Archives de Tag: Montréal

L’or du soir, Petite Italie

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Hipsters unilingues dans le Mile-End

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Sorry, I don’t speak French!

Émilie Dubreuil, URBANIA

Je vis dans un quartier branché, habité par des redingotes hassidiques, des robes de deuil portugaises et les jupes à «raz le plaisir» de filles venues de Toronto pour flâner indéfiniment dans nos rues accueillantes.

Il y a cent ans, le Mile End était une petite ville indépendante avec son hôtel de ville, son église et une population majoritairement canadienne française. Au détour de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs sont venus s’y installer en si grand nombre que la langue parlée par la majorité était le Yiddish. Au cours des années 1970, les Italiens et les Portugais y ont peu à peu remplacés les Juifs partis s’installer dans l’ouest et ont ouvert des commerces.  Si bien qu’on retrouve, chez nous, les meilleurs cafés Italiens, des épiceries portugaises, des boucheries hébraïques et les meilleurs bagels au monde.  Un quartier formidable donc et qui attire, pour cette raison même, une nouvelle ethnie toute blanche : le Canadien anglais. Mais attention, pas n’importe quelle sorte : l’alter mondialiste/écolo/ conscientisé/ artiste/et curieux de tout…sauf de la société québécoise. Il y a quelques années déjà que j’étudie cette ethnie avec attention et je m’étonne encore de l’incontournable : «Sorry, I dont speak french» prononcés par des êtres aussi scolarisés qui disent avoir choisi de vivre à Montréal, P.Q. parce que la ville vibre distinctement de Toronto, Halifax, Calgary ou Vancouver.Dans notre inconscient collectif, dans le mien du moins, l’unilingue anglophone de Montréal est incarné par une vieille dame de Westmount qui fait du bénévolat au Musée des beaux arts. Elle parle très bien le français à Paris, mais jamais ici. Son mari est avocat et membre du Parti libéral du Canada. Le couple se lève plus tôt le matin pour détester plus longtemps le P.Q et la loi 101. Ils lisent la Gazette et croient que les francophones sont tous xénophobes. J’ai travaillé au Musée des beaux arts de Montréal pendant mes études et cette race-là, je la connais bien.Cet unilinguisme-là ne me dérange pas le moins du monde, il me fait sourire par son anachronisme attendrissant. Il nous rappelle pourquoi le Québec a connu des luttes linguistiques, il est le symbole d’une époque révolue, celle où ma mère exigeait qu’on lui adresse la parole en français chez Eaton. Leur «Sorry I do not speak french» est imbriqué dans la culture québécoise, alors que l’unilinguisme des mes contemporains du Mile-End traduit une indifférence que je ne m’explique pas et qui m’insulte. Ils sont aussi incapables de discuter en français que de nommer le Premier ministre du Québec ou le maire de Montréal et ne savent pas si Hochelaga Maisonneuve se trouve à l’est ou à l’ouest de la rue McGill.

La première fois que j’ai rencontré cette indifférence linguistique et culturelle,  c’est il y a à peu près dix ans. Une amie m’invite à une fête, chez Amy, une cinéaste torontoise qui vit à Montréal depuis sept ou huit années. Elle vient de réaliser un documentaire sur les femmes lesbiennes en Afrique noire. Devant ses amis, elle est fière de dire qu’elle a dû apprendre le swahili pour entrer en contact avec les gens du pays. Impressionnée, je lui demande en français si l’apprentissage du swahili a été ardu, elle me répond : «Sorry?» avec l’air perplexe de celle à qui on adresse la parole dans une langue inconnue. Je lui repose la question en anglais avant de m’étonner : «You’ve been living here for seven years and dont speak french?!» complètement incrédule devant cette curiosité linguistique paradoxale. Elle me répond, sans saisir à quel point sa réponse est ironique : « French… It’s really hard for me!»

