Archives mensuelles : février 2013

Paris tatouage

Carnets de tatouage et de villes, The Gypsy Gentelman poursuit son enquête, après New York, San Francisco, Londres… il nous entraîne cette fois dans le Paris de Laura Satana et de Tin-Tin.

Pour voir tous les épisodes: The Gypsy Gentelman

Parlant de tatouage et de Paris, voici le dernier que Luc-Antoine, un de mes amis, s’est fait faire (Paname, c’est Paris en argot…)

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La philosophie à tout venant

Je gazouille, donc je suis

Kant ou Nietzsche existent aussi en 140 caractères

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 25/02/13

Emmanuel Kant (1724-1804) a réapparu sur Twitter cette année. Pour l’instant, le compte @KantTweets ne revendique que 23 abonnés et trois gazouillis. @mitsougelinas fait des milliers de fois mieux.
iphilo appmzl.qrflrntb.175x175-75Le premier pépiement néokantien annonce que microbloguer La critique de la raison pure va prendre du temps, ce temps qui n’est que « la condition formelle a priori de tous les phénomènes de l’expérience ». Il faut maîtriser un peu de philosophie transcendantale pour apprécier. Au troisième et dernier tweet, le petit géant prussien de Königsberg (5 pieds avec talonnettes, un pur esprit universel) explique qu’il vient de lire un discours du philosophe français Jacques Derrida et qu’il n’a « pas ri autant depuis 200 ans ».
Friedrich Nietzsche (1844-1900), maître de l’aphorisme, se prête mieux au jeu avec au moins huit comptes consacrés à son œuvre. Un des derniers messages reproduits par @NietzscheQuotes reprend une idée de circonstance : « Mon ambition est de dire en dix phrases ce que les autres prennent tout un livre à raconter. » Le tout en moins de 140 caractères. Ce vieux grand maître du soupçon était fait pour renaître là. Comme le haïku se prête très bien à la petite forme.
Deux genres
La philo existe donc en version techno postmoderne et chacun peut la rencontrer.
L’outil de microblogage propose en fait deux genres de productions liées à la philosophie. Il y a celle des philosophes morts (Hume, Wittgenstein, Aristote, Hobbes, Heidegger, Russell, etc.), ressuscités sur le réseau par un fan ou un critique. Le compte @KarlMarxReader attire à peine 135 abonnés qui sont déjà inondés de 63 000 messages. De la surproduction postindustrielle !
Il y a aussi celle des philosophes actuels et vivants. Carrie Ichikawa Jenkins, professeure de philosophie à l’Université de la Colombie-Britannique de Vancouver, est du lot avec @carriejenkins où elle a déjà posté plus de 7600 messages.
« Je connais beaucoup de philosophes sur le réseau et nous échangeons entre nous, explique-t-elle en entrevue téléphonique. Nous discutons de nos idées. Je peux par exemple renvoyer à un de mes textes et recevoir des commentaires. Les abonnés me posent des questions sur mes travaux. Je réponds parfois de manière très succincte et parfois je poursuis la discussion ailleurs. »
Certaines de ces questions pourraient directement concerner les nouveaux médias et les réseaux sociaux dématérialisés. La mère de toutes les disciplines mène à tout, y compris vers une philosophie de Twitter.
« Pensez à l’éthique de ce réseau, poursuit la philosophe. Des collègues s’inquiètent parce que certains de leurs propos tenus lors de conférences publiques sont relayés en ligne. C’est un problème sérieux qui concerne la tension entre la diffusion d’une information hors contexte vers le plus de gens possible, y compris sans le consentement de la source. Pensez aussi aux problèmes posés par l’extrême synthèse d’une pensée complexe. Personnellement, je crois que toutes les idées ne peuvent pas être comprimées. Je veux dire qu’on ne doit pas tenter de tout réduire à 140 caractères… »
Le plus et le moins
