Ce qui cherche à naître

Le Québec traverse à gué le fleuve de son destin et il hésite au beau milieu du cours d’eau. La moitié de la distance est parcourue et il serait de toute évidence plus pénible de faire demi-tour que de foncer, mais c’est dans ce moment même de l’hésitation à faire le pas le plus déterminant, celui qui décidera de la direction à prendre, que se trouve le plus haut niveau de difficulté. Nous y sommes.

Robert Laplante

La jeunesse étudiante a pris son Québec à bras-le-corps. Par dizaines de milliers, dans des manifestations, dans les interminables palabres à faire chauffer l’atmosphère des cafés, dans les gestes d’éclats et les heures de doute, ils ont commencé quelque chose qui les portera longtemps. À leur manière, dans leurs mots et avec les problèmes tels qu’ils les voient, ils ont entrepris dans un effort intensif de se rêver leur Québec. Il ne faut pas se leurrer, le débat sur les droits de scolarité les entraîne bien plus loin que ne le voudraient les idéologues du tout-au-marché et de l’éducation placement à haut rendement. Il faut s’en réjouir et continuer de les accompagner.

À l’heure où ces lignes sont écrites, rien n’est encore joué. La politique politicienne reste bien en deçà du registre où devraient se discuter les enjeux que porte cette jeunesse. Et en cela, le conflit est un véritable révélateur de l’état actuel de notre situation politique. Il n’y a pas plus assourdissant que le silence des élites en cette affaire. Les syndicats universitaires ne bougent guère, sinon du bout des lèvres, les cadres universitaires sont égaux à eux-mêmes, c’est-à-dire en dessous de tout, sauf peut-être de la morgue démissionnaire de la conférence des recteurs, les élites d’affaires restent engluées dans les lieux communs idéologiques qui leur font office de projet de société. Quant aux babillages médiatiques, ils ont été et restent médiocres, tout juste bons à distraire les navetteurs coincés dans les bouchons que la contestation empire…

Évidemment, les plus vieux, peut-être aussi les plus meurtris, ont déjà – peut-être depuis longtemps – commencé à s’attendre au pire. Les libéraux ont tant de fois démontré leur préférence pour la médiocrité. La culture du rabaissement de son peuple, de son arasement à l’insignifiance affairiste est si fortement ancrée dans sa représentation de nous-mêmes, qu’il y a toujours lieu de craindre non pas le pire, mais le plus moche. L’entêtement de ce gouvernement n’a rien à voir avec les finances publiques, c’est une manœuvre idéologique. Les uns pensent que Jean Charest se garde la possibilité de transformer l’affrontement en enjeu électoral, les autres y voient une diversion pour mieux brader les ressources naturelles et saccager l’héritage de la Révolution tranquille. D’autres encore le voient plutôt continuer son travail de sape de la cohésion nationale. D’autres enfin ne s’embarrassent guère de nuances et n’y voient qu’une trahison de plus, qu’une illustration supplémentaire du bri de loyauté de ce gouvernement et de ce parti à l’endroit de l’intérêt national. Au quizz de la veulerie, malheureusement, toutes ces réponses sont bonnes.

Le gouvernement de Jean Charest constitue l’ultime aboutissement de la politique post-référendaire. C’est le gouvernement de l’intériorisation des contraintes du régime, celui du consentement au ratatinement. Son recours à l’hyperbole et sa tendance malsaine à abuser du superlatif tout en brandissant les euphémismes le révèlent chaque jour davantage, le Parti libéral du Québec a franchi les seuils de l’impardonnable. Ce ne sont pas les pratiques de copinage, la corruption ou le laxisme qui sont ici les plus graves fautes. Ce parti n’a plus la moindre idée de ce que peut être l’intérêt national. Il n’a plus guère la moindre idée de ce que peut-être la fidélité à l’héritage et au sens de la continuité historique. C’est le parti de l’intérêt glouton. Il n’aura jamais si bien choisi son slogan, le Charest : le Plan Nord est bel et bien le projet d’une génération, le projet de cette cohorte de parvenus qui voudraient bien se goinfrer des acquis de sa propre génération, de celle-là même qui aurait dû se montrer à la hauteur des ambitions de celles qui l’ont porté jusqu’ici. La suite: L’Action nationale, 16/04/12

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