Legault et la crème antirides

François Legault s’administrant à lui-même un « face lift»

Dimanche le 16 octobre, François Legault annonçait en grande pompe que 40 jeunes professionnels se joignaient à sa Coalition pour l’Avenir du Québec (CAQ). Pourquoi présenter la nouvelle en  insistant à ce point sur le bas âge de ses nouvelles recrues? Poser la question, c’est y répondre! Évidemment,  le clan de Legault semble tomber dans le même piège populiste que tous les vieux partis politiques: celui de présenter ses idées comme celles qui incarnent le mieux le «changement» que tout le monde attend depuis si longtemps. Sa stratégie est simple : en s’associant à un groupe de « jeunes professionnels », Legault cherche à faire la démonstration qu’il apporte avec lui un nouveau vent de fraicheur qui soufflera prochainement sur nos institutions politiques. Que la météo annonce de forts vents pour les jours à venir, je ne doute pas de cette prédiction. Cependant, il y a lieu de se questionner sur la prétendue « fraicheur » de ces vents.

Contrairement au message qu’il tente d’envoyer à la population, le mouvement de Legault n’apporte aucune nouveauté dans le paysage politique québécois. À l’heure où son parti n’est pas encore né, celui-ci est déjà habité par une vieille âme. Toutes les sorties publiques de la CAQ viennent démontrer que ce mouvement n’a rien de nouveau à proposer aux Québécois. En encourageant la désillusion indépendantiste, la CAQ ne fait qu’encourager le statu quo fédéraliste. En parlant d’abolition des Cégeps, le groupe de Legault nous invite à remonter le temps jusqu’aux années 60, avant le rapport Parent, qui donna lieu à la création du ministère de l’Éducation et du réseau collégial. En parlant de l’évaluation de la performance des enseignants, il ne fait qu’appliquer la vieille logique marchande à nos institutions publiques. À l’écoute de sa rhétorique antisyndicale, on croirait entendre le monologue d’Yvon Deschamps sur les « unions ».

La population a déjà donné sa chance à un parti tel que celui qui nous est proposé par Legault. En votant massivement pour l’ADQ, celle-ci a cru pendant un certain temps que le Québec prendrait une nouvelle direction. Nous connaissons la suite… Dans un tel contexte, la dernière chose que les Québécois souhaitent, c’est de revivre la débandade de l’ADQ sous la nouvelle appellation de la CAQ. Or, il y a lieu de s’inquiéter en constatant l’énergie avec laquelle Legault cherche à récupérer les idées et les militants des vieux partis auxquels les Québécois tournent maintenant le dos.

Les « jeunes professionnels » que Legault vient de recruter, ne sont jeunes qu’en apparence. Ils sont moins grisonnants, ils paraissent bien, mais les idées qui les animent sont dépassées. Comme eux, j’appartiens moi aussi à cette catégorie de jeunes professionnels. Mais contrairement à eux, je m’intéresse à une nouvelle vision pour l’avenir du Québec: une vision égalitaire, respectueuse de l’environnement et résolument indépendantiste. Pour ces raisons, vous ne me trouverez pas parmi les rangs de la CAQ. Vous aurez plus de chance de me retrouver parmi le mouvement d’indignation contre les injustices orchestrées par la classe politique et économique. Le mérite de ces jeunes qu’on retrouve parmi les « indignés », c’est qu’ils refusent de servir de crème pour masquer les rides des vieux partis comme celui que Legault s’apprête à former.

Jean-Philippe Martin

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