Ceux qui peuvent le plus ne peuvent pas nécessairement le moins. Et ceux qui croient que la philo gazouillante est finalement aussi bête, inutile et insignifiante que la twittlittérature n’ont pas moins raison que celles qui croient le contraire et le démontrent à grands coups de petits textes.
« L’esprit de synthèse est un des moyens par lequel on peut se rendre intéressant, poursuit la professeure Jenkins. Certains d’entre nous ont de très bonnes idées, mais ne sont pas nécessairement capables de les comprimer dans un tweet. »
La médiatisation se nourrit elle-même. Sur le compte @philosophybites, le Britannique Alain de Botton, un intellectuel médiatisé, mène le pointage avec près de 333 000 abonnés. La troisième place appartient à l’éthicien Peter Singer de l’université de Princeton. Sauf erreur, la liste ne comprend que deux penseurs français, François Jourde et Didier Moulinier.
Une plateforme de plus
Au 18 février, Lucretius21c recense 80 comptes de philosophes présents depuis plus de trois ans, gazouillant trois fois par jour et comptant 1716 abonnés en moyenne. La production abonde en anglais, même pour les auteurs francophones comme Michel Foucault, Jacques Derrida, Deleuze et Guattari ou Jean-Paul Sartre.
« Alain de Botton est déjà un intellectuel public très connu et je ne peux donc pas me surprendre de le voir si populaire aussi sur ce nouveau média. Pour lui, Twitter n’est qu’une plateforme de plus, commente la philosophe Carrie Jenkins. J’ai moins de 2000 abonnés, mais ce réseau comprend beaucoup de gens passionnants vraiment intéressés par mon travail. C’est ce qui compte finalement. »***
iPhilo.fr, l’ami de la sagesse en ligne
La jeune Émilie de Cooker, doctorante en philosophie, réfléchit sur le scandale de la viande chevaline qui touche l’Europe en ce moment. Philippe Granarolo, septuagénaire agrégé de la discipline et spécialiste de Nietzsche, propose une réflexion sur l’art de vieillir « qui ne saurait faire partie des beaux-arts ». Des textes semblables, le site iPhilo en a accumulé des dizaines depuis sa fondation il y a un peu plus d’un an.
« Nous proposons une actualité commentée par des philosophes », résume Alexis Feertchak, cofondateur du site. Au départ, lui et trois de ses amis étudiants pensaient proposer des tests philosophiques. L’option du commentaire court à chaud s’est révélée beaucoup plus fructueuse. « Ça demande une concision très intéressante de la part des collaborateurs. C’est aussi très pratique pour les lecteurs et les étudiants en particulier.»
L’app du iPhilo. fr est gratuite. La diffusion et la promotion se font surtout par les réseaux sociaux, Twitter et Facebook. En un an le magazine en ligne a déjà attiré environ 15 000 utilisateurs qui génèrent autour de 500 branchements par jour.
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« Nous allons développer cette communauté », explique encore le philosophe Feertchak. Dès le 1er mars, le site va proposer des captations audiovisuelles et sonores des séminaires philosophiques animés chaque lundi dans une salle du cinéma MK2 Hautefeuille par Charles Pépin, un habitué de Philosophie Magazine. Cette publication, comme la série d’ici Le Devoir de philo, témoigne de la popularité de la très vieille amie de la sagesse.
« Je crois que la philosophie a pris le relais de la psychologie, dit le jeune entrepreneur du Web. La psychanalyse s’est effondrée. La psycho est toujours importante pour les individus, mais cette discipline est moins prégnante pour la société, pour l’explication du monde. La philo est maintenant sur le devant de la scène parce qu’elle donne du sens à ceux qui en réclament. Cette discipline est capable de surplomber toutes les autres. »
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Financement des universités anglophones