Débute alors une conversation animée. La plupart des convives vivent au Québec depuis plusieurs années et ne parlent pas un christ de mot de français ! Le fait que je veuille comprendre pourquoi, s’ils ne peuvent communiquer avec 85 % de la population, ils sont venus s’installer ici, les exaspère. Rapidement, l’un d’entre eux s’énerve : «les francophones sont racistes, nous avons le droit de parler anglais ici etc.» Manifestement, ça le dérange d’être confronté à un manque de curiosité intellectuelle qu’il refuse d’admettre. Le type est musicien, a fait le tour du monde, mange de la bouffe indienne et, pourtant, l’ethnie et la langue Québécoise ne l’intéresse absolument pas.

L’amie francophone qui m’avait invitée à la fête était verte de honte. Elle étudiait à Concordia et était gênée de moi comme une adolescente qui ramène ses amis à la maison. Elle ne voulait surtout pas qu’il y ait de chicane, que ses amis unilingues l’associent à un une lutte linguistique qu’elle désapprouvait. Stéphanie aurait souhaité qu’on admire son amie qui parle swahili sans soulever le fait qu’elle ne parlait pas le français puisqu’après tout c’était son choix et qu’il fallait le respecter.

Depuis, cette histoire se répète inlassablement. Et je continue le combat. Pas plus tard qu’hier, dans un café, rue St Viateur, un type me drague. Il me déclare, en anglais, que j’ai des yeux magnifiques et qu’il aimerait beaucoup m’inviter à souper. Le gars vient d’Halifax, vit à Montréal depuis cinq ans et suit actuellement des cours de chinois… But guess what?  Il ne parle pas français! «French is a very difficult», me dit-il. Je lui renvoie alors que le jour où il sera capable de me demander mon numéro en français, je considèrerai son invitation. Il me répond dégoûté que je ne suis qu’une hystérique : «I guess you are P.M.S right now…» se lève et part. Mon amie Nadia, francophone, demeure interdite devant mon intransigeance et me sermonne:«Voyons t’es ben pas fine! »


Alors que j’ai rencontré, lorsque je vivais à Toronto ou à Vancouver, de nombreux Canadiens anglais curieux du Québec, de notre langue et de notre culture, je ne cesse de rencontrer à Montréal ce genre de francophones qui se nient eux-même et ces anglophones déconnectés qui ont élu domicile in the Plateau. And I just dont get It.
Well, ce n’est pas pour me vanter, mais à la suite de notre conversation, Amy s’est inscrite à un cours de français intensif à Baie-Saint Paul. Elle parle français avec un accent très mignon et s’est trouvé un job à l’Université du Québec à Montréal. Le musicien, aujourd’hui mondialement connu, est le seul à pouvoir donner des entrevues aux médias francophones lorsque son groupe est de passage à Montréal. Il en est très fier. Chaque fois que je les croise dans le Mile End, ils me remercient, en français, de ne pas avoir été fine. Anyway.Illustration: Josée Bisaillon

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Street art de Montréal à Brooklyn

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Brooklyn Street Art, 27/07/13

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24 juillet 1967: De Gaulle à Montréal

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Le vélo plus populaire que le hockey à Montréal?

Zénon saint-laurent 1Zénon Saint-Laurent 1912-2005

Quand la ville roulait vélo

Entre 1898 et 1989, soit pendant près d’un siècle, la métropole québécoise a connu plusieurs vélodromes et une vraie passion pour la petite reine. Tout cela est-il à jamais parti en fumée?

Jean-François Nadeau, Le Devoir 23/07/13

Juste avant le départ, quelqu’un a crevé son pneu arrière. Jalousie ? Racisme ? Les deux ? Peu importe : le champion noir Major Taylor s’élance à temps sur sa machine et triomphe à l’occasion des mondiaux du cyclisme qui se tiennent en 1899 au vélodrome de Verdun, tout près de Montréal. Car chez nous, on glorifiait l’imposante reine Victoria, mais aussi «la petite reine», le vélo.

