Expo Marinoni et graffiti

180 Rue Sainte-Catherine est, de l’art à voir, offert gratuitement, mais en anglais seulement et, qui plus est, dans l’immeuble qui abritait (c’est gravé en haut de la porte) les bureaux du très francophone journal La Patrie, publié de 1879 à 1978.

Il y a un peu de français ici, la ville de Montréal le permet encore…

Ce n’est pas parce qu’on comprend pas, ni parce qu’on est pas bilingue, c’est plutôt parce que Montréal est la métropole francophone d’Amérique qu’on s’étonne que des gens supposément «cools», éduqués, créatifs, amis des arts, etc., soient à ce point bornés, unilingues, indifférents à notre cause, la cause de l’une des plus fragiles minorités en Amérique du nord (2% de francophones sur ce continent).

«This way» ou «par ici»?

L’expo consacrée à Marinoni dans le cadre du Bicycle Film Festival, ainsi que celle consacrée au graffiti et organisée par Under pressure logent toutes deux dans cet immeuble quasi abandonné, le 180 Sainte-Catherine.

Immeuble, n’en doutons pas, qui sera probablement sous peu repris par un promoteur qui va le convertir en condos, style «lofts urbains», car les jeunes bourgeois, les parvenus de la pub et des coms, à défaut d’être des artistes veulent au moins s’en donner l’air en vivant, comme des artistes, dans des lofts. C’est du moins ce que les sociologues prétendent…

Ah! Diana.

Guiseppe Marinoni, l’athlète.

Guiseppe Marinoni, le maître artisan, l’Héphaistos du cadre «pista».

L’oeuvre surgie du métal soumis à la puissance du feu…

Made in Québec

Sur fond de «free art show»

Quand même pas mal

Pas mal du tout

Le fer et le feu

Expo graffiti maintenant

Sur panneau, graffiti portatifs

Ces graffiti sont subventionnés par la ville et exécutés sur les murs intérieurs d’un immeuble qui ouvre et ferme à heure fixe. Plus des fresques que des graffiti. Je ne doute pas de la qualité de l’exécution, je dis seulement que la frappe «subversive» de ces oeuvres supposément issues de «l’underground» n’est pas très forte.

Du «street art» qui n’est pas dans la rue, est-ce encore du «street art»? Je suis peut-être un peu vieux jeu (= «old school») mais lorsqu’on est invité à peintre la surface d’un mur on exécute une muraille ou une fresque, lorsqu’on peint la surface d’un mur sans permission, lorsqu’il y a transgression, illégalité, «vandalisme», on exécute alors un graffiti.

Oh! danger. Oh! combien j’ai peur!

Une petite salle entièrement investie par Zilon
Qui y va de quelques énoncés on ne peut plus « provocants »: «God is fake!», «Pica$$o». Vraiment très fort, n’est-ce pas?

Une iconographie vraiment très subtile…

Quand on pense pouvoir enterrer Haring comme artiste,  on devrait s’abstenir d’en être le pauvre imitateur…

R.I.P Haring, Warhol, Burroughs. En somme, il ne reste plus que Zilon!

Pendant ce temps, dans le parking en face, à l’air libre…

BLx

2 Commentaires

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2 réponses à “Expo Marinoni et graffiti

  1. Avatar de JP Martin JP Martin

    Ayant aussi assisté à cette exposition, je partage les commentaires de Bruno, par contre, je dois y apporter quelques nuances!

    D’une part, la fameuse « galerie » n’est pas financée par la ville de Montréal et à ma connaissance, les graffeurs qui y ont laissé leur trace n’ont pas été rémunérés pour leur travail. À mon avis, la critique de Bruno, qui laisse croire qu’il s’agirait d’artistes « corporatistes », ne rend pas justice à leur véritable travail. Si certains artistes de la rue quittent effectivement « l’air libre » pour ne peindre que des murailles dans le cadre de contrats lucratifs, je ne crois pas que ce soit le cas des artistes qui exposent au 180 ste-catherine. Ceux-ci travaillent habituellement dans la rue, mais bénéficient exceptionnellement d’une nouvelle vitrine pour exposer leur travail. Par ailleurs, la photo prise à l’extérieur (près des Foufounes Électriques) pour illustrer le contraste entre les « graffeurs de la rue » et les « peintres de fresques » de l’exposition est plutôt mal choisie. En effet, tous les graffitis réalisés sur ce mur ont été peints il y a 2 semaines dans le cadre du festival « underpressure » (http://www.underpressure.ca) qui est en fait organisé par les fondateurs de la nouvelle galerie… qui porte le même nom!!!

