire du français la seule langue officielle du Québec. Le parti de René Lévesque allait bientôt redonner à notre langue certains droits trop longtemps bafoués en cette terre d’Amérique.

Le pays que découvriront lundi les délégués francophones n’est plus tout à fait le même. Si le français y a remporté des victoires certaines, en 2012, l’ambiance n’est plus vraiment à la fête. Il y a longtemps que Metallica et Madonna ont détrôné Vigneault sur les plaines d’Abraham. La langue officielle du Québec cède aujourd’hui souvent la place à un bilinguisme de plus en plus envahissant. Charcutée par la Cour suprême du Canada, la loi 101 parvient à peine à intégrer à la majorité francophone un immigrant sur deux. Les autres vont grossir la majorité anglophone, contribuant ainsi à la lente et inéluctable érosion du français au Canada. À Montréal, seul lieu d’intégration des immigrants au Québec, l’équilibre linguistique précaire est sur le point de se rompre. Un sondage publié dans nos pages la semaine dernière révélait que, 35 ans après l’adoption de la Charte de la langue française, l’anglais est toujours considéré au Québec comme le premier facteur de réussite économique. Il arrive devant le bilinguisme et, ensuite seulement, le français. Il ne s’agit pas de nier les progrès accomplis, mais de constater que, si dans les années 70 la pente était ascendante, elle ne l’est plus du tout.

Cette morosité ambiante amène parfois les Québécois, assiégés sur leur continent, à oublier que le français demeure une des grandes langues internationales de la planète. Si ce forum devait servir à une seule chose, ce devrait être à montrer que les Québécois qui luttent pied à pied pour le respect de leur langue ne sont pas seuls et que le « tout anglais » et son avatar le globish sont de plus en plus contestés dans le monde.

En Afrique, la progression du français est plus qu’encourageante. C’est là que vivront 80 % des 700 000 000 francophones qui peupleront bientôt la planète. Même en France, si souvent négligente en la matière, on sent une sensibilité nouvelle. Dans la presse, les milieux politiques, intellectuels et scientifiques, il n’est plus rare d’entendre dénoncer l’obsession du « tout anglais ». Le changement de gouvernement y est peut-être pour quelque chose. En Suisse, des universitaires refusent de se faire imposer la médiocrité linguistique qui accompagne nécessairement l’enseignement en globish. Depuis 2012, les écoles publiques de la Malaisie ont rompu avec la tradition qui consistait à enseigner les sciences en anglais. Alors que la pensée unique anglo-américaine est de plus en plus contestée, la « ringardise » si souvent accolée à la défense du français est en train de changer de bord.

Encore faut-il que la Francophonie prenne garde à ce que son discours parfois un peu naïf sur la diversité culturelle ne serve à cautionner une idéologie multiculturelle qui sert souvent de prétexte à la diffusion de cette même pensée unique. Si la diversité culturelle est un bien à l’échelle du monde, les peuples doivent d’abord et avant tout conserver le droit inaliénable de vivre et de travailler dans leur langue. Un droit qui, faut-il le rappeler, est de moins en moins respecté au Québec, où le gouvernement, en retard d’une mode, s’entête même à vouloir rendre obligatoire l’immersion en anglais des élèves de 6e année. Des élèves dont la langue est par ailleurs souvent déjà saturée d’anglais.

Il ne faudrait pas, comme cela arrive parfois au Québec, que le discours sur la diversité culturelle et l’« ouverture à l’autre » serve de prétexte à la promotion d’un multiculturalisme et d’un bilinguisme institutionnel qui ne sont souvent qu’une forme subtile de promotion de l’anglais. La Francophonie se grandirait à faire ces nuances et à soutenir sans réserve le combat que mènent les Québécois. Un combat déterminant pour l’avenir du Québec, mais aussi pour celui de la Francophonie. Car, que serait la Francophonie sans le Québec ? Il m’arrive parfois de me poser la question.

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Tom Wesselmann au MBA

Pour ceux qui aiment la peinture et le Pop art, il y a une très belle rétrospective consacrés à Tom Wesselmann (1931-2004) au MBA.

Quelques photos volées…

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Les Étrusques à Montréal

Double inauguration hier à Pointe-à-Callière (PAC). Le musée d’archéologie et d’histoire de Montréal lançait l’exposition Les Étrusques – Civilisation de l’Italie ancienne et faisait découvrir du même coup ses nouvelles salles multifonctions de la Maison-des-Marins, située de l’autre côté de la place de la Grande-Paix.

Un bel espace pour une exposition qui le mérite bien. L’institution a réuni quelque 200 pièces empruntées à 25 musées européens et américains, la plupart italiens, puisque le territoire de l’Étrurie correspond à peu près à la Toscane d’aujourd’hui.

Les Étrusques (du xe au ier siècle avant notre ère) forment l’une des grandes civilisations fondatrices de l’humanité et des cultures méditerranéennes. Moins connue que les Grecs et les Romains, parce qu’à peu près disparue des radars jusqu’au xve siècle, où l’on commence à retrouver ses traces. La directrice générale du musée PAC rêvait depuis longtemps de présenter cette exposition aux Montréalais, fascinée par le mystère qui planait encore sur ce peuple au temps où elle était étudiante en histoire. Lire la suite: Le Devoir 27/06/12.

Infos: Musée d’archéologie et d’histoire de Montréal

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Les pays nordiques appuient la lutte des étudiants

Lettre de soutien

Ici dans les pays nordiques, l’accès universel à une éducation gratuite va de soi. Pourquoi? Parce que nous savons que l’éducation est l’investissement par excellence dans l’avenir d’une société. Au Danemark, en Norvège et en Suède, en plus de ne pas avoir à payer de droits de scolarité, tous les élèves reçoivent une bourse mensuelle pour couvrir une partie de leurs frais de subsistance. Cela se traduit évidemment par des impôts plus élevés, mais une éducation gratuite réduit les inégalités sociales et profite à la fois aux individus et à la société dans une perspective à long terme. Une population instruite est synonyme d’un État fort et stable, préparé pour l’avenir.

Bien que la lutte au Québec n’ait reçu que très peu de couverture médiatique dans les pays nordiques, il a toujours été possible pour nous de suivre l’impressionnant mouvement étudiant avec beaucoup d’intérêt, via Facebook et les médias internationaux.

Les étudiants du Danemark, de la Norvège et de la Suède, représentés par leurs syndicats étudiants respectifs, reconnaissent avec stupéfaction et humilité le dévouement et la persévérance des étudiants québécois. Nous chérissons nos systèmes éducatifs, mais dans un contexte où la pression politique est constante, nous nous inquiétons de l’avenir de l’éducation accessible.

Le 22 juin dernier, partout dans le monde ont été organisées des manifestations en appui au mouvement étudiant québécois. Afin de démontrer notre soutien sans réserve, les étudiants et autres sympathisants de la cause québécoise ont manifesté en face de l’ambassade du Canada à Copenhague. Ils ont remis une déclaration aux représentants de l’ambassade, de la part des syndicats étudiants nordiques.

La hausse des droits de scolarité au Québec n’est pas un problème isolé, mais l’indicateur d’une crise mondiale de l’éducation contre laquelle nous devons unir nos forces afin d’y mettre un frein.

***

Signé par : Danske Studerendes Faellesråd; Norsk Studentorganisasjon; Sveriges Förenade Studentkårer

(les syndicats étudiants du Danemark, de la Norvège et de la Suède)

Source: Le Devoir 27/06/12

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L’île d’Anticosti: Le vol du siècle?

Source: Artistes inter-disciplinaires via Ésiméac Périodique

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