Après Ben Ali et Moubarak, Kadhafi?

François Brousseau dans Le Devoir n’hésite pas à qualifier de «révolution» l’agitation qui s’empare du Moyen-Orient:

«À Paris, en 1789, avant même que ne brûle la Bastille, les révolutionnaires avaient le sentiment explicite — formulé comme tel — de faire une «révolution». C’est-à-dire: un renversement de l’ancien régime (à commencer par un roi qui tombe), un changement de mode de vie, un nouveau contrat social. Avec une portée universelle, même si la révolte est d’abord inspirée par des conditions locales, singulières, contingentes.
Pourtant, à strictement parler, la Révolution française durera bien dix ans, et ne changera pas instantanément la vie des gens. Elle mettra un siècle — et même plus — à voir mûrir ses fruits, ceux d’une démocratie moderne et stabilisée. Chemin faisant, elle aura connu régressions, restaurations, échecs et trahisons.
Pourtant, il s’agit bien d’une révolution dès le premier jour.
On entend aujourd’hui des réserves autour du caractère — révolutionnaire ou non — de ce qui se passe dans le monde arabe, du boulevard Bourguiba à la place Tahrir, avec des métastases qui s’étendent chaque jour: Yémen, Jordanie, et maintenant Bahreïn, Libye…
La révolution, ce n’est pas seulement le sentiment subjectif de plénitude, de révolte enfin exprimée, de peur disparue. Mais ça l’est aussi, pour commencer: «Tout ce qui m’intéressait auparavant, c’était de survivre au jour le jour, expliquait au New York Times Ahmed Abdel Reheem, électricien de 40 ans présent place Tahrir. Maintenant, les gens se préoccupent les uns des autres: c’est comme une nouvelle naissance.»
L’irruption de la foule et des individus comme sujets de leur propre histoire, dans une région où l’opinion publique indépendante est une vue de l’esprit, c’est aussi ça la révolution. Mais, cette fois, le sujet de la mobilisation est également nouveau. On ne descend plus dans la rue — manipulé par les élites — pour dénoncer les États-Unis ou Israël. On descend pour parler de soi, de sa vie, pour dire au grand jour ce qui ne va pas, ici et maintenant.»

Après la Tunisie, l’Égypte et le Yémen, l’effet domino de cette agitation révolutionnaire atteint maintenant la Libye où la situation menace de dégénérer. Que fera Mouammar Kadhafi, le plus vieux dictateur de la planète, qui depuis 42 ans règne sans partage sur la Libye? Ordonnera-t-il le massacre ou bien se retirera-t-il définitivement sous sa tente de bédouin?

BLx

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1 commentaire

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Une réponse à “Après Ben Ali et Moubarak, Kadhafi?

  1. christiane gauthier

    Ce qui fascine dans cette mouvance, c’est le sentiment de l’inattendu et de l’inespéré. J’ai l’impression que ces mêmes populations, tunisiennes et égyptiennes d’abord, ne savaient pas elles-mêmes clairement qu’elles allaient vivre ces bouleversements historiques quelques semaines auparavant. C’est ce jeune homme tunisien qui s’est immolé pour protester contre l’injustice et la corruption qui a allumé la flamme. En le consumant lui-même, il allumait un incendie qui, depuis, ne cesse de faire s’écrouler les structures viciées des pouvoirs en place. Mon interprétation est trop romantique dans sa forme, certes, mais je pense qu’en son fond, elle est réaliste. L’histoire, comme la tragédie, est faite de ces moments où un seul événement peut servir de point de bascule pour toute la réalité. En quelques jours, ce jeune tunisien désespéré a actionné une mécanique de la péripétie où le plus faible devient le plus fort, où le plus puissant voit son autorité se désagréger entre ses mains. Maintenant, Kadhafi peut bien s’arc-bouter un moment, mais il ne résistera pas éternellement à la force grandissante qui se dresse contre lui. Les Grecs avaient un mot pour décrire la faute tragique qui entraîne l’homme dans la chute et dans la déchéance : L’hybris, la faute de l’outrepassement. Kadhafi tombera comme les autres car, comme les autres tyrans de son espèce, il outrepasse les limites, il est incapable de mesure. Ce n’est même pas une question de morale au sens judéo-chrétien du terme, c’est une question de loi physique. Il n’aura pas la force suffisante pour mater le peuple, ses généraux et ses ambassadeurs commencent à le lâcher. Après le feu, le tsunami approche…

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