Delta Blues
« Hear my train a coming »
Source: Open Culture
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Hommage!
Yves Bernard, Le Devoir, 27/02/14
Le 25 juin 2011 au Festival international de jazz de Montréal, Paco de Lucía avait offert le moment de grâce. Plus que jamais, il était encore le maestro de l’introspection, des contrastes, des raclements subits et des palos de la déchirure profonde. Il accompagnait aussi la douceur éraillée, l’harmonica aérien et le martèlement du corps qui exulte. C’était grand ! Mercredi, ce fut la consternation. Il est décédé au Mexique à l’âge de 66 ans des suites d’une crise cardiaque selon le maire d’Algésiras, sa ville natale.
Dans le monde du flamenco comme dans celui de la guitare, il y a eu l’avant-Paco et l’après-Paco. Artiste d’exception, il fut le plus grand rénovateur de sa tradition. Durant sa jeunesse, pour le différencier des autres Paco, on lui ajouta le « de Lucía » : le Paco de sa mère Lucía. Puis, après avoir reçu l’encadrement de son père, il accompagnera ses deux frères, inventera un style propre à partir des années 1970, enregistrera une dizaine d’albums avec Camarón de la Isla, s’attaquera au Concierto d’Aranjuez, créera son fameux sextette en 1981 et apprendra l’improvisation jazz avec John McLaughlin et Al Di Meola. Et sa célèbre rumba Entre dos Aguas deviendra l’une des pièces les plus emblématiques de l’ère moderne, toutes catégories confondues.
Un génie
En 2007, Paco Peña, l’autre grand guitariste de sa génération, s’était confié au Devoir lors de son passage à Montréal : « De Lucía est un génie avec une vision merveilleuse pour faire avancer le flamenco. Je pense qu’il est nourri des autres cultures et qu’il profite de ces cultures pour rendre son flamenco plus ample. »
Mais Paco de Lucía, de son vrai nom Francisco Sánchez Gómez, était aussi de la race des humbles, de ceux qui ont appris la musique en famille. « Les gitans sont meilleurs parce qu’ils écoutent de la musique depuis la naissance. Si je n’étais pas né dans la maison de mon père, je ne serais personne aujourd’hui. Je ne crois pas au génie spontané. Mon père m’a obligé à jouer de la guitare quand j’étais petit », écrivait-il dans Paco de Lucía. A New Tradition for the Flamenco Guitar. Hier, plusieurs médias ont repris la citation.
En 2011 en entrevue au Devoir, le maître portait un regard lucide sur le grand genre espagnol : « À mes débuts, j’étais confiné à un cercle très restreint et le flamenco risquait de terminer son parcours au musée. Seuls les politiciens le défendaient à cause de son attrait touristique. Maintenant, le flamenco est le bienvenu à travers le monde. J’en suis très fier. Je suis d’abord et je serai toujours d’abord un musicien de flamenco. À un bas âge, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs musiciens internationaux. Cela explique sans doute la raison pour laquelle j’ai introduit le cajon, le saxophone et la basse électrique, des instruments qui n’étaient pas connus dans le monde du flamenco. Aujourd’hui, tu ne peux pas imaginer le flamenco sans cajon. »
De son côté, la guitariste montréalaise Caroline Planté se souvient du maestro. « Avec Camarón de la Isla, il était l’un des deux révolutionnaires des années 1970. C’est une perte incroyable. Paco était encore actif, toujours actuel. Il a créé un mouvement de modernité, mais il a continué d’être moderne et il n’a pas stagné avec sa propre révolution. Mes premiers souvenirs du flamenco sont de lui. Je devais avoir sept ans et je regardais de vieux vidéo chez mon père. Il jouait Entre dos Aguas avec ses pantalons éléphants et six joueurs de bongo. Ce fut ma première influence, puis est arrivé Vincente Amigo. Mais Vincente n’existerait pas de la même façon si Paco ou Manolo Sanlucar n’étaient pas passés avant eux. En fait, aucun guitariste flamenco ne jouerait de la même façon. »
Caroline lui dédit ce jeudi soir le concert qu’elle donne à Halifax. Elle mène une carrière en Espagne et au Québec. Son père, Marcel Planté, dit « El Rubio », fut l’un des principaux pionniers du grand genre espagnol à Montréal : « C’est sûr que c’est un choc, mais je me dis que la musique de Paco va lui survivre. En spectacle, tu regardes ça, tu écoutes, tu es bouche bée, tu ramasses tout dans ta tête. Sa musique a influencé la mienne, de même que celles de tous les excellents guitaristes qu’on a aujourd’hui. Sabicas et Nino Ricardo ont été ses maîtres, mais lui, il est devenu le maître de tout le monde. »
Une oeuvre magistrale
Benoît Bigham, le fondateur du Festival flamenco de Montréal, y allait également de plusieurs superlatifs : « J’ai vu Paco deux fois à Wilfrid-Pelletier. C’est un monstre, un monument. Il s’en va rejoindre Jésus, c’est un Dieu lui aussi. Les jeunes comme Quiquelo et Tomatito ont tous profité du fait qu’il a tracé un chemin très large. Il mettait la barre très haute et n’était jamais satisfait de lui-même. Je l’avais vu dans un documentaire et ce qui m’avait marqué, c’est qu’il avait dit : “ J’aimerais enregistrer juste un album, l’améliorer toute ma vie et le sortir à la fin de ma vie ” ».
Paco passé dans l’au-delà, c’est pourtant l’ensemble d’une oeuvre magistrale qui rayonne.
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Petite rengaine de fin/début d’année, question de franchir le pas: Step, Vampire Weekend.