Tout en bois, le nouveau vélodrome de Verdun est en mesure d’accueillir de 8 000 à 12 000 spectateurs. Du 7 au 12 août 1899, les compétitions World’s Meet proposent 15 courses aux curieux. Des athlètes représentent les États-Unis, l’Écosse, la France, l’Australie, l’Afrique du Sud, le Canada et l’Angleterre. Les journaux affirment que plus de 30 000 personnes ont assisté aux différentes épreuves.

Pour l’Américain Major Taylor, sûr de son affaire, c’est le triomphe, une fois de plus. Il sera bientôt l’un des athlètes les plus payés du monde, malgré la haine raciale dont il continue de faire l’objet, malgré sa gloire.

En 1899 toujours, la ville de Terrebonne inaugure elle aussi son nouveau vélodrome. Afin d’en apprécier la rapidité, elle fait venir de Montréal le réputé cycliste canadien-français de 19 ans Curtis Boivert. Le 6 août, soit la veille du début des mondiaux du cyclisme à Verdun, Boisvert entend battre son record du mille (1609 mètres) devant 400 spectateurs. Il n’y parvient pas, mais franchit tout de même la distance sur sa lourde monture à un peu plus de 28 km/h.

Comme cycliste professionnel, Boivert s’est construit un beau palmarès, tout en se faisant aussi connaître en patins – sur glace ou à roulettes – ainsi que comme joueur de hockey. Aux championnats mondiaux de Verdun, il fait bonne figure. On le connaît alors déjà aux États-Unis sous le nom de Greenwood, où il bat notamment Tom Cooper, l’étoile du Detroit Athletic Club, à deux reprises et le même jour. Un journaliste rapporte que toutes les médailles de Boisvert rempliraient une bijouterie. Boivert accumule les victoires jusqu’à ce que le cyclisme cesse d’un coup d’être un sport populaire en raison de la progression rapide de l’automobile. Plusieurs cyclistes de sa trempe deviennent, au début du XXe siècle, les promoteurs enthousiastes de nouvelles courses motorisées.

Les années folles

À Montréal, le vélo décline fortement à compter de 1898. Cette année-là, il y aurait eu 7973 bicyclettes enregistrées par la Ville. En tout juste trois ans, le nombre de deux-roues recensés par la Ville baisse de 54 %.

En 1911, dans une entrevue au journal Le Devoir, le président du Montreal Bicycle Club, qui est aussi président du club de raquetteurs Montreal Snowshoe, affirme qu’il a l’intention de relancer le cyclisme par la présentation d’épreuves lors des parties de crosse, ce sport immensément populaire hérité des Amérindiens. En 1913, le club cycliste Apollo organise aussi quelques courses. Un promoteur en présente aussi au parc de Lorimier, sur la piste des chevaux trotteurs. Mais iI faut attendre Louis Quilicot, en 1915, pour que se mettent en place de nouvelles structures favorables au renouveau de ce sport. « À l’époque, affirme Quilicot, les coureurs n’étaient pas nombreux, peut-être étions-nous une trentaine. »

Une famille franco-belge arrivée après la Grande Guerre, les Gachon-Van der Auwera, va beaucoup contribuer à redonner de l’élan au cyclisme dans un contexte de plus en plus favorable. Henri, le père, fabrique des cadres de vélos qui seront très appréciés par les coureurs. Pierre, un des fils, sera le premier Québécois à participer au Tour de France.

Le champion René Cyr, plus tard responsable du vélodrome du Stade olympique, dit au sujet des vélos Gachon : « C’étaient les meilleurs vélos que j’ai eus. Je les faisais repeindre, mais je ne les abandonnais jamais ! » À Montréal, les Gachon fabriquent des vélos bien avant que le réputé Giuseppe Marinoni ne s’y mette en 1974. En marge de la production de vélos professionnels, les cycles Gachon vont même tenter de concurrencer le fabricant CCM. La compagnie produira des vélos pour toute la famille jusqu’à la fin des années 1940.

Le vélo revient dans l’orbite des sports à la mode au cours des années 1920. Afin que les spectateurs puissent voir plus longtemps les athlètes, des courses sur piste qui durent six jours sont organisées un peu partout en Europe et en Amérique du Nord.