Le tabou

Les chiffres ne disent pas nécessairement tout, mais ils sont souvent éclairants. Si la proportion des étudiants qui fréquentent les universités francophones et anglophones était la même qu’au niveau primaire et secondaire, il y aurait 37 000 étudiants de plus que maintenant dans les universités francophones, qui bénéficieraient d’un financement supplémentaire d’un milliard.

À une semaine du Sommet sur l’enseignement supérieur, le chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, et son ancien collègue péquiste Pierre Curzi ont jugé utile de rappeler une réalité qui constitue un véritable tabou : les universités anglophones, McGill en particulier, reçoivent la part du lion, alors qu’elles forment à nos frais des étudiants dont une grande partie s’empresseront de quitter le Québec sitôt leur diplôme en poche.

Le refrain n’est pas nouveau. Quand le projet de mégahôpital du CHUM a été lancé, plusieurs ont vainement contesté la nécessité d’en construire un autre pour la communauté anglophone, dont l’importance démographique ne semblait pas justifier un tel investissement dans une ville de la taille de Montréal. À McGill, la moitié des étudiants proviennent de l’extérieur du Québec.

Bien entendu, personne n’osera poser le problème dans ces termes au Sommet. Surtout pas le ministre Pierre Duchesne, qui serait accusé de laisser libre cours à une anglophobie dont le PQ est toujours soupçonné, comme l’illustrent bien les résultats du sondage EKOS Research publiés lundi.

Déjà, 84 % des Anglo-Québécois estiment que le gouvernement Marois n’attend qu’une majorité à l’Assemblée nationale pour restreindre encore davantage leurs droits linguistiques, au point que 42 % d’entre eux disent avoir envisagé de quitter le Québec après l’élection du 4 septembre dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-François Lisée n’est pas au bout de ses peines.

***

Tout le monde convient que les universités anglophones sont d’une grande qualité et doivent le demeurer, mais est-il équitable qu’elles accaparent 25 % des effectifs et près de 30 % de tout le financement universitaire, alors que la communauté anglophone représente seulement 8,3 % de la population ?

Leur succès s’apparente à celui de la saucisse Hygrade. Elles sont mieux financées parce qu’elles attirent plus d’étudiants et elles attirent plus d’étudiants parce qu’elles sont mieux financées, ce qui permet d’embaucher plus de professeurs, dans des disciplines mieux subventionnées, qui reçoivent aussi plus de budgets de recherche…

En 2008-2009, les universités anglophones ont obtenu 36 % des budgets de recherche accordés par les organismes fédéraux, qui en accordent trois fois plus que leurs équivalents québécois. À elle seule, McGill a également reçu 43 %, soit 96,4 millions, des dons faits aux universités québécoises par des organismes à but non lucratif ou des entreprises privées.

Un rééquilibrage constitue cependant une opération délicate dans un contexte de ressources limitées. On aura beau dire qu’il ne s’agit pas de financer moins les institutions anglophones, mais plutôt de mieux financer les institutions francophones, cela signifie inévitablement un transfert des unes vers les autres.

C’est la même chose pour l’affichage : augmenter la place du français, que ce soit en imposant l’unilinguisme ou en appliquant la règle de la « nette prédominance », implique de diminuer celle de l’anglais. On ne fait malheureusement pas d’omelette sans casser d’oeufs.

Même si le PQ semble avoir définitivement renoncé à étendre au niveau collégial les dispositions de la loi 101 qui régissent l’accès à l’école primaire et secondaire, ce qui aurait réduit la fréquentation des universités anglophones par des résidents québécois francophones et allophones, il serait possible de les rendre moins attrayantes pour les étudiants étrangers ou canadiens non résidents du Québec, mais inclure un facteur linguistique dans le calcul des subventions est impensable.

Adopter le critère dit de « première génération », qui consiste à adapter le financement des universités en fonction de la proportion d’étudiants dont les parents n’ont jamais fait d’études universitaires, aurait toutefois le même effet, tout en favorisant l’accessibilité.

Sans surprise, c’est dans les composantes de l’Université du Québec qu’on retrouve les plus hauts taux d’étudiants de « première génération ». À Chicoutimi, en Abitibi et à Rimouski, il dépasse les 70 %. À Montréal et Laval, il est de 49,5 %. Pour l’ensemble des universités anglophones, la moyenne est de seulement 35,8 %. À McGill, le chiffre est de 20 %.

La principale de McGill, Heather Munroe-Blum, criera sans doute à la « farce » si le gouvernement retient ce critère, mais la situation actuelle n’a vraiment rien de drôle.

mdavid@ledevoir.com

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Malcom X

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Malcolm X, figure complexe de la lutte des siens

Il y a 48 ans, l’inclassable prédicateur était assassiné

Malcolm Reid, Le Devoir, 21/02/13
Un des leaders noirs les plus célèbres du XXe siècle, Malcolm X, est mort à l’âge de 39 ans il y a 48 ans. Ce personnage complexe, voire insaisissable, nous a tant influencés. Que croyait ce célèbre prédicateur ? Que prêchait-il ? Pourquoi est-il important, encore aujourd’hui ?

J’avais 20 ans quand je l’ai découvert. Il faisait sensation chez les noirs américains. Ce prédicateur islamique portant le même prénom que moi m’a immédiatement fasciné. J’étais un Blanc qui suivait la lutte des Noirs de près, donc la coïncidence des prénoms ne me déplaisait pas. Même qu’à cause de lui, désormais, il fallait que j’explique ce prénom écossais. Au Kansas, en mai 1925, un couple de noirs, monsieur et madame Little, l’avait donné à leur nouveau-né. Plus tard, le garçon avait décidé que puisque le patronyme « Little » descendait d’un maître d’esclaves, il devait le biffer avec un grand « X ». Mais le Malcolm resta, fièrement porté.

