C’est du moins ce que suggère le commissaire aux langues officielles Graham Fraser dans son rapport annuel rendu public mardi dernier:
«Same old, same old. Après 40 ans d’application, la Loi sur les langues officielles est toujours largement bafouée et incomprise, affirme le commissaire aux langues officielles dans un rapport annuel qui distribue plusieurs notes d’échec. La fonction publique, la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques et la fin du recensement long obligatoire, entre autres, sont pointées.
Les constats désolants n’ont pas manqué pour Graham Fraser cette année encore: sur les 16 institutions passées au peigne fin des langues officielles, 10 ont obtenu une note «D» ou «E» en matière de promotion de l’utilisation du français ou de l’anglais dans tout le Canada. Conclusions du commissaire: les institutions fédérales ne comprennent pas clairement leurs obligations et ne tiennent pas compte des communautés linguistiques minoritaires.
Le volume 2 du rapport annuel de M. Fraser montre que 10 des 16 institutions ont été capables d’offrir des services bilingues dans plus de 80 % des cas où c’était requis. «Pire encore», ajoute-t-il, il n’y a que 2 des 16 institutions qui ont accueilli le public dans les deux langues officielles dans plus de 60 % des occasions.
M. Fraser déplore que «trop d’institutions attendent de faire l’objet de plaintes ou de recevoir une note faible dans leur bulletin de rendement avant de faire un effort quelconque pour mieux répondre à leurs obligations linguistiques». Selon lui, les institutions fédérales «font présentement du surplace». Presque partout, il a noté un manque de leadership et de planification pour répondre à ces obligations.
M. Fraser a d’ailleurs rappelé que ses recommandations de 2008 (mesures concrètes pour créer un milieu de travail bilingue) sont restées lettre morte dans 30 % des 117 institutions où il a fait un suivi cette année. Les cancres des cancres? Ceux qui ont le plus besoin d’améliorations, notamment Air Canada et la Gendarmerie royale du Canada…» (Le Devoir voir aussi Franco Presse et radio-canada)
En somme, la loi canadienne sur les langues officielles n’est tout simplement pas respectée! Et tandis que le Canada est officiellement bilingue tout en étant réellement unilingue anglais, la province de Québec, qui se fait reprocher par la Cour suprême de ce même Canada d’avoir fait du français sa langue officielle, devient peu à peu réellement bilingue… Nécessité de réentendre la noble colère de Michelle Lalonde, colère scandée comme un appel à l’insurrection. Speak white:
BLx


Je me souviens, alors que j’avais seize ans, je me rendais chaque semaine à Notre-Dame-de-Grâce pour garder une petite fille, tous les jours de la semaine pendant l’été. Un jour, un homme qui devait être dans la quarantaine m’aborde en anglais à l’arrêt d’autobus. À cette époque, je parlais anglais mais je ne maîtrisais pas le code langagier anglais pour la drague et pour une certaine vulgarité. J’ai néanmoins cru préférable d’ignorer ses avances. Je montai dans le bus. Lui, dehors, se mit à cogner comme un forcené dans la vitre près de laquelle j’étais assise. En colère, il me criait : «Speak white ! » Je ne l’ai jamais oublié.
Ce poème de Michèle Lalonde me revient ces temps-ci chaque fois que je vais au centre-ville de Montréal, et j’y vais souvent. Comme au temps de mes jeunes années, on m’aborde en anglais dans les magasins et dans les cafés. J’ai décidé que, désormais, je refuserai qu’on refuse ma langue et mon identité. Sans agressivité mais fermement, je ne laisserai pas ma culture, pourtant partagée par 80% des québécois, se faire cogner… Autrement, je devrais accepter que l’on conclue, comme disent les chauffeurs d’autobus: «Avancez en arrière!»