En 1928, un nouveau vélodrome est construit près de la rue Jean-Talon, au nord de Montréal. L’année suivante, le 25 août, pour la troisième grande réunion du dimanche autour d’une épreuve d’envergure présentée à ce vélodrome, la foule est tiraillée entre une partie de baseball qui se tient au stade non loin de là et les épreuves cyclistes. Les gradins du vélodrome sont néanmoins fort bien remplis et la police organise un service d’ordre. Par cette belle journée ensoleillée, on trouve sur la ligne de départ, soutenus par leur entraîneur à casquette en tweed anglais, les coureurs Henri Lepage, Jules Matton, Sammy Gastman, Battagello et Art Best. On présente aussi des épreuves rapides, courues derrière moto, où Gus Merkle tente au final de doubler Sammy Gasman, tiré par le pilote de la moto Willie Spencer, lui-même un ancien coureur qui devient, à peu près à cette époque, un des plus importants promoteurs de courses de six jours en Amérique du Nord. Spencer est au nombre des hommes d’affaires qui voient dans le cyclisme une étonnante occasion d’engranger facilement de l’argent.

Plus populaire que le hockey

On n’imagine pas aujourd’hui à quel point le hockey apparaît moribond à Montréal à cette époque. Au Forum, la lutte et le cyclisme remplissent l’amphithéâtre bien davantage que les parties du Canadien.

À chaque événement cycliste, une nouvelle piste de bois aux virages abrupts est construite par des ouvriers spécialisés. Les héros qui tournent des jours entiers comme des écureuils dans une cage passionnent le public bien plus que les hockeyeurs.

À compter de 1929, on présente très régulièrement des courses sur piste au Forum, comme dans la plupart des grandes villes. L’emblème du club de hockey Canadien sert aussi à distinguer les coureurs cyclistes canadiens-français qui participent à la série de courses nord-américaines. À Detroit, New York, Chicago ou ailleurs, les journaux locaux présentent des photos d’Henri Lepage et de Pierre Gachon qui posent sur leur bicyclette avec le chandail tricolore flanqué du CH de l’équipe de hockey. Revêtus du maillot tricolore, ils s’incarnent en représentant des Canadiens français dans une joute entre nations qui se dispute à cheval sur deux roues.

« On portait le chandail des Canadiens », se souvient le champion René Cyr, né en 1920 et interrogé l’an passé chez lui, dans les Laurentides. « Pas tellement celui du hockey, avec son crest et tout, mais plutôt le chandail des Canadiens, des Canadiens français, vous comprenez ? » Avant les années 1960, avant ce que l’on a appelé la Révolution tranquille, les francophones du Québec se définissent comme des Canadiens par opposition aux Anglais. Le tricolore de l’équipe de hockey renvoie à cette identité historique.

« Dans ce temps-là, c’était la lutte, la boxe et les courses de six jours qui remplissaient le Forum, continue René Cyr. Les gens venaient voir Yvon Robert lutter et les courses de six jours. Ils venaient le soir, tous les soirs. C’est là que j’ai rencontré ma femme ! Puis les courses continuaient le jour. Il y avait toujours du monde. C’est ça qui faisait vivre le Forum. Pas le hockey ! Quand on parle aujourd’hui de l’histoire du Forum, il n’y en a que pour le hockey ! Ce n’est pas la vérité. » Même Maurice Richard, à compter des années 1940, sera un des adeptes des compétitions cyclistes, rappelle René Cyr, photos à l’appui.

Cette popularité des coureurs cyclistes trouve son miroir dans la publicité. Des pistards comme Henri Lepage, Jos Trépanier, Pierre Gachon et Jules Audy servent à la promotion de plusieurs produits de consommation, dont les marques de bière. Même en 1943, alors que les courses déclinent en raison du conflit mondial, Pierre Gachon, « étoile des courses de six jours dans les années d’avant-guerre », se retrouve au centre de publicités publiées dans les journaux par la brasserie Molson.

Au Forum de Montréal, le cyclisme atteint bel et bien des sommets de popularité au cours des années 1930 avant de décliner de nouveau à partir de 1942-1943, en raison de la guerre.