Martin Luther King, son grand rival, prônait la lutte pour l’égalité par les moyens non violents. Malcolm X avait un ton beaucoup plus ferme et a souvent été caractérisé comme un violent. C’était mal comprendre l’homme. Malcolm n’a jamais proposé ou exécuté des actes politiques violents. Seulement, il avertissait : si l’establishment blanc continuait d’écraser les noirs, la violence allait éclater. Malcolm était un génie de la négativité. Il dénonçait, avec une grande verve.

Quelles étaient ses solutions de rechange ? Sur ce sujet, l’année 1964 fut décisive. Jusque-là, Malcolm avait été encadré par une grande organisation religieuse dont il n’était pas le chef. C’était la Nation of Islam, populairement connue comme « les musulmans noirs ». Le chef en était Elijah Muhammad, qui avait façonné l’idéologie de supériorité noire et de saine séparation d’avec les États-Unis blancs. En 1963, Muhammad avait imposé le silence à Malcolm X, son orateur le plus efficace. Car ses discours penchaient toujours à gauche. Finalement, en mars 1964, Malcolm a rompu ses liens avec l’organisation. Il a dit à un journaliste du New York Times : « Désormais, ce sera différent. J’interviendrai dans les luttes noires à travers le pays. Je prêterai main-forte aux Noirs en lutte. »

Une vie trépidante

Ce qu’il a fait. Commença alors une trépidante série de discours, d’interviews, d’apparitions télévisuelles. Des voyages à la Mecque et en Europe. L’idéologie de Malcolm X a émergé. Elle s’avéra progressiste et tiers-mondiste.

Une idéologie en fusion, évoluant de semaine en semaine. (Malcolm n’a pas cessé d’être un croyant. Dans les dernières semaines de sa vie, il a dit : « Je crois à un seul Dieu. Ce Dieu a enseigné la même foi à tous ses prophètes, j’en suis persuadé. »)

Il fallait maintenant reconnaître que foi et lutte politique n’étaient pas la même chose. Pour la foi, il a fondé la « Muslim Mosque Inc. » Pour la lutte politique, il a fondé la « Organization of Afro-American Unity ». Là-dedans, tous les Noirs étaient invités, musulmans ou non. Et à l’étonnement de tous, les non-Noirs étaient invités aussi ; s’ils étaient antiracistes !

Malcolm changeait. Le 29 mai 1964, cette question émerge du public : « De quel système politique et économique Malcolm X est-il partisan ? ». Il répondit : « Je ne sais pas. Mais je ne suis pas dogmatique. Comme je l’ai déjà dit, tous les pays qui sortent aujourd’hui des fers du colonialisme se tournent vers le socialisme. Ce n’est pas un accident, je pense. La plupart des puissances coloniales étaient des pays capitalistes, et les États-Unis sont le dernier rempart du capitalisme. Il est impossible pour un Blanc qui croit au capitalisme de ne pas croire au racisme. Le capitalisme ne saurait aller sans le racisme. Et lorsque vous avez la certitude au cours d’une discussion avec un Blanc qu’iI n’y a pas de place pour le racisme dans sa philosophie, c’est ordinairement qu’il s’agit d’un socialiste ou d’un homme dont la doctrine politique est le socialisme. »

« Il s’agit d’un homme… » Il y avait peu de féminisme en Malcolm ! Été 1964, le manifeste du groupe : « Nous nous consacrons à la construction d’un système politique, économique et social de justice et de paix. » Un document de centre gauche peut-être, influencé par l’anticolonialisme de Frantz Fanon et par l’Algérie nouvellement indépendante, louangeant aussi les grandes chartes des droits de la personne. C’était la grande profession de foi politique de Malcolm X.

Son mouvement fit long feu, cependant. Le dimanche 21 février 1965, Malcolm X a été abattu par des tireurs de la Nation of Islam, possiblement aidés par les autorités ou par la pègre. Cela reste flou. C’est arrivé à la Audubon Ballroom à Harlem, où il parlait chaque semaine en 1964-1965. Ses dernières paroles, il les a prononcées quand les assassins ont surgi de la foule avec des fusils dans leurs poches, mais faisant semblant d’être seulement des admirateurs de Malcolm en querelle personnelle. « Hold it, brothers ! », a-t-il crié, tendant son bras droit vers les hommes querelleurs. « Cool it. Don’t get excited. Come on, let’s cool it. » Ces paroles seront ses dernières.

