Condamner ou non la violence?

La question que les membres de la CLASSE devront se poser lors de leur congrès cette fin de semaine n’est pas tant de savoir s’ils doivent ou non condamner la violence, mais bien de savoir s’ils veulent gagner ou perdre.

On peut certainement conspuer Jean Charest, et nombreux sont ceux qui le considèrent déjà comme le pire premier ministre de l’histoire du Québec, mais il faut se rendre à l’évidence et reconnaître aussi que Jean Charest est un maître de la ruse politique dont l’efficacité avérée lui a permis de se faire élire à trois reprises, en dépit du peu de confiance qu’il inspire et malgré l’insatisfaction qu’il provoque.

Absent de la scène médiatique depuis le début de la grève, laissant à sa ministre le soin d’ânonner la «ligne» gouvernementale, le voilà qui surgit dans le conflit à son retour du Brésil (Plan nord oblige) et, le temps d’un «scrum» improvisé,  il orchestre une opération de diversion comme on lance un os à un chien: dès lors, il n’est plus question de la hausse des frais de scolarité, ni même de la gouvernance des universités, il est devenu bien plus urgent de condamner sans réserve la violence (tout en la provoquant), la main sur le coeur en plus.

La manoeuvre n’échappe pourtant à personne. Le premier ministre, dit-on, n’agirait pas tant en chef d’État qui veut calmer le jeu qu’en habile politicien qui cherche, en isolant la CLASSE,  à diviser le mouvement étudiant , comme ce fut le cas en 2005, etc. Mais alors, pourquoi la CLASSE donne-t-elle l’impression de tomber dans le piège en refusant de condamner cette violence pourtant si facile à honnir? Gabriel Nadeau-Dubois dit qu’il n’en a pas reçu le mandat. Est-ce à dire que la CLASSE approuve elle-même la violence comme moyen d’intervention? Non, puisque son porte parole s’en est clairement dissocié. Alors quoi?

Ceux qui cherchent à mieux comprendre les raisons pour lesquelles le porte parole de la CLASSE donne dans la restriction sémantique, lirons avec grand profit cet article paru aujourd’hui dans Le Devoir, un article très instructif sur les moeurs politiques de certains groupes militants comme la CLASSE. Concernant cette «démocratie directe» pratiquée par la CLASSE, Benoît Lacoursière, l’auteur d’un ouvrage portant sur Le Mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006 explique que «C’est une particularité de ce mouvement, une pratique syndicale qui va très loin dans la décentralisation des pouvoirs. C’est inspiré de la démocratie participative anarchisante qui dit que tout le monde est égal et qu’on ne peut conférer à quiconque plus de pouvoir qu’il n’en mérite.»

Ainsi, en raison de certains principes de philosophie politique, ceux de l’anarchisme politique, le porte parole de la CLASSE peut se distancer promptement des actes de violence, mais sans toutefois les condamner sans réserve et ce, plus précisément, en vertu du respect du principe de «diversité des tactiques». C’est que qu’explique Daniel-Pierre Roy, un ancien de l’ASSÉ:

«[La CLASSE] respecte le principe de syndicalisme de combat et de diversité des tactiques. Celle-ci implique que l’on ne peut condamner les actions prises par nos camarades, car nous laissons le choix aux individus de décider eux-mêmes des actions qu’ils prendront, explique-t-il. Les associations les plus radicales membres de l’ASSÉ vont défendre le principe coûte que coûte alors que les associations étudiantes ayant rejoint la CLASSE pour le temps de la grève vont peut-être être tentées par l’approche un peu pragmatique de « dénonçons-la et passons à un autre appel ».»

On dit de la politique que «c’est l’art du possible», or en condamnant la violence il devient possible pour la CLASSE de s’assoir à la table où elle n’avait pas pu prendre place en 2005. Dans ces conditions, obtempérer à la demande du premier ministre, ce n’est pas lui obéir, au contraire c’est l’affaiblir en l’empêchant d’ignorer la fédération étudiante qu’il redoute le plus. La CLASSE ne manquera pas alors l’occasion de condamner toutes les formes de violence, n’est-ce pas? Et quant au respect du principe de la «diversité des tactiques», il se pourrait justement que la meilleure des tactiques soit celle de ne pas obéir à des principes, difficilement universalisables de surcroît, lorsque ceux-ci nous nuisent.

BLx

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