Camillien Houde, le tonitruant maire de Montréal, assiste très volontiers aux courses drapé dans sa grande cape noire. Les vedettes de la chanson et des cabarets s’y montrent tard en soirée, à l’heure où les reporters signalent dans leurs reportages du lendemain les personnalités présentes. Le lutteur Yvon Robert, formidable héros populaire, offre des trophées aux coureurs à l’occasion de certaines épreuves. Même le joueur de baseball Gus Dugas vient spécialement des États-Unis, où il joue pour les Pirates de Pittsburgh, afin d’assister aux courses chez lui à Montréal. Bien des jeunes hommes s’y rendent, coiffés d’un joli chapeau, leur belle pendue à leur bras, pour connaître des soirées riches en émotions.

Tous les journaux nord-américains parlent alors des courses cyclistes. Une mystique de la force et de l’agilité se réinvente même autour du vélo, parfois en réinterprétant les légendes populaires de force brute. Le journaliste Zotique Lespérance écrit par exemple : « Nous savons pourquoi le jeune René est fort : son père est un cousin du fameux homme fort Louis Cyr. »

Le vélo ne redeviendra pas aussi populaire après la guerre, en partie à cause de Maurice Richard, le grand régénérateur du hockey. Mais tout de même : construction d’un vélodrome à Shawinigan en 1947-1948 ; épreuves internationales sur piste à Verdun en 1949 ; construction d’une piste à Québec, au parc Victoria, dans les années suivantes ; cons truction en 1955 du Vélodrome Métropolitain à Montréal, près du collège André-Grasset.

Au Centre Paul-Sauvé, les courses de six jours connaissent même une nouvelle ferveur au cours des années 1960. De grandes vedettes de ce sport prennent part à ses courses. Peu suspect de passion pour l’activité physique, le tribun Pierre Bourgault dira alors qu’il n’existe pas de plus beau sport.

En 1974, Montréal aura un autre vélodrome, pour accueillir les Championnats du monde à proximité de l’Université de Montréal. Puis, finalement, le vélodrome olympique voit le jour pour les jeux de 1976. En fait, il n’y a guère que depuis la démolition impromptue, en 1989, de la piste en bois de rose de ce dernier que la métropole québécoise ne compte plus de vélodrome où les spectateurs hurlent le nom des champions.

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Montréal, la ville aux pignons… fixes

Montréal est connue pour ses pignons

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Maisons à pignons

Vélos à pignon fixe

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La bilinguisation de l’université de Montréal

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Quelle place pour l’anglais à l’UdeM?

par Christophe Perron-Martel

Malgré une politique linguistique garantissant l’utilisation du français, l’anglais s’immisce dans la quatrième université francophone au monde. La communauté universitaire constate que le bilinguisme est devenu un passage obligé.

« Au début, c’était un choc de voir toutes les lectures obligatoires en anglais», admet le président de l’Association des étudiants en science politique et études internationales de l’UdeM (AESPEIUM) et étudiant au baccalauréat en science politique, Nicolas Lavallée. «On comprend assez vite qu’on n’a pas le choix, car la majorité des travaux universitaires en sciences politiques est publiée en anglais.»

Dans le cadre d’un cours portant sur le Moyen-Âge, l’étudiant en histoire Samuel Lapierre a dû analyser un long texte en anglais pour son examen de fin de session. « Je me débrouille bien en anglais, mais il me semble que nous sommes dans une université francophone, affirme-t-il. Certains étudiants ont trouvé comme moi que c’était exagéré.» Et, il n’est pas le seul dans cette situation. «Six étudiants sont déjà venus se plaindre des lectures en anglais pour le travail de session », confirme le professeur en histoire à l’UdeM François Furstenberg. Il affirme que ces étudiants étaient tous d’origine française. « Les Québécois sont généralement plus forts en anglais ou n’avouent pas qu’ils ont de la difficulté», croit le spécialiste de l’histoire des États- Unis.