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Malcolm Reid – Auteur de Notre parti est pris. Un jeune reporter chez les écrivains révolutionnaires du Québec, 1963-1970 (PUL, 2009)
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Tomahawk

Un poème de Christian Saint-Germain

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Men at Lunch

Un film sur une photographie des années 30, présentée comme l’emblème d’une époque qui a fait naître le New York que nous connaissons aujourd’hui.

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Les 50 ans du New York Review of Books

Une entrevue avec Robert Silvers, 83 ans, fondateur et rédacteur en chef du New York Review of Bookscq5dam.web.1280.1280

Cinquante ans de Review

Un bimensuel exigeant et influent

 Sylvain Cypel, Le Monde, via Le Devoir 16 février 2013
New York – C’est la revue littéraire la plus célèbre du monde. Bimensuelle, la New York Review of Books – la Review tout court – fête son cinquantenaire (son numéro 1 est paru le 1er février 1963). « Littéraire » est à comprendre dans un sens strict et large à la fois. L’exigence d’écriture y est primordiale et rien de ce qui est écrit ne lui est étranger : des relations internationales au roman, de l’art aux neurosciences… Son concept a d’emblée consisté à réinsérer le rapport à l’écriture et à la culture dans leur environnement politico-socio-économique, ensuite à promouvoir la valeur intrinsèque du texte critique.
Poètes et écrivains, historiens, scientifiques… La liste de ceux qui ont publié dans ses colonnes en cinquante ans remplirait un bottin d’une rare qualité. Un bottin qu’un Tom Wolfe a jugé mondain : la Review est « l’organe théorique du chic radical », disait-il en 1970. De fait, celle-ci s’est inscrite dans la mouvance du progressisme, comme nombre de ceux qui y ont contribué. Mais sa qualité et sa notoriété se sont si largement imposées que, d’Isaiah Berlin à George Kennan, ou de Vladimir Nabokov à Saul Bellow, beaucoup y ont trouvé leur place qui auraient récusé une identité « progressiste ». Aucune autre revue n’a eu, en un demi-siècle, autant d’influence sur la vie intellectuelle américaine et internationale.
Rencontre avec Robert Silvers, son rédacteur en chef, qui veille à leur qualité depuis le début. À 83 ans, ce bourreau de travail, insatiable perfectionniste, continue de passer même ses week-ends à relire la moindre ligne à paraître dans le numéro suivant (et à pester contre les manquements qu’il décèle dans celui qui vient de sortir).
En lançant la Review, en février 1963, qu’aviez-vous en tête ?

En 1959, [la critique] Elizabeth Hardwick avait publié dans la revue Harper’s, où je travaillais, un article intitulé « Le déclin de la critique de livres ». Elle y expliquait combien y dominaient l’absence de ton et la tiédeur du fond. Propriétaire d’Harper’s, le patron de la maison d’édition Harper Row a très mal pris la chose. Mais moi, j’adhérais à l’idée de l’affadissement de la critique. Quatre ans plus tard, avec Elizabeth, Jason et Barbara Epstein (décédée en 2006), qui deviendra codirectrice avec moi, nous avons lancé la Review. Notre ambition était de revaloriser l’engagement du critique et la qualité de l’écriture. L’idée neuve consistait à faire appel à de grands auteurs pour parler de livres. La plupart ont immédiatement répondu favorablement. Le premier numéro comprenait des articles sur des oeuvres de James Baldwin, Arthur Schlesinger, Jean Genet, J. D. Salinger, Simone Weil, etc., et des critiques tels Norman Mailer, Mary McCarthy, Gore Vidal, William Styron, Susan Sontag… On en a très vite vendu 100 000 ! À l’évidence, la demande existait. […]

En 2008, dans Les dilemmes d’un rédacteur en chef, vous écrivez : « Dès le début notre inclination a été de prendre le parti des gens ou des groupes souffrant des pouvoirs de l’État. » Ni progressiste ni conservatrice, mais du côté de ceux qui souffrent des abus des puissants : telle serait l’identité de la Review ?

