Rhétorique de grève

Un article très intéressant paru dans Le Devoir se penche sur la «guerre des mots» dans le contexte de la grève étudiante, il en ressort ce que l’on sait depuis l’Antiquité et qui mérite de ne jamais être oublié, à savoir que la rhétorique est une arme redoutable qui confère un immense avantage à qui en a la maîtrise. En attestent l’éloquence et la force du verbe des leaders étudiants, tout comme la stratégie de communication du gouvernement.

La rhétorique est un art, une technique, qui enseigne comment user du langage de manière efficace. Elle apprend à mobiliser les ressources du langage pour produire des effets, dans le but de provoquer l’adhésion de l’auditeur. Mais indifférente à l’intention qui anime le discours, que celle-ci soit de dire la vérité ou de tromper, la rhétorique n’aura jamais qu’une fonction: persuader. L’appel senti à la justice, la démonstration objective de l’iniquité de la hausse des frais, c’est de la bonne rhétorique, mais suggérer à répétition que telle association encourage la violence ou le «50 cents par jour» de la ministre, c’est aussi de la bonne rhétorique.

C’est pourquoi la tradition philosophique, Platon en tête, enseigne qu’il est prudent de se méfier de la rhétorique; son rapport au langage n’étant pas exclusivement et résolument engagé dans la recherche de la vérité, elle est donc disponible pour qui veut déployer une logique de l’apparence: publicité, démagogie, et autres manipulations. Mais elle prêtera aussi main forte à qui voudra réfuter cette apparence. La rhétorique est ambigüe nous dit Platon, on la malmène alors qu’on ne peut s’en passer:

«N’aurions-nous pas, mon bon ami, maltraité la rhétorique un peu brutalement? Peut-être pourrait-elle nous dire: Qu’est-ce donc que vous débitez là? Vous êtes d’étranges raisonneurs. Je ne force personne à apprendre l’art de la parole sans connaître le vrai; mais, si mon avis a quelque valeur, qu’on s’assure d’abord la possession de la vérité, on viendra ensuite à moi; car j’affirme bien haut que sans moi on aura beau posséder la vérité, on n’en sera pas plus capable de persuader par les règles de l’art.» Platon, Phèdre, 260d.

BLx

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