Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers, écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l’atelier qui chante et qui bavarde ;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d’éternité.
Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre,
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes ;
Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
L’Émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre ;
Car je serai plongé dans cette volupté
D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon cœur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.
Charles Baudelaire
Pourquoi ne pas faire comme un million de gens et être fiers de notre patrie, fiers de nos origines et pourquoi, aussi, ne pas être fiers de ceux que cette patrie a enfantés? Je sais qu’en ce moment nos hommes politiques nous font tourner les yeux, car ils nous rabaissent en se faisant accuser pour toutes sortes de choses malhonnêtes. Mais d’après moi, dans ces temps-là il faut penser aux autres, à ceux qui font que nous sommes fiers d’être qui ont est! Alors, pour cela je crois qu’on doit dire : Salut Dédé!
Hugo Vaillancourt-Perreault



Le lien entre Baudelaire et Dédé est approprié. Je me souviens que quelques jours après la mort de Dédé Fortin, on publiait son dernier poème à la une du Devoir ou de La Presse. C’était un très beau poème qu’il serait intéressant de retrouver. Il s’y trouvait un vent de mélancolie, une tristesse dans la beauté, une beauté teintée de tristesse.
Pour ce qui est de la honte qui nous souille, devant ceux qui devraient être gardiens de la justice et qui se révèlent pour ce qu’ils sont, sans foi ni loi, il faudrait en effet redire haut et fort que nous n’entendons nullement nous résigner à la triste figure qu’ils nous imposent. Nous savons que nous sommes autre chose que cela et nous ne devrions pas céder à la facilité du cynisme. Comme tu le dis très bien, Hugo, il y a au Québec quantité de personnes qui colorent bien autrement notre identité. Depuis des années j’entends des québécois dénigrer le Québec. Lorsque cela se produit devant moi, je leur dis qu’ils ont alors un problème qui est le leur et non pas celui de tous les québécois : ils ont ce qu’on appelle de mauvaises fréquentations.
Voici le poème :
Comme le temps est pesant en mon âme escogriffe
Un grand ciel menaçant, un éclair qui me crie
Ton coeur est malicieux, ton esprit dans ses griffes
Ne peut rien faire pour lui et tu es tout petit
.
Les nuages voyageurs font des dessins abstraits
Ils me parlent de bonheur que jamais je n’entends
Je pourrais faire comme eux et partir sans délai
Léger comme une poussière transporté par le vent
.
Et dans la solitude de ma danse aérienne
Le courage revenu, je trouverais les mots
Je réciterais sans cesse des prières pour que vienne
La douceur du silence d’un éternel repos … mais
.
Épuisé que je suis je remets à plus tard
Le jour de mon départ pour une autre planète
Si seulement je pouvais étouffer mon cafard
Une voix chaude me dirait : tu brilles comme une comète
.
Comme la lune est moqueuse quand elle s’empare du ciel
Elle me regarde aller comme une lampe de poursuite
Je voudrais la détruire ou me poser sur elle
Étourdi par son charme qui jamais ne me quitte
.
Et dans la solitude de ce nouveau départ
J’aurais tout à construire pour accueillir la paix
Et tout mon temps aussi pour prévenir l’univers
Que la joie est revenue et qu’elle reste à jamais mais
.
Condamné par le doute, immobile et craintif,
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur
Je parle à qui le veut de mon pays fictif
Le coeur plein de vertige et rongé par la peur
.
André Fortin
.
Le film À travers les brumes m’a tellement touchée, et la chanson Belzébuth qui est au coeur du film me frappe chaque fois que je l’écoute. Quel talent et quelle intégrité Dédé possédait-il!
Quel québécois. Quel homme.
La politique québécoise… ça fait dure… Es ce qu’on élit vraiment des gens a notre image, es ce qu’on a vraiment les politiciens qu’on mérite? J’imagine.
En tout cas, il est bien vrai qu’on est indécis et rêveur.
Dédé m’inspirait tout sauf la mort, mais il se l’est quand même donné…
Il brillait trop, il voulait ses ailes.