Oui. Cela ne signifie pas être dénué de direction politique ou culturelle. Mais nous avons été les premiers à publier aux États-Unis les écrits de Simon Leys sur la Chine. Nous avons vite perçu l’urgence de la question des droits de l’homme dans les États totalitaires et publié Adam Michnik, Vaclav Havel, Andreï Sakharov. Nous avons aussi diffusé un rapport non public de la Croix-Rouge où elle usait expressément du terme « torture » quand le gouvernement Bush la niait.

En 50 ans, quel a été l’impact de la Review sur le débat intellectuel aux États-Unis ?

Je suis incapable de répondre. Les articles sont des actes de foi dont on ne connaît jamais l’effet à long terme. Cela dit, dès notre première année, le président Kennedy est assassiné. La guerre du Vietnam a commencé. Peu après, nous avons publié l’article de Noam Chomsky sur la « responsabilité des intellectuels » (23 février 1967) devant une guerre injustifiée moralement et politiquement. Cela ne nous a pas empêchés de publier sur le sujet des textes d’auteurs aussi différents que George Kennan, Hannah Arendt ou Hans Morgenthau. Ni celui du prêtre André Gelinas sur les atrocités des Nord-Vietnamiens à Saïgon après leur victoire. La Review s’est beaucoup exprimée sur les droits civiques et la guerre du Vietnam parce que ces thèmes ont marqué une génération d’auteurs américains. En même temps, nous avons publié la critique de Jacques Derrida par [le philosophe américain] John Searle. […]

Nous avons toujours demandé à des esprits critiques de s’engager dans les débats saillants d’une époque. Ce qui me rend fier, c’est que, parmi les opposants à la guerre du Vietnam, beaucoup refusaient de tenir compte de la répression sauvage dans les pays communistes. Or, sans maintenir le cap sur la critique du bloc soviétique ou la révolution culturelle en Chine, nous n’aurions pas subsisté. De même, depuis les années 1990, nous sommes très préoccupés par les conséquences de l’islam politique pour l’avenir. Les sociétés musulmanes toléreront-elles les valeurs fondamentales de toute l’humanité ? Et comme dans le cas des totalitarismes soviétique et chinois, la Review doit tenir compte de la part jouée par le caractère hypermilitarisé de la réaction américaine à ce phénomène.

Pourquoi la Review n’a-t-elle pas essaimé dans des pays non anglophones ?

Nous avons eu beaucoup de contacts, mais il faudrait trouver un partenaire qui défende la même conception de la critique et de l’indépendance que nous. Aux États-Unis, les presses universitaires constituent un cadre de diffusion unique en son genre. Le soutien d’une vie culturelle institutionnelle et d’une communauté universitaire est un élément crucial du succès, que nous n’avons pas trouvé ailleurs.

La qualité de la critique est-elle menacée aujourd’hui ?

L’esprit critique n’est affaire ni de tendance ni d’école. Il n’est pas plus difficile qu’il y a 50 ans de trouver de bons auteurs. La profondeur de la connaissance, la finesse de la perception perdurent.

La révolution Internet jouit d’une « absence quasi totale de critique », avez-vous écrit récemment. Pourtant, des milliers de livres se publient sur ce sujet…

Oui, mais peu s’intéressent à l’influence d’Internet et des nouveaux médias sur la pensée, les sentiments, les relations humaines, la responsabilité politique. Beaucoup de jeunes voient leurs vies guidées par les médias sociaux. Or, pour le moment, l’attractivité des nouveaux moyens de communication résiste à toute approche critique externe qui leur appliquerait des règles d’évaluation. On estime ces évolutions définitivement acquises, ce qui n’est jamais le cas. Certes, nous avons publié Robert Darnton (directeur de la bibliothèque d’Harvard) sur l’avenir du livre. Mais les évolutions actuelles mériteraient de notre part beaucoup plus d’attention. Une bibliothèque numérique universelle serait une percée majeure, mais poserait des problèmes commerciaux et intellectuels énormes. La critique littéraire s’est encore peu penchée sur ces sujets. […]

Avez-vous des inquiétudes pour l’avenir de l’écrit ?

Aucune. En revanche, j’en nourris pour sa qualité. Twitter, c’est 140 caractères maximum. Ça limite les possibilités, même si cela peut aussi susciter des aphorismes inattendus.