    Par ailleurs, pour reprendre la question posée par Bruno : à savoir si l’art de rue conserve son statut lorsqu’il sort de la rue, je ne vois pas la pertinence de marquer à ce point la division entre le graffiti et la fresque… Pourquoi le graffiti doit-il être illégal pour conserver son authenticité? N’est-ce pas plutôt une belle forme de reconnaissance pour l’artiste qui expose que de permettre au public de contempler son travail dans le cadre d’une exposition? N’est-ce pas une manière de souligner la beauté dans ce qui est trop souvent perçu par les autorités municipales comme une simple forme de vandalisme?

    Pour ce qui est de l’artiste Zilon: (http://www.galeriemx.com/artists/-ZILON), son style provocateur est classique dans le monde du graffiti et du hip-hop en général. Les graffeurs, comme les rappeurs, ont cette drôle de manie de créer du « beef » comme on dit dans le milieu pour tenter d’y faire leur place et d’imposer leur stature. Par contre, ce que Zilon ne semble pas comprendre en enterrant Warhol et Burroughs, c’est qu’il faut savoir choisir ses cibles… Warhol et Burroughs ne sont pas de simples « taggueurs » de ruelle! Ou comme nous rappelait une citation de Mcqueen à l’entrée de son exposition au MET (http://blog.metmuseum.org/alexandermcqueen/) : “You’ve got to know the rules to break them. That’s what I’m here for, to demolish the rules but to keep the tradition ». Comme quoi la création artistique peut parfois passer par la rupture de certaines règles… ce que certains artistes confondent malheureusement avec la pure et simple confrontation.

    Ceci étant dit, je n’ai rien à dire de l’expo sur Marinoni. Bien que peu garnie, cette exposition était à l’image du l’oeuvre de l’homme: IM-PEC-CABLE!!!

    • Avatar de Bruno Lacroix Bruno Lacroix

      «I stand corrected», j’ignorais que le mur du parking était lui aussi commandité, exécuté «sans pression», avec permission, dans le cadre du festival «underpressure». J’aurais dû me rendre compte de son caractère bien ordonné et règlementé, chaque intervention disposant d’un espace égal. Mais outre mon manque de perspicacité, tout cela tend plutôt à illustrer à merveille mon propos: lorsque le graffiti en est rendu à avoir son festival, c’est que son caractère subversif et inassimilable s’est estompé. Cela n’enlève rien à la qualité des oeuvres (bien que celles présentés au 180 Sainte-Catherine restent à mes yeux très ordinaires), ni ne veut dire que le graffiti cesse d’être un art. Mais sur le plan esthétique et politique l’art du graffiti, et le street art en général, changent néanmoins de statut dès lors qu’ils deviennent commensurables avec les structures du monde de l’art comme les galeries et les musées. Il y a alors mutation, passage de l’hétérogénéité asociale, rebelle et critique, à l’homogénéité sociale où cette attitude est maintenant reconnue. célébrée, commercialisée. Le «graffeur de rue» ne s’avilit pas en devenant «peintre de fresques», il évolue simplement dans un contexte nouveau où il est devenu un artiste socialement acceptable. En fait, le graffiti est l’une des tendances lourdes en art contemporain (un nouvel académisme?), capable de générer un intérêt considérable, tel que celui suscité par l’expo «Arts in the street» au Musée d’art contemporain de Los Angels, le MOCA: http://www.moca.org/audio/blog/?cat=84

      Pour le reste on est d’accord: l’expo Marinoni (et l’art qui l’accompagnait) était très réussie, tandis que Zilon est un artiste assez médiocre qui, depuis 20 ans, est le graffeur de service (vitrines, salons de coiffure, etc.).

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