Quelques photos prises à New York en mars dernier au musée d’art moderne, le MoMa, où l’on présente jusqu’à la fin du mois de mai l’exposition «The artist is present», une très importante rétrospective consacrée à l’artiste de performance Marina Abramovic. On la voit ici engagée dans la plus longue performance de sa carrière, performance menée de l’ouverture à la fermeture du musée et ce pour toute la durée de l’exposition (du 14 mars au 31 mai). Cette oeuvre d’art a pour objet le sujet qui l’exécute, c’est-à-dire que l’oeuvre d’art se confond ici avec la présence de l’artiste, présence physique et silencieuse. Le visiteur qui le souhaite (et qui aura la patience d’attendre son tour) est donc invité à s’assoir devant cet être-là pour le temps qu’il veut, à être là à regarder l’oeuvre qui en retour le regarde la regarder… Croiser ainsi le regard installe les participants dans une sorte de gravité de laquelle il semble difficile de s’extraire, on racontait en effet qu’un homme la veille a passé toute la journée dans les yeux de Marina Abramovic! Pendant les heures d’ouverture du musée on peut voir en ligne et en direct le déroulement de la performance. On peut voir aussi la photo de chacun des visiteurs ayant à ce jour participé à la performance, ils sont plus de 800, mais le plus beau c’est la trace que l’émotion laisse sur ces visages transfigurés…
B.L.







Soudainement, ce qui me vient à l’esprit, c’est un passage des Bacchantes d’Euripide où Penthée (je crois bien que c’est lui qui dit cela dans la pièce) dit, en parlant de Dionysos : «Je l’ai vu me regardant.» Dionysos, dieu du masque, qui nous renvoie à quelque chose en nous-mêmes. Aussi, encore dans la mythologie grecque, si riche et si poétique, il y a la figure de la Gorgone, cette monstrueuse créature aux cheveux de serpents qui pétrifie et paralyse ceux qui la regardent. Le héros Persée trouvera la ruse, la «méchanè» qui la prendra à son propre jeu : il se servira de son bouclier comme d’un miroir pour lui renvoyer, à elle, sa propre image. C’est elle qui sera alors paralysée par la contemplation d’elle-même.
C’est probablement cela qui fait le caractère littéralement fascinant (deinos ???) de Marina Abramovic. Elle te fait faire l’expérience de toi-même. Elle te voit la regardant et elle te rend attentif à ton propre regard sur elle et sur toi-même.
Bref, pour le dire d’un seul mot : WOW !
Pingback: Elle parle! « Histoire et Civilisation