« La question consiste à savoir comment peuvent être préservées les fonctions, la connaissance et la culture que la technologie inventée par Gutenberg a permis de diffuser », avez-vous écrit…

C’est essentiel. Parce que, de Platon et Aristote à Marx et Freud en passant par Machiavel et Erasme, il existe une continuité de pensée qui ne peut se perdre sans dommage. Le plaidoyer pour la paix, d’Erasme, a aujourd’hui plus de sens que jamais.

Avez-vous un blogue personnel ?

Certainement pas ! Un rédacteur en chef n’est pas là pour dire ce qu’il pense.

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L’histoire vue de Hollywood

Raconte-moi une Histoire

Les drames historiques hollywoodiens tiennent-ils désormais lieu de cours d’histoire?

François Lévesque, Le Devoir 16/02/13

Entre chroniques historiques et drames biographiques, Hollywood se plaît à revisiter sa grande et sa petite histoire en insistant sur la dimension « véridique » de la démarche. Mais quelle crédibilité faut-il accorder à ce regard-cinéma ? À l’approche de la remise des Oscar le 24 février prochain, on constate que la catégorie du meilleur film regorge de telles propositions. Lire la suite ici.

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Philopolis 2013

logo2011Philopolis est un évènement de réflexion citoyenne regroupant près de 80 activités et conférences gratuites et ouvertes à tous et à toutes. Cette quatrième édition, toujours organisée par la collaboration d’étudiant-e-s provenant des quatre universités montréalaises, se tiendra du 15 au 17 février 2013 à l’Université McGill, à l’UQAM et à l’Université Concordia.

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Le signifiant = le signifié

http://www.purple.com/purple.html

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Violence répressive au Québec? You bet!

En regardant cette vidéo, une pensée de Pascal à méditer sur la dialectique de la justice et de la force, pour bien comprendre et dénoncer les dérives de l’État du Québec:

«Justice, force. – Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.»

Pascal, Pensées, Éd. Brunschwicg, #298, p 470.

Pétition: Ensemble, exigeons une commission d’enquête publique sur la violence policière de 2012

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Les idéologies anti-science

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«Remise en cause de la théorie d’Einstein, de celle de Darwin, créationnisme et fondamentalismes, cosmologies païennes, mouvements technofascistes, idéologies radicales anti-science… Pourquoi des personnes formées à la science en viennent-elles à adopter une attitude en opposition virulente à la science de leur époque ? Comment mobilisent-elles leur capacité de raisonnement au service de dogmes et d’idéologies sans rapport avec la science ? Peut-on tirer un fil historique entre ces postures depuis la naissance de la science moderne au XVIe siècle ? De nos jours, quel est l’impact sur les rapports entre science et société de ces attitudes, diffusées et multipliées par le canal de l’Internet ?

Rejet de la science contemporaine, de la spécialisation et de l’abstraction mathématique ; appel au bon sens et à une science globale ; vitupération pouvant aller jusqu’à l’invocation de la théorie du complot ; instrumentalisation de la science à des fins idéologiques ou religieuses : voilà les principales caractéristiques des mouvements ou des individus étudiés dans cet ouvrage.

Alexandre Moatti, ingénieur en chef des Mines, est chercheur associé en histoire des sciences et des idées à l’université Paris-VII-Denis-Diderot. Il est notamment l’auteur deEinstein, un siècle contre lui (2007). »

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Toute l’histoire en deux minutes!

«it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.»

Shakespeare, Macbeth, Acte 5, scène 5

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La bilinguisation de l’université de Montréal

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Quelle place pour l’anglais à l’UdeM?

par Christophe Perron-Martel

Malgré une politique linguistique garantissant l’utilisation du français, l’anglais s’immisce dans la quatrième université francophone au monde. La communauté universitaire constate que le bilinguisme est devenu un passage obligé.

« Au début, c’était un choc de voir toutes les lectures obligatoires en anglais», admet le président de l’Association des étudiants en science politique et études internationales de l’UdeM (AESPEIUM) et étudiant au baccalauréat en science politique, Nicolas Lavallée. «On comprend assez vite qu’on n’a pas le choix, car la majorité des travaux universitaires en sciences politiques est publiée en anglais.»

Dans le cadre d’un cours portant sur le Moyen-Âge, l’étudiant en histoire Samuel Lapierre a dû analyser un long texte en anglais pour son examen de fin de session. « Je me débrouille bien en anglais, mais il me semble que nous sommes dans une université francophone, affirme-t-il. Certains étudiants ont trouvé comme moi que c’était exagéré.» Et, il n’est pas le seul dans cette situation. «Six étudiants sont déjà venus se plaindre des lectures en anglais pour le travail de session », confirme le professeur en histoire à l’UdeM François Furstenberg. Il affirme que ces étudiants étaient tous d’origine française. « Les Québécois sont généralement plus forts en anglais ou n’avouent pas qu’ils ont de la difficulté», croit le spécialiste de l’histoire des États- Unis.

