Adam Smith et la main visible de l’éducation

Pour Le Devoir de philo, Thierry Pauchant, professeur aux HEC, a écrit un texte éclairant sur Adam Smith, dans lequel il nous montre pourquoi les tenants du néolibéralisme qui s’en réclament, ne comprennent rien à la pensée de ce philosophe et économiste du XVIIIè qui préconisait la quasi gratuité scolaire. M. Pauchant nous rappelle donc qu’Adam Smith est un digne représentant des Lumières écossaises qui ne donnerait certainement pas sa caution au Pacte pour le financement concurrentiel de nos universités, pacte à l’origine de l’augmentation de 75% de la hausse des frais de scolarité et signé par ceux qui se sont appelés les «lucides». Voici donc un extrait de ce «devoir de philo»:

«Si l’exemple d’Adam Smith – réformateur en éducation – peut nous inspirer aujourd’hui, l’évocation de son nom est devenue suspecte pour certains. On le croit à tort défendeur de la doctrine de la main invisible du marché, promulguée par le néolibéral Milton Friedman aux États-Unis et le libertarien Friedrich Hayek en Europe.

Dans les années 1980, cette doctrine fut imposée en politique par Ronald Reagan et Margareth Thatcher. Elle est devenue aujourd’hui une croyance absolue, une superstition qui bloque tous les changements.

C’est en son nom que l’on croit que la maximisation des profits des actionnaires mène automatiquement à l’accroissement du bien commun. C’est en son nom que l’on croit que l’exploitation à la va-vite des sables bitumineux en Alberta ou du Plan Nord au Québec mènera automatiquement à l’enrichissement collectif. C’est en son nom aussi que l’on traite les étudiants grévistes de « pas sérieux », alors qu’ils tentent de sonner une alarme qui devrait nous réveiller tous.

Ces étudiants ainsi que leurs supporteurs ont décrié cette superstition, et avec raison : Adam Smith ne mentionne que trois fois dans son oeuvre de plus de 3000 pages la métaphore de la « main invisible », et chaque fois il nous met en garde.

Dans son livre Essais sur des sujets philosophiques, il suggère que, si les peuples d’antan croyaient aux effets concrets de la « main invisible de Jupiter » dans leur vie de tous les jours, ces superstitions sont archaïques dans des sociétés modernes.

Dans son livre La théorie des sentiments moraux, il démontre que, si au Moyen Âge les vassaux étaient nourris par leurs seigneurs féodaux, comme si une main protectrice intervenait, ces vassaux payaient cruellement leur survie par leur totale dépendance envers leurs maîtres.

Enfin, dans son livre La richesse des nations, il avance que les moeurs des entrepreneurs, lesquels sont animés par bien d’autres motivations que le seul profit financier, mènent à un équilibre naturel entre la délocalisation des entreprises à l’étranger et le développement de l’emploi dans chaque nation. Malheureusement, nous démontre Smith, cet équilibre viable est faussé par les pressions du marché financier et les multinationales, entraînant des délocalisations abusives.

Adam Smith aurait décrié nos dérives actuelles, comme de nombreux étudiants ont eu le courage de le faire : nous sommes encore très superstitieux, charmés par la prétendue « magie du marché » ; l’écart qui s’accroît entre les riches et les pauvres et le manque de démocratie font encore écho à l’époque féodale ; et le culte de la globalisation nous entraîne dans des solutions non viables.» Lire la suite

BLx


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