Une langue omniprésente

Tous les étudiants ne voient pas les lectures en anglais d’un mauvais oeil. «On ne peut pas exclure le monde anglophone, estime l’étudiant en science politique Tom Nasr. L’ouver – ture sur le monde universitaire, c’est aussi l’ouverture sur ce monde-là. La langue anglaise permet de mieux saisir certains concepts.»

Plus l’étudiant avance dans son cursus universitaire, plus les lectures en français se font rares. «Aux cycles supérieurs, où les activités de recherche occupent une place centrale dans le parcours universitaire des étudiants, il est fort possible qu’une large part des lectures données par les professeurs soit en anglais», admet la vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels de l’UdeM, Hélène David. Cette situation s’observe pourtant au premier cycle selon M. Furstenberg. « En première année, les lectures sont surtout en français, en deuxième année, c’est moitié-moitié et en troisième année, elles sont surtout en anglais.»

Ne recommander que des textes en langue française n’est pas toujours faisable selon la chargée de cours au département de communication de l’UdeM Joëlle Basque. Certaines théories sont parfois surtout abordées par la recherche universitaire anglo-saxonne. «Comme le stipule la politique linguistique de l’UdeM, je donne toujours l’équivalent en français d’un texte anglais si cela est possible», affirme Mme Basque.

Des professeurs en difficulté

Autre problème soulevé par les étudiants : des professeurs non francophones se retrouvent parfois à utiliser des mots anglais ou maîtrisent mal le français ce qui nuit à leur enseignement. « L’accent ne me dérange pas, mais il y a des responsables d’ateliers dont la mauvaise maîtrise du français complique la compréhension du travail», souligne l’étudiant en économie politique Antoine Phaneuf.

Selon Mme David, trois options s’offrent aux étudiants dans ce cas. « La première chose à faire est d’en parler avec l’enseignant concerné et, au besoin, avec le directeur de programme ou de département », explique-t-elle par courriel. Ce dernier pourra alors inciter le professeur à bénéficier du programme de perfectionnement du français offert par l’UdeM. Les étudiants peuvent aussi faire part de leur insatisfaction lorsqu’ils remplissent le questionnaire d’évaluation du cours en fin de session ou déposer une plainte auprès du bureau de Mme David.

Mme Basque juge que la candidature d’un professeur ne devrait pas être refusée même s’il ne maîtrise pas bien le français. «Dans mon département, les enseignants venus de l’étranger s’améliorent assez rapidement en français », dit-elle. Mme David partage cette opinion.« Toutefois, précise-t-elle, le titulaire d’un poste menant à la permanence qui ne connaît pas ou ne maîtrise pas suffisamment le français a […] un délai maximal de trois ans pour se conformer à la règle générale.»

Le président général de la Société Saint-Jean Baptiste, Mario Beaulieu, se montre plus sombre sur la situation du français à l’UdeM. «Tout se bilinguise, se désole celui qui a reçu des plaintes à ce sujet. Alors que le français est menacé à Montréal, on finance de manière disproportionnée des universités anglophones.» Selon une étude du politologue Marc Chevrier, les universités anglophones québécoises recevaient 27 % des subventions normées en 2008, bien que les Québécois de langue maternelle anglaise ne représentaient que 8,2 % de la population. M. Beaulieu estime que ce surfinancement incite les universités francophones à se bilinguiser pour attirer davantage la clientèle internationale et les subventions .

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La politique linguistique de l’UdeM  :

• vise notamment à être conforme à la Charte de la langue française

• spécifie que l’udeM est clairement une université francophone à rayonnement international

• stipule que si un texte équivalent d’un texte anglais existe en français, c’est-à-dire aussi pertinent et de bonne qualité, il doit être priorisé • officialise, conformément à la Charte de la langue française, le droit de pouvoir travailler en français des employés de l’établissement

• précise que tous les employés doivent pouvoir communiquer de façon minimale en français et que l’employé souhaitant accéder à la permanence se doit de maîtriser le français dans un délai maximal de trois ans

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BLx via Hugo Vaillancourt-Chapdelaine

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