Autant en emporte le mythe

Il y a 150 ans aujourd’hui, le 20 décembre 1860, dans la ville de Charleston en Caroline du sud, 169 hommes -politiciens et propriétaires terriens- se sont réunis pour rédiger un texte de 158 mots intitulé Ordinance of Secession qui déclarait l’abrogation de l’adhésion de l’état de la Caroline du sud à la constitution des États-Unis et proclamait par là son nouveau statut de pays indépendant. Quatre jours plus tard, ces mêmes hommes firent publier un autre texte Declaration of the immediate causes dans lequel ils expliquaient les raisons justifiant cette séparation de l’union. On raconte que les auteurs de ces textes se targuaient d’avoir initié une seconde Révolution américaine, en réalité c’est plutôt une guerre qu’ils provoquèrent, la Guerre de Sécession (1861-1865), la Guerre civile qui fit périr 620 000 Américains (on estime qu’un conflit équivalent aujourd’hui ferait six millions de morts). Concernant cette guerre, on tirera grand profit de l’extraordinaire série documentaire réalisée par Ken Burns, The Civil War.

Je dois le rappel de ces faits à un article d’Edward Ball paru hier dans le New York Times (article que j’adapte et traduis librement) dans lequel il met en garde ses concitoyens contre cette tendance, encore bien vivace dans les états du sud, qui consiste à occulter les vraies causes de la Guerre civile. Edward Ball sait de quoi il parle car il est né dans le sud, il y a grandi, plusieurs hommes de sa famille, des sudistes ardents, ont même livré bataille contre les nordistes lors de la Guerre civile et, d’aussi loin qu’il se souvienne, à la question «pourquoi le sud a-t-il voulu faire sécession?», il a toujours obtenu la même réponse, de la Virginie à la Louisiane: «The war between the States was about states’ rights. It was not abour slavery». Ainsi, on prétend encore que les états du sud ont voulu faire sécession uniquement pour protéger leur législature, leur droit de légiférer, contre la «tutelle» de l’Union des états (les États-Unis) et que l’esclavage n’était pas l’enjeu réel de ce conflit. Il est vrai que cette réponse est celle que lui faisaient les personnes blanches, les noires chantent une chanson plus douloureuse…

Il n’y a pas d’équivoque possible, la cause première de la Guerre civile est le refus des états du sud d’abolir l’esclavage, c’est le «droit» de posséder des esclaves que les sudistes défendaient. Pour s’en convaincre il suffit, dit Edward Ball, de lire les différents textes de Declaration, celui de la Caroline du sud, de la Georgie, du Texas et de tous les autres états confédérés du sud qui pourfendent les états abolitionnistes du nord, -celui du Mississippi donne le ton: «Our position is thoroughly identified with the institution of slavery – The greatest material interest of the world…» («thoroughly»: «complètement», «absolument», «vraiment»). Incipit Abraham Lincoln.

BLx

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Une réponse à “Autant en emporte le mythe

  1. Avatar de Olivier Vaillancourt Olivier Vaillancourt

    The greatest material interest of the world.
    L’esclavage a-t-il vraiment disparu ?
    Il est intéressant de regarder des deux côtés de la médaille entre nordistes et sudistes. Les confédérés défendaient l’esclavages en le comparent à la situation des ouvriers dans le nord industriel. Ils affirmaient que leurs esclaves avaient de meilleures conditions de vie que ceux-ci.
    Il faut se rappeler que Le capital de Karl Marx n’est paru qu’en 1867 et outre cela, aucune critique majeure du capitalisme n’avait été émise. Le philosophe allemand s’est basé sur la situation sociale en Angleterre de la première moitié du XIXème siècle, où l’esclavage était banni depuis le Slave Trade Act de 1807. Mais le servage en Angleterre et dans les colonies n’était pas comparable. En effet, on estime de 10 000 à 15 000 le nombre d’esclaves en Angleterre à cette époque et ils servaient pour la plupart d’équipes d’entretiens pour les bourgeois. Le phénomène en Amérique était tout autre. Les plantations réquisitionnaient une somme d’hommes plus imposante.
    Les conditions des ouvriers n’étaient pas assurées par quelconques contrats prédéterminé. J’explique : les esclaves était un produit vendu pour la duré de leur vie en échange, leur maître s’assurait de leur offrir les besoins essentiels. Les ouvriers était libre certes, mais devaient se vendre (offrir de leur temps en échange d’argent). Et souvent ils n’arrivaient pas subvenir à leurs besoins. Cette réalité controversée prédomine encore sur le monde contemporain. L’esclavage a été abolit, mais le « cheap labor » la remplacé, puis la mondialisation à contribuer à le propager. Même si l’on pense que ce phénomène ne nous concerne pas au Québec, il est d’actualité.
    The slave is sold once and for all; the proletarian must sell himself daily and hourly. The individual slave, property of one master, is assured an existence, however miserable it may be, because of the master’s interest. The individual proletarian, property as it were of the entire bourgeois class which buys his labor only when someone has need of it, has no secure existence. (Marx)

    L’élite nordiste décriait le comportement des confédérés alors même que les conditions des ouvriers étaient précaires.
    Je ne fais pas de propagande pour une hiérarchie sociale, j’illustre seulement les faits. Dans un système comme le notre où les emplois sûrs sont de plus en plus rares, notamment parce que le secteur public est malmené, le recours au secteur privé est menaçant.
    L’homme devient, il est,
    The greatest material interest of the world.

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