Une langue omniprésente

Tous les étudiants ne voient pas les lectures en anglais d’un mauvais oeil. «On ne peut pas exclure le monde anglophone, estime l’étudiant en science politique Tom Nasr. L’ouver – ture sur le monde universitaire, c’est aussi l’ouverture sur ce monde-là. La langue anglaise permet de mieux saisir certains concepts.»

Plus l’étudiant avance dans son cursus universitaire, plus les lectures en français se font rares. «Aux cycles supérieurs, où les activités de recherche occupent une place centrale dans le parcours universitaire des étudiants, il est fort possible qu’une large part des lectures données par les professeurs soit en anglais», admet la vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels de l’UdeM, Hélène David. Cette situation s’observe pourtant au premier cycle selon M. Furstenberg. « En première année, les lectures sont surtout en français, en deuxième année, c’est moitié-moitié et en troisième année, elles sont surtout en anglais.»

Ne recommander que des textes en langue française n’est pas toujours faisable selon la chargée de cours au département de communication de l’UdeM Joëlle Basque. Certaines théories sont parfois surtout abordées par la recherche universitaire anglo-saxonne. «Comme le stipule la politique linguistique de l’UdeM, je donne toujours l’équivalent en français d’un texte anglais si cela est possible», affirme Mme Basque.

Des professeurs en difficulté

Autre problème soulevé par les étudiants : des professeurs non francophones se retrouvent parfois à utiliser des mots anglais ou maîtrisent mal le français ce qui nuit à leur enseignement. « L’accent ne me dérange pas, mais il y a des responsables d’ateliers dont la mauvaise maîtrise du français complique la compréhension du travail», souligne l’étudiant en économie politique Antoine Phaneuf.

Selon Mme David, trois options s’offrent aux étudiants dans ce cas. « La première chose à faire est d’en parler avec l’enseignant concerné et, au besoin, avec le directeur de programme ou de département », explique-t-elle par courriel. Ce dernier pourra alors inciter le professeur à bénéficier du programme de perfectionnement du français offert par l’UdeM. Les étudiants peuvent aussi faire part de leur insatisfaction lorsqu’ils remplissent le questionnaire d’évaluation du cours en fin de session ou déposer une plainte auprès du bureau de Mme David.

Mme Basque juge que la candidature d’un professeur ne devrait pas être refusée même s’il ne maîtrise pas bien le français. «Dans mon département, les enseignants venus de l’étranger s’améliorent assez rapidement en français », dit-elle. Mme David partage cette opinion.« Toutefois, précise-t-elle, le titulaire d’un poste menant à la permanence qui ne connaît pas ou ne maîtrise pas suffisamment le français a […] un délai maximal de trois ans pour se conformer à la règle générale.»

Le président général de la Société Saint-Jean Baptiste, Mario Beaulieu, se montre plus sombre sur la situation du français à l’UdeM. «Tout se bilinguise, se désole celui qui a reçu des plaintes à ce sujet. Alors que le français est menacé à Montréal, on finance de manière disproportionnée des universités anglophones.» Selon une étude du politologue Marc Chevrier, les universités anglophones québécoises recevaient 27 % des subventions normées en 2008, bien que les Québécois de langue maternelle anglaise ne représentaient que 8,2 % de la population. M. Beaulieu estime que ce surfinancement incite les universités francophones à se bilinguiser pour attirer davantage la clientèle internationale et les subventions .

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La politique linguistique de l’UdeM  :

• vise notamment à être conforme à la Charte de la langue française

• spécifie que l’udeM est clairement une université francophone à rayonnement international

• stipule que si un texte équivalent d’un texte anglais existe en français, c’est-à-dire aussi pertinent et de bonne qualité, il doit être priorisé • officialise, conformément à la Charte de la langue française, le droit de pouvoir travailler en français des employés de l’établissement

• précise que tous les employés doivent pouvoir communiquer de façon minimale en français et que l’employé souhaitant accéder à la permanence se doit de maîtriser le français dans un délai maximal de trois ans

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BLx via Hugo Vaillancourt-Chapdelaine

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