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Live à Montréal en 1989 (j’étais là)
L’article du Rolling Stone:
Lou Reed, Velvet Underground Leader and Rock Pioneer, Dead at 71
Les Inrockuptibles:
Le Monde:
La légende du rock américain Lou Reed est mort
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Septembre arrive et voilà que la lumière commence à pencher, – nostalgie.
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Yves Bernard, Le Devoir, 13/12/12
Compositeur émérite, Pandit (maître) Ravi Shankar fut surnommé le Mozart du sitar par le regretté violoniste Yehudi Menuhin. Il fut aussi l’un des musiciens les plus célébrés de la planète, remportant trois Grammy et le Bharat Ratna, la plus haute distinction civile indienne. Mais il fut avant tout ce sage visionnaire qui a ouvert au reste de la planète le monde de son art hindoustani de l’Inde du Nord. Il est décédé mardi à l’âge de 92 ans dans un hôpital à San Diego en Californie. Il venait de subir une opération chirurgicale pour le remplacement d’une valve cardiaque, et sa dernière performance, il l’avait offerte avec sa fille Anoushka à Long Beach, le 4 novembre dernier.
Mercredi, les témoignages sont venus de partout : « Il était la légende des légendes », a lancé Shivkumar Sharma, célèbre joueur de santour qui avait joué avec le maître. « Il fut trésor national et ambassadeur mondial de l’héritage culturel de l’Inde. Une ère s’achève. La nation se joint à moi pour rendre hommage à son génie insurpassable, à son art et à son humilité », a pour sa part déclaré le premier ministre indien Manmohan Singh via Twitter.
Né en 1920 dans la ville sacrée de Bénarès sur les bords du Gange, Ravi Shankar venait d’une famille de brahmanes, la plus haute caste de la société hindoue. Il a commencé sa vie artistique à l’âge de dix ans comme danseur au sein de la troupe de son frère Uday. Il m’en avait donné quelques précisions dans une entrevue pour le ICI en 2003. « Le nom d’Uday Shankar était aussi connu que ceux de Gandhi et de Tagore, le Prix Nobel de littérature. Il fut véritablement le premier à faire connaître la danse et la musique indiennes à l’extérieur. Les gens nous découvraient avec grand étonnement. »
Ravi Shankar se rappelait être venu à Québec vers 1933 par un froid de canard. Avec Uday, il a fréquenté plusieurs scènes du monde avant d’opter pour un autre destin, choisissant à l’âge de dix-huit ans de se consacrer à l’apprentissage rigoureux de la musique savante et de suivre le joueur de sarode Allaudin Khan dit Baba, qui deviendra son guru.
Au milieu des années 40, il se fait reconnaître en Inde. Il écrit aussi des musiques de film. Lors de la décennie suivante, il tourne déjà en son nom à l’étranger, compose pour des orchestres et commence à intégrer des instruments d’ailleurs. Il multipliera par la suite les collaborations avec des artistes de l’Ouest et deviendra proche de John Coltrane, qui prénommera son deuxième fils Ravi en son honneur.
Au milieu des années 60, sa rencontre avec George Harrison des Beatles, à qui il enseignera le sitar, lui vaudra l’étiquette de parrain de la world music. Il en était mal à l’aise : « Je n’ai jamais voulu faire de mélange. J’ai seulement voulu trouver de nouvelles textures à la musique classique indienne, avait-il dit en 2003. Je n’ai jamais jammé avec qui que ce soit et si j’ai pu collaborer avec des musiciens occidentaux de renom comme le flûtiste Jean-Pierre Rampal, le violoniste Yehudi Menuhin ou le compositeur Philip Glass, c’est parce qu’ils ont interprété mes compositions ».
Malgré cela, il est du festival de Woodstock en 1969 et du concert pour le Bangladesh, deux ans plus tard. Sa musique est alors associée au psychédélisme et aux herbes illicites sous-jacentes à l’écoute de la musique : « Ma musique n’a rien à voir avec cela. C’est la raison pour laquelle depuis 1975, j’ai réglé le problème en ne me produisant que dans les réseaux de la musique classique », avait-il expliqué lors de l’entrevue citée plus haut. Mais, au-delà du malentendu, la grandeur du personnage, son humilité légendaire et sa vision spirituelle pour un monde meilleur persisteront pendant longtemps encore… sur un air de légende.
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Pandit Ravi Shankar selon Aditya Verma
Joueur de sarode montréalais, Aditya Verma fut l’un des disciples de Ravi Shankar. Il témoigne : « Avant qu’il devienne mon guru, ma connexion avec Pandit Ravi Shankar ressemblait beaucoup à une relation entretenue entre un petit-fils et son grand-père. Puis, j’ai réalisé que son enseignement ne concernait pas que la musique, mais la vie dans plusieurs de ses facettes. Pour lui, la musique n’était pas seulement une question de jouer des notes, mais une intégration à la culture totale, qui est transmise depuis fort longtemps d’une génération à l’autre : la musique était tout. Pour bien le saisir, il est important de comprendre qu’au début de sa carrière, lorsqu’il a commencé comme danseur dans la troupe de son frère, il vivait en Inde, mais il voyageait beaucoup en Europe et en Amérique, en vivant l’excitation d’être membre d’un ensemble célèbre. Puis, il a opéré un changement complet de mode vie pour aller rejoindre son gourou en s’installant littéralement dans un village indien pendant sept ou huit ans. Il vivait alors dans une petite chambre et passait ses journées à apprendre et à pratiquer. Cela explique sa solide fondation artistique. N’importe qui d’autre qui n’aurait pas eu son génie se serait perdu. Il a atteint plusieurs personnes par la musique, la culture et la spiritualité indiennes. Je pense que cela va prendre des générations pour comprendre sa contribution. »